PREMIÈRE PARTIE
La guérison du serviteur du Centurion que le Fils de Dieu avait opérée de loin et d'une seule parole à Capharnaum, comme nous l'avons dit ailleurs, était un miracle qu'il n'était nullement possible de révoquer en doute. Le même peuple qui avait entendu la prière pleine d'humilité et de foi que le digne soldat avait faite au Sauveur, comme la réponse si touchante du divin Maître : « Qu'il soit fait comme vous avez cru; » ce même peuple, dis-je, avait aussi entendu de la bouche des serviteurs du Centurion que, de retour dans la maison de leur maître, ils avaient trouvé parfaitement guéri le serviteur que, quelques instants auparavant, ils avaient laissé aux prises avec une maladie mortelle (1). Cependant il se trouva des hommes qui mirent en question la gravité de la maladie de ce serviteur. Que fera le Sauveur pour les confondre ? Il va ressusciter un mort en la pré- ..ence même de ceux qui lui refusaient la vertu de tjuérir un malade (2).
(1) El revorsi, qui missi fuerant domum, invenerunt servum, qui languerat, sanutn [Luc. vu, 10).
(2) Cum de puero Genturiouis dixerat aliquis, quia moriturus
Il s'achemine doue en la compaQ;nie des disciples et d'une grande multitude (1). Or, la désolation était aux portes de Naïm. Ou emportait un cadavre, un jeune homme, fils unique, seule espérance, seul soutien de sa mère, et celle-ci était veuve; frappé par la mort à la fleur de l'âge, il était emporté au sépulcre, entouré de sa pauvre mère, au comble de la désolation, et des habitants de la cité. L'infortunée veuve, ne pouvant vivre sans son enfant bien- aimé, eût voulu descendre avec lui dans la terre (2).
Les angoisses de cette femme, deux fois frappée dans ses affections les plus chères^, avaient excité dans le public un sentiment universel de compassion et de deuil. La tristesse était peinte sur les figures, la douleur avait gagné tous les cœurs, et une grande foule l'accompagnait, pleurant et gémissant avec elle (3). Absorbée dans sa douleur, la pauvre mère ne prononçait aucune parole, elle n'adressait aucune prière au divin Sauveur. Mais il n'importe : le spectacle de sa vive affliction est la prière éloquente qui attire et touche le cœur tendre de Jésus. Seigneur, vous ne pouvez voir les misères de l'homme sans en avoir
non erat, ut temerariam linguam compesceret, jam defuncto juvoni (evangeliàlà) eum obviare fatetur S. Greg. Naz., Caf.).
(1) Et deinceps ibit in civitatem qua3 vocatur Naim. Et ibant cuui co discipuli ejus , et multitude copiosa {Luc. vu, 11).
(2) Cum autem apf ropinquaret portai civitatis, ecce defunctus efferebalur, filius unicus matris suée ; et haec vidua erat {Luc, {Ibid., 12).
(3) Et turba civitatis multa cuin illa (Loco cit.)