PREMIÈRE PARTIE
Etait-il nécessaire que l'évangéliste commençât, pour raconter ce magnifique prodige, par dire qu'il arriva dans la cité célèbre de Sichar ('2), dans le
(1) Attingit a fine usque ad fînem fortiter, et disponit omnia
suaviter.
(2) C'est la ville de Sichem, appelée par corruption Sichar. Au temps d'Alexandre-le-Grand, elle s'appelait Néapolis; aujourd'hui, elle se nomme Pelouse ou Napelov.se. Celte villeest célèbre dans l'Ecriture. Saint Jérôme pense que c'est la même que Salem, ùoiii
domaine même que le patriarche Jacob avait légué à son fils Joseph, dix-huit siècles auparavant, auprès de a fo ntaiue appelée, pour cette raison, la fontaine dt Jacob (1)? Pourquoi nous faire connaître cette autre circonstance, ajoutant que le Sauveur, fatigué de son voyage, s'assit près de la source, vers la sixième heure du jour, c'est-à-dire à midi (2)*^ C'est que, si ces circonstances ne sont pas d'un grand intérêt pour l'intégrité de l'histoire, elles sont cependant très -importantes pour l'intelligence et pour l'unité du mystère. D'ailleurs, en voyant la diligence avec laquelle saint Jean les signale, nous devons comprendre, dit saint Augustin, qu'il s'agit ici d'un grand événement, et être attentifs aux plus petites particularités, pour tâcher de le comprendre (3). Premièrement les prophètes, même l'archange Gabriel, avaient dit, en an-
Molchisédech était roi. C'est dans cette ville qu'Abraham, en revenant de la Mésopotamie, éleva un autel au vrai Dieu et qu'il reçut la promesse de posséder un jour cette terre. Jacob y acheta la terre qu'il légua ensuite à Joseph et où il se fixa jusqu'au massacre que ses fils firent des habitants de Sichem, ce qui l'obligea à quitter cette région. «J'rfst là que Joseph fut enseveli- Josué la déclara ville de refuge. Jéroboam eu fit la capitale du royaume de Samarie, quand il eut arraché les dis tribus à l'obéissance de l'insensé Roboam. Mais cette ville doit sa plus grande célébrité au miracle que le Fils de Dieu y opéra quand il convertit la Samaritaine et un grand nombre de ses concitoyens.
(1) In civitatem Samariœ, quœ dicitur Sichar, juxta praedium quod dédit Jacob Joseph filio suo; erat autem ibi fons Jacob {Joan. lY, 5, 6).
(2) Jésus ergo fatigatus ex itinere, sedebat sic supra fontem. Hora erat quasi sexta (Loco cit.).
(3) Hœc omnia innuuut aliquid; attentes nos faciunt, et ut pulsemus hortantur (Aug., Tract. 20 in Joan.).
— 3-28 — nonçant l'incarnation et la naissance du Messie, qu'il rôLçnerait élcrncllement sur la maison de Jacob (1), c'c'st-à-dirc dans TEglisc, comme l'expliquent unanimement les Pores et les interprètes. L'Eglise est, eu effet, la vraie maison de Jacob; car elle est née de Jésus-Christ, de Marie et dos Apôtres, tous juifs d'origine et descendants de ce patriarche : elle commence sur la terre , et elle durera étcrnellemeiit dans les cieux. L'Évangélistc, en disant que la conversion de la Samaritaine arriva dans le domaine légué à Joseph, auprès d'une fontaine d'eau vive, a voulu nous indiquer que les conversions s'opèrent dans l'Eglise donnée par Dieu en héritage à son Fils Jésus-Christ; que la fontaine des eaux vives de la grùce se trouve uniquement dans cette terre divine où Jésus s'est assis, où il demeure, comme il l'assure par ces paroles : « Je suis et serai avec vous jusqu'à la fin des siècles (2). » L'écrivain sacré remarque que ce champ et cette fontaine étaient près de Sichar, capitale du royaume de Samarie, qui, depuis sa séparation d'avec Juda, par l'altération successive des saintes Ecritures et des traditions, était devenu, au temps de Jésus- Christ, à moitié idolâtre. Saint Jean, en rappelant cette vérité, enseigne que si le champ et la fontaine de Jacob, acquis par les patriarches, pour leur foi ardente, avaient été enlevés aux Juifs, pour le péché de ces derniers, pour l'infidélité obstinée des fds de Jacob, le royaume de Dieu, ou l'Eglise, la source
(11 Et regnabit in domo Jacob in aeternum {Luc. i).
