‹ École des miraclesChapitre 32 sur 46 · II · texte numérisé non relu

II

sus entendait yarlor de l'Esprit-Saint, que recevraient en abondance tous ceux qui croiraient en lui (1). »H est donc certain , re{)rend saint Augustin , que l'eau dont le divin Maître parle à la Samaritaine est la grâce de riîisprit-Saint, qu'il dispense, comme sa source, à ceux qui croient d'une loi sincère et qui l'aiment d'un amour fidèle (2). La similitude entre l'eau naturelle et la grâce est d'ailleurs très-heureusement employée et parlante dans la bouche de celui qui, mieux que personne, connaît la nature, l'usage et la force de ses bienfaits spirituels. 1 ° L'eau lave et purifie les corps de toute immoiidicc, la grâce de l'Esprit-Saint lave et purifie les âmes des souillures du péché. 2° L'eau rafraîchit, et la grâce éteint en nous les ardeurs de la concupiscence. 3" L'eau étanche la soif, et la grâce dégoûte des plaisirs charnels, 4° L'eau féconde et fertilise le sol, et la grâce fait croître en nous les vertus. 5° L'eau réjouit par sa vue, et la grâce porte les cœurs à la sainte joie de Dieu. G" L'eau vive, bien différente de feau stagnante, est toujours en mouvement, et la grâce est en nous le principe de tous nos mouvements spirituels; elle est toujours en nous active, agissante. 7" L'eau ranime, la boisson est encore plus nécessaire que la nourriture pour

(1) Clamavit dicens : Si quis silit, venial ad me, et bibat. Qui crédit in me, ilumina aquaî vivœ fluont de ventre ejus. Hoc autein dixit de Spiritu quem accepturi erant credontes in cura {Jnnn. VII, 38, 39).

(2) Spiritum sanctum rccte intelligimus aquam vivaiii, quod est donum Dei (S. Aug.).

conserver la vie, et la grâce est l'aliment qui fait vivre l'âme d'une vie spirituelle et divine.

Le divin Maître, dans sa comparaison, assimile cette dernière non-seulement à l'eau vive, mais à une source jaillissant toujours dans le cœur de celui qui la reçoit : Fiet in eo fons aquœ saliejitis. En effet, la grâce n'est jamais oisive en nous (1) ; à peine est-elle entrée dans un cœur, qu'elle y établit comme une source, un .jet d'eau perpétuel de faveurs toujours nouvelles, se succédant sans fin jusqu'à l'éternité. Ainsi l'âme, si je puis dire, bondit jusqu'au ciel de grâce en grâce, de vertu en vertu (2). Notons toutefois une différence, avec le savant Corneille de Lapierre : Dans les fontaines ordinaires, l'eau s'écoule nécessairement vers les régions inférieures, tandis que la fontaine spirituelle de la grâce monte toujours (3) en jet puissant de l'âme à Dieu, de la terre jusqu'au paradis, où il transporte le cœur même d'où il surgit; si bien que celui-ci, même dans la chair qui l'emprisonne, goûte les joies d'en haut (4), jusqu'au jour où, non pas en pensée et en désir, mais en réalité, il sera introduit dans les demeures éternelles, il sera mis en possession de la vie bienheureu.se ; la grâce lui ouvre déjà les portes de la gloire, de cette gloire, dis-je, dont il est écrit qu'elle

(1) Gratia eju3 in me vacua non fuit (/ Cor. xv).

(2) Fiat in eo fons aqnse salieuti;. — Ibunt de virtute in virtiitem (Ps.).

(3) Sursum versus feruntur sacronim fluminiim fontes. — Maguus hic saltus est! — Sursum corda (A Lap.;.

(4) Nostra autem conversalio iu cœlis est iPhi/ip. m).

éteint cnticrcracnt et la faim et la soif. L'âme pourrait-elle alors avoir soif, au sein des torrents de la volupté divine, de l'abondance des douceurs de la maison de Dieu! Ainsi sera consommé l'accomplissement commencé sur terre jiar la grâce de cet oracle du Sauveur : Celui qui boit l'eau de sa grâce, qui la cultive et la conserve, u'aura plus soif éternellement (I).

Saint Paul l'a dit : « L'homme de chair ne peut entendre les secrets de l'esprit (2). » Comme l'œil ictérique voit tout en jaune, de même l'esprit, offusqué par les vapeurs charnelles, ne voit que matière dans les doctrines spirituelles, dans les mystères. C'est pourquoi les Juifs, les incrédules et les hérétiques ne trouvent rien de grand, rien de sublime, rien qui réjouisse dans les divines Écritures. Plongés dans les plaisirs des sens, ils sont incapables d'entendre, de voir et de goiiter ce qu'elles racontent.

La Samaritaine était infectée de cette maladie de l'âme. Du fond de son cœur corrompu par la luxure, s'élevaient des vapeurs qui l'empêchaient de découvrir et de reconnaître la lumière céleste, le grand mystère qui lui était révélé. C'est pourquoi elle prit dans un sens charnel les paroles du Sauveur : elle crut qu'il voulait parler d'une eau matérielle, capable

(1) Fiat in eo fons aquae salientis in vitam aeternam. -^ Neque esurient, neque sitient amplius. — Torrente voluptatis turc potabis eo5. — Inebriabuntur ab ubertate domus Dei. — Qui biberit ex aqua, quam ego dabo ei, non sitiet in aelerum.

