‹ École des miraclesChapitre 40 sur 46 · II · texte numérisé non relu

II

— 4IS — piliû (l). L'aiiuablo Sain car s'avança donc auprès de la femme ô|)lor(!'c, et lui dit avec la plus tendre compassion : « Pauvre mère, vous avez raison d'être aniii^ée, mais ne pleurez plus ; je suis venu pour vous rendre voire fils : Dixil illl: noli flcre. » Puis il s'approcha du cercueil où se trouvait le cadavre, le toucha (ceux qui le portaient s'étaient arrêtés), et ajouta d'une voix toute-puissante : « Jeune homme, lève-toi, je le l'ordonne (2). » Et aussitôt le mort se leva plein de santé et de vie, et il parla (3). Alors, son Médecin céleste le prit par la main, et il le présenta à sa mère en disant : « Eéjouis-toi, femme fortunée, voici ton fds; il est vivant (4). »

A la \ ue d'uu pareil prodige, le respect et la crainte, unis à rétonnement et à la joie , s'emparèrent de tous les cœurs et enchaînèrent d'abord toutes les langues (5). Puis, chacun donnant un libre cours à la reconnaissance et à l'admiration excitées dans toutes les âmes par la puissance et la bonté de Jésus,, tous

(1) Quani cum vidisset Domiiius, miscricordia motus super eam (£,t<c. vu, 13).

(2) Et accessit, et teligit loculum (hi autem qui portabant, steteruut), et ait : Adolesceus, libi dico : surge {Luc.^ ihid., 14).

(3) Et resedit qui erat niorUius, otcœpit loqui(Z,MC., ibid., 15)

(4) Et dédit illum matri suae {Ihkl.). — Ainsi le Sauveur a montré, d'une part, toute sa tendresse et sa bonté en prenant compassion de la mère ; de l'autre, il a manifesté l'étendue de son pouvoir en ressuscitant le fils, afin qu'aimant et adorant sa toute-puissance , nous imitions également sa miséricorde et son amour à l'égard de nos frères ou du prochain.

(5) Acccpit autem omnes timor {Luc. vu, 16).

se mirent à glorifier Dieu avec les plus \ifs Iransports, en disant : Un grand prophète a surgi parmi nous, et le Seigneur a visité son peuple (1).

Combien, en effet, ce prodige est plus éclatant que celui d'Elie ! Elie n'opéra pas précisément le miracle, il l'obtint par ses prières ; tandis que le Sauveur n'obtint pas, il opéra la résurrection de Naïm par l'efficacité de son pouvoir. Elie adressa au ciel le cri de son cœur, en disant : « Seigneur, mon Dieu, je vous supplie de faire redescendre dans son corps l'âme de cet enfant (2); » le Sauveur n'employa que sa propre autorité, son empire ; il dit : « Jeune homme, je t'ordonne de te lever : Adolescens, tibi dico, surge. » C'est qu'Elie prie comme un serviteur, et que Jésus- Christ commande comme Dieu. Aussi Elie fut-il reconnu comme Vhomme de Dieu par la femme de Sarepta (.'$), tandis que Jésus fut reconnu et béni par le peuple de Naïm comme le Messie de Dieu, Dieu luimême daignant visiter son peuple (4).

Telle est la belle et tendre histoire qui est si admirablement décrite par saint Luc dans l'évangile de ce jour. Elle est simple et claire dans le sens littéral ; mais qu'elle est élevée dans le sens spirituel et combien de leçons elle renferme (5) !

(1) Magnificabant Deum, dicentes: Quia propheta magnus sur-, rexit in nobis, et quia Deus visitavit plebem suam (Ibid.).

(2) Clamavit ad Dominum et ait : Domine Deus meus, revertatur, obsecro, anima pueri hujus in viscera ejus (/// Reg. xvii).

(3) Nunc cognovi, quoniam vir Dei es tu [Ibid.).

(4) Propheta magnus surrexit in nobis, et quia Deus visitavit plebem suam.

