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foi. Ils sont doue hors des coudilioiis du christianisme, dont la base est la foi divine. C'est ce qui fait dire à Tcrtullicn: « Si vous êtes hérétiques, si vous suivez votre opinion privée, vous n'êtes plus chrétiens: Si hœretici sunt, christiani non simt.» Nonobstant le chaos informe de leurs opinions religieuses, pénible enfantement de leurs lectures de la Dib!c, ils forment en réalité un peuple qui n'a rien dont il puisse se nourrir (1 ). Ils sont toujours affamés ; car ce ne sont pas les opinions humaines, toujours incertaines, mais les dogmes rfjym5, clairement définis, qui forment le pain, la nourriture de l'entendement, le véritable aliment de la vie spirituelle (2).
Quant aux hommes du peuple que l'hérésie tient en esclavage sous la pire des tyrannies, la tyrannie de l'erreur, ils sont réellement ces petits enfants malheureux dont a parlé le Prophète, qui demandent toujours du pain, et qui ne trouvent personne pour le leur rompre et le leur distribuer (3). Je veux dire avec Bède que, parmi les hérétiques, le peuple ignorant et inculte demande à grands cris le pain quotidien de la parole divine^ et qu'il ne trouve personne qui la lui annonce, qui lui donne le sens droit des saintes Ecritures, de la loi et des mystèreschrétiens(4).
(1) Et non habent quod manducent (Loco cit.).
(2) Paui» vilae et intellectus [Eccli. XV).
(3) Parvuli petierunt panem, et non erat qui frangeret eis (Tliren.).
(4) Quod est aliis verbis dicere : Indocti petierunt pabulum vorbi Dei, nec erant magistri, qui eis Scripturarum arcana pâte» facerent (Loco cit.).
Et comment les ministres de l'iiérésie pourraicnt-iîc préparer au peuple, en proie à la famine spirituelle, les pains et les poissons mystérieux que Jésus- Ciirist a bénits et multipliés, puisqu'ils n'ont pas les corbeilles dans lesquelles furent recueillis les restes précieux légués à notre seule Église? Comment les ministres de l'erreur pourraient-ils préparer aux intelligences affamées le pain de la yérité? Comment leur seraitil possible d'expliquer dans le vrai sens les Ecritures qu'ils ne comprennent pas? Comment pourraient-ils transmettre la véritable notion des mystères de Jésus- Christ, dont ils ont altéré l'idée ? Comment pourraieutils expliquer ses lois, quand ils en ont restreint ou nié les obligations selon leur caprice? De là vient que la prédication de l'hérésie, du reste fort bornée dans son expansion, est si froide, si incertaine, si insignifiante. Les interprétations bibliques de ses ministres se réduisent, en définitive, à des commentaires erronés contre les dogmes catholiques, tout comme ceux des rabbins juifs ne sont qu'un tissu d'idées stupides, de traits calomnieux contre la religion chrétienne. L'hérésie ne prend l'Evangile en main que pour insulter l'Eglise, comme la prétendue Synagogue n'explique la loi que pour rendre Jésus-Christ méprisable et odieux. Le pain de l'erreur est pétri de haine ; celui de la vérité Test d'amour. L'hérésie,u'enseignant que l'erreur, ne saurait apprêter ce dernier, le seul qui fortifie et qui vivifie ; elle ne peut que préparer le premier, celui qui tourmente et qui donne la mort. Au lieu de donner un aliment, elle inculque le venin; loin de
— 30S — présenter le pain et le poisson bénils par Jésus Christ, clic offre les débris de la ijcche salanique. Malgré le faux zèle avec' lequel ces étranges apôtres font semblant, de temps à autrc,dcpaitrc la foule afl'amée, leurs adhérents sont toujours jjrivés de la vraie nourriture de l'âme ; ils tombcint d'inanition et périssent en chemin.Parvuli petierunt panem,etnonerat qui franyeret eis. Qu'arrivc-t-il de cette impuissance? Les docteurs de l'hérésie prennent alors le parti le plus commode; ne pouvant expliquer l'Ecriture, ils la font lire : ils répandent à profusion la Bible; cela leur tient lieu de sermons. Siais si ceux qui distribuent ce livre sacré ne l'entendent pas, bien moins encore le comprennent ceux qui le reçoivent. La sainte Ecriture, dans les mains de l'hérésie comme dans celles du judaïsme, n'est qu'un pain entier et si dur, que personne ne