(2) Animalis bomo non percipit ea quae sunt spiritus DeL

d'éteindre pour toujours la soif corporelle. Elle répondit avec confiance : « Donnez-moi donc de cette eau si extraordinaire et si précieuse ; je veux en boire afin que je n'aie plus soif et que je ne sois plus obligée de revenir puiser à cette source (1). »

Photine parla ainsi, dit saint Augustin, parce que, citoyenne du royaume de Samarie, où le prophète Elie vécut et fit tant de prodiges, elle connaissait son histoire. Elle savait que Dieu avait accordé au prophète la faveur de passer quarante jours sans boire ni manger, et elle s'imagina que celui qui l'entretenait avait le secret pouvoir de composer et de distribuer une eau miraculeuse, capable d'éteindre la soif pour toujours; désireuse de recevoir un tel don, elle demanda donc au Sauveur le don qu'il lui avait offert avec tant de bonté (2). Ainsi, reprend saint Chrysostome, cette même femme qui avait pris Jésus comme un juif, le considère à présent comme un personnage extraordinaire, assez puissant pour donner aux eaux qu'il offre la vertu d'ôter à l'homme la soif. Yoilà comment les paroles qui retentissent à son oreille, et plus encore l'action secrète de la grâce qui opère dans son cœur, l'ont insensiblement élevée à la connaissance de Jésus -Christ et de ses mystères (3).

(1) Domine, da mihi bibere banc aquam, ut non sitiam, noque veniam hue haurire {Joan. iv, 15).

(2) Dederat Deus servo suo Eliae, ut per quadraginta dies nec sitiret, nec esuriret; delectata tali munere, rogat ut ei aquam vivam daret.

\^) Vide qualiter paulatim mulier ad dograatum altitudinem

Celle qui voiiail de refuser un peu d'eau au Maître de la terre, lui en demande donc maintenant avec instance. Or, ce divin Sauveur, dit saint Augustin, a soif de sa foi, il veut lui communiquer l'Esprit-Saint, principe de celte vertu ; et, s'il en a fait naître le désir dans son cœur, c'est pour qu'elle se décide à lui demander précisément ce qu'il désire lui-même ardemment de lui accorder (1). Quel délicieux procédé de la grâce! Dieu a un plus :;rand désir de la répandre que nous de la recevoir. Toutefois, elle ne se donne qu'à celui qui la souhaite, la demande et la cherche. C'est pourquoi elle commence par exciter dans l'âme le désir d'elle-même et à réveiller l'esprit de prière ; c'est son premier bienfait, bienfait entièrement gratuit, par lequel l'homme, s'il se rend et s'il prie, obtient,, comme par un effort délibéré de son propre cœur, ce qui, au fond, est un pur don descendu du cœur de Dieu. Telle est la douceur, la suavité avec laquelle la bonté divine nous enrichit de ses bienfaits^, en faisant que ce qui est une largesse de sa miséricorde devienne le mérite de notre oraison.

Le désir qu'a la Samaritaine de recevoir le don de Dieu est donc sincère et ardent ; il l'a déjà disposée à employer tous les moyens légitimes pour l'obtenir;

ducitur. Primum iniquum existimavit Judseum; postea credidit, quoniam potost sua aqua sitis necessitatem toUerc (S. Chrysosl., hom. 32 in Joan.).

(1) Quia ipse sitiebat {idem ejus, eidem sitiPiili Spiritum Sauctumd are cupiebal (S. Aug.).

et quand ropératioii secrète de la grâce a amené avec suavité cette femme à concevoir ces dispositions préliminaires, les œuvres qu'elle lui impose, la Samaritaine est déjà décidée à les accomplir ; les sacrifices qu'elle exige, la pécheresse est prête à se les imposer. Ainsi le Sauveur lui dit : « Je ne peux. te donner l'eau que tu me demandes tandis que tu es seule : va, appelle ton mari, et reviens (1). »

Il } a deux sens dans cette réponse : d'abord, le littéral; le divin Maître voulait donner à Photine la preuve qu'il était le Dieu à qui rien n'est caché. Eu effet, cette femme ayant repris : Je n'ai point de mari (2), le Sauveur repartit aussitôt : « Que dis-tu? Sans doute tu n'as point de mari ; mais tu en as eu cinq, et l'homme qui est maintenant avec toi n'est point ton époux. Tu as donc dit vrai (3). » Le second sens est tropologique ; les Pères enseignent que le Sauveur l'a eu directement en vue, entre autres, saint Augustin, qui s'exprime ainsi sur ce passage mystérieux et obscur de l'Évangile : Les cinq premiers maris, dit-il, sont les cinq sens du corps de l'homme, en quelque sorte les cinq époux de l'âme, mais époux illégitimes et adultères, parce qu'aussi longtemps qu'elle vit avec eux, qu'elle les seconde et leur obéit, elle reste corrompue, dégradée et ne vit plus de la vie chaste de l'esprit. C'est à quoi l'a-

(1) Vade, voca virum tuum, et veni hue {Joan. iv, 16).

(2) Respondit mulier : Non babeo virum [Ibid., 17).

(3) Bene dixisti, quia non liabeo virum : quiuque eiiim vires habuisti, et nunc, quem habes, non est tuus vir. Hoc vere dixisti \lbid., 18).

