‹ École des miraclesChapitre 34 sur 46 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

Le monde a toujours été aussi injuste et pervers qu'op[)Osé à lui-ménic dans ses maximes et ses actes. Chaque jour, par exemple, rou voit, même de notre temps, les mondains, atteints par la tribulation, réclamer, dans l'attitude la plus humble , l'inter-

(1) Multi credidoruut in cum, videntes signa ejus quae faciebat [Joan. II, 23).

(2) Quam bonus, Israël, Deus lus qui recio suut corde !

— 3G7 — cession des serviteurs de Dieu, qu'ils calomniaient naguère et qu'ils tournaient en ridicule. Il eu était ainsi autrefois : les Pliarisiens, qui ne cessaient de censurer les actions du Sauveur, de nier ses miracles et de ternir sa réputation, ne manquaient point, dans leurs adversités, de se présenter à lui avec les démonstrations de la plus grande humilité et du plus grand respect, pour solliciter son secours et pour le supplier, de faire des prodiges en leur faveur.

IXe vous étonnez donc pas, mes frères, de voir le fier Jaïre, chef et prince de la Synagogue juive à Capharnaûra, prosterné, comme le dernier du peuple, aux pieds du Christ et l'adorant humblement (1). Cet lîom.me, hier encore si dédaigneux avec le divin 3Iaître, est aujourd'hui profondément affligé et plongé dans la douleur : sa fille unique, ûgée d'environ douze ans, qu'il aime plus que lui-même, est atteinte d'une maladie terrible, elle se meurt (2)! et il supplie le Seigueur, il le conjure avec larmes d'entrer dans sa maison pour imposer les mains (3) sur la moribonde, afin de lui rendre la santé et la vie (4).

Remarquez d'abord, dit saint Jean Chrysostome,

(1) Ecce princeps unus de archisynagogis, nouiine Jairus, accessit ad pedes ejus, et adorabat eum {Matth. ix, 18; Marc, v, 22; Luc. Yiii, 41).

(9) Quia unica filia erat ei fere annorum duodccim, et haec moriebatur (Luc. viii, 42).

(3) Il avait entendu dire que le Sauveur avait opéré plusieurs miracles à Capharuaûm par l'imposition des mains.

(4) Et deprecabatur eum multum, ut intraret domum suam, dicens : Quoniam lilia mea in extremis est. Veni, inipone maoum super eam, ut salva sit et vivat {Luc. viii, 41; arc. v, 23),

la stupidité de ce docteur juif : il rccomiaît en J6sus- ChrisL le pouvoir diviu de rendre la sauté à su fille, et il croit iiéaiinioins que le Sauveur ne pourra faire ce miracle s'il ne pt'uèlre dans sa demeure, s'il ne s'approche de la malade et ne la touche de sa main (1).

Le Centurion, lui, et la Cliananécniie rccoinuirent eu Jésus -Christ le pouvoir d'opérer des prodiges, même de loin, i)ar la seule force de sa volonté et de sa parole. Les Gentils ont toujours mieux entendu la religion que les Juifs.

Quelle admirable bonté! quelle humilité le Fils de Dieu fit paraître à cette occasion ! Quoique prié avec une foi si languissante et si imparfaite , il consent néanmoins à se rendre à la maison de Jaïre ; et, sans retard, sans aucune parole de ressentiment ou de reproches, il se lève du lieu d'où il instruisait la foule, il suit Jaïre, avec les apôtres et l'immense multitude qui l'accompagnait presque toujours et l'étouffait, en quelque sorte^, sur son chemin (2).

Une femme nommée Véronique (3), qu'affligeait

(1; Vide crassitiem; duo expodit a Chrislo : ut accederet ad eam, et luanuin imponeret (S. Glirysost., hom. 32 in Matfh.).

(2) Et surg'^us Jésus al)iit cum illo, et rinquobatur eum, et diicipuli eju6. Et sequebatur eum turba limita, et comprimebaut (MuKh. IX, 19; Hlarc. v, 24).