peut le rompre, encore moins en manger. Ce n'est pas pour les apostats de son Eglise, comme ce n'est pas pour les Juifs, ennemis de sa personne, que Jésus-Christ l'a rompu, en a donné l'intelligence. Ces hypocrites zélateurs de la parole écrite de Dieu disent Nainement qu'ils ont tout fait pour le peuple quand ils ont distribué partout force Bibles, afin que chacun enteude à sa guise cet auguste Gode. Ils ressemblent à ces marâtres dénaturées, à ces nourrices cruelles, qui jettent aux enfants affamés un pain durci qu'elles-mêmes n'ont la force ni de rompre ni d'entamer. Ces pauvres enfants, avec ce pain entre les mains, sont sans nourriture : tel est le peuple protestant; environné, opprimé par le fardeau de tant
— 309 ~ Bibles, il reste privé de l'aliment que donne la vérité. Parvuli pctienint panem, et non erat qui frangeret eis. Privés de la vérité, qui est la nourriture de l'iiitelligence , les infortunés sont encore privés de la grâce, qui est l'aliment et le soutien du cœur. L'aspersion faite sur plusieurs à la fois, avec l'eau d( rose (1) , n'est point le Baptême. L'impanation d( Luther n'est point le sacrifice. La cène de Zuingie n'est pas X Eucharistie. La conférence directoriale do Calvin n'est pas la confession. Le 7-ite dérisoire d'un laïque en chappe qui impose les mains à un laïque à genou, n'est pas YOrclre. Les quelques prières qu'un ministre récite sur un moribond par l'organe d'un clerc de sacristie, ne sont point V Extrême -Onction. En un mot, les cérémonies ridicules et sacrilèges inventées par l'hérésie ne sont pas des sacrements qui confèrent la grâce et l'augmentent. Les rites religieux par lesquels l'hérésie a prétendu remplacer nos sacrements,qu'elle a du reste à peu près niés et détruits, n'opèrent donc rien sur le cœur de ceux qui s'y assujettissent et ne rendent personne meilleure.
(1) Il ne sert à rien de le nier, le protestantisme est tombé en pleine indifférence. Comme les dogmes les plus essentiels sont devenus de simples opinions, le premier des sacrements n'est plus qu'une stérile cérémonie à laquelle on n'ajoute plus aucune importance. Dans plusieurs endroits de l'Angleterre, on ne baptise plus qu'à Veau de rose, ou avec de Veau de Cologne: on arrose les enfants par bandes, avec le danger que l'aspersion u les atteigne pas tous ; on n'a pas soin de prononcer la forn, ■ au même moment où l'on applique la matière; ou bien une pe:,sonne prononce les paroles et une autre verse l'eau. Voilà pou^ ■ quoi on les baptise sous condition quand ils embrassent la religion catholique.
— MO — Il faut donc que riiôrétiqiie, abandonné à lui-même, à son inconstance, à sa corruption native, avec ses seules forces si frôles, si vite usées, cl parfois si vaines, il faut que T hérétique fasse seul son salut, fuie le mal, pratique le bien, s'élève à la vertu et réalise les maximes de l'Evangile. 3Iais comme les forces purement humaines ne servent à rieu pour cela, ou du moins à peu de choses, il arrive que, parmi les peuples dominés par l'hérésie, les vices triomphent, les vertus chrétiennes n'apparaissent plus, les conversions de pécheurs sont inconnues, la corruption se généralise, se prolonge froidement de l'enfance à la vieillesse, à la tombe, tandis que la perfection chrétienne n'est pas connue, même de nom. La sainteté du vrai christianisme, les sublimes vertus de l'Evangile ont fait place à une espèce de morale philosophique et de probité naturelle, fruit de l'éducation, de l'intérêt ou des convenances, et seulement bonne à sauver les apparances, sans réformer le cœur. C'est donc en vain que les âmes, chez ces nations infortunées, cherchent cette nourriture substantielle, ce pain fortifiant de la grâce do Jésus -Christ, qui élève le cœur, le purifie, le sanctifie et le divinise, hélas! elles ne le trouvent nulle part! Ni les fades homélies qu'elles écoutent , ni les exemples qui les entourent, ni les rits qu'elles observent n'ont d'action, d'efficacité sur elles. Ah ! elles ne peuvent que rester en proie à une faim dévorante, funeste prélude de la mort spirituelle. Parvuli petierimt paiiem^ et non erat qui frangerel eis.
