‹ École des miraclesChapitre 42 sur 46 · VINGT-SEPTIÈME HOMÉLIE · texte numérisé non relu

VINGT-SEPTIÈME HOMÉLIE

La résurrection de Lazare (!)•

Jean xj, 1-45.

Venit hora in qua omnes, qui in monumcnlis sunl, audient vocem Filii Dei; et procèdent qui boua feceruut, in resurreclionem vitae; qui vero mala egerunt, in lesurrectionem judicii. (Joan. v, 28.)

Etendu un jour sur son vil fumier, au comble de la misère et dans la plus profonde humiliation, l'infortuné Job, entièrement couvert de plaies, conservait cependant un front serein, un visage tranquille, et on l'entendit s'écrier comme transporté de joie : Ah ! qui me donnera d'écrire ce que je vois à cette heure ! non point avec la plume sur un papier fra-

(1) Ce miracle du Dieu Sauveur, le plus grand dans l'ordre naturel et matériel qu'il opéra durant sa vie mortelle, arriva à Eéthanie ( petite ville de la Judée, située à deux milles de Jérusalem), dans les derniers jours de mars de la dernière année de la prédication et de la vie de Notre-Seigaeur, par conséquent vingt jours avant sa précieuse mort. Comme la lampe brille d'un nouvel éclat au moment de s'éteindre, de même le Sauveur du monde, avant de mourir pour les hommes, voulut donner, par ce prodige, une preuve éclatante qu'il éiait vraiment Dieu, afin de rendre les Juifs qui étaient présents et ceux qui étaient éloignés inexcusables, les premiers de sa mort, et les seconds du scandale de ses opprobres.

gile, mais sur le plomb avec un style de fer et sur l'airain avec un ciseau solide (I) ! Quelle est donc, ô saint homme ! cette vision ineffable qui vous transporte et dont vous voulez transmettre la mémoire éternelle aux âges futurs ? Grâce à l'esprit qui me guide, répond-il, je lis dans l'avenir le plus éloigné, je me vois devant mon Kédempteur vivant. Oh ! que sa beauté est sublime ! De quelle gloire il brille ! Et cette vue m'assure qu'au dernier jour du monde je ressusciterai, moi aussi, de la terre avec lui et en lui ; je reprendrai ce même corps, je verrai à découvert mon Dieu dans ma propre chair. Quel ne sera pas alors mon bonheur ! Je le verrai moi-même, dis-je, de mes yeux, qui le contempleront, moi-même et non un autre. Cette espérance repose en mon sein, et je suis joyeux dans mes peines, heureux dans mes, maux (2).

Ce dogme si important et si consolant de la résitrrection universelle des morts, que TEsprit-Saint nous avait déjà révélé par Job en termes si clairs et si précis, nous a été confirmé trois mille ans plus tard par le Sauveur des hommes, quand il dit avec son autorité divine : « Il viendra un temps où ceux qui sont dans le sépulcre entendront la voix toute-puis-

(1) Quis mihi det, ut scribantur sermones mei? Quis mihi det, ut exarentur in libro stylo ferreo, et plumbi lamina, vel celte eculpantur in silice (Job. six)?

(2) Scio quod Redemplor meus vivit, et in novissimo die de terra surrecturus sum ; et rui'sum circumdabor pelle mea, et iu carne mea videbo Deum nieum ; quem visurus sum ego ipse, et oculi mei conspecturi sunt, et non alius. Reposita est hsec spes mea in sinu mec ild., ibid.).

— MO — santé du Fils de Dieu, et à celte heure là même ils sortiront tous du tombeau : celui qui aura bien fait, pour participer à une vie d'immortalité et de gloire; celui qui aura mal fait, pour subir un jugement sévère et une vie pire que la mort même (1). »

Mais, comme cette promesse magnifique pour les justes et cette parole solennelle pour tous ne doivent recevoir leur entier accomplissement qu'à la fin du monde, il était nécessaire à notre faiblesse, dit saint Augustin, que le Seigneur agît dôs-lors comme il Ta fait, afin que, par la preuve visible de sa puissance qu'il donnait à la Judée, nous puissions comprendre ce qu'il pourrait faire un jour pour tous, et que nous crussions plus fermement à sa parole, en nous reposant plus tranquillement sur ses promesses (2).

C'est donc pour nous confirmer dans notre foi et mieux nous affermir dans l'espérance d'une résurrectioii immortelle , même pour nos corps , qu'il opéra l'éclatant miracle de la résurrection de Lazare, le plus célèbre, au jugement de saint Augustin, le plus mystérieux et le plus instructif de tous ceux qu'il a opérés sur la terre. Parmi les évangélistes, c'est à saint Jean seul qu'il a été donné de le raconter, parce qu'il n'y a que le disciple bien-aimé

(1) Venit hora in qua omnes qui in monumentis sunt, audient vocem Filii Dei; et procèdent qui bona fecerimt, in resurrectionem vilœ ; qui vero mala egerunt, in resurrectionem judicii. Joan. V, 28, 29).

(2) Sed hoc sibi ad finem mundi reservavit. Oportebat ergo, ut modo aliqua faceret, quibus datis, veluti suae virtutis indiciis, credamus in eum (S. Aug., tract. 49 in Joan.),

de Jésus-Christ, le disciple vierge qui ait pu convenablement être l'historien de ce fait si extraordinaire, unique, qui prouvait si évidemment la divinité du Sauveur (1).

Considérons donc aujourd'hui ce prodige avec un grand esprit de foi et avec un vrai sentiment d'amour. Voyons comment s'y trouve figurée et exprimée la résurrection de nos corps, afin que nous vivions, dps à présent, d'une manière telle que notre résurrection dernière ne soit point pour nous un jugement qui nous fasse mourir éternellement, mais ressusciter pour la vie de la gloire (2).

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