(3) 11 n'est pas certain que cette femme soit Véronique ; mais il est vraisemblable que celle qui reçut du Sauveur la faveur insigne de pouvoir essuyer de ses propres maius la sueur et le sang de sa face divine, ait été cette même matrone qui, dans la circonstance dont il s'agit, toucha ses habits avec nue foi héroi(jue et donna ainsi le plus beau témoignage à sa divinité. Cette hypothèse, toutefois, est pieuse, édifiante et délicieuse ; et cela

— 3b9 — un flux de sang depuis douze années (I), se trouvait le même pour dans la contrée de Capharnaum. De plus, elle était encore tombée dans l'indigence par la rapacité des médecins appelés pour la guérir, ajoute l'Evangile, et qui, comme il arrive très-souvent, n'étaient parvenus qu'à la faire souffrir davantage avec leurs remèdes plus incommodes et plus douloureux que la maladie même (2). Si du moins elle en avait retiré quelque avantage ! Mais^ hélas! malgré les belles promesses de ces docteurs qui s'étaient succédé les uns aux autres, en l'assurant de sa guérison prochaine, selon l'ordinaire, nul d'entre eux n'avait pu la guérir (3), et même cette malheureuse se sentait réduite à un état pire qu'auparavant (4). Abandonnée comme incurable, parce qu'elle n'avait plus rien à dépenser ; privée de tous remèdes humains,, elle prit

nous suffit à nous pour la préférer à l'opinion opposée. Ce qu'il y a de certain, comme nous le savons d'Easèbc (liv. VII), de Sozomène (liv. Y) et de Théophile {Comment.), c'est que l'hémoi'roïssse était de la ville de Césarée. Cette ville, assise au pied du mont Liban, s'appelait anciennement Lesen ou Laïs {Josué xix), plus tard Dan, do la tribu de ce nom, qui la possédait, et finale! ment Césarée de Philippe, parce que Philippe, fils d'Hérode, l'aval' réédifiée et embellie en l'honneur de Tibère César. Elle limitai la terre d'Israël du côté du septentrion. Près de cette cité, deu^ petits fleuves pi'enuent leur source, Jor et Dan, qui se réunisseni non loin de là et forment le fleuve du Jour-Dain.

(1) Mulier, quae fluxum sanguinis patiebatur duodecim annis IMallh. IX, 20).

(2) Et fuerat multa perpessa a compluribus medicis {Marc, v, 26). — Et in medicos erogaverat omnom substantiam {Luc. vjii, 43).

(3) Ncc ab ullo potuit curari {Vtid.).

(4) Et nihil profecerat; sed magis deterius habebat {Marc, v, 56).

la résolution do recourir aux remèdes de Dieu. Elle avait entendu beaucoup parler du Sauveur et de ses miracles (1); elle crut i'ermemcut qu'il pouvait la guérir, et qu'il le pouvait seul.

Mais comment faire pour se présenter à lui? La loi, comme l'observe saint Jérôme, défendait, sous les peines les plus sévères, aux femmes atteintes de celle maladie, d'entrer dans la ville et de se montrer dans les lieux habiles ; c'est pourquoi cette malheureuse restait en rase campagne (jl). De la sorte, elle était affligée et par la maladie dont les médecins lui avaient fait désespérer la guérison, et par l'impossijjilité où elle se voyait d'aller trouver le seul docteur qui pouvait la guérir. Mais voici qu'un certain jour elle aperçoit venir de loin une grande foule ; aussitôt elle se doute que le Sauveur est au milieu de ce peuple, et elle quitte sans délai sa demeure, court sur la voie publique et attend le passage du Fils de Dieu. Un examen attentif le lui fait bientôt distinguer dans la foule, à sa taille élevée, à son front majestueux, à son regard doux, à son aspect divin, tandis qu'une voix secrète disait à son cœur:// est Dieu. Toute palpitante d'espérance en ce divin Médecin, elle s'occupe de lui demander la guérison qu'elle no oute plus d' obtenir (3).

(1) Cnm audisset dp Jesu {Ibid., 27).

(2] Hœc mulirr sanguine fliieus, non in domo, non in urbe accedit ad Domiuum, quia juxla legem (hujusmodi mulicrcs) urbibus excludcbanlur {In Mat th.).

(3) Dcsperans de salute mcdicorum, cœlestem adcsse medicum credidit; et in euni omneni >iuam intentionem collocavit.O^"/-'-

Pauvre femme! pauvre affligée ! pleine d'une sainte audace, et cependant toujours humble ; malgré ses désirs et ses efforts, elle reste toujours en arrière. Elle tâche cependant de percer la foule et de s'approcher du Sauveur, et elle reste toujours loin de lui (1); car, dit saint Chrysostome^ elle a honte d'elle-même, elle se regarde comme impure, elle se croit indigne de se présenter à Dieu face à face (2)

Mais que veut-elle donc faire? Que cherche-t-elle? Qu'attend-elle? Ah! si vous saviez! elle s'est dit en elle-même : «i Si je puis seulement toucher sa robe, je suis sauvée (3). » Quelle noble pensée! Quella haute intelligence dans cette heureuse femme! Qu'admirer le plus? son humilité ou sa foi? Son humilité est réellement profonde et héroïque. Elle se résigne à ne toucher que la robe du céleste Médecin, car elle se croit indigne de tomber à ses pieds (4). Et encore, comme le remarque un interprète, elle cherche à toucher, non pas la partie supérieure du vêtement en contact avec le corps très-pur de Jésus, mais seulement le bord extérieur de cette robe (5),

(1) Venit in turba rétro {Marc, v, 27).