pôtre saint Paul faisait allusion en parlant du passage que uous venons de citer, quand il disait : « L'homme animal n'entend pas les choses spirituelles. » Le sixième mari siguilic l'intelligence ; celui-ci est le légitime et le chaste époux de ràmc, parce que celle-ci, après avoir répudié les sens, sous la direction de la raison, ordonne, règle ses actes, se porte et se soulève vers Dieu. En prononçant ces paroles : « Afin que je puisse te donner l'eau que tu me demandes, il iaut que tu appelles ton mari et que tu viennes ici avec lui, » le Sauveur voulait dire : Pour entendre et goûter la révélation que je vais te faire, et pour recevoir les grâces que je suis sur le point de t'accorder, il faut renoncer aux plaisirs charnels, secouer le joug des sens, rentrer sous la domination de l'iutelligeuce ; avec lui, tu pourras recevoir mes doctrines et régler ta vie. Ne dis pas que tu n'as point ce sixième mari, cet époux chaste et légitime ; à cet instant même où je parle, tu commences à te réunir à lui, que je t'ai donné et qui ne peut te tromper ni te trahir; à lui que mou prophète demandait pour Lien méditer la loi de Dieu, que, par le même prophète, j'ai promis d'accorder à quiconque le cherche et le désire sincèrement, et qui enseigne à l'homme la voie droite où l'on attire sur soi le regard et les complaisances de Dieu. Ne sois donc pas semblable aux brutes, qui n'ont pas d'intelligence, qui se laissent aveuglément conduire par l'instinct animal qui les domine ; ne sois pas du nombre de ceux qui se gardent de la raison comme d'une ennemie, et qui

ne veulent pas bien entendre, parce qu'ils craignent de bien vivre (1). »

Quelle miséricorde et quelle tendresse le Sauveur ne montre-t-il pas à la Samaritaine par ces paroles : « Tu as eu cinq maris, et celui qui est maintenant avec toi n'est point ton mari. » Il lui découvre ainsi toutes ses turpitudes ; il lui reproche toutes ses intrigues; mais il ne la gronde pas, il ne l'insulte point, il ne l'épouvante pas; il veut lui faire jeter sur ellemême un regard de honte et de mépris pour qu'elle se connaisse, se repente et se corrige : Omnia disponit siiavitcr. Et il obtient en même temps par cette suavité et cette douceur un grand triomphe ; car, en un instant, il transforme la pécheresse ; du vice il la ramène à la vertu, d'une courtisane fameuse il en fait une sincère pénitente : Attingit a fine usque ad finem fortiter.

En effet, dit saint Chrysostome^ considérez cette Samaritaine, naguère si superbe et si altière ; elle est réprimandée par le Sauveur pour ses vices, et son orgueil de femme ne s'en offusque nullement; elle ne s'irrite pas, ne s'éloigne point avec dédain du

(1) Qujnque priores viros animse possumus accipere quinque corporis sensus : intellectus est vir animse. Cum enim ordinata fuerit vita, intellectus animam régit. — Voca virum tuum, id est, prseseuta intellectum tuum, adhibe intellectum tuum : virum qui me intelligat, per quem docearis et regaris. — Non habeo virum. — Nunc quem habes est tuus vir. — Da mihi intellectum, ut scrutabor legem tuam. — Intellectum tilji dabo, in via bac qua gradieris; firmabo super te oculos meos. — Nolite fieri sicut equus et mulus quibus non est intellectus. — Noluerunt iutelligere, ut bene agereut (S. Aug., Com.).

médecin charitable qui lui a découvert les plaies de son àmc pour les guérir. Elle connaît l'ignominie de sa vie ; elle s'afflige, mais elle ne se courrouce pas ; elle s'humilie sans s'avilir; elle se confond sans s'abattre. Elle se tient devant le Sauveur dans le plus grand étonnement, à cause de la sagesse divine, mais pleine de confusion, à cause de ses désordres (1). Puis, laissant échapper un profond soupir, elle s'écrie d'une voix respectueuse et triste : « Ali! Seigneur, ce que vous dites n'est que trop vrai, je vois que vous êtes plus grand que vous n'apparaissez ; je vois que vous êtes un prophète, que vous lisez dans les cœurs et que rien ne vous est caché (2). » Quelle admirable confession vient de sortir de ta bouche, ô Photine, s'écrie saint Augustin! Mais je ne m'en étonne pas : déjà, sur l'ordre que tu en as reçu du Sauveur, et, par la secrète impulsion de sa grâce, tu as répudié les cinq maris adultères, tu t'es élevée au-dessus des sens, tu as rappelé l'époux fidèle. Déjà tu entends la voix de ce dernier, tu suis ses conseils, et, par son secours, tu commences à concevoir la foi des mystèr es de Dieu (3).

Voyez, en effet, comme cette femme a perdu de vue les intérêts du temps pour ne penser qu'à ceux de l'éternité ! Elle ne parle plus de l'eau naturelle

(1) A Christo comprehonsa non contristata est, nec eum dimittens aufugit. Admiratur et immoraLur {Hom. 32).

(2) Domino, video quia propheta es tu {Joan. iv, 19).

(3) Jam cœpisti intelleclu adesse, jam, pressente viro, est in te qui credat (Id., ilicl.).

— 34 7 — qui éteint la soif du corps, mais elle cherche seulement à connaître les doctrines célestes pour en rafraîchir son âme et se sauver (!) ; elle ajoute, en effet : « Eclairez-moi donc sur ce qui divise votre nation et la nôtre. Kos pères communs ont sacrifié à Dieu sur cette montagne, et vous diles, vous autres Juifs, que Jérusalem est l'unique lieu où il faille sacrifier (2). » Ou bien : Yous autres Juifs, vous soutenez que le vrai culte de Dieu est celui qu'on lui rend à Jérusalem ; cependant les patriarches, d'où nous descendons, ont rendu au Très-Haut leurs devoirs sur cette colline. Yous autres Juifs vous dites que l'adoration offerte ailleurs qu'à Jérusalem ne peut être agréable au Ciel; et cc[)endant nos pères ont plu à Dieu, en fadcrant sur ces monts. Seigneur, que veut dire cela? Suis-je dans la vraie religion ou dans la fausse, et que dois-je faire pour me sauver? Celui qui est descendu du ciel pour racheter les âmes ne pouvait laisser sans réponse une demande inspirée non par une vaine curiosité, mais parle zèle du salut. Le divin Maîlro commença donc, avec une bonté infinie, à instruire la pauvre pécheresse, si désireuse de connaître la vérité, et à lui expliquer l'esprit et la nature do la religion. Il lui déclara que Dieu, étant esprit, demande, avant tout, un culte spirituel, fondé sur la vérité de la croyance et sur la

(1) Non molestatar siliendo; pro doctrinis sollicita, nihil muiidanum cum iuterrogavit (S. Aug., loco cit.).