(2) Ecce ego vobiscum sum usque ad consummationem s;Eculi.
des grâces, devait passer sous peu des mains des Juifs dans celles des Gentils (1). Cette Samaritaine, cette étrangère à Jérusalem , cette fdle d'une ville, schisraatique et idolâtre , qui se convertit à Jésus- Christ est, dit saint Augustin, la figure de notre Eglise, avant son état de justice et de sainteté, de notre Église fondée par la conversion des Gentils (2). L'évangéliste remarque enfin que Jésus-Clnnst ne s'assit auprès de la fontaine symbolique que lorsqn'il fut harassé de la fatigue du chemin , et seulement vers la sixième heure. Or, ce chemin qui fatigua le Christ, continue saint Augustin, c'est sa vie mortelle supportée par l'humanité qu'il nous avait empruntée ; car, comme Dieu, il est partout, infatigable et ne passe pas d'un lieu dans un autre. Quand donc il voyage, c'est comme homme, sous les formes visibles avec lesquelles il est venu à nous. Ainsi celui qui, fatigué de son voyage, se repose vers la sixième heure, c'est le Sauveur adorable qui, infirme et faible par la misère de notre chair, devait, vers la sixième heure, s'é-, tendre sur la croix comme pour s'y reposer (3).
(1) Ex commemoratioue foutis et prœdii odocemur, quod ea quse patriarclise propter fidom adepti sunt, Jndœi prreter impietatem perdideruiit, et eorum loco gcntibus tradita sunt. Quare nibil novi niinc accidit, quod Gentiles pro Judœis regnuiii cœlorum consecuti sint (Tlieoph., Expos.).
(2) Hœc mulier est forma Ecclesiœ non justificatte sed justificandae, quaî ventura erat de gentibus et aliéna a génère JudaeC" rum (Beda, ihid.).
(.3) Iter ipsius est caro pro nobis assumpta. — Qui cnim ubique est, que it? nisi quia non ad nos veniret, nisi forinam visibilis carnis assumeret. — Fatigalus ab itinere, nibil abud est, nisi fatigatus in carne (Aug., loco cit.).
Que ce mystère est beau ! Si Jésus-Christ ne se fatigue pas, il ne s'assied pas vers l'heure de acxte près de la fontaine; cette eau n'a aucune cfïicacilé, et la Samaritaine ne se convertit point. Ainsi la suavité, la force de la grâce de Jésus-Christ, rcfficacité de ses sacrements viennent de ses fatigues, c'est-à-dire de sa vie laborieuse, humble, pénitente, de sa passion et de sa mort sur la croix. Et c'est de cette croix, des plaies cruelles du divin Crucifié, que jaillissent les sources miséricordieuses où toutes les nations, figurées par la Samaritaine, sont venues, pleines d'allégresse, puiser les eaux mystérieuses du salut (I).
Jésus-Christ, reprend saint Augustin, est fort et il est faible : il est fort, parce qu'il est le Yerbe de Dieu; il est faible, parce que ce Verbe de Dieu s'est fait homme. La force de Jésus-Christ nous a créés; sa faiblesse nous a rachetés. Il a créé le monde par la puissance de sa parole, il a fait que ce qui n'était pas fut ; il a restauré le monde par les tourments de son humanité ; il a fait que ce qui était ne tombât pas eu ruine. Oh! précieuse fatigue de notre Sauveur, ajoute le même Père! nous lui devons toute notre vigueur ; quand nous en sommes abandonnés, nous devenons faibles, et si nous lui sommes unis, nous devenons robustes et forts. Sa fatigue nous délasse, sa peine nous récrée, son épuisement nous fortifie, son infirmité nous guérit, sa mort nous rend la vie (2).
(1) Haurietis aquas in gaiidio de fontibns Salvatoris {Isa. xn).