(2) Rétro, quia verecundabatur, se imnumdam existimao* (S. Cbrysost., hom. 32 in Matth.).

(3) Dicebat intra se: Si taQtum tetigero vestimentum ejus, salva ero {Matth. ix, 21).

(4) Admiranda bumilitas, quia indignam se judicavit, quae Domini pedes tangeret (S. Rémi, Caten.).

(5) Les Hébreux avaient l'usage de porter à l'extrémité extérieure de leur vêtement de dessus ou de leurs manteaux une bandelette, ou une frange, cousue tout autour, ou superposée , ou tisàue avec l'étoffe, selon que la loi même l'ordonnait {Nomb. XY.)

tant est vil le Rcntiniciit qu'elle a d'elle-même (I)!

Mais que dirai-je de sa loi*? Elle est la censure du celle des Juifs. Jaïre croit que le Sauveur ne pourrait guérir sa fille s'il n'entre dans sa maison et ne la louche de sa main bénie. Véronique pense au contraire qu'elle sera guérie, si elle a le bonheur de toucher seulement le bord de ses vêlements, sans qu'il prononce aucune parole, sans même qu'il s'en aperçoive. Non-sculcnient elle le pense, mais elle le croit fermement ; elle ne l'espère pas seulement, mais elle en est certaine. C'est pourquoi elle ne dit pas : Je guérirai peut-être, mais : Je suis certaine d'être guérie (2).

EUene craignit pas non plus, en touchant le Sauveur de lui communiquer la tache légale (3) ; car elle sa-

Les plus dévots la portaient plus large ; c'est de là que le divin Sauveur prend occasion de reprocher aux Pliarisicns qu'ils dilataient leurs franges en signe de grande religion, tandis qu'ils resserraient toujours davantage leur cœur à la charité. Ces franges étaient de couleur bleu céleste, afin qu'en les voyant, dit le texte sacré, ils se souvinssent de tous les commandements du Seigneur et qu'ils ne suivissent ni leurs pensées, ni leurs yeux, pour se prostituer à divers objets. Aujourd'hui encore, les Juifs se servent, dans leurs prières, d'une espèce de vùtemcut (de thorax) sans manches, qu'ils appellent arhacanphot, ayant des franges de couleur bleu de ciel, qu'ils nomment zotten.

(1) Non est ausa tangere vestimeutum quoJ Domini carnem tegebat; sed illud quod foris prœminebat (Drut., Expos.).

(2) Non dixit : Forsan ; sed : Certe salva ero.

(3) La loi mosaïque était sur ce point très-claire et très-sévère : Millier quœ 2^afitur multis diehus fluxum sanrjuinis non in tem- ])ore mcnst7'uali, vel quœ post menstruum san/juincm, flucre non ccsiat, quandiu subjacet finie passioiii, immunda erit. Cette imsureté légale se communiquait à quiconque la touchait, ou dont elle avait été touchée, comme à tout ce qui était à son usage.

vaitbien, dit saint Pierre Chrysologue^, queriiomme, si impur soit-il, ne peut apporter aucune souillure à la sainteté de Dieu, et que si le soleil reste pur, malgré la boue où plongent ses rayons, à plus forte raison le Créateur de cet astre ne peut-il contracter la moindre souillure à son contact avec notre boue humaine (1).

Une si vive confiance ne pouvait être trompée : il arriva précisément comme la malade avait cru ; elle s'inclina, étendit le bras à travers la foule, toucha le vêtement du Sauveur (2), et aussitôt le flux de sang s'arrêta, et elle se sentit guérie comme par une main invisible (3).

Femme vraiment heureuse , s'écrie saint Pierre Chrysologue ! Elle ne peut ouvertement se présenter au divin Médecin, et elle parvient à lui par l'esprit; elle sait, par cette voie secrète, trouver le remède efficace et prompt pour son humiUante infirmité, et si elle n'a pas dû supplier publiquement, le Sauveur a su réussir d'une manière plus admirable, en s' insinuant secrètement dans sou cœur par le silence éloquent de la foi (4) !

{Lévit., chap. xv). Grotius dit que la raison de cette loi était qu'en Syrie et dans les contrées voisines,cette maladie était contagieuse et très-funeste [In Levit.).

