‹ École des miraclesChapitre 24 sur 46 · II · texte numérisé non relu

II

à son gouvernail se tient toujours Pierre, qui la charge de nombreux passagers, de nouvelles cargaisons, puis la dirige sur un vaste océan : première preuve de cet oracle aujourd'hui vingt fois séculaire : «Les portes de l'enfer ne prévaudront point contre l'Eglise : Et portœ inferi non prœvalcbunt adversus eam. »

Mais, pauvre barque, à cette seconde époque de ton âge, dans ta navigation vers Rome, quelle tempête furieuse t'attend et te menace ! Les dieux de celte mer que tu parcours, ce sont les [)uissances infernales, les honteuses idoles, la philosophie licencieuse des faux sages, les vices sans retenue, sans pudeur de ses navigateurs accoutumés : quel horrible orage ils vont préci[)iter sur ta frêle carène! Aussitôt, en effet, qu'elle apparaît sur cette mer irritée, avec son mât, — la croix, — ses vergues, — les dogmes, — et ses voiles, — toutes les vertus, portant avec elle Jésus-Christ pour le faire connaître au monde; aussitôt, dit saint Pierre Chrjsologue , la malignité infernale amoiicclle ses nuages à l'entour, le souffle pestilentiel de l'idolâtrie frémit, les vagues de la haine des princes païens la couvrent de leurs lames, les flots violents de toutes les puissances la batleiit à coups redoublés ; puis les traîircs, les apostats poussent leurs cris de rage, les passions populaires l'assiègent ; mille ouragaiis, mille persécutions éclatent sur sa tôle (1). Durant trois siècles le feu,

(1) Ubi Christus Ecclesiae suae iiavim,m;ire saeculi transfretaturus, ascendit, ruenint gentiuii tiabra, pcrspcutoruin procelUe, duîmonum ucbulaj; regum ppumabant undif ; fnrvobant Dotcita-

le fer, la calomnie et la fraude, la bédiiction et la cruauté, sans pudeur ni retenue, ont fait effort contre l'Église : toutes les écoles l'ont combattue par les sophismes de leurs doctrines, tous les empereurs l'ont opprimée, toutes les nations idolâtres de l'Empire romain l'ont persécutée avec fureur. Le monde entier se souleva contre elle dans une universelle tempête. La divine nacelle allait ainsi sur la mer grondante, seule, sans soutien, sans subsides, sans forces! Partout autour d'elle l'inévitable naufrage (I) : ses pontifes étaient immolés, ses prêtres dispersés, ses enfants les plus purs égorgés par milliers aux pieds d'infâmes idoles; ceux qui lui survivaient s'ensevelissaient dans les catacombes; elle-même semblait engloutie dans une mer de sang (2) . 0 mon Dieu ! mon Dieu! est-ce qu'il n'y a plus d'Église, plus de fidèles, plus de christianisme? L'enfer tressaille, la philosophie sourit , le paganisme triomphe et érige au monstre couronné, souillé de cette horrible victoire, un monument avec cette orgueilleuse inscription : Au divin Dioclétien^ pour avoir détruit la superstition chrétienne dans tout l'univers.

Mais, folles adulations, vains rêves inspirés par l'enfer, oh ! comme ils disparurent soudain ! Aux prières des saints, aux cris du sang des martyrs, Jésus- Christ se réveille et parle à la mer, fait signe aux

tum Iluctus, sanabat rabies traditorum, populorum gurgites rotabantur (Pier. Chrys., Senn.).

(1) Totius mundi facta est una tempestas, unum discrimen unumque naufragium {Id., loco cit.).

(i) Ita ut navicula ooerireiur fluctibus 'Loco cit.).

vents, commande aux. flots; c'est-à-dire, il parle eu secret au cœur des rois, et il les adoucit; aux puissances, et il les humilie ; aux peuples, et il les soumet ; au monde, et il le pacifie (1). Ce n'est pas assez : Jésus-Christ, continue saint Chrysoioguc, fait du peuple romain un peuple chrétien , il change ses ennemis et ses persécuteurs en propagateurs et en protecteurs zélés du christianisme. Le calme renaît du sein de la tempête ; calme d'autant plus miraculeux, qu'il est moins attendu, qu'il est protégé par les empereurs eux-mêmes devenus chrétiens ; calme merveilleux, l'Eglise le possède, la chrétienté s'en réjouit, la gentilité l'admire (2) !

Quel miracle, mes frères! Oh! événement digne de l'admiration de tous les siècles ! Un grossier pêcheur de la Galilée entre en lice avec l'empereur romain, maître du monde, et il reste vainqueur! Le vrai Goliath, la terreur de la terre par le prodige de sa force, par le nombre de ses armes, est abattu par le faible David! Le bâton de la croix a émoussé le cimeterre impérial. La tiare pacifique a brisé le sceptre redouté de tout l'univers. Néron a immolé Pierre, et Pierre élève son trône immortel dans un

(1) Sn=ci[;ilii5 a discipulis Christus, mare corripit, sedat fluctua; boc eit, reges mitigat, potestatem plaçât, coiupouit populos, trauquillat orbem (Loco cit.).

