‹ École des miraclesChapitre 35 sur 46 · II. 2S · texte numérisé non relu

II. 2S

scrfpfit.yi L'on voit donc clairement, comme l'enseigne saint llilaire, queledivin Médecin qui suitJaïre pour alkr ressusciter sa lille, est ce Verbe éternel qui est venu, ainsi qu'il l'a dit lui-même, pour sauver les enfants d'Israël ; et Véronique qui, pendant le voyage du Sauveur à la maison de Jaïre, va à sa rencontre, se place sur son chemin et est guérie, figure l'Eglise des Gentils, qui, guidée par vSa foi, est allée toucher le divin Maître et en a reçu le salut éternel, quoiqu'il parût venir pour les Juifs seuls dont il était né (1).

Au reste, toutes les circonstances de cette guérison sont mystérieuses. En effet, il est dit avec intention que Véronique ne s'approcha pas en face du Sauveur, mais qu'elle tâchait de s'en approcher, en le suivant. Cette manière de s'approcher du Sauveur signifie l'imiter, l'accompagner, le suivre; car lui-même a dit : « Que celui qui veut me servir me suive. » C'est ce que firent les Gentils; quand le Fils de Dieu fut remonté au ciel, ils le suivirent en croyant en lui et en se donnant à lui (2).

Véronique fut guérie par le simple contact des franges du vêtement du Sauveur. Ce vêtement de Jésus-Christ, c'est sou lncari)ation, par laquelle la personne du Verbe s'est revêtue de notre humanité; et les franges ou le bord de ce vêtement, ce sont les

(1) Ad hanc principis filiam dum properat Verbum Dci, ut salvos faceret filios Israël, sancta Ecclesia de gentibus congregata, fide percepit isauitatcm.

(2) Accoderc rotro, est Chrislum imitari et sequi; qiiia cum Chrièlus in cœlum ascendit, gcntcs credere cœperunt, sicut ipse dixit : Qui miLi ministrat me sequatur (Prut., Expos.).

dogmes de la foi qui ùépeiideut de riiicarunlion. Cette malade qui en touche seulement les bords, c'est rÉglise des Gentils, qui, sans avoir vu Jésus dans sa chair mortelle, mais pour avoir écouté ses apôtres, a comme saisi de la main, par leurs prédications, le mystère de l'Incarnation (I). Saint Hilaire a écrit : Véronique qui s'empresse de toucher le bord du vêtement de Jésus-Christ, est la figure de l'Église composée de nous autres Gentils, laquelle s'empressa de recueillir le don de l'Esprit-Saint, le fruit, la parure de l'incarnation du Verbe, comme la frange descend du vêtement auquel elle est unie (2).

Combien est significative cette circonstance que Tévangéliste nous fait remarquer, quand il dit que Véronique fut guérie sans être aperçue par le Sauveur, que celui-ci l'appela quand elle était éloignée, et qu'il confirma le prodige en sa présence; qu'elle ne voit pas le Seigneur, et que cependant elle éprouve les effets de sa vertu divine ! De même Jésus-Christ nous échangés, par le moyen de ses apôtres; quand nous étions, comme Gentils, éloignés de lui, nous avons été guéris comme s'il eût été présent au milieu de nous. Jésus-Christ n'est point parmi la geutilité comme il était chez les Juifs par la présence visible

(1) Vestimentum Christi dicitur Incarnationis mysterium, qiio divinitas induta est. Fimbria vestimeuti, verba de ejuî^ iucaruatione dependentia. Non autem vestem, sed fimbriam tetigit, quia non vidit in carne Dominum gentilis populus, sed per apostoloa Verbum lutarnatiouis susccpit (Loco cit.).

(2) Ecclesia geutium fimbriam vestis per fidem festinat attingere : donum videlicet Spiritus sancti, de Christi corpore, modo flnibriœ, exeuutis [Com.).

de son corps; mais il est avec elle par s;i vertu, par sa i^ràce et par sa vérilé (1).

Kiiiin, quand le divin i^laîlrc se retourna pour lixer son regard sur Véronique : Conversiis ad eam, il nous donna dès-lors un gaf^e de la tendresse qu'il aurait pour l'Eglise et pour les Ames \raimenl lidèlcs qui en sont l'ornement et la gloire (2). Que dis-je! il ne se conlcntc pas de jeter tendrement le;, yeux sur Yéronique, il rai)pelle de plus sa fille : Con/idc, filia. La foi vivo qu'elle avait en sa divinité l'avait, dit saint Chrysostonie, réellement fait devenir sa fille (3). De même l'Eglise, formée du peuple gentil, est appelée dans l'Ecriture sa fdle, pour la même cause ; fille qui, par la beauté de sa vertu, ravit le regard et touche le cœur du Roi éternel des cieux (4) , de ce Roi qui donne abondamment à chaque âme lidcle sa part dans le trésor des tendresses qu'il a déposé dans l'Eglise. Aussilcs véritables enfants d'Israël, les chrétiens humbles d'esprit et droits de cœur, sont-ils réellement heureux. Le regard paternel de Dieu est sur eux de leur berceau à la tombe ; ils participent sans cesse aux droits, aux caresses, aux douceurs réservées aux vrais enfants : Quam bonus, Israël, Deus his qui recto surU corde !

(1) Ista mulicr abs'^nUnm corporis Bomini, et prccscntiam virtutis in omnibus gentibiis significavit. Dominuâ tanquam abscntem requiiit, {.auquaiu prœsenlem sanat(S. Aug., serm. G de Vcrb.).

(2) Conversus ad eaui, clemcnliam désignât quam habut erga Ecclesiam (Aira.).

(3) Quia eam fidcs filiam fecerat (S. Chrysost.).

(4) Audi, filia... Quia coacupivit res speciem tuam {Ps. x.u).

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