II
est venu visiter sou peuple (I). » Les saints enseignent que ces jiarolcs d'admiration furent mystérieuses, propliéliques et inspirées par l'Esprit. En effet, le mot jj/o/^/uVe, chez les Hébreux, avait la même signification que celui de docteur (2). Puis visiter, dit Bôde, est lo propre du médecin qui va voir le malade (3). Ainsi le peuple de Naïm, qui donne au Sauveur le nom de docteur et de médecin, reconnaît et proclame les deux plus grands caractères du Messie, le double but de sa mission parmi les hommes : dissiper les ténèbres de leur esprit par sa doctrine, et guérir la corruption de leur cœur par sa grâce, en éclairant celui-là par sa lumière et en purifiant celuici par son sang précieux. Qu'il est consolant de voir notre divin Sauveur au milieu de ses humiliations, tandis que ses ennemis s'efforçaient, parleurs calomnies et leurs blasphèmes, de noircir, d'avilir sa personne et son nom ! Qu'il est consolant, dis-je, de le voir acclamé de temps en temps par la voix libre, spontanée du peuple, voix qui est la voix de Dieu, quand elle n'est point corrompue par les passions
(1) Quia proplieta magnus surrexit la uobis, et quia visitavil plebem suam.
(2) En effet, notre divin Sauveur lui-même fit allusion au peu de crédit que sa céleste doctrine trouva auprès des Juifs endurcis, quand il dit de lui-même : « Nul prophète n'est bien reçu dans sa patrie {Luc. iv). »
(3) Visitatio ad medicum pertinet et segrotum (Bed.). — Le Sauveur lui-même s'est appelé le médecin des âmes, quand il dit à ceux qui lui reprochaient de converser familièrement avec les pécheurs : « Ce ne sont pas ceux qui se portent bien qui ont bf3soin du médecin, mais les infirmes [Matth. \x). »
abjectes ou par les criminels conseils, et d'entendre ce peuple affirmer publiquement, solennellement qu'il est, comme nous le croyons nous-mêmes, le vrai Fils de Dieu, le Messie promis et le véritable Sauveur des hommes !
La visite dont parle en ce jour le peuple de Naïm est celle dont Zacharie , père du Précurseur, parla trente années auparavant, après l'accomplissement du mystère de l'Incarnation^ quand il dit: Le véritable Orient est venu nous visiter du haut des cieux, pour nous faire éprouver la tendresse de la miséricorde du Dieu notre Sauveur (I), Comme le médecin compatissant vient visiter le malade et lui indique le remède qui peut rendre à son corps la santé qu'il avait perdue. Dieu a, dans sa bonté, par l'incarnation de son Fils, visité le genre humain et lui a prescrit le remède efficace qui fait recouvrer la santé de i'àme, quand il a dit : « Faites tous pénitence. » Quel remède, en effet, est plus salutaire ("2) ?
Cette visite ne s'est point terminée avec la vie mortelle de l'Homme-Dieu, Si Dieu nous visita alors, en unissant son Verbe à notre chair, comme dit Bède, aujourd'hui il nous visite encore, en envoyant le même dans nos cœurs (3). Et c'est chaque jour et à
(1) Per viscera misericordiae Dei nostri, iu quibus viàitavit nos Oriens ex alto [Luc. i, 78).
(2) Visitât medicus inflrmum, adliibet potionem ut pristinam ei restituât sanilatem. Sic Deus Pater, per lucarnatiouem Filii sui, visitavit tiuinanum i,'Ouus; ruedicinain adtiibuit, diceus : Pœui-
eatiam agite* : quid luu; r!i"diLÙua uiflius?
(3) Visitavit Deuo uou àuiuiu Yerbum àuum iucorporando, sed
chaque instant que ce Dieu tout miséricordieux nojs visite de la sorte, par ces \oix, ces inspirations secrètes, qui nous jiresscnt de réprimer nos passions, de nous dépouiller de nos vices, de nous corriger de nos défauts, de nous adonner à la pratique des vertus chrétiennes, de dire adieu au monde, de renoncer aux biens temporels, d'attendre, pour jouir, que nous soyons en possession de la joie céleste et de la félicité éternelle.
Ah! chrétiens, mes frères, que ces voix divines résonnent depuis longtemps dans vos cœurs ! qu'il y a de jours que le Seigneur répète, fait entendre cette parole, à la fois un ordre et une invitation, la voix de son autorité et celle de sa miséricorde : « Jeune homme, je te l'ordonne, sors du tombeau : Adolesceus, tiùi dico: surge.» i\e vois-tu pas, ô infortuné! la dégradation, l'avilissement où t'a réduit l'esprit d'ambition et d'intérêt, de dissolution et de haine qui te domine, te tyranise, t'opprime? Quelle vanité et quelles turpitudes dans tes pensées! Quelle folie et quelle injustice dans tes projets! quelle corruption et quel désordre dans tes affections! Que de bassesses, d'intrigues, de malicieux artifices, que de transports indignes dans tes œuvres ! Tu es devenu un amas épouvantable de vices et de péchés. Que tu serais humilié, confus, si le voile qui couvre les hontes de ta vie, la
feemper in corda mittfindo. — Non solum visitavit, sed eliam quotidie visitât, dum per eumdem Filium suum nobis occulte inspirât, ut relinquamus vitia, virtutes sequamur et gaudia requiramus œterna (Ayui., Expos.}.
perversité de ton cœur, Yenait à tomber soudain et que tu apparusses aux yeux des hommes tel que tu apparais aux yeux de Dieu ! Or, pourquoi t'obstinestu à rester dans ce bourbier infect? Pourquoi donc ne veux-tu pas ressusciter? Adolescens,tibi dico: siirge. Oh! malheur à toi, si, comme Jérusalem, tu ne reconnais pas la grande grâce de la visite de ton Dieu! Malheur à toi, si tu n'en veux pas profiter! Car, comme Jérusalem,, tu seras abandonné à ton obstination endurcie, eo quod cognoveris tempus visitationis tuœ. Hâtetoi de répondre sur-le-champ à la voix de la miséricorde qui retentit aujourd'hui dans ton cœur peutêtre pour la dernière fois . Elle t'appelle au repentir, à la résurrection : lève-toi, siirge, afin que tu n'aies pas un jour à entendre cette même voix, t'ordonner, d'un accent menaçant et terrible, de ressusciter pour ta condamnation et pour ton jugement ; Dieu vous en préserve tous. Ainsi soit-il!