(2) Romauos efficit christianos, ipsosque executores reddidit chriàtianfiB fidei, qui fuerant persecutores nominis chiistiam. Hanc trauquillitatem servant christiani principes, Ecclesia teuet, habet christiauitas, genlilitas admiratur (Loco cit.).

temple bâti sur les débris mêmes du palais de Néron. Les Césars persécuteurs ont disparu du monde ; ils n'ont laissé pour postérité qu'un nom couvert d'opprobre, symbole horrible de l'infamie et de la cruauté, et Pierre, toujours se survivant sur sou siège, règne à l'endroit même où Néron le fit crucifier; son nom est invoqué comme l'emblème précieux de l'espérance, de la miséricorde et du pardon. De ce sépulcre sur lequel on prie toujours dans toutes les langues connues ; de ce sépulcre sans cesse arrosé des larmes pieuses de toutes les nations, devant lequel ont été déposées les couronnes et s'est abaissé le front de tant de rois ; de ce sépulcre entouré des hommages de l'univers, Pierre donne toujours ses lois comme d'un trône immortel. En vérité, la tempête n'a nui qu'à ceux qui l'excitèrent. L'Empire romain si vaste, si formidable et si belliqueux, a persécuté à mort l'Eglise, et l'Église si restreinte, si faible et si pacifique, est restée debout, à la vue de son persécuteur s'écroulant, disparaissant de la face de la terre Le navire impérial, puissant par son immense carène, sa riche cargaison, ses agrès solides, si bien qu'il semblait défier l'océan le plus redoutable, a succombé à la première tempête et a péri corps et biens ; tandis que la barque du pêcheur^ si petite, si pauvre, si fragile qu'elle semblait ne pouvoir impunément s'éloigner tant soit peu du rivage, poussée sur l'Océan sans borne, a triomphé de la fu-

(1) L'illustre prédicateur proclamait ces vérités dans l'église Saint-Pierre, à Rome,

reur des vents et du tourbillon des vagues. Voilà le miracle dont ce temple aupjuste est la preuve sensible; tel est le prodige qu'il raconte dans le langage éloquent de sa majestueuse et magnifique grandeur; il dit aux siècles qui passent sur sa tète : « Les portes de l'enfer n'ont point prévalu dans le passé; de même, dans ra\enir, elles ne prévaudront jamais contre l'Eglise : Et portœinferi non prœvalebunt adversiis eatn.» Mais Tenfer ne laissa pas l'Église jouir longuement de sa tranquillité. N'ayant pu la vaincre par la force, il essaya de la comb'iltre par le venin des doctrines. Epoques encore plus douloureuses pour elle que l'ère du martyre : les Césars sévirent contre les corps des saints, les hérétiques dirigèrent leurs traits empoisonnés contre les âmes et s'cllbrcèrent de corrompre l'enseignement de celle dont ils ne pouvaient détruire l'existence; ils laissaient aux chrétiens la vie pour icur arracher la foi du cœur. Animés d'une èaine diabolique contre Jésus-Christ, la base du vrai .Aristianisme, les uns le firent naître dans le temps, même selon sa nature divine; les autres nièrent sa mort, même selon sa nalure humaine. Ceux-ci lui donnèrent un corps sans âme, ceux-là une âme sans volonté. Pour les uns, il est simplement un homme; pour les autres, il est seulement Dieu. Puis ses préceptes, ses conseils, les mystères, les sacrements, la grâce, le sacerdoce, l'Eglise, sont niés, rejetés tour à tour. Le cinquième siècle d'abord; puis, plus de mille ans après, le quinzième ont vu ces doctrines infernales patronées par des évêques, défendues par

des prêtres, observées par des moines, soutenues par des académies, imposées par des empereurs, acclamées par des peuples entiers. On résiste diflBcilement à Terreur secondée de la force, de la ruse et des passions humaines. A Tune et à l'autre des époques indiquées, époques de si triste mémoire, l'hérésie semblait être devenue la foi universelle. Si, au siècle. d'Arius, le monde chrétien s'étonna de se trouver presque arien ; au siècle de Wicleff et de Luther, qui ressuscitaient les blasphèmes des anciens hérésiarques, l'Europe catholique put s'étonner de même, en se voyant en grande partie protestante. A chacune de ces deux époques la barque de Pierre, sa doctrine et sa foi semblaient méconnaissables au milieu des nuages du doute, de la tempête d'erreurs qui les emportaient assombries sur le courant de tant d'opinions contraires ; on aurait dit l'Eglise naufragée : Ita ut navicula operiretur fluctibus.

Mais l'heure qui paraissait sonner sa ruine, fut précisément l'heure de son salut. L'hérésie ne pouvait être plus forte contre l'Eglise que ne le fut la cruauté. Marcion, Arius, Manès, Pelage, Nestor, Donat, Novatien, Wicleff, Luther, Calvin ne furent donc pas plus heureux que Néron, Caligula, Maximien, Dioclétien, Julien l'Apostat, Mahomet. Nulle invention humaine, nul édifice ne peut se soutenir, s'il ne s'élève sur le roc de Pierre, que Jésus-Christ, selon le langage de saint Léon, a donné pour fondement à l'Eglise (1).

(1) Prœter illam petraœ, quam Dominus in fundaœento posuit, stabiiiâ erit uuUa coustructio (^Epùt, 54).

— 24S ~ Les hérésies nées sous le sceptre, favorisées par les passions,cimcntéesavecdu .saiig,sc sont écrouléessur le sol, comme un bâtiment sans fondement. Toutes les sectes anciennes, détruites les unes par les autres, ont disparu. Les peuples malheureux qui les accueillirent, expient, depuis des siècles, leur apostasie par la perte de la science, de leur civilisation (il faut que les nations chrétiennes aillent les sauver). Eux qui trouvaient trop pesante la houlette de Pierre, sont forcés de gémir sous le joug honteux du croissant et de trembler sous le sabre musulman. Les sectes modernes, à leur tour, après s être transformées en mille autres sectes, sont bien mortes comme institutions religieuses; elles ne subsistent que comme institutions politiques, maintenues à grand' peine par laraison d'État, par l'intérêt et par l'ambition.

Au contraire, notre Eglise, comme saint Augustin parlait déjà de son tcmps^ notre Eglise la seule sainte, une, catholique et vraie, par la présence efficace de Jésus-Christ, par ses pontifes, ses conciles, ses docteurs, ses apologistes, a toujours combattu toutes les erreurs, expliqué et mis en lumière toutes les vérités. Les hérésies nées de son sein, chassées par elle de sa famille, ont péri comme d'inutiles rameaux retranchés de leur tige ; elle reste debout, toujours unie à la racine divine qui la vivifie, à la charité chrétienne qui la féconde (1).