(2) Patres nostri in mouto hoc adoraverunt, et vos dicitis quia Jerosolymis est locus ubi adorai'c oportcl {Joa)i. iv, 20).

sainteté des œuvres, et que peu importe le lieu de ce culte (I); que ni le mont Garizim, dont les Samaritains éiaienl si fierS;, ni le temple de Jérusalem, que les Juifs célébraient à l'envi, ne le constituaient par eux-mêmes; que le temps était venu où les hommes étrangers à cette montagne et h ce temple rendraient à Dieu un culte véritable, et où la vraie religion serait connue dans le monde entier par la prédication évangélique; que désormais, en un mot, le temple divin, ce serait l'univers (2) ; il ajouta que les Samaritains n'étaient pas vraiment fidèles, non point parce qu'ils ne fréquentaient pas Jérusalem, mais parce qu'ils avaient abandonné les traditions et les doctrines antiques; parce qu'ils avaient altéré l'idée de Dieu, devenu pour eux une idole locale, adoré simultanément avec les simulacres du démon; de sorte que le Très-Haut n'était plus connu parmi eux, tandis que les Juifs avaient conservé dans leur pureté sa notion et son culte (3). Le Sauveur lui dit enfin qu'il n'était pas nécessaire d'adorer Dieu dans le lieu même où les Juifs l'adoraient, ni de fréquenter le temple de Jérusalem ; mais qu'il était nécessaire d'avoir la foi de Jérusalem, parce que cette ville était demeurée Tunique dépositaire des traditions, de

(1 ) Spiritus est Deus ; et eos, qui adoraut eura, in spiritu et veritatooportet adorare {Joan. iv, 24).

(2) Venit hora, et nunc est, quando neque in monte hoc, neque in Jeroàolymis adorabitis Patrem ; quando veri adoratores adorabunt Patrem in spiritu et verilate {Joan. iv, 21, 23).

(3) Vos adoratis quod uescitis; nos adoramus quod scimus Uoan. IV, 22).

l'interprétalioii de i'ËcriLure et des doctrines du salut éternel (1).

Origène et saint Jean Chrysostome nous apprennent qu'il } a, dans cette instruction, une magnifique prophétie déjà accomplie : le lieu consacré au vrai culte n'est plus le mont de Samarie, ni le temple des Juifs; c'est l'Eglise, dans laquelle les hommes et les fidèles aux doctrines et aux lois évangéliques de tous les pays du monde ofi"reut à Dieu une oblation sainte, des victimes spirituelles^, lui rendant ainsi un culte digne de lui; dans l'Eglise, disais-je, la dépositaire du vrai sacrifice, parce qu'elle possède la vraie foi , la seule par conséquent dans le sein de laquelle puisse se gagner le salut. Les hérétiques qui ont fait schisme avec Rome, de même que les Samaritains qui s'étaient séparés de Jérusalem, ne soîit pas les ennemis de notre religion parce qu'ils n'adorent pas Dieu dans l'Église de Eome, mais parce qu'en se séparant de Rome, ils ont altéré les doctrines et la foi de Jésus. Semblables aux schismaiiques d'Israël, qui se vantaient d'adorer Jéhovah selon les rites des patriarches, tout en détruisant en réalité le culte de leurs aïeux , les hérétiques se vantent d'avoir réformé le christianisme et de l'avoir ramené à la simplicité des temps apostoliques, tout en l'anéantissant eu réalité, en altérant l'idée de Dieu, en niant sa prescience, comme les anciens manichéens et les modernes luthériens, ou sa bonté, comme les antiques nestoriens et les nouveaux cal-

(1) Quia salus ex Judceis est (Ibid.).

•vinislcs, en faisant de la sorte du Très-Haut un être insensé ou cruel (1).

Kt quelle est celle des lois du christianisme que les hérétiques ont respectée? Quel conseil évaufjjclique ont-ils maintenu? Quel est le sacrement de Jésus-Christ qu'ils n'ont pas répudié? Quelle est la traditiou qu'ils ont laissée debout? Toute hérésie est, plus ou moins, une altérât ioii des notions vraies sur DieUj le médiateur et la religion. On peut donc dire de ces faux fidèles qu'ils adorent un Dieu qu'ils ne coiniaissentpas, et que, nous seuls catholiques, nous connaissons, parce que, dans noire Eglise seule, sont conservées purement les notions dont je parlais plus haut (2).

Surprise et hors d'elle-même d'étonnement et de joie, à ce langage surhumain du Sauveur, la Samaritaine reprit : « Je sais. Seigneur, que le Messie vient. Quand il sera venu, il nous enseignera toutes choses (3). » Cette femme croyait donc à la venue du Messie, au but de sa mission, qui était d'apprendre à l'homme tout ce qui est nécessaire au salut. Elle savait que lui seul pouvait l'instruire, quoiqu'elle ne le reconnût pas encore dans celui qui éclairait ainsi sou esprit (4). Mais, si elle ne le reconnaissait pas

(1) Quia miilli fjutant, secimdum spiritum Deuin adorare, noa rectam de Deo opinioncm habentcs, sicut liœretici (Tbeoph.).

(2) Vos adoratis quod ncscitis ; uos adoramus quod scimiis.