(5)Juxta historiam apertissima est : spiritualiter autem Intel-

L'évangélislc fait d'abord observer que le mort était dt'jà sorti dft la ville, en dehors de ses portes : Efjcrebdtur extra 2)ortam ciritatis. Or, par le mot ville, disent les interprètes, on doit entendre le corps luiinain dans lequel l'âme habite comme dans une cil6(I). Cette ville mystérieuse du corps humain a ses portes, ce sont les sens; les portes de Naïm, dont révangélistc fait à si juste titre meution, indiquent donc les sens extérieurs (2).

Aussi longtemps que Tliommeuse de ses sens pour servir et pour louer Dieu, pour assister le prochain et pour se sanctifier soi-même, ces portes mystérieuses sont les portes de la gloire et de la vie, celles que le Prophète appelle les portes de la fille de Sion, qui sont ornées des emblèmes augustes de la grâce et de la sainteté; lame fidèle, en effet, reflète jusque sur les sens les rayons divins qui l'inondent. Aussi ces portes brillent pour l'édification du prochain et proclament les louanges et les bénédictions de Dieu (3). Mais quand les sens que Dieu nous a donnés dans ce but se prostituent aux passions, ils figurent alors ces portes de la mort dont le même Prophète demandait à Dieu d'être délivré (4). En effet, ajoute un inter-

lecta non modicam œdilicatiouem audieutiiiui mentibus subminislrat (Eric, Expos.)

(1) Civitas uniuscujusqiie animae est corpus, in quo tanquam in civitate clausa inlialjilat {Id., ibid.).

(2) Per portas civitatis sensus exleriorcs exprinumtur ; sicut enim civitas habet portas, ita et corpus humanuin habet sensus (Aym., Expos.).

(3) Ut annunticm laudationcs tuas in portis filia3 Sion {Psal. ix).

(4) Qui exaltas me de portis mortis {Ibid.),

prête, Jésus-Christ a dit dans l'Evangile : « Celui qui regarde une femme avec un mauvais désir, celui-là a déjà commis l'adultère dans son cœur. » Les yeux deviennent donc pour ce malheureux des portes funestes, lugubres , par lesquelles il est exposé à la mort spirituelle (1).

On doit dire la même chose de tous les autres sens ; ils sont tous les portes de la mort quand on les fait servir au péché.

Ce mort, qui est porté hors de la ville dans le sépulcre , signifie plus généralement l'homme pécheur qui, par le moyen d'une action extérieure mauvaise^ prouve qu'il est mort dans son âme et annonce la perversité de son cœur (2). L'historien sacré dit expressément que ce mort était étendu dans le cercueil et qu'on le portait au sépulcre (3). Oh ! que cette circonstance exprime bien l'état funeste du pécheur qui est hors de la cité, c'est-à-dire qui a déjà mis sa famille^, ses collègues, ses amis, ses voisins, tout le public dans le secret de son péché! La bière ou le cercueil représente la conscience endurcie ou indifférente de ce pécheur se reposant stupidement dans un calme incompréhensible (1).

(1) Qui viderit mulieremad concupiscendum eam, jam mœchalus eot eam iu corde suo {Mat th.); et iste talis per poitam sasculoruni ad mortem ducitur (Ayiu., ibid.).

(2) Per hujus civitatis portas mortuus effcrtur, cum per aliquem sensum malae volimtatis indicium ostendens, niortuum in anima se esse déclarât (Tit. Expos.).

(3) Loculum : ii qui portabant [Luc. 14).

(4) Jacet mortuus in fcretro, cum anima peccatrix requiescit in bua conscientia maie secura (Beda)