(1) Sciens quia Deum nec tactum polluit, nec inquinat humana cogitatio. Si sol tangit stercora, nec tamen inquinatur; quanto niagis solis Creator (S. Petr. Ghrysol., serm. 35).

(2) Tetigit fimbriam vestimenti ejus {Matth. ix, 20).

(3) Et confestim siccatus est fons sanguinis ejus; et sensit corpore, quia sauata esset a plaga {Marc, v, 29).

(4) Invenit mulier yerecundo vulneri qualiter subveniret, ul

D'autre part, que ce miracle de Jésus est beau et magnifique ! Quelle preuve éclatante de sa divinité! Quel autre qu'un Dieu eût eu pitié de cette femme se tenant cachée dans la foule? quel autre qu'uu Dieu, sans qu'elle ait formulé sa demande, l'eût exaucée, l'eût guérie (1)? Ah ! le Verbe éternel, la vertu de Dieu, en prenant notre nature infirme pour nous racheter, n'a point enchaîné dans sa chair l'efficacité de sa puissance divine. Si le Dieu créateur a donné à l'aimant la faculté d'attirer le fer, le Dieu Sauveur a communiqué à sa robe (2) la vertu d'éloigner les infirmités et de guérir ceux qui la toucheraient avec une foi vive (3).

Mais le plus grand miracle de Notre-Seigneur dans cette circonstance, ce ne fut pas tant d'avoir guéri Véronique que d'avoir, par le don de sa grâce, éclairé son esprit et répandu dans son intelligence une telle lumière, que cette femme vraiment grande l'emporta dans la science divine sur les docteurs, qu'elle surpassa les Juifs dans la connaissance des mystères du christianisme, et qu'elle n'eut rien à envier aux apôtres mêmes par la pureté et par la fermeté de sa foi. Eu

insinuarct fidei silentio, quod publico clamore non poterat; et sécréta spiritus via pervenerit ad medicum ad quem pervenire manifesto carnis itinere non potorat (S. Chrysol., loco cit.).

(1) Non nisi a Deo potuit latius videri; audiri taceus, celata curari {Id., ibid.).

(2) La sainte robe de Notre-Seignour à Trêves.

(3) Ad redomptionem nostram fragililatcm corporis virtus assuuipsit; sed assumptio corporis non naturam virtiitis inclusit. — Sicut auctor naturae dat magueti virtutem ferruni attrahendi; sic Christus dabat vcsti suae vim repelleudi iufirmitates, et sauaudi ex fide tangeûtem (S. Hilar., Caten.).

effet, les Juifs méprisèrent le Fils de Dieu, pour la

faiblesse de sa nature humaine ; l'apôtre saint Thomas dut, pour croire à la résurrection du Sauveur, toucher son corps, mettre un doigt dans ses plaies; tandis que cette femme extraordinaire, ne se laissant point arrêter par les apparences humaines de Jésus, ne douta point un seul instant que la divinité eût perdu de son eflBcacité pour s'être unie à l'humanité, et qu'elle ci-ut fermement que la robe qui recouvrait sa chair, dans la partie même qui traînait à terre, possédait la vertu toute-puissante de la robe d'un Dieu. Elle ne douta point, dis-je, que cette vertu, figurée par le chrême des onctions anciennes, que cette vertu qui rayonnait du chef adorable du Sauveur, rayonnait avec la même puissance du bord même de son vêtement, et qu'en lui se vérifiait la prophétie ^annonçant que l'onction divine du vrai Aarou s'étendrait, en conservant toujours son efficacité, jusqu'à l'extrémité de ses habits. Quelle idée sublime elle avait ainsi de la personne adorable du Fils de Dieu ! quels trésors de grâces et de mérites elle contemplait, par la foi, dans l'âme de Jésus- Christ, puisqu'elle crut que la vertu de sa divinité résidait jusque dans ses vêtements (1) !

(1) Magna liaec millier, quae scientia omnes doctores vincit; sacramento omnes Judaeos superavit; fide praecessit apostolum : nam Judaea, cum scribis et doctoribus suis, Christum despexit in corpore; Tiiomas apostoius, ut Christum Deum crederet, misit manus, patefecit vulnera. — la Christo nihil putavit extremum , quia nec Deus minoratur in homine, nec virlus attenuatur in fimbria. — Vidit in fimbriam vestimenti ejus totam plenitudinem