(3) Scio quia Messias venit. Guin ergo venerit ille, uuljis aiiuuntiabit omiiia {Joan. iv, 25).

(4) Sciobat quis oam posset docere; sed jam doccutoiu uou agnoscebat (S. Aug.j.

encore, elle souhaitait shicèrcnicnt le connaître; elle était disposée à croire en lui et à tout ce qu'il lui plairait de révéler. Ainsi ses paroles furent ea même temps une profession de foi et l'expression du désir ardent avec lequel elle demandait que le Messie se hâtât de venir, et comme une prière qu elle lui adressait de l'instruire. Or, était-il possible que le Sauveur, la bonté même, refusât de se manifester à une âme si sincèrement humble, si désireuse de le voir, en un mot, si bien préparée? Non, certainement. Un jour que les Juifs le pressaient en ces termes : Pourquoi nous tenez-vous toujours incertains? Si vous êtes vraiment le Messie, dites-le franchement (1). Le divin Maître leur répondit par des paroles ambiguës, parce que, dit saint Chrysostome, les Juifs ne demandaient pas cette révélation pour y croire, mais pour le calomnier (2). Cette pauvre femme, au contraire, parlait avec l'humilité de l'esprit, la sincérité du cœur et la pureté d'intention requises. La grâce qu'elle avait accueillie dès le principe avait peu à peu éveillé dans son âme le désir de connaître Dieu, et le Sauveur se révéla à elle sans mystère, sans ambiguïté : « Femme, lui dit-il, je suis ce Messie que tu veux connaître ; en parlant avec toi,

(1) ut quid animam nostram tollis? Si tu es Christus, die nobis palam (Joan. x).

(2) Judeeis quaerentibus : Si tu es Christus, die nobis palam, non manifeste revelavit stipsuiu. Hsec vero ex simplici corde ioquebatur (S. Chrysost., hom. 31).

— 35-2 — j'en remplis les fondions : ne vois-tu pas que je t'appelle, <]uc je te converlis, que je le sauve (!)? »

En prononçant celle grande parole : Je le suis, parole que Dieu seul [)eut dire de lui-même, j)arce qu'il n'}' a que de lui qu'elle soit vraie. Jésus la lit retentir, en quelque sorte , dans l'âme de la pécheresse, et la bonne semence éclaira cet esprit, excita son amour, sa confiance ; et aussitôt la Samaritaine (quoique l'Evangile ne le dise pas, on le voit par le contexte), comme l'aveugle-né plus tard, fit une profession extérieure de sa foi ; elle se prosterna aux pieds du Sauveur et l'adora profondément.

Puis elle se releva tout autre qu'elle était auparavant, et, abandonnant son urne, elle courut vers la ville (2). L'abandon de ce vase vulgaire, dit saint Augustin, a une signification particulière, puisque l'évangéliste note cette circonstance. Cette urne, selon ce Père, figure la concupiscence du siècle, qui porte les hommes à puiser aux eaux bourbeuses de la volupté dans le puits obscur et profond des passions charnelles. La Samaritaine, en abandonnant la sienne, montre qu'elle a renoncé à ces plaisirs menteurs ; celui qui veut s'attacher à Jésus-Christ doit, en effet, nécessairement renoncer au monde et à ses joies (3). Ainsi, observe Origène, par ce renoncement

(11 Dicit ei Jésus : Ego sum, qui loquor tecum {Joan. iv, 2G).

(2) Reliquit ergo hydriam suam mulier, et abiit in civitatem {Joan. IV, 28).

(3) Hydria amorem hujus saeculi significat, id est cupiditatem qua homines de tenebrosa profuuditate, cujus imaginem puteus gerit, hauriunt aquam. Oportebat autem ut Christo credeas, sae-

extérieur, elle sigulfie qu'elle abandonnait ses anciens désordres pour devenir un vase de chastp5,é (1). Ohî prodigieux changement! Quelle étonnante conversion, s'écrie saint Ambroise ! L'eau vive de la grâce purifie en un instant une femme impure , elle la sanctifie ; elle était venue au puits de Jacob, souillée de vices , remplie d'abominatioiis , et, après avoir puisé à la fontaine du Sauveur, elle retourne vers la ville, toute chaste. Elle était venue chercher un aliment matériel, et elle se retire avec la source d'eau vive de la grâce. Ce n'est plus un vase grossier, au contenu matériel, qu'elle porte à sa demeure, c'est la vie divine, dont son cœur déborde ; et celle qui semble courir libre et sans fardeau, est comblée, surchargée des dons célestes (2).

Ce qu'il y a de plus admirable encore , dit saint Ambroise, c'est que, venue au Sauveur comme une pécheresse effrontée, elle le quitte en annonçant généreusement sur son chemin ce qui vennit de lui arriver; elle ne s'est dépouillée de la concupiscence que pour annoncer plus librement la vérité (3). Oh!

culo renuntiaret ; et, relicta hydria, cupiditatem ssecularem se reliquisse demonstrat (S. Aug., loco cit.).

(1) Facta est mulier receplaculum honestse disciplinae : ea quaa prius sapiebat deponens (^Orig.).

(2) Mulierem fornicantem vivi meatus unda purificat. Mulier, quœ ad puteum meretrix advenerat, a Christi fonte casta regreditur; et quae aquam petere venerat, pudicitiam n/portavit. — Ad civitatem uon fert hydriam, sed refert gratiam. Vacua videtur reverti onere ; sed plena revertitur sauctitate (S. Amb., Senn. 30).