(1) Ipsa est Ecclesia sancta, Ecclesia una, vera Ecclesia catholica, contra omnes haereses pugnans; omnes hœreses de ilia exierunt, tanquam sarmenta inutilia de vite rescisa : ipsa autem

Les tempêtes hérétiques, si longues et. si obstinées, n'ont fait que la décharger du fardeau funeste des peuples corrompus devenus leur proie , tandis que Rome compensait ces pertes par de précieuses conquêtes chez les nations de l'Asie et de l'Amérique. C'est ainsi que, triomphant de tous les orages, elle a continué et continue en sûreté son chemin, montrant au monde son mât toujours glorieux, la croix, étendard de son symbole; ses Toiles, nos dogmes, toujours entières et toujours plus splendides, flottant sur la magnifique épigraphe tracée en caractères indélébiles et d'or par une main divine sur sa proue : « Yoici la barque contre laquelle les portes de l'enfer ne prévaudront jamais : Et portœ inferi non prœvalebunt adversiis eam ! »

Mais la plus terrible tempête que cette divine barque ait jamais essuyée depuis qu'elle vogue. sur l'océan de ce monde, c'est celle qui s'éleva contre elle au siècle dernier, et qui se prolonge jusqu'à nos jours, toujours plus menaçante. Après mille et mille variations, l'hérésie protestante, transformée en un philosophisme monstrueux, prononça enfin son dernier mot : Incrédulité. Cette parole infernale , articulée dans la nuit de toutes les passions, trouva un écho funeste, universel. Sous le spécieux vocable de philosophie, elle fut bien vite accueillie, répétée dans les livres, dans les universités, dans les académies, dans les antichambres, dans les cercles des oisifs,

manot in radice sua, in vite sua, in cbaritate sua, Ecclesia pugnare potest, expugnari non potest (Aug., Dg Mor. Eccl.).

dans la société des femmes, dans la chaumière du peuple ; et on l'entendit quelquefois prononcer à \oix basse jusque dans le cabinet des rois, jusqu'à l'entrée du sanctuaire ! Ainsi la science et le pouvoir, la littérature et l'autorité, la richesse et la force, même la mode, se liguèrent ensemble , formèrent contre l'Eglise de Jésus-Ciirist la plus vaste et la plus puissante des conjurations, et excitèrent contre le christianisme la plus terrible de toutes les tempêtes.

Durant l'espace d'un siècle environ, cette conspiration infernale fit son œuvre, employant tour à tour la calomnie et le sophisme, l'hypocrisie et le ridicule. Enfin, par la faiblesse ou la malice de ceux qui pouvaient et devaient la réprimer, elle se rendit maîtresse du pouvoir public, sous le nom de révolution française^ et, par sa domination sur un grand peuple, elle régna en souveraine dans le monde. Etonné, épouvanté, l'univers vit pour la première fois l'anarchie érigée en gouvernement, la sottise et la pédanterie devenir législateurs, l'impiété se constituer maîtresse de religion. Bientôt aux sophistes succédèrent les bourreaux, aux livres les armes, aux doctrines la mitraille et la guillotine. Ou dépouille les sanctuaires, on abolit les cloîtres, on viole les asiles de la pudeur, on démolit les autels, on profane les églises, on immole les prêtres par milliers; les évoques sont chassés de leur siège, la religion de la société. Dieu de son temple, et l'on eut le triste spectacle d'une nation, autrefois si chrétienne, abju-

rant sa foi, reniant Dieu, roulant dans l'abîme de l'impiété et de la barbarie.

Or ce peuple, par son caractère, par le génie de sa langue, par l'esprit de son prosélytisme, par T influence de ses modes et de ses coutumes, exerce une espèce de dictature et d'empire moral dans tout le monde. L'enfer, en entraînant cette nation privilégiée dans les voies de l'impiété , voulait donc y attirer, par son moyen, toutes les autres nations catholiques et détruire ainsi l'Eglise de fond en comble (1). En effet, semblable à un torrent, dans son impétueux essor, l'esprit d'irréligion^, débordant par deux fois de la France, inonda subitement l'Europe. Le dogme chrétien est, en dilïérents lieux, solennellement abjuré , la. loi de l'Evangile méprisée , la discipline ecclésiastique abolie, le culte catholique attaqué et injurié, les établissements ecclésiastiques, toutes les communautés religieuses dépouillées et détruites. Les richesses de l'Eglise deviennent la récompense du parjure, de la pudeur outragée, de la foi reniée; les honneurs, les dignités, le pouvoir, la pâture du juif, de l'hérétique, de l'athée, du matérialiste ; le catholique seul en est exclu. L'apostasie, la cruauté et l'infamie sont les titres les plus honorables, le mérite le plus sûr et le plus universel. C'est le règne de Lucifer : aussi toutes les erreurs, toutes les passions sont en faveur, tandis que la vertu est opr-rimée^ proscrite. Il y a plus : Attila s'arrêta deux fois de-

(l) Il faut observer que c'était là un excellent moyen; mais Dieu a voulu que la Fiance restât catholique, pour sauver l'Eglise.

vant la majesté de saint Léon; Gcnséric, au sac de Rome, accorda la vie aux citoyens à la prière de saint Grégoire. Les anciens Vandales, sortis des contrées barbares du Septentrion, respectèrent le Souverain Pontife, Les nouveaux Vandales, enfants du pays le plus civilisé de la terre, le dépouillent de ses domaines, l'abreuvent d'outrages et le traînent en captivité. En couronnant dans l'exil la vie d'un saint par la mort d'un martyr, l'immortel Pic VI s'écrie avec crainte et tremblement : « Grand Dieu! quel sort se prépare pour votre Eglise ! » Pic VII, gémit dans sa prison et verse des larmes sur les pierres du sanctuaire dispersées, sur les maux qui oppriment l'Eglise et sur ceux encore plus grands qui menacent de l'anéantir. C'est ici le cri de Pierre et des apôtres à Jésus-Christ : « Seigneur, sauveznous, nous périssons.» La foi, même dans les contrées les plus catholiques, est presque éteinte ; la dissolution est en honneur, l'impiété triomphe. Les agneaux sont sans brebis, la bergerie sans pasteur, la barque de Pierre sans pilote, La tempête a prévalu; la fragile nacelle, battue par des vents si violents et heurtée par des flots si terribles, va être submergée : Ita ut navicula operiretur fluctibus. Déjà l'on voit l'athéisme applaudir et chanter en triomphe un hymne infernal sur la destruction du catholicisme.