(2) Invenieâ Jesuiu forlcm et infirmum : fortem, quia vei'bum
Admirable économie des divines Écritures! Dans la présente histoire, il s'agit de Faction de la grâce sur lame, et TEsprit-Saint commence par nous indiquer : 1° la source de cette grâce, c'est-à-dire la fatigue ou la mort de Jésus-Christ ; 2" le lieu où elle se trouve, c'est-à-dire la vraie Église; 3" les personnes auxquelles elle est gratuitement accordée, c'est-à-dire les Gentils, étrangers au peuple choisi, c'est-à-dire l'univers entier. Tels sont les caractères essentiels, les qualités générales de la grâce ; considérons maintenant en détail son action, en même temps forte et suave, sur l'âme humaine.
Le Sauveur, exténué de fatigaè comme homme, s'était assis près de la fontaine de Jacob (1); et voici venir de la ville voisine, de Sichar la schismatique, pour puiser de l'eau à la même fontaine, une femme appelée Photine (2), veuve, de mœurs mauvaises et d'une réputation pire encore (3). Comme les femmes ses pareilles, elle est arrogante de ton, impudente
Dei; infirmum, quia Verbum caro factum est. — Fortitudo Christi te creavit ; infirinitas Christi te recreavit. — Fortis fecit ut esset quod non erat ; infirmiis fecit, ut quod erat non periret. — Non frustra fatigatur per qucm faligati recreantur; quo deserente fatigamnr, quo prœsonte firmamur (Aug., loco cit.).
(1) Faligatus ex itiuere sedsbat sic supra foutem.
(2) On lit dans le Martyrologe romain, le 20 mars :« Le même jour est la fête des saints Photine la Scwiaritaine ; Jose-ph et Victor, ses fils; Sébastien, capitaine; Anatole, Pliocie, Photis, Parascève et Cyriaque, ses sœurs, qui tous confessèrent Jésus-Christ et subirent le martyre. » Le même jour, on lit les mêmes paroles dans le Mênéloge des Grecs et dans un très-antique Martyrologe du Mont-Cassin.
(3) Venit mulier de Samaria haurire aquam (JoaJi. iv, 7).
de regards, libre de manières, indécente dans ses habits; toute sa personne inspire la hibricité. Ne refusez pas, âmes candides et cliasles, de la considérer quelque peu; car il ne déplaît pas au Dieu de pureté de lier conversation avec elle. En effet, lorsqu'elle avait déjà rempli ses vases d'eau (1), lorsqu'elle partait, ne se doutant pas de l;i i>ràce qu'elle fujait, ni du bonheur qui l'attendait, le Sauveur l'arrête en chemin et lui dit de sa voix suave : « Femme, j'ai soif : ne me donnerais-tu pas un peu d'eau (2)? » A cette demande inattendue, Photine, impatiente et surprise, répond : « Quoi! un Juif me demande à boire, à moi qui suis Samaritaine? Ne devrais-tu pas te rappeler qu'il n'y a rien de commun entre nous (3)? « Il n'y avait, en effet, qu'un schisme profond et une haine réciproque de communs entre les deux peuples, au point que, pour eux, c'était un sacrilège de se servir réciproquement des mêmes vases ou des mêmes ustensiles (4). Mais le Sauveur, en manifestant ses besoins à cette femme, nous fit connaître, dès ce mo-
(1) Tout puits est fontaine, remarque à ce sujet saint Augustin, mais chaque fontaine n'est pas un puits. Toute eau qui sort de la terre et à laquelle on peut puiser, s'appelle fontaine; mais si la source est à la surface du sol, on l'appelle simplement fontaine ; si elle est profonde, on l'appelle puits, et en même temps elle conserve aussi le nom de fontaine. Voilà pourquoi ce puits que Jacob avait fait creuser en ce lieu pour l'usage de sa famille et des siens s'appelle, dans l'Evangile, tantôt puits, tantôt fontaine (Aug., Tract. 25 in Joan.).
(2) Mulier, da milii bibere {klem.).
(3 Q lomodo tu Jiidœus cum sis, bibere a me poscis, quœ sum mulier Samaritana (Ihid.)1
^4) Non euim coutuntur Judaei Samaritanis {Ihid.).
ment, qu'il anéantissait les scrupules religieux qui séparaient les Juifs des Gentils, qu'il en ferait une seule nation, et que tous les peuples, sans distinction d'origiue ni de mœurs, en signe de l'unité de la foi, devaient boire au calice consacré par ses lèvres divines.