Il est (lil des troupes faméliques du désert qu'elles étaient comme des brebis sans pasteur, abandonnées et dispersées (1), parce que, selon les interprètes, les Scribes et les Pharisiens, qui gouvernaient dans l'ordre spirituel la nation juive, n'étaient que de vils, d'avides mercenaires, ne cherchant que leurs propres avantages dans les ofiSces et la dignité sacerdotale, qu'ils se disputaient à l'envi par les moyens les. plus scandaleux et les plus ignobles, et non le salut de leurs troupeaux (2).
Voilà le portrait des riches prébendiers de l'hérésie. Ils ne sont évêques, archevêques, doyens, chaqoines, que pour jouir des gros revenus annexés à leur dignité , dépouilles sacrilèges de l'Eglise catholique; pour nourrir un troupeau d'enfants, de brus, de gendres, de neveux, de chiens et de chevcaux; pour acquérir des fonds, des droits de chasse, des maisons de campagne et des palais ; pour parcourir joyeusement le monde ; pour mener une vie toute sensuelle et profane parmi les délices d'un luxe insultant, et non pour soutenir les fonctions de leur ministère, devenu désormais un pur titre laïque, une simple profession civile, bonne à faire vivre les cadets de l'aristocratie. L'hérésie, on le voit maintenant ou jamais, est tout à l'avantage temporel de ceux qui l'ont faite, sans qu'elle puisse rien pour le bien spirituel de ceux qui la suivent.
(1) Sicut oves non habentes pastorem (Loco cit.). (9.] Scrihte enim non erant pastores, sed merceuarii,quaerente3 sua lucra, et non ovium salutem (Corn, a Lap., m siv Matth.).
— :\\-2 — Kii effet , quel est celui d'entre ces faux pro- |)hètes qui se donne le moindre souci à l'endroit du pauvre peuple, se corrompant cliaque jour davantage; à l'endroit du libertinage, levant de plus en ])lus la tête; à l'endroit de l'incrédulité, cliaque jour plus universelle ? Y en a-t-il un seul, un seul parmi eux tous qui fasse un effort, jette un cri d'alarme, pousse un soupir pour arrêter la prostitution, l'usure, le parjure, l'athéisme, le suicide? Où est-il ? qu'Use montre ! où sont ses livres, ses écrits ? Les progrès toujours croissants de la religion catholique , sont seuls capables de réveiller de temps en temps leur bigotisme d'apparat (1). Alors il fait quelques mouvements convulsifS;, éclate en quelques absurdes calomnies, en quelques blasphèmes atroces contre nous; puis il retombe dans son sommeil voluptueux. L'affaire dv l'âme, dans le système hérétique, est une affaire pour laquelle l'homme ne peut compter que sur lui-même. Nul n'y tend une main fraternelle pour vous aider à sortir de l'abîme du vice. Nul ne s'inquiète de la manière dont on vit, ni de l'état dans lequel on meurt ; sans aide, sans aucune direction morale durant la vie, la plèbe est abandonnée à la mort, sar.s consolalion, sans espérance et sans soutien. La raison de ce triste état de choses, c'est que la nulUté et ie vide du ministère ecclésiastique de
(1) Voir Genève, où la corruption du peuple est immense; et, parce que le catholicisme y est eu progrès, tous les ministres sonnent la cliarge : « Dirigez vos efl'orts contre le vice, et laissez les catholiques en paix : réformez-vous vous-mêmes. » {Note du, traducteur.)