Mais, Seigneur, comme votre droite est puissante! comme votre parole est efficace ! A un signe de sa main, cet empire gigantesque qui semblait tenir l'uni-

vers enchaîné, disparaît sans laisser d'autres vestiges sur terre que les ruines qu'il avait faites. Le vent de l'orgueil se tait, le flot de la persécution s'apaise; l'hérésie même et le schisme, par une providence particulière, s'entendent, s'unissent pour dissiper le nuage sombre d'où s'échappait la foudre qui soulevait les eaux et menaçait de briser la barque de Pierre. Pie VII recouvre la liberté et son trône. L'Église glisse de njouveau, intacte et fière, sur la mer aplanie; ses pertes se changent en conquêtes, ses craintes en espérance, son naufrage en sécurité, ses défaites en triomphes ; victorieuse dans un combat si obstiné, si terrible, elle navigue dans un calme profond (l).

Mais cet événement, accompli sous nos yeux^ a en outre quelque chose de particulièrement extraordinaire, qu'il convient de relever ici. Dans l'horrible conflit de tant d'idées, de tant d'erreurs, de tant d'intérêts, de tant de passions, de tant de guerres, de tant d'usurpations, de tant de rapines, de tant d'injustices, tout a été foulé aux pieds: les dynasties mises en fuite, les trônes renversés, les institutions changées, les conditions confondues, les nationalités détruites . Il est vrai qu'à la fin de cette catastrophe si étrangement violente, les trônes se relevèrent, les royaumes se reconstituèrent, les institutions ressuscitèrent. Mais, disons-le, ils ne furent plus lesmèmes.De tout ce qu'a touché la Révolution fran^ çaise, rien n'est rentré dans son premier état. Les

(1) Imperavit veutis, et facta est tranquillitas magua (Loco cit.).

plus grandes monarchies, si elles ont repris leur ancien nom, sont loin d'avoir reconquis leur force et leur stabilité anciennes. Que de trônes chancellent ! Que d'institutions n'ont encore qu'une existence précaire, incertaine ! Mais l'Eglise catholique est à présent ce qu'elle a toujours été. Elle seule est sortie de ses épreuves avec toute sa force, toute son intégrité; elle n'a rien perdu, ni de son autorité, ni de sa stabilité! Mais, quedis-je? malgré tout ce que les portes de l'enfer ont fait pour la détruire, elle est sortie de la lutte plus forte, plus stable, plus majestueuse que jamais.

Certains gouvernements se sont matériellement restaurés ou agrandis ; mais l'empire des intelligences leur est échappé (fasse le ciel que ce ne soit pas pour toujours!), et il a passé à l'Eglise. Rien de plus vrai que cette parole de l'homme le plus extraordinaire des temps modernes : « Les prêtres se sont emparés des esprits, et ils ne m'ont laissé régner que sur les corps. » Aujourd'hui, il ne serait plus possible à un Henri Ylll d'imposcr, par la force, une religion de son caprice à un grand peuple. Aujourd'hui, il n'y a aucune nation, si faible soit-ellc, qui voulût recevoir un symbole élaboré dans les cabinets des grands et inventé par la pohlique. Le gouvernement qui oserait en faire l'épreuve, n'ajouterait que le ridicule à son impuissance ; et il perdrait le sceptre sans obtenir la tiare. La suprématie religieuse est plus embarrassante que la suprématie temporelle pour ceux auxquels l'hérésie ou le schisme l'a conféré. L'encensoir

qu'ils ont usurpé leur pèse plus que Tépée, et il leur est bien plus difficile de le manier. Les rois pontifes sont tombés en discrédit ; il n'est plus possible d'en voir surgir de nouveaux. Quant à l'Eglise, plus elle a perdu de ses richesses matérielles, plus son pouvoir spirituel s'est agrandi; si bien qu'elle peut répéter avec saint Paul : « Je suis devenue plus forte et plus puissante, précisément par ce qui me fait paraître plus faible (1). » Les évêques sont aujourd'hui plus que jamais unis et soumis à leur auguste chef. De toutes les parties du monde, les peuples étendent les bras vers le siège de Pierre. Kome est comme l'étoile polaire vers laquelle les yeux sont tournés et de laquelle tous attendent la lumière qui doit rétablir l'ordre dans la société et rendre la paix à l'univers. Sans son appui, les rois ne sont plus en sûreté; les peuples ne peuvent se passer de sa tutelle (souvenezvous de la république de 1848) ; les nations mêmes qui en sont séparées, tout en semblant la fuir, s'en rapprochent de plus en plus par des voies cachées^ forment des vœux pour lui être de nouveau ui.ie. Le pouvoir spirituel du Souverain Pontife (de Pie IX), qu'on a voulu détruire par tous les moyens, est le seul qui soit demeuré intact avec ses prérogatives. Car, régner, ce n'est point manier la matière^ mais conduire les esprits, enchaîner les cœurs. Or, en ce sens, on peut dire que Pierre seul, dans la personne de ses successeurs, règne dans l'univers. Le pontife romain, sans armées, sans flottes, reçoit une adhésion

[1) Cum iuiirmor tuuc yoLeus sum.