Cahin, cette âme noire, possédée d'une haine infernale contre Jésus- Christ, dont il chercha toujours à rabaisser les mystères et à obscurcir la divinité, Cal- \in, dis-je, prononça donc un blasphème, quand il osa dire que Véronique se montra superstitieuse, en attribuant une vertu divine à la robe du Fils de Dieu. INe faut-il pas avoir [icrdu non-seulement la foi, mais aussi la raison, pour taxer de superstitieux un acte de religion sublime, confirmé, exalté par un si firaïul miracle? Mais savcz-vous, mes frères, pourquoi la foi de Véronique a mis en courroux le novateur? C'est, dit un interprète , parce qu'elle a fourni à l'Eglise catholique une preuve invincible de la vertu et de l'efficacité des saintes reliques, et par suite du culte qui leur est dû (1); le vêtemeut de Jésus-Christ, en

divini cluismadri, totara divini capitis Iraxisse virlutcm; sicut unguontum quod descendit in ora vestimenti ejus. — Quid ista inulier vidit liabilare iu intcrioribus Cliristi; quae in Cbristi fiinbria vidit divinitatis habitare virlutem?

(1) Les modernes hérétiques ont condamné le culte des reliques des Saints ; au commenceuieut de la prétendue réforme, ils se mirent à les brûler, à les jeter à l'eau et à les détruire partout, avec une fureur infernale. Et cependant le cœur du féroce Zningle se conserve encore, par ses sectaires, en grande vénération.Dans le Witteniberg même, on montre encore de nos jours, comme de précieuses reliques, les culottes de Luther. Et, dans ces dernières années, on a vu rendre aux restes impurs des ennemis de Jésus-Christ et des persécuteurs de l'Église, des honneurs tels que l'Eglise catholique ne rend pas môme aux ossements sacrés des martyrs et des saints. Tant il est vrai qui' l'homme, en cessant d'élre religieux, devient superstitieux, toul comme il devient crédule en cessant d'être croyant. Ainsi Dieu, même en ce monde, humilie et confond l'orgueil.

effet, n'était qu'une relique auguste (1). 0 vous donc qui vous dites callioliques, mais catholiques de nom seulement, apprenez par cet exemple que, lorsque vous vous érigez en censeurs orgueilleux pour condamner la vénération des âmes pieuses pour les précieuses dépouilles des saints et leur confiance dans leur efficacité ; apprenez , dis-je , que vous parlez comme Calvin ; vous êtes, sans vous en douter, l'écho des hérésiarques, qui voudraient que des corps, les anciennes demeures sur terre d'âmes purifiées par le mart} re ou la pénitence^ fussent profanés et foulés aux pieds, tandis qu'ils honorent d'un culte vraiment superstitieux et ridicule les cadavres des coryphées de l'impiété ; cadavres^ la sentine naguère de tous les vices, les noires prisons d'âmes perverses et diaboliques ! Laissons ces impies et ces insensés nous accuser de superstition, parce que nous vénérons les reliques des vrais amis de Dieu. Admirable et digne superstition, en effet, est celle qui obtient des miracles, qui rend ferme dans la foi et qui donne à la piété chrétienne le plus pur aliment.

Quant à nous, prêtres de ce Dieu fait homme, nous dit saint Pierre Chrysologue ; nous qui, chaque jour, nous nourrissons du corps de Jésus-Christ, comprenons quelle force médicinale nous pouvons retirer de cette chair divine pour la guérison de nos infirmités sprituelles, puisque Véronique, autrefois, par le

(1) Est hoc exempliim ad probandam vim et efûcaciam sanctaruni reliquiarum ; talis enim fuit veotid Chriali (A Lap.).

seul attachement de la fraugc de sou vôteraeut , a obtenu la santé du corps (I).

Mais, hélas! funeste pensée, ajoute le môme Père, pensée qui arrache les larmes ! Quiconque participe indignement au corps et au sang du Sauveur, boit et mange la sentence de son supplice éternel ; si bien que, loin de retirer de ce Corps adorable le baume précieux qui guérit les blessures mortelles, nous le changeons trop souvent en un poison qui nous donne la mort!

Un si bel acte de foi et de religion, suivi d'un si grand miracle, ne devait point demeurer caché. Aussi le divin Maître, pour confondre les Juifs qui étaient présents et pour instruire les chrétiens qui étaient éloignés, amène, de la manière la plus gracieuse et la plus délicate, cette femme qui avait fait cet acte sublime, à le rendre public. Lorsque sa vertu secrète eut guéri Véronique (2), il se retourna donc vers la foule et dit d'un air grave et solennel : « Quelqu'un s'est approché de moi et a touché mes vêtements ;

(1) Docuit mulier quale sit corpus Ghristi, quœ in fimbria tantum esse monstravit. Audiant Cliristiani, qui quotidie corpus Ghristi attingunt, quantam de ipso corpore suniore possunt mediciuam, quaudo mulii-i' rapuit de sola Ghristi fimbria sauitatem, — Sed quod nobis flendum est : inulier de corpore medicinam tulit; nobis medicina ipsa retorquctur iu vulnus. Hinc est quod Apostolus tangentes indigne corpus Ghristi taUter admonet et de filorat : qui manducat et bibit indigne, judicium sibi mauduca et bibit [Serm. 35).