(3) QucE venerat peccatrix, revertitur prœdicatrix. Projecit cupiditatem, et properavit aununtiare veritalem (S. Anibrod.\

force ineffable! oh ! magnifique triomphe que la grâce de Jésus-Christ a remporté par les \oies de la douceur (1)! Le divin Maître, dit Origène, ne l'a ni épouvantée par les menaces, ni attirée par les promesses; mais il l'a enflammée, transformée en un instant par le seul charme de sa parole, par une seule étincelle du feu sacré de son amour ; d'une femme de scandale, il en a fait un apôtre de la foi et de la vertu (2). Elle est maintenant un véritable évangéUste de Jésus- Christ, s'écrie saint Jean Chrysostome ; à peine connaît-elle le Sauveur, et elle ne peut attendre, il faut qu'elle le fasse connaître sur-le-champ, non pas à un seul homme, mais à la cité tout entière (3).

Et voyez, mes frères, comment elle accomplit le saint et sublime ministère que la grâce lui a confié. Exaltée par sa surprise et sa joie, toute transportée hors d'elle-même, elle entre dans la ville; son regard brille d'un bonheur inexprimable ; dans son zèle ardent, mais toutefois humble et réservé, elle commence à parcourir les rues et à dire : « Venez, venez tous considérer avec moi un personnage extraordinaire ; il m'a raconté l'histoire scandaleuse de mon cœur, toutes les turpitudes de ma vie. Ne serait-ce pas le Messie (4)? » Quelles paroles! Quel

(l) Attingens fortiter, disponens suaviter. (2j Quasi quodam apostolo hac muliere utitur; adeo verbis eam inflammaverat (Orig., Expos.).

(3) Evangelistarum opus fecit; et non unum tantumvocat, sed inlegram civitatem {Ho)n. 31).

(4) Venite, et videte hominem qui dixit mihi omnia quaecunque fecit. Numquid ipse est Cliristus {Joan. iv, 29)?

bel exemple du repentir humble et sincère! Elle s'accuse publiquement. Elle dit à tout le monde quelle coupable femme elle a été. Elle déclare vrais les bruits qui s'élevaient partout contre ses mœurs ; ce cri public, qu'elle-même avait voulu naguère faire passer pour une calomnie, elle aflBrme qu'il reposait sur des jugements fondés, sur des désordres réels, qu'elle ne cache plus et qu'elle ne veut pas même excuser ; loin de là, elle les raconte, elle les publie et les déteste- souverainement ; elle semble en demander pardon à la cité tout entière.

Mais quel besoin avait-eUe de faire cette confession publique de ses scandales? C'était le besoin, la sainte impatience de faire connaître et de glorifier Jésus- Christ. 0 zèle aussi pur et ardent qu'il est sage et discret ! Si elle avait simplement dit : J'ai trouvé le Messie, qui aurait ajouté foi à ses paroles? Comment une femme perdue de réputation, aurait-elle trouvé crédit , en annonçant un événement si intéressant pour les rois et si important pour la religion ? Mais elle commence par dire quelle a trouvé un homme qui a lu dans le plus profond de son cœur, et qui l'a appelée à la pénitence ; elle publie ce grand miracle qui, précisément parce qu'il l'humihe, ne pouvait être attribué à l'imagination , encore moins au calcul de la passion : c'est ainsi, dit saint Cyrille, qu'elle prépare ses concitoyens à reconnaître Jésus-Christ pour le Messie et à croire en lui (1). Aussi généreuse que

(1) Miraculi marratione prxposita, preeparavit audxtores ad fi-

dem (£xpos.).

— 3oG — sincère dans les intérèls do la vérité , elle ne s'iiiquïMo nullcniciit de sa propre ré[)ulaiioii, qu'elle foule aux pieds (1). De plus, avec quelle délicatesse elle annonce la grande nouvelle! Elle ne dit pas : Cet homme étonnant est certainement le Messie; elle dit seulement : « Ne serait-il pas le Messie? Nvi/iquid ipse est Christus ? » C'est ainsi qu'elle éveille l'attention et la curiosité de ses auditeurs; elle leur communique la première des grâces de Dieu, qui est de le désirer, désir qui est aussi le premier pas pour arriver à sa connaissance et à son amour. Elle emploie, i)our [)ersuader ses concitoyens, absolument les mêmes armes dont le bon Maître s'est servi pour la persuader ellemême : la douceur et la suavité : Disponil suaviler^ etc. Observez enfin l'humble défiance de cette nouvelle convertie. Elle s'en va partout, invitant tout le monde : « Yenez, venez avec moi le voir : Vcnitc et videte. » Elle ne prétend donc point, comme le remarque saint Jean Chrysostonie, qu'on ajoute foi à ses paroles ; mais elle demande à ses frères de se convaincre, par leurs yeux, de la vérité (2). Car elle disait en elle-même : il est impossible do le voir et de ne pas le reconnaître, de le reconnaître et de ne pas l'aimer. Oh! s'ils entendaient seulement le doux, son de sa voix! Oh! s'ils voyaient l'amabilité de sa face, la bonté de ses manières, la majesté de sa pcr-

(1) Contemnit gloriam, ut praedicct vcritatem (Thnopli.).

(2) Volchat Dou ex propria annunliîilioiio, sed ex .luditu proprio eos iiiducore. Novorat enim quod soluin gustaiitcs ex illo fonte; eadoin passuri eraiit quae et ipsa {lloin. 31 idem).

sonne ; s'ils goûtaient la sublimité de sa doctrine, ils en seraient comme moi épris et enchantés!

Cette publication si humble et si fervente par toute la ville produisit son fruit. Elle obtint, par la grâce de la douceur, le triomphe de la force : Attingit a fine usque ad finem fortiier. Un grand nombre, avant même d'avoir vu le Sauveur, crurent que l'homme annoncé par Photine était véritablement le Messie, sur le seul témoignage, dis-je, de Photine devenue sainte d'impure qu'elle était, tout comme, nous autres Gentils, nous avons cru plus tard la même vérité au témoignage de Rome, d'idolâtre devenue chrétienne (1).