libre et gouverne, dans l'ordre spirituel, un nombre immense de nations difl'érenles; et, taudis que bon nombre de rois terrestres font d'inutiles efforts pour conserver une couronne qui menace toujours de leur échapper, lui, sûr de son aulurilé, certain de sa légitimité, plein de foi dans sa force, institue des évêques (l'Angleterre, la Hollande, l'Amérique), envoie des missionnaires, condamne les erreurs, explique la vé rite;, réveille l'Orient (il envoie une encyclique au patriarche, à Jérusalem), pacifie l'Occident, exhorte les rois, prêche les peuples, reconquiert l'Afrique, civilise l'Océanie, pénétre dans la Chine. Ses paroles, et ses paroles seules ont un écho dans l'univers, donnent à penser aux puissants (le Piémont), portent, inspirent même aux trônes des sollicitudes qu'on aurait mauvaise grâce à cacher sous le masque d'une fausse sécurité et d'un mépris affecté! Sa juridiction seule est reconnue, sa voix seule est écoutée, son action seule peut se faire sentir, s'étendre vérita blement sur le monde. Je puis donc dire que la monarchie de l'Eglise, combattue dans ces derniers temps par tant d'impies, méprisée par tant d'hérétiques, décriée par tant de scandales, est seule réellement debout. Des chocs si violents n'ont pas dérangé une seule pierre de ce mystérieux édifice : sa base est entière, sa constitution intacte. Los barques royales, atteintes aussi par le même ouragan et échappées comme par miracle au naufrage, ont repris, il est vrai, leur chemin, mais avec d'irréparables pertes.Elles cheminent avec plus d'une voile déchirée, plus d'une vergue brisée, plus d'un mât fracassé jpar

la tempête. Toutes portent les marques horribles du choc violent qu elles ont soutenu, du danger qu'elles ont encouru. La seule nacelle de Pierre, après avoir été plus que toutes les autres ensemble agitée des vents, flagellée des ondes, accablée de tempêtes^, s'est conservée intacte dans ses agrès et sa carène. Plus que jamais sûre d'elle-même, qu'elle continue donc sa course pacifique, en répétant aux peuples s'inclinant avec respect à son passage : «Je suis cette barque contre laquelle les portes de l'enfer ont lutté et lutteront toujours en vain : Et portœ inferi non prœvalebunt adversus eam. »

11 résulte de ce que nous avons dit jusqu'ici trois puissantes preuves à l'appui des consolantes vérités que nous avons exposées. *

Premièrement , l'œuvre d'un ou de plusieurs hommes peut être anéantie par un ou plusieurs hommes. La créature peut détruire pour jamais, mais elle ne saurait édifier pour toujours ; elle peut entasser d'éternelles ruines, mais elle ne saurait produire des œuvres immortelles. Les empires les plus anciens, les constitutions les mieux établies, les édifices les plus solides n'ont pas tenu devaiit les efforts de l'homme; ils sont tombés sous ses coups. Et pourquoi? C'est que ces inventions des hommes dépendaient des hommes. Si donc il y a quelque part une Eglise que ceux-ci, malgré leurs efforts, n'ont pu, non pas détruire, mais seulement altérer, il est évident qu'elle n'est pas leur ouvrage, il est évident que ce que l'homme ne peut détruire, il n'a pu le créer, n. 17

— 2iS — Or, nous l'avons vu, telle est précisénicutla condition (\c l'Éplisc. Durant trois sièclos les empereurs les jilus j)uissants, durant trois autres les hérétiques les plus furieux, durant trois siècles aussi les {)euples les plus féroces, durant trois siècles encore le inahomctisme triompliaut par tout le monde, et dans les trois derniers enfin toutes ces forces diverses réunies sous le nom de protestantisme, de philosophie, de révolution, de liberté, de sensualisme, de communisme; c'est-à-dire la puissance des gouverncmenus, les blasphèmes des impies, l'astuce des hérétiques, la cruauté des nouveaux Vandales, l'abject matérialisme des nouveaux Musulmans, ont attaqué l'Église de tous côtés, dans le dessein bien arrêté, avec la volonté diaboliquement décidée, obstinée et énergique, de la détruire pour toujours. Eh bien ! quel a été le résultat? Tant de persécutions, tant d'assauts si prolongés, si divers, si terribles, si indomptables, n'ont servi qu'à la délivrer davantage de la poussière attachée à ses pieds pendant sou pèlerinage dans le monde. Ils ont été pour elle ce que la serpe est à la vigne, qu'elle rend plus vigoureuse, en paraissant lui enlever ses rameaux ; ce que le feu est à l'or, qu'il rend plus pur, en semblant le consumer; ce que le marteau esta l'acier, qu'il polit et perfectionne, en menaçant de 1j briser sous ses coups multiples. Ses é;n'euves n'ont abouti qu'à procurer à rEglise des forces nouvelles, une gloire |,h!S grand', une splendeur plus merveilleuse (1). Ce que l'adulation

(1) Inter ipsos turbines ranndi, inter ipsas ssectili perseeutlo

fit dire à un poète païen de Rome idolâtre s'applique en toute vérité à Rome chrétienne : elle n'a puisé que plus de courage aux coups qu'on lui a portés, plus de force au sang qu'elle a répandu, une plus grande abondance de vie aux combats, au carnage, au fer même qui semblait l'avoir immolée pour toujours (1).

Bien plus, elle a soumis, ou affaibli, ou détruit ces horribles phalanges conjurées pour sa destruction; elle a été poui* ses ennemis la dure enclume brisant en mille éclats les marteaux qui osent la frapper. Aujourd'hui même, parmi ses adversaires, combien n'en voit-elle pas périr ? Contre elle tout est faible et impuissant, car elle résiste à tout, triomphe de tout. Son histoire n'est que la série non interrompue de ses triomphes. Donc elle n'a pas été établie par les hommes, donc elle est l'œuvre de Dieu, donc l'Eglise catholique est vraiment l'Eglise de Jésus-Clu-ist, fondée sur Pierre : Tu es Petrus, et super liane petram œdi/icabo Ecclesiam nieam.