(2) Statim Jésus in semetipso cognoscens virlutem quœ exierat •de illo [Marc, v, 30).

quel est-il (!)?« Tous ceux qui en étaient le plus rapprochés niaient le fait les uns après les autres (2). Pierre s'aYança et, avec sa simplicité et sa franchise habituelles, il dit : « Maître, que dites-vous? la foule vous entoure et vous presse de toutes parts; peu s'en faut que nous ne soyons nous-mêmes étouffes avec vous, et vous demandez qui est-ce qui vous a touché (3)? » Mais le Sauveur reprit : « Quelqu'un m'a touché, "car je sais qu'une vertu miraculeuse est sortie de ma personue(4). » Et il continuait à chercher des yeux la femme qui avait fait cet acte de foi (5). Celle-ci, qui se sentait guérie', pensa qu'elle avait été aperçue, et elle se mit à trembler (6). Ne pouvant ni le nier ni se cacher, elle vint se jeter aux pieds du Sauveur, en avouant tout (7) ; elle n'eut pas honte de découvrir son infirmité, ni de raconter à ce peuple pourquoi elle s'était approchée de Jésus et comment elle avait été guérie sur-le-champ (8).

Mais pour quelle raison Jésus-Christ voulut-il obli-

(1) Conversus ad turbnm aiebat : Quis est qui me teligit? Qr.is tetigit vestimenta mea {Marc, v, 30; Luc. viii, 45).

(2) Negautibus autem omnibus {Luc.,ibid.),

(3) Dixit Petrus : Prfeceptor, vides; turbae te comprimunt, et te affliguiit, et dicis : Quis me tetigit {Ibid., 45)?

(4) Et dixit Jésus : Tetigit me aliquis; nam ego novi virtutem de me exiisse {Ibid., 46).

(5) Et circumspiciebat videra eam, quse hoc fecerat {Marc, y, 32). (G) Mulier vero sciens quod factum esset in se; videus quia

non latuit; timens et ircmens {Marc, v, 33; Luc. viii, 47).

(7) Venit et procidit ante pedes ejus, et dixit ei omnem veritatem {Ibid.).

(8) Et ob quam causam tetigerit eum, iudicavit coram omni populo; et quemadmodum confestim sauata sit {Luc. viii, 47).

p;er cette femme h déclarer, avec tant de honte et de crainte, sa maladie, et pourquoi l'obligea-t-il à publier sa guérison? Ce n'est point, comme l'observe saint Chrvsostome, que ce tout aimable Sauveur ait voulu riiumilier; mais c'était plulùt pour la consoler, pour la rassurer, elle qui semblait craindre d'avoir commis comme un larcin (J). Saint Pierre Chrjsologue dit: Le nis de Dieu voulut que la confession de Véronique fût publique, d'abord pour que cette confession, si désintéressée et si sincère, fût une preuve invincible qu'il sait tout, qu'il peut tout, qu'il est Dieu, en un mot; secondement, pour que sa foi humble et confiante fût connue de tous, afin que les apôtres et les chrétiens puissent l'imiter (2).

Quand le Sauveur eut obtenu les résultats en vue desquels sa sagesse avait résolu ce miracle, il se retourna vers Véronique, toute confuse et toute tremblante, et il lui dit avec une ineffable douceur : « Ma fille, aie confiance ; je confirme et ratifie le prodige : c'est ta foi qui t'a sauvée, vas en paix, et sois délivrée pour toujours de ton infirmité (3).»

Quelles paroles , mes frères ! Quelles délicieuses promesses! quelles belles déclarations! Oui, « le Sei-

(1) Non permisit latcre, ut solvcret timorem mulieris, ne a conscientia [mngatur, quasi donum fnrala fuisset (S. Clirysost., loco cit.).

(2) Ut eam ad confossionem induceret. — Monstravit se uosse (et posse) omnia. — Omnibus iidem ostcudit {Serm. 35).