l'hérésie est éj^aleiiieut senti et de qui l'exerce et de qui devrait eu retirer du profit. Les uns savent fort bien qu'ils n'out rien à donner dans l'ordre du salut éternel ; les autres, qu'ils n'ont rien à recevoir. C'est pourquoi pasteurs et brebis, ministres et peuples, laïques et clercs, sauf de très-rares exceptions, au lieu de se rechercher, se fuient mutuellement, ne s'inspirent et ne se rendent qu'une mutuelle indifférence, et souvent de plus, une haine et un mépris réciproques. Extérieurement unis par les liens des convenances ou de la nationalité (Genève), sous la dénomination d'une même Eglise, ils sout toutefois très-divisés de cœur et d'esprit. Ils ne forment que des agrégations coalisées par l'intérêt et par la ;;o/<Yegz<e, au lieu d'être des commvnions religieuses. Oh ! troupes malheureuses, peuples infortunés, que vous êtes à plaindre sous l'oppression spirituelle de l'hérésie ! Qu'il serait cruel, celui qui ne sentirait dans le cœur aucune pitié pour vous ! Vous présentez ce spectacle d'une multitude d'infirmes sans médecins, de disciples sansmaîtres, d'affamés sans nourriture, d'aiiérés sans rafraîchissements , d'enfants sans nourrices ! Hélas î héhis ! vous ne pouvez que périr ! Il n'y a parmi ^ous ni bergerie, ni troupeau, ni pasteurs ! Tous y sont pasteurs d'eux-mêmes, ou pasteurs sans brebis, ou brebis sans pasteurs, et par cela même vous êtes sans pâture, sans guide, sans défense : Erarit sicut oves non habentes pasforem.
Observez, mes frères, combien est différente notre
condition, à nons qui appartenons à la vraie Eglise ! Oh ! combien ils sont tenus de rendre grâces, ceux que la divine bonté fait naître dans son sein maternel ! Voyez ce peuple dont nous parle l'évangile de ce jour. Dans cette multitude d'environ douze mille personnes, la plupart femmes et enfants, il n'y a ni confusion, ni tumulte. Cette foule se laisse paisiblement partager en centuries, et chacune de cellesci obéit et se place sans bruit au lieu indiqué par les apôtres. Personne ne murmure, nul ne se plaint de ceux qui sont servis les premiers. Aucun ne craint qu'il ne reste plus rien pour lui-même. Chacun est assuré de recevoir h son tour sa portion. Ah ! les apôtres ont parlé à ce peuple au nom de Jésus-Christ; de là sa docilité entière, son obéissance prompte, sa confiance parfaite. Les apôtres distribuent le pain béni de la grâce et de l'amour de Jésus-Christ ; c'est pourquoi personne n'est oublié, personne n'est exclu, chacun reçoit et mange sa part de la nourriture miraculeuse : ^hmducaverunt omnes. Tous en mangent autant que chacun en a besoin, que chacun en veut, que chacun en demande : Quantum volebant, et tous sont contents, fortifiés et rassasiés : Et satiirati sunt. Or, voilà l'image de l'Église catholique, de la vraie Église.
Les pasteurs qui la gouvernent sont les successeurs légitimes des apôtres; ils parlent aux peuples catholiques au nom de Jésus-Christ, qu'eux seuls peuvent invoquer; seuls ils exercent son autorité, car seuls ils en sont revêtus ; et ils reçoivent seuls obc».-*-
sance des peuples; ils maintiennent un ordre admirable parmi les millions de catholiques répandus sur la superficie du globe et divisés en tant d'Eglises particulières. Ils en forment ainsi une seule Eglise, une seule bergerie, un seul troupeau sous un seul pasteur, le vicaire de Jésus -Christ. Où Jésus-Christ est présent dans la personne de son vicaire, où les apôtres sont présents avec Jésus-Christ dans la personne des évoques leurs successeurs, là doit de toute nécessité régner Tordre, l'unité, l'harmonie, et il j a conséquemment abondance de nourriture et de rafraîchissements pour tous.
Que nous sommes heureux de nous trouver en si bonne compagnie, dans notre voyage à travers le désert de cette misérable vie ! Comme les prophètes l'avaient aunoncé, ce désert se dépouille à notre égard de l'horreur de son aspect sauvage; il perd sa stérilité naturelle et se change en un champ fertile, dans lequel la grosse abondance des fruits va de pair avec l'aménité du lieu (1). Nous y trouvons r.otre pain découpé, notre poisson préparé, si bien que les femmes et les petits enfants eux-mêmes, parvidi et midieres, peuvent s'en nourrir sans diffici'lié, sans effort. Nous possédons, en effet, les dociiiiies de la foi, les secrets des divines Ecritures, les ; romesses, les lois de Dieu, les oracles réduits à notre taille, formulés clairement, uniformément, avec détails dans les catéchismes , dans les livres
(1) Déserta in civitatem versa (Isa. v). Pinguescent specioia deserti [Ps. lxivj.
