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LE MYSTÈRE DE LA GRACE

{Joan. YI, 5-42).

Attingil a fine usque ad linem fortiter, et disponit omuia suaviter. (Sapiem. viii).

Quel admirable langage que celui des livres saints! Par ces deux paroles de la Sagesse, l'Ecriture nous a révélé avec une clarté parfaite et une élégante beauté d'expression le mystère de l'action de Dieu sur le cœur de l'homme, en un mot, l'incomparable mystère de la grâce. En effet, cette divine Sagesse nous dit équivalemment où l'action de la créature exclut

(I) Après qii'Hérode eut emprisonné saint Jean, qui le reprenait de sa vie incestueuse, Jésus-Christ, qui avait abandonné la Judée, se dirigea pour la seconde fois vers cette l'égion. Ces doux provinces étaient séparées par celle de Samarie. Ce fut en traversant ce royaume que le Sauveur opéra le miracle si touchant de la conversion de la Samaritaine et de plusieurs de ses concitoyens, qui crurent au Messie. Ce fait arriva au mois de janvier, en l'an 31 de l'âge du Sauveur et avant sa prédication publique. Saint Jean seul raconte cette admirable histoire qu'on lit le mercredi après le troisième dimanche de Carême.

l'amour, si elle s'appuie sur la force ; ou elle n'obtient pas les conquêtes étendues et rapides de la force, si elle a recours à l'amour : l'action seule du Créateur entraîne puissamment d'une limite du monde moral à l'autre, du \'ice à la vertu, delà terre au ciel l'âme humaine, mais sans lui faire violence; et l'amour et la force, deux choses si contradictoires entre elles, se concilient avec une parfaite harmonie dans cette action divine ; elles s'y trouvent admirablement unies ensemble ; Attingit a fine usque ad finem fortiter, et disponit omnia siiaviter. L'action divine sur l'homme le conduit donc où elle veut, mais sans le dépouiller de sa liberté ; elle opère en lui, et elle lui laisse tout le mérite de son œuvre; elle semble ne rien lui refuser, et elle en obtient tout ; elle seconde ses inclinations, et elle lui fait aimer la volonté du ciel ; elle lui cède, et elle l'attire; elle lui obéit, et elle le domine; elle se soumet à lui en quelque sorte, et elle s'en rend maîtresse. Précieuse servitude qui rend l'homme prisonnier de Dieu ! Délicieux esclavage dans lequel les chaînes donnent la liberté ; servitude glorieuse, obéissance dominatrice , car l'amour et la force y conspirent si bien ensemble, que le premier ne diminue en rien les conquêtes de la dernière, et que celleci n'enlève rien au charme, à la suavité de sa compngne : un amour violent et une violence amoureuse, une suavité forte et une force suave triomphent de tout sans rien détruire!

C'est ici, mes chers frères, le grand mystère de la grâce que l'incrédule nie, parce qu'il ne ie connaît

pas; que riiéréliqiic blaspliômc, parce qu'il le connaît mal, et que le seul catholique croit et houorc, parce que l'Eglise le lui présento dans toute la pureté de sa vérité et dans tous les charmes de sa beauté. Ne me demandez pas ce qu'il est : si c'est l'attrait irrésistible^ si c'est la délectation victorieuse ; je ne saurais vous le dire, parce que c'est un mystère et un grand mystère. Mais il a plu à Dieu, qui en est l'auteur, de nous faire voir, dans la conversion de la Samaritaine, comment la grâce opère sur le cœur et comment elle parvient aux conquêtes de la force, sans employer d'autres armes que celles de la douceur et de l'amour (1). Etudions cette belle et importante leçon dans le tableau tracé de main de maître, par saint Jean, dans l'évangile de ce jour. Voyons comment Jésus-Christ appelle la Samaritaine, la convertit, la sanctifie et la couronne, afin que nous apprenions à correspondre à l'appel divin, pour en obtenir les mêmes effets et les mêmes récompenses,

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