(3) At Jésus couversus, et videns eam, dixit ei : Coufido, filia; fides tua te salvam fecit. Vade in pace, ot osto sana a plaga tua [Malth. IX, 22; Marc. V, 34; Luc. vjn, 48).

gncur est réellement doux aux âmes droites et sincères! » L'ciimable et tendre Sauveur ne confirme pas seulement la guérison qu'il vient d'opérer en faveur de cette infortunée, mais de plus il en assure la durée : Esto sanaaplaga tua; il loue sa foi et exalte sa confiance en présence de tout le peuple sous les yeux duquel elle s'était humiliée : Fides tua te salvam fecit ;'\\ lui donne la paix du cœur et avec elle-même etaveC'Dieu^ et parla il montra, dit saint Jean Chrysostome, qu'il lui avait pardonné ses péchés, qu'en guérissant son corps il avait sanctifié son âme (1), et qu'enfin il ne se contente pas de l'admettre dans son amitié, mais qu'il l'adopte pour sa fille, fille tant aimée de lui, qu'elle peut dès-lors espérer de tout obtenir de son amour : Confide, filia.

Telle fut la conséquence du regard de tendresse que le Dieu de bonté daigna diriger sur cette faible créature : Couver sus et videns eam. Heureux donc celui sur qui le Fils de Marie daigne abaisser les yeux pour le guérir de ses infirmités corporelles! mais bien plus heureux encore, si ces yeux divins plongent dans son âme ! car il se trouvera en un instant délivré de ses maux et comblé de toutes sortes de biens (2).

Dès ce moment, Véronique devint vraiment la fille tendrement dévouée du Sauveur Jésus. Elle le suivit toujours, et partout, aussi longtemps qu'il vécut. Elle

(1) ut cognoscat se etiam a peccatis mundatam (Loco cit.).

(2) Vidit oculis divinis, non huiuauis. Douatur bonis, raalis caret queui vid^rit Deus (Emis.).

raccompagna sur le Calvaire. Et celte même femme, qui avait à peiuc osé toucher, en tremblant, l'extrémité de sa robe, eut la faveur insigne d'approcher SCS mains innocentes de la face adorable du Sauveur pour en essuyer la sueur et le sang qui en découlaient, et de recevoir, en récompense, le trésor de la saiute face du Sauveur sur le suaire de fin lin , qui est une des reliques et des plus précieux monuments oui font à présent la gloire de la basilique de Saint- Pierre (1).

Mais laissons le sens littéral de cette charmante histoire et élevons nos pensées au sens allégorique et moral qu'elle présente; arrêtons-nous à goûter les mystères qu'elle nous offre et à nous instruire aux solides leçons qu'elle contient. L'hémorroïsse, souffrant un flux de sang qui la rendait impure selon

(1) Véronique, après l'Ascension de Notre-Seigneur, se retira à Césarée, sa patrie, où elle fit élever, sur la place publique, une statue en marbre précieux, en mémoire du miracle que notre divin Sauveur avait opéré en sa faveur. Dieu voulut lui-même rendre célèbre cet acte de reconnaissance de Véronique par un miracle, qui se continua bien deux siècles de suite. Eu effet, il croissait sur le piédestal, tout autour de cette statue, une herbe ; or, quand cette herbe arrivait une fois à toucher le bord de la robe de celte statue, elle acquérait une vertu prodigieuse pour guérir toutes sortes de maladies, même les plus désespérées. Julien, empereur et le premier prince apostat, persécuteur de l'Eglise, lit enlever la statue de Notre-Seigneor de son piédestal pour y placer la sienne; mais ce fut inutilement; car, au lieu de produire une herbe miraculeusement salutaire, ce piédestal attira la foudre vengeresse du ciel, par laquelle la statue de ce vil ennemi de Jésus-Christ fut à l'instant renversée et réduite en poudre, sans qu'elle ait jamais été relevée (Eusèb., lib. VII; Sozomeu., lib. V; Théoph., Comment.).

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]a loi, est la figure de l'Eglise des Gentils, souillée des superstitions de l'idolâtrie et de la corruption des vices (1). C'est pour cela précisément que l'évangéliste saint Jean appelle enfants nés de la chair et du sang ceux qui ne sont point nés de Dieu (2).

Ainsi Véronique qui, à cause de sa maladie, était bannie des lieux habités et du commerce des hommes, représentait bien fidèlement la triste condition des Gentils. Çn effet, leur inclination pour les plaisirs charnels les avait fait exclure du nombre des fidèles adorateurs de Dieu ; aussi, quand ils surent que le Fils de Dieu était venu pour sauver la Judée, ils allèrent à sa rencontre comme pour ravir à Jérusalem le salut qu'il lui promettait (3).