— 31G — de piété, dans les instruclioiis et les sermons, en sorte que les personnes les plus ignorantes, les intelligences les plus rudes peuvent facilement les apprendre. Nous recevons cette divine nourriture des mains des successeurs des apôtres mêmes; nous sommes donc certains que c'est le pain et le poissow bénits par Jésus-Christ, le pain du froment choisi sans mélange d'ivraie, d'impostures des hommes: nous savons que c'est la pure doctrine de Jésus. Christ, parce que les apôtres l'ont reçue et apprise immédiatement de Jésus-Christ, et que leurs successeurs la maintiennent intacte, telle qu'ils l'ont reçue d'eux ; nous sommes sûrs, en un mot, que nous entendons la véritable parole de Dieu, que nous sommes ses vrais disciples, sa seule école (1).
Avec la nourriture de la doctrine céleste nous avons encore en abondance celle de la grâce. Avec le pain de V entendement, nous avons encore le pain do la vie dans l'usage, libre pour tous, des sacrements. Entrés dans cette Eglise par le Baptême; nous avons la Pénitence, pour recouvrer la grâce perdue ; nous avons Y Eucharistie, dans laquelle nous recevons son auteur même ; nous avons la Confirmation, qui nous remplit de courage durant la vie ; V Extrême-Onction, qui nous fortifie à la mort ; le 31aria(je, qui sanctifie la famille ; VOrdre^ qui élève et perpétue le sacerdoce de Jésus-Christ. Comme la manne du désert conve* nait a tous les goûts, de même la grâce, dispensée par les sacrements, est adaptée à tous les besoins de
(1) Docibiles Dei (Joan. vi).
Thomme spirituel ; elle s'adapte à toutes les coraplexions, à toutes les faiblesses ; c'est le baume pour toutes les blessures, la médecine de toutes les infirmités.
Ce n'est pas vainement que Jésus-Christ a dit dans la personne des apôtres, à leurs successeurs, à nos évêques, à nos pasteurs : « Donnez vous-mêmes à manger à cette foule : Vus date illis manducare. » Cette parole divine a, dans l'Eglise catholique, un écho toujours durable et toujours puissant. Comme elle rappelle toujours à nos pasteurs l'obligation qu'ils ont de nous paître, de même elle iuspire aux fidèles la confiance qu'ils le seront toujours. Elle lie pour jamais les pasteurs aux brebis et les brebis aux pasteurs, par les chaînes d'un sentiment spirituel. Ainsi, dans les prêtres zélés, nous en possédons qui nous corrigent quand nous faisons mal, qui nous cherchent quand nous sommes égarés, qui nous conseillent dans les doutes, qui nous soutiennent dans les tentations, qui nous consolent dans l'affliction, qui nous guident quand nous sommes incertains de I3 ^oute, qui nous assistent dans les craintes de la mort, qui nous font échapper à l'enfer , qui abrègent nos peines dans le purgatoire, qui nous ouvrent les portes du ciel. Dans rÉglise catholique, nul danger que les aliments spirituels nous manquent. Les sept corbeilles sont toujours pleines, les dispensateurs toujours prêts, le pain et le poisson toujours préparés : nous pouvons il chaque heure manger, nous nourrir de la céleste manne, que ce soit une nécessité ou un plaisir pour
— 3IS — nous (1). Malheureux, que l'hérésie a séparés de nous, vous mourez de faim à la vue de cette abondance do la maison de Celui qui fut aussi votre Père, de ces aliments inépuisables où se rassasient et les âmes sublimes qui prennent rang parmi les enfants choisis, et les plus humbles serviteurs de Dieu (2) ! Ah ! retournez à la maison paternelle que vous avez abandonnée pour votre malheur. Venez partager les biens patrimoniaux dont le peuple catholique dispose en maître, comme le premier-né, heureux d'être toujours resté en la compagnie de sou tendre Père et de lui avoir toujours obéi (3). Hâtez-vous d'accourir à la table commune réparer les forces que vous avez perdues par une si longue abstinence ; il y a place pour tous et toujours. Vous mangerez avec nous, et vous serez rassasiés comme nous (4).