Secondement, tonte invention de l'homme porte l'empreinte de sa faiblesse et de sa caducité. L'homme lui-même, à peine né, commence à mourir : chaque moment lui enlève une partie de son existence corporelle, et chaque pas qu'il fait dans la carrière de la vie est un pas de plus vers le sépulcre. Or, il en est de môme de ses œuvres. Ses vête-

nes plus glorise'et virtutis acquirit, dum infirma et indissoluliilis persévérât (Chrysol.).

(1) Per arma, per caedes, ab ipso ducii opes aoimumque ferrp (Horat.).

— 2G0 — menls, au moment môme qu'il s'en couvre, commencent à s'alU'rer inscnsibk'meut, ù s'user ; chaque instant de hur durée avance leur décadence et leur destruction (1).

Oui, quelques soins que l'homme emploie pour les conserver, il ne peut prolonger que de quelques jours l'existence de ses créations ; il ne saurait leur assurer l'immortalité. A défaut de toute autre cause délétère, le temps suflit seul pour les consumer, les détruire. Aucune œuvre purement humaine n'est exempte de cette loi : Tout ce qui tire son ori(/ine de l'homme, vieillit et périt avec lliomme. Si l'on trouve donc une institution qui, nonobstant le long cours des siècles, ue s'altère pas, ne se décompose point, ne perd rien de sa vigueur, de sa force, de sa beauté première, cette institution, pour cela seul, est l'œuvre de Dieu, qui peut seul communiquer à ses créations rimnuUabilité par laquelle il est toujours le même et ne vieillit jamais (2).

Or, une telle œuvre existe dans le monde ; nous la connaissons, nous l'avons sous les yeux : c'est l'Eglise. Qmc de dynasties, que d'empires, n'a-t-ellc pas vus naître et périr, s'élever et tomber! Que de républiques, que de peuples, n'a -t -elle pas vu se former et disparaître ! Depuis sa naissance, que de systèmes philosophiques en vogue et mis en oubli ! que de sectes religieuses pleines d'expansion d'abord, et puis dissipées ! Et, au milieu de tous ces débris de

(1) Omnia sicut vestimentum voterascent {Ps.).

(2) Tu autr-iu idem ipsc l's, nt auni tui nou dcficiont [llid.).

sceptres brisés, de couronnes mutilées, de trônes abattus, de chaires mises en morceaux; au milieu de ces ruines que le temps a amoncelées à ses côtés, elle reste debout, comme cette colonne de Foca qui domine avec fierté les ruines du Forum romain. Déjà deux mille ans sont passés sur son noble front, et l'Eglise n'a souffert encore aucune altération essentielle, ni dans ses dogmes, ni dans sa morale, ni dans sa constitution, ni dans son culte, ni dans son action, ni dans sa beauté. Yingt siècles se sont écoulés, et elle persuade les mêmes vérités, inspire les mêmes sacrifices, reçoit la même obéissance, obtient les mêmes hommages. Depuis deux mille ans elle enfante toujours et forme jusqu'ici, avec la même facilité, des apôtres, des martyrs, des confesseurs, des vierges en grand nombre ; aujourd'imi^ comme aux premiers jours du christianisme, la foi de Jésus- Christ estprêchée avec le même zèle, confessée avec la même constance, pratiquée avec la même perfection. Si le nombre des catholiques diminue dans un endroit, il augmente dans un autre ; quant au catholicisme, il est toujours le même; il a toujours le même esprit, la même force, la même fécondité, parce que l'Eglise qui le conserve et qui l'enseigne est toujours la même.

Les autres communions religieuses ont eu des époques de force et de progrès ; mais bientôt l'époque de décadence , d'affaissement et de mort a surgi pour elles. Ainsi s'offrent-elles à nos regards avec les caractères propres aux œuvres humaines, avec la

— 2(i2 — prouve parlante ac leurs origines caduques. L'islamisme li'iiispirc plus le même fanatisme qu'autrefois conlrc les chrétiens (la guerre d'Orient). Le protestantisme n'excite plus la même fureur que naguère contre les catholiques ; le temps a détruit sourdement ses œuvres infernales (le protestantisme s'est uni ou plulùt a été absorbé par la révolution ; de là SCS fureurs), cesenfanlemnnts monstrueux de l'orgueil et de la luxure : ce sont de vrais cadavres ambulants sans âme et sans vie. Et que sont devenues les sectes si rombreuses qui les ont précédés? Elles furent, et elles ne sont plus. Les religions de fabrication moderne ne seront pas plus fortunées. Encore un peu de temps, et elles se dissiperont ; elles iront rejoindre leurs sœurs danslcs abîmes du néant. Semblables aux météores éleclriques, après avoir brillé quelques instants d'une splendeur infernale, elles s'évanouiront, ne laissant que l'horrible puanteur de leurs vices pour souvenir de leur apparition et de leur passage. Quant à l'Eglise catholique, elle n'est pas sujette à la décader.cc lente et con'inuellc à laquelle tout ce qui est créé est soumis; sans cesse renouvelée, selon les promesses de Jésus-Christ, par une force secrète et divine, plus clic dure, plus elle est forte ; plus elle avance, plus elle est belle; plus elle vit, plus elle se rajeunit (I). Cette barque est d'un buis incorruptible. Donc l'Eglise catholique, dépendante de Pierre, est l'Eglise dont on peut dire : Le Fils de Dieu l'a fondée, i)uisqu'il la conserve miraculeuse-

(1) Reûovahitur velut a(-[uila juvcutus tua {Ps.).