Cependant le divin Messie, toujours auprès du puits de Jacob, mais présent d'esprit et par sa divinité dans la ville de Sichar, suivait avec une vive joie la mission confiée par la grâce à Photine, qui l'exerçait avec tant de fruit; son cœur se complaisait amoureusement dans la pensée qu'un grand nombre d'âmes allaient le connaître et l'aimer. Ce fut donc en vain que les disciples le pressèrent, le prièrent de prendre quelque nourriture ; il leur répondit : « J'ai un autre aliment tout préparé, plus délicieux et plus substantiel que vous ne connaissez pas. Ce n'est point, comme vous le penseriez peut-être, une nourriture corporelle ; c'est un aliment tout spirituel, c'est l'accomplissement de la volonté de mon Père, l'accomplissement de ma mission, mon œuvre, en un mot, la

(1) Multi crediderunt in eum Samaritanonim, propter verbuna muUeris testimoaiuiu perhibeutis ijoan. iv, 39).

conversion du monde. Vous verrez vous-mômcs sous peu les prémices, preuve anticipée de cette œuvre. La moisson est prèle ; le grain choisi est mùr, il n'attend que la faucille qui doit le moissonner, que la main qui doit le recueillir ; levez les yeux, et vous verrez (1). »

Le divin Maître parlait encore, que la ville entière se pressait déjà pour le voir et lui parler (2). El, en le contemplant si beau, si majestueux auprès du puils de Jacob, dans une attitude ceitcndant si humble, si pieuse et si douce, sous le reflet céleste qui brillait toujours sur sa face adorable, la foule resta suavement ravie. Loin d'imiterles Juifs perfides qui, même après avoir vu les prodiges sans nombre opérés par sa main , le chassèrent de Jérusalem comme un misérable, ces bons Samaritains, qui ne connaissaient pas ses prodiges, qui, sans avoir vu aucun de ses miracles, venaient sur le seul témoignage d'une femme (3), s'approchèrent avec respect, l'entourèrent avec vénération, avec amour, et le supplièrent de se rendre dans la ville, où ils Taccueillent comme leur Dieu (4).

(1) Rogabant dicentes : Rabbi, manduca. — Ego cibum habeo lianducare, quem vos nescitis. Meus cibus est ut faciarn volunfatem ejus qui niisit me , ut perficiam opus cjus. — Ecce dico vobis : Levate oculos veslros, et videte regiones quia albœ simt jam ad messein [Joan. i\, 35).

(1) Exierunt ergo de civitate et veniebant ad eum {Ibid., 30).

(2) Gum venissent ad illum Samaritani, rogaverunt euin, ut ibi maneret. — Et mausit ibi duos dies. — Multo plures crediderunt in eum propter sermouem ejus. — Jam nou propter tuam loquelam credimus : ipsi euim audivimus, et scimus quia hic est vere salvator mundi {Ibid., 42).

Durant les deux jours que l'aimable Sauveur passa auprès d'eux pour les instruire par sa doctrine et pour les sanctifier par ses exemples, ils l'écoutèrent toujours avec une avidité nouvelle. Un grand nombre, après l'avoir entendu, le reconnurent et l'adorèrent comme le Messie,, et d'une foi si vive et si affectueuse, qu'ils disaient à Photine : Maintenant, ce n'est plus sur ta parole que nous croyons ; nous l'avons ouï parler, et nous reconnaissons qu'il est vraiment le Sauveur du monde.

Quel beau témoignage, mes frères! Les Samaritains croient donc que le monde est perdu, qu'il a besoin d'un Sauveur qu'il attend, et que ce Sauveur est précisément Jésus-Christ ; et ils croient que celuici est ce régénérateur promis, précisément parce qu'il convertit les hommes , parce qu'il a converti une femme coupable, c'est-à-dire parce qu'il rend juste, guérit et rachète de la faute et de la peine du péché (5). Oh! admirable triomphe! Quel est le héros qui, par le poids de ses armes, fit une conquête plus prompte, plus importante que celle qu'obtint à Samarie Jésus-Christ, avec le seul et suave enchantement de sa grâce (6)! Ah! si c'est le propre de l'homme de subjuguer les peuples par la force des armes, il n'y a que Dieu seul qui puisse dompter et convertir les cœurs par la force de la grâce.

(1) Audivimus, et scimus quia hic est vere Salvator mundi {Ibid.).

(2) Attingens a fine usque ad finem fortiter, disponens emuia fluaviter {Saptent. \iu).

SECONDE PARTIE

Quand le feu sacré de l'amour divin s'allume dans mu'àmc, celle-ci perd aussitôt de vue tous les intérêts lunnains et terrestres; elle ne s'occupe uniquement que de cette flamme céleste, et celle-ci devient le principe et le signe de toutes ses inspirations et de toutes ses œuvres (1). Or, c'est ce qui arriva à cette heureuse femme de Samarie. Allumé dans son cœur par l'amour divin, le feu sacré l'embrasa tout entière, si bien qu'elle ne vécut plus que pour lui et par lui. A partirdece jour fortuné, elle, ses deux fils, ses cinq sœurs suivirent le Sauveur ; elle fut bientôt une de ses plus fidèles disciples par sa ferveur, et elle l'accompagna, avec les saintes femmes, jusque sur le Calvaire. Elle se trouva dans la cénacle lorsque TEsprit- Saint descendit; elle reçut le baptême des mains des apôtres et devint une des plus saintes matrones de l'Eglise naissante. L'esprit de Jésus-Christ, selon la remarque d'un interprète, inspire à ceux qu'il convertit un zèle extraordinaire pour convertir les autres hommes (2): ce fut vrai pour la Samaritaine; elle ne cessa plus d'annoncer dans Jérusalem les grandeurs et les gloires de son divin Sauveur. Ce zélé ardent lui attira d'abord la persécution des Juifs, qui

(1) Anima cum icrnita fuorit igné divino, ad unam solam, quœ eam detinet, Hammam, et ad nihil eorum qnae dunf in ti'rra, de reliquo aipicit (S. Clirysost., hom. 33).