SECONDE PARTIE
Il n'y a peut-être rien dans l'Évangile de plus touchant que ces paroles prononcées par le Sauveur dai'.s ce désert : « Je me sens mourir de compassion à la vue de cette multitude qui, pour me suivre, est restée trois jours sans manger, et n'a point de nourri-
(1) Et manducaverunt omnes quantum volebant, et saturati sunt {Luc. IX, 17).
(2) Quanti mercenarii in domo patris mei abundant panibus ; ego autem hic famé pereo.
(3) Tu semper mecum es, et oraaia mea tua sunt.
(4) Et manducaverunt omue», quantum volebant, et saturati uut U'Oco cit.).
turc pour se restaurer. Ah! je ne peux cousentir à ce qu'elle se retire dans ce dénûment ; elle tomberait en chemin de faiblesse (I). » Nous connaissons, mes frères, par ces paroles du Sauveur de quelle trempe est son cœur. Ce doux Jésus ne renvoie personne sans le soulager. Ah ! fasse le Ciel que tous les hommes accourent à ses pieds ! Comme il les accueillerait avec bonté, les nourrirait de sa grâce, les enivrerait de son amour (2) ! Le Sauveur, dit saint Ambroise, nous a révélé par cette tendresse pour le peuple juif qui le suivait, son ardent désir de guérir les infirmités du peuple chrétien. Dès cette heure il bénit et brise le pain de la doctrine et des sacrements ; il multiplie ce pain divin dans les mains des successeurs des apôtres ; il leur ordonne de le distribuer à tous sans exclusion ; il est, dès cette heure, le restaurateur et le père de tous (3). Si donc nous sommes faibles, si le plus léger choc de la tentation nous abat ; si nous nous sentons oppressés par la langueur spirituelle, incapables de nous tenir sur pieds, ne pouvant que tomber sur notre route si souvent , que le nombre de nos chutes, dans la carrière de la vie, est égal au nombre de nos pas, à qui devons-nous attribuer la cause de tant de misères? Ce n'est, certes, pas
(1) Misereor super turbas ; quia ecce jam triduo persévérant mecum, et non habent quod manducent, et dimittere eos jejunos nolo, ne deflciant in via.
(2) Cbristus neminem jéjunum dimittit : omnes enim viilt sua gratta enutriri (Theopb., Expos.).
(3) Dividit esca» Dominus Jesu» : vult dare omnibus, negat nemini. Dispensator enim est omnium (Ambr., Expos,).
à la divine bonté qui, dans l'Église calholique où elle nous a réunis, et par les malus de ses ministres pour nous le luire distribuer, préparc toujours raliment de sa grâce, source de toute force et de toute vigueur. C'est notre faute à nous seuls, puisque nous ne voulons pas même nous donner la peine d'étendre la main pour recevoir la nourriture qui nous est si libéralement offerte (1).
Si les hérétiques sont coupables de ne pas accourir du sein de leurs Églises menteuses "vers l'unique Église dispensatrice de la vérité et de la grâce dont ils sont privés, combien sont plus coupables lescatlioliques qui les ontsiprèsd'eux,et ne s'en soucient pas; qui les trouvent partout sous leurs mains, et les méprisent : ils ont la faculté d'entendre la parole de Dieu, et ils ne l'écouteut point ; de recevoir les sacrements, et ils ne les fréquentent pas ! Hélas ! il y a pour ainsi dire dans chaque contrée catholique deux contrées différentes. A côté de la mystique cité de Dieu édifiée par l'amour divin, se trouve la cité du démon fondée par l'amour propre de l'homme. Jérusalem renferme Ninive et Babylone, les pécheurs et le peuple élu, les vrais chrétiens, les témoins vivants de la sainteté de la loi et de la vérité de la foi! Ce peuple saint et exemplaire fréquente les églises, participe aux sacrements, suit avec une admirable dévotion et une constance invincible toutes les pratiques
(1) Sed cum illo panes fraTic;it, et dat discipulis, si tu manus non extfndis luas m act-ipias tiln cscias, delicies in via, nec poleris in eum culpam j'elen'c (^hl. iiiid.).
