VINGT-QUATRIÈME HOMÉLIE
L'Ili'inorroïsse (1).
{Mdllli. ik; Marc, v; Lnc. Vlll.)
Quara bonus, Isracl, Deus his qui rocto suiit corde! (Psal. xvii.)
Saint Jean, dans révai:ç;ilc de ce jour, nous raconle un fait qui semble vraiment incroyable : une multitude de Juifs se convertissent et croient au Sauveur du monde, tandis que celui-ci les repousse et n'agrée ni leur conversion ni leur foi. Quoi ! ce Dieu de douceur et de miséricorde ne veut plus recevoir les hommages spontanés du peuple que lui-
(1) Le divin Maître était sur le bord de la mer de Tibériade, instruisant le peuple, quand il vit venir à lui uu chef de la Synagogue de Capbarnaum, dont le nom' était Jaïre. Cet homme, se jetant aux pieds de Jésus, le supplia d'aller guérir sa fille luiique, d'environ douze aus, qui se mourait. Ce fut dans ce trajet qu'il guérit aussi l'hémorroïsse, en la première année de sa prédication et la trente-deuxième de son âge. La résurrection de la fdle de Jaire, arrivée immédiatement après, a une connexion intime avec la guérison de rbémorroisse ; c'est pour cette raison que ces deux miracles, l'acoutés tous les deux par saint Matthieu, se lisent ensemble dans l'évangile de la messe du XXIlIe dimanche après la Pentecôte. Mais comme ils sont deux prodiges dlQérents, on en a fait le sujet de deux homélies, sans toutefois omettre le mystère qui les unit et en forme ua seul tout.
même est venu se réconcilier par la prédication et par ses prodiges? Mais l'évangéliste, dans ce même passage, a prévenu la difiBculté et dévoilé l'énigme, il ajoute en effet : Le divin Maître n'applaudit point à ces nouveaux convertis, parce qu'il pénétrait de sou regard divin leurs sentiments intérieurs et qu'il les connaissait. A-t-ildonc besoin de preuves extérieures pour comprendre l'homme et pour scruter ses intentions les plus cachées et ses sentiments les plus intimes (I)? Cela prouve évidemment que si le Sauveur ne loua pas la foi de ces Juifs, c'est que cette foi n'était ni affectueuse, ni sincère.
Examinons plutôt les faits. Les Juifs, dans cette circonstance, ne reconnurent Jésus et ne crurent en lui, qu'après l'avoir vu, comme le remarque l'évangéliste, avec un fouet de simples cordes, chasser du temple les bœufs et les brebis réunis pour être vendus , renverser les tables , jeter l'argent à terre et mettre en fuite tous ceux qui prenaient part à ce trafic indigne dans la maison de Dieu, sans que nul eût osé se plaindre et encore moins lui résister. Ce fut seulement quand ils eurent vu ces prodiges et d'autres semblables , par lesquels le Sauveur laissa resplendir quelques rayons de sa puissance et de sa divinité, que ces hommes charnels , subjugués par l'évidence , confessèrent en une certaine façon sa
(1) Multi crediderunt in eum : ipse autem Jésus non credebat semetipsum eis, eo quod ipse nosset omnes, et quia opus ei non erat, ut quis testimouium ei non perliiberet de honiins,ipsG cnim àcieljat quid esbet iu homine (Joan. xi).
divinité (I). Cela prouve donc qu'ils crurent plutôt par crainte que par amour, et que leur foi , assez senil)lal)le à celle de beaucoup de chrcliens de nos jours, avait son principe dans les sens domptés, écrasés sous le poids d'une si i;r;nidc niajcslô, et non dans rinimililé de l'esprit , ni dans la sincérité du cœur. Ah! une telle foi ne saurait jamais sauver, ni être par conséquent a;:réable à Dieu. Vu cœur droit, humble, affectueux, croyant, voilà le théâtre où ce Dieu aime à réaliser ses merveilles, les prodiges les plus tendres de sa miséricorde et de sa bonté (2).
Ce doux Sauveur nous en a do::îié une preuve éclatante dans l'admirable guérison, qu'il opéra à Capharnaûm, d'une maladie déjà ajicienne et d'ailleurs sans remède. Méditons en ce jour un si beau miracle ; il nous apprendra la voie qu'il faut suivre pour parvenir au cœur de Jésus, pour mériter qu'il se fie, se donne à nous, et qu'il répande dans nos cœurs les richesses de son amour qu'il a promises aux âmes droites et sincères.