ment; elle est doue la vraie Eglise : Tu es Petrus^ etc. Troisièmement, les œuvres de l'homme ne peuvent conserver, même pour un temps, leur existence si éphémère et si précaire sans la protection et Tapp-ii de l'homme. Que deviennent, en effet, ces institutions quand elles sont abandonnées à elles-mêmjs? Quy deviendrait, en particulier, l'idolâtrie indienne ou chinoise, si les gouvernements cessaient de lu protégei' par leurs cruelles persécutions contre le christianisme. Que deviendrait le mahométisme, si l'épée des sultans n'était pas toujours levée pour le soutenir (voyez ce qui se passe)? Où en serait le schisme grec (les sectes eu Russie), le protestantisme anglais , l'cvangélisme allemand, s'ils n'étaient liés aux institutions politiques des Etats? Ah! sous peu, il ne resterait plus nul vestige d e ces a vortements monstrueux des passionshumaines, et la vérité catholique irait pacifiquement régner sur leurs ruines. Hélas! il faut que ces plantes parasites enlacent un arbre quelconque, s'attachent à un soutien, pour qu'elles puissent déployer^ même pour un temps, la luxuriante stérilité de leur feuillage. Il est vrai qu'elles empoisonnent, minent sourdement l'arbre imprudent qui leur prête son appui, et qu'à mesure qu'il tombe, elles se dessèchent, puis deviennent... du foin. Les fausses religions seront empressées, à leur naissance, de se couvrir du manîeau du pouvoir; elles sont accourues se réfugier à l'ombre des trônes, où elles ont caressé les basses passions de la multitude pour s'abriter sous l'étendard de larébellon etderiufamie: qu'y ont gagné les trônes et les peuples?

Si donc il y a, sur la terre, imc institution qui n'a besoin, pour se sonlenir, d'aucun appui humain, elle montrera par là qu'elle n'est pas de leur nombre, qu'elle n'est [las l'œuvre de l'homme.

Or, celte institution existe : c'est l'Eglise. Nousavons vu que non-seulement elle n'a pas eu besoin de la protcclion des Césars pour s'établir et pour subsister, mais qu'elle s'est, au contraire, établie et qu'elle a subsisté en dépit d'eux et malgré tous leurs efforts. L'erreur, dans ses effets, procède de haut en bas : elle commence par captiver les grands avant de fasciner le peuple. La vérité catholique procède autrement : elle a d'abord conquis les peuples, puis elle a attiré les souverains. L'empire fut chrétien avant ses muîtres. Le trône eut besoin de l'autel avant que celui-ci ne réclamât son secours. Et, je le dirai, la protection que l'Eglise accorde aux princes est mille fois plus efficace que ccilc qu'elle en reçoit. Ah! on a voulu quelquefois la protéger, cette Eglise; mais que de larmes lui ont valu ces protections intéressées ! souvent elle a eu plus à se plaindre de ses pré'cndassoatiecs que de ses persécuteurs!

Elle ne doit donc rien à la force du pouvoir ; doitelle quelque chose à la faveur des passions? .Ah ! nullement : par la mystérieuse obscurité de ses dogmes, par la sévérité de ses lois, elle les irrite au contraire, en fait des ennemies. Quel est, en effet, le vice qu'elle n'enchaîne, quel est le mauvais instinct qu'elle ne combatte? Elle condamne également la tyrannie des monarques et la rébellion des peuples, la dureié des riches et l'impatience des pauvres, la superstition des

— 2G5 — ignorants et l'orgueil des savauts. Loin donc d'avoir reçu le moindre appui humain, elle a eu et a toujours contre elle tous les intérêts terrestres, toutes les forces des puissants et toutes les passions des faibles. ainsi, taudis que le schisme et Thérésie sont toujours irosternés la face contre terre devant les rois, l'Eglise .atholique ne plie le genou que devant le Eoidu ciel; tandis que les sectes demandent à l'homme la protection et la vie, l'Eglise catholique ne demande à Dieu eue sa liberté : Vt Ecclcsia tua seciira tibi serviat libertate, parce qu'elle a en elle-même le principe de sa vie et de sa force comme le droit de son empire. Elle n'a donc besoin de tendre à personne une main suppliante. Elle ne désire et ne demande que sa liberté d'action, et;, pouraccomplir sa missioîi sur la terre, elle n'a besoin que d'elle-même. Comme le jour où l'appui l-olitique fera défaut à l'erreur, sera le jour de sa mort ; de même, le jour où l'Eglise sera libre de prêcher partout l'Evangile et de persuader ses lois, sera le jour de s<i gloire et de son triomphe. Donc, puisque l'Eglise catholique peut se passer du secours des hommes, elle est cette Eglise qui est assurée du secours de Dieu; elle est cette Eglise fondée sur Pierre, que Jésus- Christ a appelée sienne; elle est cette Eglise qu'il a établie, puisqu'elle se soutient seulement eu lui et par lui ; Tu es Petriis, etc.

Concluons donc : la jeunesse perpétuelle de l'Église, sa fécondité inépuisable, sa force immortelle, sa durée , son immutabilité sont des faits incontestables , mais des failr» contraires à toutes les cou-

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ditions, à toutes les lois auxquelles sout assujetties les œuvres humaines. C'est doue uu miracle certain, évideni, palpable de la puissance divine. Or, ce grand, cet éclatant miracle s'est oi)éré dans le p-assé, en dépit des calculs, des [!ré visions, des probabilités humaines, nouobslant les oppositions les plus tcnaces,et il s'acconijilira toujours ainsi dans l'avenir. Comme son divin fondateur, rÉglise catholique a passé par tous les genres de tentations et d'épreuves : ientutaper omnia. Satan ne peut inventer rien de nouveau pour l'abattre. Il n'a plus dans ses arsenaux de la géhenne que des armes émousséesdéjà contre elle. lia déjàemplo}é, ;)our la perdre, tous ses systèmes de destruction, tous ses efforts; il a épuisé tous ses moyens, la science et la force, la cruauté et la séduction, les scandales au dedans et l'hérésie au dehors, les sectes cachées et les schismes manifestes, les peuples et les rois ligués ensemble. On ne pourra donc , dans l'avenir, rien faire contre l'Église qui n'ait déjà été cent fois essayé contre elle. Or, elle est restée victorieuse de toutes ces attaques du passé;, elle est debout toujours; elle triomphera donc encore de tous les efforts tentés contre soti existence dans l'avenir. Ses triomphes passés sont le gage assuré, infaillible de ses triomphes futurs; car elle ne les doit point aux circonstances accidentelles et variables de temps et de lieux qui peuvent faire défaut un jour, mais à la puissance divine qui réside eu elle pour jamais.