Le fils de la veuve de Naïm, dans son cercueil, est

égaleniont insonsibic cl au sort qui se préparc pour son cadavre prêt à descendre dans la terre, et aux larmes que sa mère et tout le peuple répandent sur sa mort prématurée. De même le pécheur dont nous parlons est insensiblement entraîné en enfer par sa conscience devenue insensible : pendant que de tous côtés l'on s'afflige, l'on répand des larmes de compassion sur SCS désordres présents et sur sa punition prochaine, lui seul semble ne pas comprendre ni sa propre ruine, ni le mallienr d'autrui, ni son triste état, ni le chagrin des autres; il ne se soucie aucunement de sa santé qu'il perd, de son patrimoine qu'il dépense, de sa vie qu'il abrège, de sa réputation qu'il ternit, de sa famille qu'il désole, de sa parenté qu'il déshonore, de ses amis qu'il compromet, de la piété qu'il contriste, de ses concitoyens qu'il afflige, du public qu'il scandalise, de la religion qu'il foule aux pieds, enfin de son âme qu'il conduit à la damnation éternelle; et, quand tout le monde est dans la douleur à cause de lui, lui seul ne s'alarme pas; au milieu du deuil universel, lui seul ne se désole point ; insolent, au contraire, fier de son sort, il se précipite vers l'abîme : on dirait un chevreau insensé, couronné de fleurs, se hâtant par ses bonds joyeux vers le lieu où il doit être immolé (1). Les hommes qui s'empressent de porter en terre le

(1) Ducunt in bonis dies suos, et in pnncto ad infema descendant {Job. XXI).

fils de la veuve de Naïni représentent, dit le Vénérable Bède, les affections impures, les passions charnelles, qui, selon l'enseignement de saint Paul, conduisent insensiblement Thomme à la mort ; ils signifient aussi ces faux amis qui, par leurs caresses empoisonnées, par leurs adulations homicides, parleurs excuses toujours au service des péchés des Jeunes gens, augmentent leur nombre outre mesure. Ce sont ces hommes cruels, occupés sans cesse à creuser des tombes^ dont le Sauveur a dit dans l'Évangile : « Laissez aux morts le soin d'ensevelir les morts .» Il voulait parler de ces pécheurs déjà morts à la grâce, qui^ par des faveurs, des conseils réciproques, s'encouragent à commettre le péché et se vendent le service de s'ensevelir les uns les autres sous la pierre sépulcrale, où le poids énorme de leurs iniquités et du respect humain ne leur permet plus même de conserver l'espérance de ressusciter (1).

Laissez-moi, mes frères, vous exprimer toute ma pensée : Dans l'état présent de corruption des mœurs publiques, où l'impudence pour le mal est devenue si audacieuse, oh! comme j'aperçois se généraliser, s'enhardir plus que jamais rémulation infernale des pé-

(1) Qui vero sepeliendum portant, vel immunda dcsideria sunt, quae trahunt hominem in interitum, vel lenocinia blandientium Eunt venerxata sociorum, quse peccata nîmium juvenibus tollunt et accumulant. — Illi sunt de quibus alibi dicitur : Dimitte mortuos sepelire mortuos suos. Mortui quippe mortuos sepeliunt, cura ppccatores sui similes alios favore domulcent, congestaque pessimse adulationis mole opprimunt, ne qua aliquando spe resurgeudi potiantur (Bed., Expos.).

cheurs, s'encouragcanl réciproquement à se livrer à toutes sortes de crimes! Comme ces coupables fraleruisent entre eux par la 53 mpatliie des mêmes passions! Comme ils se recherchent, s'appellent et comme ils s'attirent pour s'inoculer, pour se transmettre mutuellement le péché! Oii! comme ils se stimulent par les paroles et par l'exemple, pour s'attacher, s'incorporer à Satan! Chacun d'eux est en môme temps maître et disciple, modèle et imitateur, chef et serviteur dans les voies désastreuses du péché. Entendez comme ils se vantent de leurs turpitudes, des excès mêmes qu'ils n'ont pas eu le triste courauc de commettre ! Comme ils exaltent leurs hauts faits, comme ils y poussent leurs frères, pour tâcher de s'y livrer euxmêmes, en nombreuse compagnie, avec moins de difficultés et de remords! Hélas! notre siècle ne sera bientôt plus que la cité des morts et des mourants, la cité où des spectres spirituels , horriblement difformes, s'occuperont avec un zèle diabolique à s'ensevelir réciproquement dans l'abîme de tous les vices, puis dans le sépulcre du feu éternel, sous l'irrévocable sentence de la condamnation éternelle : Mortui sepeliunt mortuos siios.