Mais comment le Sauveur, la fontaine des grâces, peut-il éprouver la soif, dit saint Ambroise? C'est que Jésus-Christ a soif de notre salut, de la rédemption des hommes (I). Saint Augustin dit à son tour : La soif du Sauveur provient plus de son cœur que de sa bouche. Il ne désire pas l'eau de la Samaritaine, mais sa foi, parce que ce Dieu a soif de la foi de tous ceux pour lesquels il a versé son sang (2).
Que signifie donc cette demande de Jésus-Christ à la Samaritaine qui part déjà? C'est, continue le même docteur, la divine bonté qui s'offre la première à l'homme qui ne pense pas à elle et ne la cherche point (3) ; c'est la grâce qui va sur les traces de la créature s'éloignaut de Dieu : elle fait les premières démarches, l'appelle, court pour l'arrêter dans le chemin de la perdition. Sans cela, dit saint Bernard, l'homme ne chercherait jamais Dieu et ne penserait jamais à lui (4). Donc, la grâce est entièrement gra-
(1) Non poterat fons sitire. — Sitiebat plane non potum hominum, sed Siilui-'in; non aquam muudi, sed rederaptionem generis humani (S. Ambr., Serm. 30).
(2) Sitiebat Jésus mulieris fidem ; eorum enim sitit fidem, pro quibus sanguinem fudit fAug., loco cit.).
(3) Est bonus Deus qui ultro se offert non quaerenti [kl. ihkl.).
(4) Noverit anima se prœvehentem, nisi quecsita non qurereret; niai vocata non rcverlereLuc (S. Bern.).
tuile dans son principe, et c'est pour cela qu'elle s'appr-Ue (■//•«(•(', parce qu'elle ne dépend pas, comme renseigne saint Paul, du mérite de l'iiomme, mais qu'elle vient de la seule bonté de Dieu (1). De plus, cette grâce est gratuite dans son principe, est suave dans son action (2) ; c'est pour cela, dit l'apôtre saint Pierre (3), qu'elle prend toutes les formes, parle tous les langages, s'adapte aux inclinations, aux goûts de l'homme, pour en triompher sans lui faire violence ; elle choisit, ajoute saint Augustin, les voies les plus faciles, le côté le plus faible du cœur pour y pénétrer (4). Ainsi, dit saint Cyrille, pour convertir les mages, la grâce se servit d'une étoile, parce qu'ils avaient du goût pour l'astronomie ; pour attirer Pierre à la suite de Jésus -Christ, elle fit le miracle de la pèche, parce qu'il était pêcheur ; et aujourd'hui, c'est lorsque Photine vient puiser de l'eau , qu'elle preud de là occasion de convertir cette femme (5).
La réponse altière et acerbe de la Samaritaine nous indique le premier mouvement de l'homme à l'appel de Dieu, mouvement que produisent les cris de la conscience qui troublent sa paix trompeuse, et les remords qui empoisonnent sa félicité mensongère; mouvement de surprise et d'impatience qui, loin de
(1) Si gratia, jam non ex operibus; a'ioquin gralia jam uou est gratia (Rom. xi).
(2) Disponit omnia suaviter.
(3) Mulliformiri gratia Dei (Pétri).
(4) Vocat quomodo ait congruere (S. Aug.).
(5) Al) ipsa re, quam mulier faciebat, facto colloculiouis initio (,S. Cyril., Expos.),
l'arrêter, le porte à continuer sa course. Cependant la voix de la grâce ne se rebute pas, elle continue à faire entendre à l'âme pécheresse, à cette sœur infidèle et ingrate, les accents de son désir et de sa douleur; elle continue à frapper à la porte du cœur, pour qu'il lui soit ouvert (1). Pour nous faire apprécier sa longanimité envers les pécheurs, sa bonté incomparable, qui revient toujours à ceux qui le repoussent, Jésus-Christ ne se montre nullement offensé ie la réponse inconvenante et des procédés méprisants de la Samaritaine, il lui réplique de nouveau : « Femme, si tu connaissais le don que Dieu t'offre en ce moment ; si tu savais quel est celui qui te demande à boire (2), peut-être l'eusses-tu prié d'étancher ta propre soif, et il t'aurait donné de ses eaux ■vives. » Quelle suavité! dit saint Augustin; quelle bonté de cœur ces paroles annoncent (3)! « Si tu connaissais le don de Dieu que je t'offre : » par ces mots, remarque saint Cyrille, le Sauveur révèle qu'il est Dieu, car Dieu seul peut être le distributeur de ses dons (4), mais un Dieu plein de mansuétude, de miséricorde et d'amour (5). Et voici qu'à l'instant même sa suave douceur commence à montrer son
(1) Aperi mihi, soror mea {fiant. ).