(2) Spiritus Christi zelum a se conversis alio» convertendi injicit. A L»p.).

Texilèreut en Afrique avec toute sa famille,, ensuite celle des idolâtres, qui, l'an 60 de Jésus-Christ, sous Néron^ lui firent souffrir^, à Cartilage, tous les genres de tourments, en haine de la foi, en compagnie de ses sœurs et de ses enfants. Tel fut le terme de la vie héroïque de cette sainte femme, la couronne du martyre (1).

Toutefois, si c'est une joie de se rappeler ces faits glorieux, on ne peut penser sans horreur à ce qui serait arrivé à la Samaritaine si elle n'eût pas été fidèle à la première grâce de Jésus-Christ; si, quand notre Sauveur l'appela et lui demanda à boire, elle avait continué son chemin : elle n'aurait pas connu le Messie, elle n'aurait pas écouté ses doctrines, elle ne se serait pas convertie à son amour; elle serait demeurée dans la fange de ses vices et dans la nuit de ses erreurs ; elle aurait donc terminé une vie licencieuse par la plus déplorable mort.

Ahî que de fois s'accomplit ce terrible mystère de réprobation ! Combien d'âmes qui souffrent dans les flammes parmi les réprouvés, jouiraient de la gloire éternelle, si elles ne s'étaient montrées sourdes aux premières invitations de Dieu qui les appelait à la conversion, à une vie sainte et parfaite !

(1) Ses reliques se conservent dans la basilique de Saint-Paul, à Rome, l'ieu a voulu que celle qui prêcha la première Jésus- Cbrist aux Gentils reposât auprès des cendres du grand apôtre des Gentils, et que l'on vénérât à Rome colle dont la conversion, la foi , l'humilité et le zèle Ogurèrent si bien la conversion, la foi, riiumilité et le zèle de la ville éternelle ^Vid. Corn, a Lapid, in IV Joan.).

Par leur résistance à la première grûce, elles perdirent toutes les autres qui leur avaient été pré' parées ; elles rompirent d'elles-mêmes la mystérieuse chaîne d'amour réciproque qui lie le Créateur à la créature, et dont le dernier anneau est la persévérance finale, le salut éternel. C'est que Jésus-Christ n'appelle pas toujours ; quelquefois il appelle, puis il passe. Heureux ceux qui, à cette première invitation, abandonnent de suite leurs filets, leur vie de scandale, d'ambition, d'amour profane, et qui, comme un Pierre, un Mallhion, un Zachée et une Magdeleine, le suivent sans aucun délai! C'est pourquoi saint Augustin disait : Ce qui me fait le plus trembler, ce n'est pas Jésus-Christ qui humilie, qui mortifie , qui afflige et qui punit ; mais c'est Jésus-Christ qui appelle et qui passe ; car, une fois passé, il ne se retourne pas pour appeler encore: Timeo Jesum transeuntem.

Voyez, au contraire, ce que gagna la Samaritaine à répondre immédiatement à l'invitation du divin Maître: il réalise lui-même dans le cœur de cette fortunée matrone le mystère de sa grâce, au même instant qu'il le lui révélait par ses paroles. A peine l'eau mystérieuse d'en haut fut-elle tombée sur cette terre stérile et aride, qu'elle fit surgir une fontaine dont le jet alla toujours s'élcvant et croissant jusqu'au ciel (1),

Tâchons donc, mes frères, d'être dociles et prompts à la voix de Dieu. Ces illuminations soudaines de

(1) Aqua quam dédit, facta est in ea fons aquse salientiâ in vi- Uun œteraaiu.

— 3G3 — l'esprit qui nous dLCoavrciit la misère de notre état, la sévérité dos jugements divins, l'horreur des châtiments élernels ; ces appréhensions subites de nous [îerdre qui nous assaillissent la nuit et qui nous attristent le jour ; ces mouvements salutaires du cœur, ce dégoût du vice, ce désir de la vertu, ces envies de nous élever au-dessus de la terre pour acquérir le ciel; ces angoisses, ces remords, ces palpitations que nous sentons naître dans le fond de notre âme, en écoutant la parole de vie ; tous ces mouvements, dit saint Ambroise , sont la voix de Dieu, l'invitation de son cœur à puiser aux eaux de la pénitence qui effacent les péchés et comblent des grâces éternelles (1). Et si nous sommes prompts à répondre, dociles à écouter, fidèles à suivre la voix si douce, si affectueuse qui nous appelle , nous sentirons soudain se développer en nous une force merveilleuse, qui triomphera des plus coupables habitudes et des plus honteuses passions ; qui nous transportera de la région du vice dans la région des vertus : Attingens a fine usqiie ad fmeni fortiter ; qui fera jaillir enfin de notre cœur cette fontaine mystérieuse de grâce dont les jets puissants s'élèvent jusqu'à la vie éternelle. Ainsi soit-il (2)!

(1) Aquam postulat, ut peccata condonet; sitire se dicit, ut EÏtientibus aeternam gratiam largiatur (S. Ambr., loco cit.).

(2) Fiet iu eo fous aqute salientis in vitam seteruam.

Page 1