Mais ne perdons pas de vue cette mère affligée, qui, par le spectacle de sa douleur, obtint la résurrection de son fils unique , qu'elle enfanta pour ainsi dire, par ses larmes, de nouveau à la vie. Cette veuve, dit saint Ambroise, dont la douleur amère est si éloquente et les larmes si fécondes, qui marche entourée du peuple, auquel elle communique sa désola-

tion, n'est poiut une femme ordinaire. Elle représente quelque chose de plus que ce qui apparaît (1). C'est, en effet, la figure de notre sainte et auguste Mère la sainte Eglise, qui, après l'ascension de Jésus, est demeurée comme Tcuve sur la terre (2). Biais c'est une ■veuve, ajoute saint Ambroise, qui n'a point perdu pour toujours son divin Epoux, quoiqu'il soit mort spirituellement; car elle doit, au jour du jugement, retrouver ce bien-aimé de son cœur (3). La véritable Eglise est formée, il est vrai, d'une multitude de personnes ; car elle est la société des fidèles qui, sous les pasteurs légitimes, professent la même foi, la loi de Jésus-Christ. Mais comme cette société n'a pour cette raison qu'une seule croyance, elle est justement appelée wwey par conséquent, elle est parfaitement bien figurée par la veuve de l'Evangile (4).

Qu'il est grand, profond, le mystère de l'Eglise ! Ses fidèles, pour la raison déjà dite, forment tous ensemble w?2e Eglise, l'Épouse chérie du Dieu Sauveur. Mais parce que chacun d'eux reçoit la doctrine et la

(1) Hanc viduam populorum turba circumseptam, quae, suarum contemplatione lacrymarum, unicum adolescentem filium a pompa funebri revocat ad vitam, plus video esse quam feminam (^S. Am- Lros., Com.).

(2) Sancta Ecclosia vidua est, quia virum suum Christum in corpore prœsentem non videt, postquam abiit in cœlum, et tanquam vidua remausit in terris (S. Aug., Expos.).

(3) Ecclesia vidua, quœ amisit virum secuudum corporis passionem; sed in die judicii receptura (S. Ambros., de Vidais).

(4) Sancta Ecclesia per istam mulierem designatur, quœ, licet multis persouis constet, tamen pr opter unitatem âdei una dicitur (Aym.)

grâce comme dons de Dieu accordés en propriété à tout le corps de l'Ei^lisc, chaque fidèle, dans ce sens, est aussi vérilablcmcnt fils de cette Ef^liso, qu'ellemême est Trainient la mère de chacun de nous en particulier (I). I/Eglise est réellement notre Mère, parce qu'elle nous enfante à Jésus-Christ et nous fait devenir fils de Dieu (2); et cette 3Ièrc divine reporte sur chacun des membres du corps mystique du Sauveur l'amour qu'elle ressent pour tous ensemble, si bien qu'on peut dire en toute vérité que l'Eglise nous aime d'un amour et d'nne tendresse de mère. Si donc nous tombons dans le péché, elle nous pleure comme des fils morts. Oui, dit saint Pierre Chrysologue, l'Eglise répand réellement des larmes par les fidèles qui prient continuellement Dieu d'esprit et de cœur; elle sue le sang par les martyrs, les pénitents, et cela jusqu'à ce que chaque individu du peuple chrétien, qu'elle regarde comme son fils unique, soit entré en possession de la vie éternelle (3). Cette veuve de Naim, qui fond amèrement en larmes sur les froides dépouilles de son enfant, c'est donc en figure la communauté des vrais fidèles qui, unis ensemble par la foi et la grâce, forment l'Eglise vivante, l'Eglise Mère,

(1) Singuli quippe fidelium univorsalis Ecclesiae filios rectls- BÏme nos fatemur ; narn electus quisqiie, quando ad fidem imbuitur, filins est (Bed.).

(2) Quae mater nostra, quia ipsa nos régénérât, et filios Dei efficit (Aym.).