(2) Si scires donum Dei, et quia est qui dicit tibi : Da mihi bibere, tu forsitan petiisses ab eo, et dedisset tibi aquam vivam {Joan. IV, 10).
(3) Quid ista hortatione suavius! Quid benignius (S. Aug.).'
(4) Deum se ostendit ; nemo potest enim Dei dona lai'giri nisi Deus (S. Cyril.).
(,&) Dispoaenà omnia suaviter.
empire et à oblenir le triomphe de la force (ï).
En effet, la Samaritaine ressent en elle-même un grand chanyenient. Elle compose sa légèreté, r6i)rime sa hardiesse, humilie son extérieur, et, se retournant vers Jésus, elle lui parle comme à son Maître, cl non plus comme à un Juif odieux : « Seigneur, dit-elle, daignez expliquer vos paroles : vous n'avez rien pour puiser, et le puits est profond; d'où tireriez-vous donc de l'eau vive? Etes- vous plus grand que notre père Jacob, qui nous a donné ce puits, où, il a bu, lui, ses fils et ses troupeaux (2)? »
0 action de la grâce, action suave, forte et rapide! Déjà Taurore de la lumière céleste commence à poindre pour la Samaritaine ; déjà une idée confuse de la divinité du Sauveur traverse son esprit ébranlé ; déjà une étincelle de charité s'allume dans son âme glacée par la volupté. Son cœur commence à deviner le cœur de Jésus-Christ; elle entend sa voix secrète et y répond; elle goûte la douceur de sa conversation, elle cherche à la prolonger et elle propose des doutes, parce qu elle désire d'être instruite. Et l'aimable Sauveur, dont le désir ardent est de se faire connaître à l'esprit qui le cherche et de se communiquer à l'àme qui le désire, reprend : « Quiconque boit de l'eau de ce puits aura eucore soif (3). » Cette
(1) AUingil a fine usque ad fiiiem fortiter.
(2) Domine, ueque iu quo haurias liabes, et puteus altus est. Uiide ergo habos aquam vivam ? — Numquid tu major es pâtre nostro Jacob, qui dédit uobis puleum (Joan. iv,"^!, 12)?
(3) Omnis qui Jjibit ex aqua liac, sitiet iterum {Ibid.).
parole, dit saïut AugusLiii;, se vérifie chaque jour, non-seulemeut quant à l'eau matérielle, mais quant à l'eau symbolique dont elle est la figure (1).
L'eau du puits signifie la volupté cachée dans les f-rofondeurs ténébreuses du cœur, et que puise le seau de la concupiscence; c'est la concupiscence, eu effet, qui pousse à la volupté. Mais, hélas! une fois que l'homme s'est plongé dans les plaisirs charnels, loin d'être satisfait, il éprouve une soif toujours plus dévorante (2).
Il n'en va pas ainsi pour les eaux que je t'offre, et que seul je peux donner^ continue le Sauveur. Elles désaltèrent à jamais, deviennent en celui qui s'y abreuve une source d'eau vive qui jaillira jusque dans la vie éternelle (3). Cette fontaine jaillissante, dont parle le Sauveur, c'est évidemment lui-même. Considérez-le debout dans le temple de Jérusalem, et criant : « Si quelqu'un a soif, qu'il vienne à moi et qu'il boive. Qui croira en moi sentira naître dans son sein comme des fleuves d'eau vive. » Saint Jean, le plus fidèle interprète des mystères de l'amour de Dieu, après avoir rapporté ces paroles, ajoute : « Jé-
(1) Quod verum est et de sensibili aqiia, et de ea quam illa significat (S. Aug., loco cit.).
(2) Aqua in puteo est sœcularis voluptas in tenebrosa profunditate. Hic eam bauriunt bomiucs bydria cupiditatum. Nam qui non praemiserit cupiditatem, non pervcnit ad voluptatem. Cum autem ad eam pervenerit, numquid non sitiet itorum {Id. ibid.jî
(3) Qui autem biberit ex aqua quam ego dabo ei, non sitiet in ffiternum. Sed aqua quam ego dabo ei, fiet in eo fons aquae salientis in vitam eeteruam {Joan. lY, 13, 14).