Combien de siècles l'Eglise catholique durera-t-elle donc? Toujours. Quand fiuira-t-elle? Jamais. Le Fils

— 2G7 — de Dieu n'a point ùxù de terme à sa promesse, il n'a posé aucune condition. Il a dit, dans un sens universel et absolu, « que les portes de l'enfer ne prévaudront jamais contre l'Eglise qu'il a fondée sur Pierre.» Donc cette Église est immortelle ; car, comme nous l'avons déjà dit , éternelle pensée de Dieu réalisée dans le temps, née dans l'éternité, sa fille, elle a pour héritage l'éternité. Les fausses religions , de même qu'elles n'ont point la catholicité, qui est l'universalité du lieu, ne peuvent posséder de même la perpétuités aui est l'îiniversalité du temps. Nées hier, elles périront demain. Toute religion qui est née après l'homme, finit avant l'homme ; toute rehgion qui n'a pas vu l'origine du monde, n'en verra point la fin. L'Eglise catholique, comme Jésus-Christ dont elle est le corps mystique, est non-seulement d'hier et d'aujourd'hui (1), mais de tous les siècles. L'homme ne l'a pas formée; elle a précédé sa création. Elle a reçu dans ses bras l'humanité à sa naissance, elle l'accompagnera à sa mort ; elle a sanctifié son berceau, elle mettra le sceau à son sépulcre : née avant l'homme, elle mettra au tombeau tous les hommes. Elle ensevelira le dernier Antéchrist, comme elle a enseveli tous les autres Anlechrists, c'est-à-dire les persécuteurs et les hérésiarques qui ont précédé. Elle existait dans l'intelligence divine avant la création du monde, elle survivra à la destruction du monde ; et, quand elle aura accompli sa mission d'amour auprès de la race d'Adam dans cet exil ter-

(1) Christus lieri et hodie, ipse et in saecula {HeLr. xm).

— 2G8 — restre, elle se fera des ruines doruuivers comme un marchepied, d'où elle prendra son essor vers le ciel en chanUuil l'hAninede i,doire.

Les premiers chrétiens n'avaient que la foi j onr admettre la j)erpétuité de TEglisc ; nous, nous avons de plus rexjiérience des faits. Ceux-là ont cru que l'Eglise serait immortelle et éternelle ; nous, nous pouvons dire que nous avons vu, que r.ous voyons encore, que noi'.s touchons de la main celle imporlanle vérité. L'histoire de l'Ilglise n'est que la |)reuve continuée de celte grande parole du Fils de Dieu : « Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise, et les portes de l'enfer ne prévaudront jamais contre elle : Tu es Petrus, » etc.

Quelle est sublime la pensée qui a fait graver celte divine promesse autour de la coupole qui couronne ce temple auguste ! Coupole, prodige de l'art, majestueuse rotonde que le génie païen avait à peine osé placer sur la terre, et que le génie chrétien a soulevée hardiment dans les airs, jusqu'aux portes du ciel! Oh! comme il est doux de voir dans cette prophétie réalisée déjà, et se réalisant chaque jour; comme il est consolanld'y voir sensiblement exprimét; cette vérité devenue un fait éclatant: La promesse divine est toujours la même; elle retentit toujours avec un écho majestueux et jouissant, elle s'accomplit toujours sur î'Érjlise de Pierre. Sur ce monument gigantesque, qui semble toucher de sa cime le seuil de la Jérusalem céleste, tandis qu'il appuie sa base sur la Jérusalem terrestre, l'on est heureux de contempler le s} mboie

sensible de cette vérité : la promesse de .perpétuité a été faite seulement à l'Eglise de Pierre sur la terre, et cette Eglise est l'échelle solide qui monte au ciel. Comme l'âme est réjouie en voyant sur ce colossal monument qui domine Rome, et par Rome le monde, l'étendard de la victoire annonçant à l'univers les triomphes de l'Eghse et ses destinées éternelles!

Et nous catholiques, soyons saintement fiers d'être ses enfants ! Toutes les questions religieuses sont résolues quand est résolue celle-ci : Quelle est la vraie Eglise ? Une fois prouvé qu'une Eglise est divine, que Dieu est avec elle et en elle, il reste aussi prouvé que tout ce qu'elle enseigne est vrai et que tout ce qu'elle pratique est saint ; car Dieu ne peut être dans une Eglise tombée dans le vice ou dans Terreur. Or, l'Eglise romaine est la seule qui est une, sainte ^infaillible, féconde, apostolique, universelle, ferme, immuable, éternelle. Elle seule possède les caractères propres à une Eglise divine, les preuves extérieures qu'elle est en Dieu et avec Dieu, et que Dieu est avec elle et en elle. Grand Dieu ! combien je vous suis donc redevable! Que je suis heureux de me trouver dans son sein! Oh ! comme mon esprit se calme, comme mon cœur se dilate, comme mon âme se réjouit! Je tressaille d'une sainte joie quand je pense qne je suis dans la vraie Eglise, avec l'Eglise divine ! Je n'ai nul besoin désormais de me mettre à la torture j onr examiner et discuter la religion. Par cela seul (îue l'Eglise, ma mère, est l'unique vraie, l'unique divine, je suis certain que sa foi est vraie, que sa

morale est sainte, que son culte est pur. Je suis certain d'ôtre dans la vraie religion, de professer la vraie foi, de croire à la pure parole de Dieu, d'être son disciple, son enfant; je suis certain d'èlre sur la voie assurée du salut éternel; et si, possédant intérieurement la grâce , j'appartiens à l'esprit de cette Eglise, comme j'ai le bonheur d'appartenir à son corps par la profession extérieure de la foi, je n'ai plus rien à craindre : sans aucun doute, je me sauverai! Si je partage avec l'Eglise, ma mère, ses tentations et ses périls, vainqueur avec elle, j'irai au ciel régner avec elle !

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