(3) Nam, per supplicantes, Ecclesia lacrymas fundit Jupiter; per martyres sucs sacrum sanf^uinem sudat, donec miicum suum, id est populum christianum, perpetuœ vitae reddat in superaaj matris gaudium sempiternum (S. Chrysol., serm. 103).

et qui ne cesser.! de prier et de pleurer devant Dieu sur la mort spirituelle de chaque pécheur. 0 vous donc qui censurez, qui méprisez, qui vous moquez de le vie de mortification^ de recueillement et de sacrifice des âmes justes, combien vous êtes insensés ! Savez-vous ce que sont ces prières, ces pénitences de tant d'âmes pures et ferventes? C'est le bouclier qui vous protège, ce sont les supplications qui vous font souffrir pour Dieu en ce monde et vous préparent la voie de la grâce et du pardon. Grand Dieu ! que les fléaux seraient plus nombreux et plus terribles sans les prières des justes!

C'est par sa désolation et sa douleur, dit l'Evangile, que la veuve de Naïm attendrit et toucha si profondément le cœur du bon Maître (1). Cet adO'» rable Sauveur nous prouve, par sa compassion pour la mort corporelle du fils de cette femme, qu'il s'attendrit incomparablement plus à la vue des larmes continuelles et de la sueur de sang que répand la vraie Eglise, son Epouse, sur la mort spirituelle de ses enfants (2). Jésus-Christ, en disant à la veuve de Naim : « Ne pleurez point, » promet dès-lors, comme ie disent les saints Pères, d'exaucer les prières de l'Eglise pour la résurrection des pécheurs, de lui laisser même le moyen d'opérer cette résurrection , de lui donner le pouvoir d'absoudre sacramentellement

(1) Quam cum vidisset Dominus, misericordia motus est super eam.

(2) Si ad unius viduce lacrymas sic commotus est Christus ; quid modo faciet ad Ecclosiœ suse sponœ lacrymas diuturuas et sanguineos sudores (S. Chrysol., loc. cit.)?

chaque péché. Notre aimable Sauveur prévit bien qu'il y aurait un jour des hommes assez ennemis de la pauvre humanité (ce qui est le propre de Lucifer) pour nier le dogme de la rémission des péchés. Les cruels! enlever au chrétien qui est tombé, jusqu'à l'espérance! Le plonger, dés la vie présente, dans l'abîme du désespoir et, par là, le poussera se livrer à tous les vices et à tous les excès! Il semblerait irapossible qu'il se fût trouvé des hommes capables d'enseigner des doctrines si inhumaines, si le Sauveur lui-même ne nous avait appris ce fait monstrueux, ne nous avait montré à l'œuvre ces héritiers des sentiments homicides du tentateur d'Eve, de son esprit, de sou langage, ses enfants, en un mot, sa descendance, ses coopérateurs et les aveugles ministres de ses infernaux désirs (1 ) . Or, tels sont les hérésiarques ; c'est pourquoi l'hérésie est essentiellement cruelle et ennemie de l'homme; elle tend à le rendre vicieux, à l'abrutir et à le faire devenir malheureux et dans le temps et dans l'éternité.

Tels ont été, en particulier, les anciens novatiens et les modernes calvinistes, qui ont fait tout leur possible pour abolir le dogme consolateur du pardon de Jésus-Christ, "promis au repentir humble et sin~ cère, et pour enlever à l'Eglise, la tendre Mère des chrétiens, la consolation qu'elle éprouve dans l'espérance de voir ressusciter à la grâce ses enfants dans le temps même où elle les pleure comme morts

(1) Vos ex patre diabolo estis; desideria ejus vultis perficere {Joan.).

par le péché. Or, en disant à la veuve de Naïm de np; plus répandre de larmes et de cesser de pleurer, il a,' dit le savant Bède, confondu à l'avance et condamné toutes les doctrines désespérantes des hérétiques; il a accordé et assuré à rEgiisc le grand pouvoir d'absoudre les péchés; en un mot, il l'a mise eu possession d'un dogme plein de consolation et de miséricorde (1).