Pour rendre la chose encore plus sensible, l'évangéUste remarque que la fille de Jaïre avait, quand elle mourut, douze ans, et qu'il y avait aussi douze ans que Véronique était infirme ; c'est-à-dire que son infir mité commença à la naissance de la fille de Jaïre. Or, cela signifie, dit saint Jérôme, que l'idolâtrie, avec le cortège de ses erreurs et de ses vices, ne commença à devenir générale dans le monde que douze siècles avant Jésus-Christ, quand la Synagogue fut constituée

(1) Fluxus sanguinis iutelligUur,et de pollutione idolatriae et de iis quœ carnis delectatione gerebantur {Glos.).

(2) Ex sanguinibus et ex voluntate carnis {Joan. i).

(3) Sicut ista exclusa erat domibus et turbis, propter sanguinis immunditiam, et propterea in viavcnit ad Dominum; sicgentilis populus exclusus erat a cœtu fidelium, poUutus ingenito carna- Ixum fluxu ; sed cum verbo Dei ceinerct salvari Judaeam, rapuit sibi saluteiu (Drut., Expos.).

— :{.si —

en Église publique, et qu'elle naquit, en quelque sorte, des patriarches (1). Cela vcul dire que ri-l^lise fut iiilirnie aussi longtemps que la Synagogue fut pleine de force et de vie, et quelc salut des Gentils comnuMiça lorsque la Synagogue périt, à cause de sou inlidélité(2).

Véronique, en écoutant les médecins inhabiles ou imposteurs qui avaient iiuililement dévoré tout son patrimoine, représente le paganisme avec ses faux docteurs, ses devins et ses philosophes orgueilleux ; c'est en les écoutant et en les suivant, que la gen» tilité avait inutilement dépensé tout son génie pour obtenir la sanlé de rame qu'elle cherchait comme elle le pouvait (3). Les leçons que les philosophes donnaient comme des remèdes infaillibles, n'étaient au fond qu'un insipide verbiage, qu'une poésie ridicule qui tirent perdre aux Gentils toutes leurs richesses d'esprit (4).

Que de disputes entre ces docteurs sur l'âme hu-

(1) Jiiiri filia duodonnis, et mulicr duodocim aiiiii^ sauguiue fluxit; scilicPt tempore qiio illa uala e^t, ha?c cœpit iiilirmari. Una enim pfîue saeculi œtate Sj-nagoga cœpit ex palriarchis nasci, et gentium nalio idololatriœ sanie fœdari (S. Ilieron. Expos.).

(2) Sic qiiaiidiu Synagoga viguit, laboravit Ecclesia; et illius ûîlicto salus gentium facta est (Rabau., Coin.).

(3) Ta medicos, id est falsos theologos, divinos et philosophos Pentium; substantiam suain, id est omnem iiitellectum gentilitas expeuderat; scd nou potuit ab illis anima; salutem recipere {Aym., Expos.).

(4) Omnem laborem gentilitas expcndit iupoemalibus pliilosophorum. Philosophi de anima disputaverunt, sed ad veram rnediciuam gentilium populum nou adduxerunt (Drut., loco cit.).

■— 385 — maine? Mais comme les contradictions des médecins tuent le corps de leurs malades au lieu de les guérir, de même les contradictions des philosophes ne faisaient qu'empirer la misérable condition des âmes, au lieu de les délivrer de leurs yices honteux.

La loi mosaïque elle-même ne fut guère plus efiScace que la philosophie païenne pour guérir la gentilité, dont Yéronique était la figure. Ces peuples malheureux, ayant hérité du premier homme son infirmité originelle, couraient infailliblement à leur perte. Or, la loi mosaïque se contenta, à leur égard, de prescrire qu'ils fussent exclus du temple, qu'ils s'abstinssent d'offrir des sacrifices au Seigneur et de toutes les cérémonies de la religion judaïque (1).

Tandis que la gentilité gisait dans un état si désespéré, le Fils de Dieu se met à suivre Jaïre; c'est-à-dire, il vint au monde àZa suite deMoïse. Moïse, en effet, avait déjà^ en quelque façon, tracé son chemin par la loi et les prophètes ; Jésus-Christ a rempli exactement tout ce que le grand législateur des Hébreux avait prédit de lui (2). C'est pour cela que le Sauveur du monde a proclamé 3Ioïse son prophète et son précurseur, quand il dit aux Juifs : « Sachez que les livres de Moïse contiennent l'histoire de ma vie : De me ille (Moyses)

(1) Ita est Ecclesia gentium, quae primi hominis vulnerata peccato, tota fluebat sanguine, tota origiualitcr decurrebat ia morlem : quam non valuit lex ipsa mundare ; imo jusserat arccri tcniplo, prohibcri sacris, sauclis omnibus abstinere (S. Petr. Chrysol., serni. 33).

(2) Sequeliatur eum, quia, sicut Moyses praedixit de illo, sic per omaia fecit Deus.

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