delà religion, et. exerce toutes les œuvres delà charité. Mais, hélas, si le peuple pécheur qui vit à ses côtés, se dit catholique; en vérité il n'appartient pas à l'esprit de l'Église catholique, il en est au contraire le déshonneur. Profane dans ses pensées, libre dans ses discours, léger dans ses jugements, corrompu et efféminé dans sa manière de vivre, il a l'esprit rempli des préjugés et des maximes du monde ; il ignore les priiicipes de la rehgion. Comblé de vices, pauvre de vertus, vous le voyez accourir en foule aux divertissements, aux jeux, aux parties de plaisir, aux proraeuades, aux spectacles. Il ne va aux églises que pour les profaner par le luxe de ses habits, par la licence de son babil, par Teffronterie de ses regards, par l'indécence de sa tenuc^, par le scandale de ses irrévérences, parle sacrilège de son irréligion. n reste donc à jeun au milieu de l'abondance, do la profusion de la nourriture spirituelle et de tant de moyens d'édification et de salut ; c'est pourquoi il est toujours faible, il rampe sur terre, et peut-être gitil honteusement dans la fange de tous les crimes.
Ah ! pauvres misérables! Il viendra aussi pour vous cet instant terrible où, dans la solitude de votre mérite absent, seuls avec l'infâme cortège de vos vices, vous vous présenterez au tribunal de Jésus-Christ. ]Nul de vous ne pourra se soustraire à sou terrible appel (1). Jésus-Christ vous dira donc, comme vous l'assure saint Ainbroise : Et vous aussi, cnlholiqao, vous aussi ecclésiastique, religieux, vous vous trouvez
[l^ Omnes nos transite oportot anto Iribunn! Cliristi (II. Cor.). II. 21
— 32-2 — devant moidaiisratliLiidcdupOclieur cl ducoupablc? Quoi ! n'éliez-vous pas dans mon Eglise, ne vous eu avais-je pas fait nombre sans mérite aucun de votre part, ne vous avais-je pas comblé de toutes mes grâces? Ne vous ai-je pas laissé, préparé en abondance, le pain de ma doctrine et de mes sacrements? Mes ministres ne furent-ils pas toujours prêts i\ vous le partager selon mes ordres? Pourquoi donc votre nudité spirituelle ? Pourquoi votre vie entière n'a-tcllc été qu'un tissu de scandales et de péché, sinon parce que vous avez refusé les dons de ma libéralité et démon amour, et parce que, de tant de moyens que je vous avais fournis pour votre salut, vous n'avez pas voulu en choisir un seul pour vivre en chrétien (I)? Eh bien, vous n'avez pas voulu de ma grâce, vous n'aurez pas non plus de ma gloire. Vous avez refusé le pain de ma bénédiction et de ma miséricorde, vous brûlerez au feu de ma malédiction et de ma justice. Yous préférâtes servir le démon comme un maître; qu'il soit à présent votre bourreau! Vous avez fidèlement suivi ses inspirations, allez maintenant partager son châtiment. Vous avez méprisé mon paradis, voilà l'enfer ouvert sous vos pieds; ce sera votre éternelle demeure (2),
Ah ! chrétiens, devenons sages taudis qu'il en est temps encore. Persuadons-nous bien que notre Dieu
(1) Nonne panes fregi? Nonne jiissi dari? Qua ergo ratione defecisti in via? Quia accipere noluisti (Ambr., Expos.).
(2) Discede a me, maledicte, in ignem œtcrnuni, qui paratus est diabolo et angclis ejus {Matth.).
est un Dieu dont la justice est infinie comme sa miséricorde ; on ne méprise pas impunément les privilèges, les grâces dont il nous a comblée dans l'Eglise. Soyons bien certains que notre jugement sera mille fois plus sévère que celui des peuples malheureux nés dans le sein du paganisme^ du mahométisme, de l'hérésie ; que notre enfer sera d'autant plus atroce, que les moyens mis à notre disposition pour l'éviter, ont été plus extraordinaires, plus efficaces et plus abondants ; et n'oublions pas que la grandeur et la profusion des bienfaits dont Dieu nous comble à présent, sera la mesure terrible de ses châtiments. Pensons donc que nous avons une mort à subir, un compte strict à rendre, une âme à sauver. Allons souvent écouter la parole divine ; fréquentons les sacrements,, profitons de la grâce que le Seigneur nous offre à présent avec tant de libéralité, afin que, fortifiés, raffermis par cette divine nourriture, nous puissions, comme Elle, marcher sans danger jusque vers la céleste montagne et parvenir à la gloire du ciel (1). Ainsi soit-il!
(1) Et ambulavit in fortitudine cibi hujus usque ad moulem Dei.