Le Sauveur, par ce fait si touchant^, ne s'est pas contenté de confirmer le dogme du pardon ou de la rémission des péchés; mais il nous en a de plus découvert la raison et le mérite, le principe et le fondement. La bière ou le cercueil où gisait le cadavre du jeune homme de Naïm, comme nous l'avons vu, siguiûait, quant à sa forme et à son usage, le funeste mystère de la conscience coupable et endurcie qui retient le pécheur comme immobile dans son péché. Quant à sa matière (de bois), elle indique le bois de la prévarication primitive, c'est-à-dire l'arbre fatal par lequel nous sommes tous morts dans Adam. Par elle, comme les morts sont portés au sépulcre^ nous étions précipités dans les abîmes (2). Combien ce bois nous fut funeste, s'écrie saint Ambroise! Mais, depuis que le Fils de Dieu s'en est approché, l'a touché : Accessit, et tel igit locidinn; c'est-à-dire, depuis qu'il a étendu

(1) Per vorba : Noli flere, Novati dogmata confunditur, qui liuruilem (|uidem pœnitentium mundationem evacuare conatur veramque matrom Ecclesiam, de natorum suorum extinctione ploreinteiii, spe vitae redonandae nogat consolari debere (Bed.).

(2) Per loculum quidam intelligunt lignum primariae praevaricationis, in quo omnes mortui poïiabamur (Ericius., Expos.).

ses bras sur le bois de la croix, qu'il s'est étendu do lui-môme dans celle bière de douleur pour y souflrir la mort que le premier homme et ses desceiidauls avaient méritée, il a, par ce contact divin et par son sommeil myslérieux sur l'arbre sacré, changé cet appareil funèbre en un char de Iriomphe et de vie. Heureux donc ce jeune homme de Naïm reposant sur le bois, ce consolant symbole de la résurrection ! En touchant sa bière, en le ressuscitant, Jésus enseigna donc que les hommes recevraient, par le mérite de la croix, le pardon, la vie spirituelle et le salut (1). L'évangéliste fait observer que ceux qui portaient le fils de la veuve de Naïm, s'arrêtèrent quaud le Sauveur loucha le cercueil : li aulem qui portabant, stelcrunt. Qui ne voit figuré ici le mystère du contact du corps de Jésus avec le bois de la croix, et celui du crucifiement? Mystère par lequel la concupiscence, toutes ces passions qui nous entraînent par les désirs coupables dans le tombeau éternel, qui sont, selon la profonde doctrine de saint Paul, le vieil homme, l'homme de péché et de mort ; mystère, dis-je, par lequel ces passions perdirent leur infernale énergie et furent arrêtées dans leur fatal progrès, parce qu'elles furent clouées, eu quelque sorte, avec Jésus- Christ sur la croix (2).

(1) Spem resurgendi habebat iste qui ferebaturinligno; quod, etsi nihil proderat, tamen, postquam illud Christus teligit, proficere cœpit ad Titan, ut esset indicio salutem populis per crucis patibulum refuudendam (S. Ambr., loc. cit.).

(2) Nos scimus quia vêtus homo ûoster cruciâxus est, ut destruatur corpus peccati {Rom. vi).

Oui; mes frcrcs, tel est le prodige accom|;li [vir le Sauveur du monde sur la croix pour toute riiumanité; morte eu Adam, crucifiée en Jésus-Christ, elle est spirituellement ressuscitée eu Jésus- Christ et avec lui, par le mystère de la croix. Or, cet aimable Sauveui^ renouvelle à chaque instant ce prodige pour chacun des chrétiens auxquels il applique la valeur de sa passion. En effet, aussitôt que le divin Maître, attendri par les larmes de l'Eglise, s'approche du pécheur, qu'il touche sa conscience parla grâce, qu'il en trouble la trompeuse sécurité par le remords; aussitôt, dis-je, qu'il répand dans cette âme la componction, qui est un des plus beaux fruits de l'arbre de la croix, les impurs désirs s'en retirent, ses passions s'arrêtent, parce qu'elles n'ont plus la force de continuer à l'entraîner dans l'abîme ; parce que les tentations extérieures, personnifiées dans les apologistes du vice et dans les maîtres de l'iniquité, se sentant déjà dédaignées, méprisées s'enfuient et disparaissent (1).

Le jeune mort, qui ouvre les yeux, se lève, ayant à peine entendu la voix du céleste Médecin, comme un homme qui secoue le sommeil, fut la figure de tant d'âmes mortes spirituelleuieut, mais ressuscitées chaque jour à la grâce parla voix secrète du Seigneur. Ce que celui-ci fuit donc pour un seul homme dans la ville de ISaïm, c'est le gage de ce qu'il fait daus

(1) Qui portabant, steterunt ; quia ubi compunctio cœlestis mentem taugit, conlimio immuada dctidoiia rc-ceduut, iiiliil prcsvalent, ncc posàuut ad mortem trahcio. Omnes etiarn adulaloros pro nibilo doputaulur (Aym.^ loco cit.).

un ordre plus important et voudrait faire toujours pour chacun des hommes, et qu'il fail réellement pour un srand nombre dans la vraie Eglise (I).

Le fils ressusciîé fut rendu à sa mère : Et dédit illum mairi siiœ; de même le pécheur, ressuscité à la grâce par cette parole toute-puissante de Jésus-Christ : Je t'absouds, que le ministre du ciel prononce, est réellement rendu à sa mère, car il est réintégré dans la communion spirituelle de TÉglise (2).

La surprise pleine d'allégresse de la veuve de Kaïm à la vue de son fils vivant, plein de santé, brillant de jeunesse et de grâces, de son fils unique qu'elle pleurait si amèrement, est, dit saint Augustin, une image du contentement qu'éprouve l'Église quand elle voit des coupables redevenus des justes (3). Qui saurait dire, en effet, le bonheur des âmes vraiment saintes, qui sont comme l'âme et l'esprit de celle-ci, lorsqu'elles voient la conversion des pécheurs !

Ah! quelque grande que puisse être dans certains cas la joie purement humaine, jamais elle n'approchera de leur ineffable bonheur, de cette joie pure, toute spirituelle que les bous éprouvent sur les prodigues

(1) Quod tune operatus est Dominus in uno homine, ressuscitando eum de morte ad vitam, hoc quotidie egit spiritualiter iu Ecclesia, cum mortuos peccato sua gratia revocat ad vitam (S. Aug., Expos.).

(2) Reddilur matri, cum, per sacerdotalis décréta judicii, coramunioni socialur EcclesiiE [Ici., ibid.).

(3) De juvene illo ressuscitato gavisa est mater vidua ; do hominibus quotidie in spiritu suscitatià gaudet mater Ecclesia ^S. Aug., serm. 44 de Verbis Domini)»

repontants î La joie seule de la mère, qui retrouve soudainement de \aat ses yeux le liis tant aiiuéqa'elle croyait mort, peut en donner une idée encore bien faible. Les pécheurs, en effet, sont pour les justes comme leurs fds en Dieu et par Dieu, mais des fils d'ignominie, de larmes et de douleur. Quelle joie donc, quel charme divin ne ressentent-ils point en les voyant redevenir ce qu'ils étaient aux jours de leur premiè.re justice!

Et cette joie toute sainte de la terre, comme Jésus-Christ nous l'apprend, monte, pénètre jusque dans le ciel. Quand un pécheur renaît à la grâce, se convertit par la pénitence, l'Eglise triomphante tressaille d'allégresse comme l'Eglise militante; les anges et les élus applaudissent et s'unissent pour bénir et louer la divine miséricorde (I).

Cela sufiSt à démontrer le prix de la communion des Saints, qui se trouve dans la véritable Eglise de Dieu. Quelle consolation et quel soutien nous procure notre foi! Et encore quelle gloire! quelle ne doit doue pas être notre reconnaissante estime pour elle î

SECONDE PARTIE

]Xous l'avons dit, lorsque ceux qni accompagnaient au sépulcre le fils de la veuve de Naïm, eurent vu le miracle de sa résurrection, ils s'écrièrent : « Un grand prophète a surgi parmi nous, et Dieu lui-môme

(1) Gaudium magnum erit in cu'lo coram augelis Dei super uno peccatore pœnitentiam ageute (L«c. xv).

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