II. ti
— 4 50 — toule-puissance, vous y croirez (rmic foi inébranlable. Voilà pourquoi je nie réjouis, c'est pour vous, po-ir la force que ce miracle doit ajouter à votre confiance filiale (1)! Concluons que noire reconnaissance pour ce divin Sauveur doit ôtre à la hauteur des sublimes instructions qu'il a daigné nous doimer par ces paroles, et qui se résument ainsi : nous chrétiens, nous savons d'une manière certaine, puisque nous le tenons de sa bouche^, qu'une foi humble, sincère et fervente fait la joie et les délices du cœur de Jésus-Christ!
En s'entretenant de la sorte, le divin Maître était déjà arrivé non loin de la maison de la famille de Lazare : un grand nombre de Juifs étaient accourus auprès de Marthe et de Blarie pour les consoler (2). Marthe, à la nouvelle que le Maître approchait, accourut sur-le-champ à sa rencontre, et laissa Marie répondre seule à ces consolateurs. Parvenue auprès du Sauveur, elle se jeta à ses pieds, fondant en larmes, et lui dit avec des sanglots : « Seigneur, si vous eussiez été ici, mon frère ne serait pas mort. Toutefois, même à cette heure, je sais que tout ce que vous demanderiez à Dieu, Dieuvousle donnera (3). »
(1) Si fi?titi?snm, onm curassom : quod esset modiciim sigmim. — Potiud in fide voslra corroboramiai, cum vidoritis ine poase etiam defuuetnm pntrescoutcm su~citare (Tlieopli., loc. cit.).
(2) Erat autem Bethania jiixta Jeresolymam quasi stadii^ quindecim. Multi autem ex Judceiâ vénérant ad Martham et Mariani, ut consolareutur eas de fratru suo {Joan. xi, 19).
(3) Martlia, \\i audivit quia Jcsus venit , occurrit illi : Maria autem domi sedebat. — Domine, si fuisses hic, frater meus non fuisset mortuus; sed nunc scio, quia quœcumque poposceris a Deo, dabit tibi Deus {Id., ibid.}.
H faut, excuser dans Marthe, remarque saint Pierre Chrysclogue, ce langage ambigu, cette contradicî ion de sentiments et d'idées par lesquels elle semble croire et ne pas croire à la divinité du Sauveur. La douleur qui a bouleversé son cœur a aussi mis le désordre dans ses pensées (1). Aussi bien le divin Maître ne lui en fait-il aucun reproche ; au contraire, il a compassion d'elle, il la rassure et lui dit avec bonté : « Console-toi, Marthe, ton frère ressuscitera : Resurget frater Unis. »
La croyance de la résurrection des morts, au jour du jugement universel, foi primitive, traditionnelle et commune à tous les hommes, était très-vive chez les Hébreux qui lisaient Job et les prophètes, à qui Dieu avait révélé en termes précis et plus clairs ce grand mystère. Or, le Sauveur, ne déterminant pas le temps où il affirmait que Lazare devait ressusciter, Marthe crut d'abord qu'il faisait allusion à la résurrection générale et universelle de tous les hommes; et, laissant échapper un profond soupir, elle dit : « Je sais que mon frère ressuscitera au dernier jour, quand tous nous sortirons du sépulcre (2). »
Alors le Fils de Dieu, prenant une attitude majestueuse, prononça ces mots sublimes, qui firent frémir les cieux , l'enfer et la terre : « Je suis la résurrectien et la vie : qui croit eu moi, fùt-il mort, vivra ;
(1) Credulitatem incredulitas confundit; nimlo dolore perturbata crédit et dubitat (S. Chrysost., scnn. Gl).
(2) Scio quia resurget in resurrcclione iu uovissimo die.
cl quiconque vit et croit en moi ne mourra point pour rétcrnité (1). »
Quelles éloiniantcs paroles, mes frères! Si Jésus- Christ ne les avait point prononcées, l'historien sacré n'aurait pu les inventer, parce qu'il no {;eut jamais \enir à resj)rit d'une créature de mettre une telle affirmation sur une lèvre humaine. Jésus-Christ luimême n'aurait pu les prononcer, s'il n'eût pas été Dieu, car Dieu seul peut penser ainsi, et par suite s'exprimer en ce langage.
Par ces paroles d'abord, comme le remarque saint Chrysostome, le Sauveur se manisfesta clairement à Marthe, il illumina sa foi, la rendit plus ferme, car elle était encore imparfaite, chancelante, incertaine. Elle avait dit, en effet : « Je sais que Dieu vous accorde tout ce que vous demandez, » et Jésus lui répond : « Je suis la résurrection et la vie, » ou bien : Je suis à la fois Celui qui prie et le Dieu qui exauce. Je n'ai besoin de l'aide de personne, il n'est pas nécessaire que j'implore pour obtenir : je suis l'arbitre absolu et le distributeur souverain (2).
Secondement, ces j^aroles : « Je suis la résurrection de la vie, » voulaient dire : Je suis la vie, par conséquent je suis aussi la résurrection; et comme je
(1) Ego sum resurrcctio et vita. Qui crédit in me, etiamsi mortuus fuerit, vivet; et omuis qui vivit, et crédit in me, non morielur in aîternum {Id., ibid.).
(8) llla dixerat : Quœcumque poposceris, dabit tibi Deus. Ipse dicit : Ego sum resurrectio et vita, ostendens quod non indiget adjutorio, et quod ipse est distributor bonorum {Hom, 61 m Joan,).
vis toujours, de même je puis toujours ressusciter les morts. Pourquoi donc ne pourrais-je pas en ce moment ranimer Lazare, puisque je suis celui qui, un jour, doit faire sortir du sépulcre lui et tous les hommes (1)?
Marthe, éclairée de cette lumière, encouragée par la grâce qui accompagne toujours les paroles de THom nie-Dieu, comprit l'excellence de cette révélation divine ; et, sur l'interrogation du Sauveur : Croyez-vous : Credis hoc? elle se hâte de répondre par la profession de foi solennelle que Jésus attendait, par l'acte de foi tbéologique le plus parfait qui scit enregistré dans les divines Ecriture, prononcé avec le vif sentiment d'une conviction profonde : « Oui, Seigneur, je crois, dit-elle, que vous êtes le Christ, le Fils du Dieu vivant, descendu en ce monde (2). »
Cependant Marie-Madeleine, prévenue de la part de sa sœur, venait à la rencontre du Sauveur qui s'avançait vers la bourgade. Arrivée en sa présence, comme Marthe elle se prosterna à ses pieds, auxquels elle devait déjà la résurrection de son âme , et lui dit aussi en pleurant : « Seigneur, si vous aviez été ici, mon frère ne serait pas mort (1). »
Les Juifs qui l'accompagnaient pleuraient comme
<1) Ideo resurrectio quia vita. Per quem tune cum aliis, per eumdem potest modo resurgere (Cat.).
(2) Utique, Domine, ego credidi, quia tu esChristus Filius Dei vivi, qui in hune mundum veuisti {Ibid. 27).
(4) Videns eum, ceeidit ad pedes ejus, et dixit ei : Si fuissea hic, non essct mortuus frater meus {Joan. xi, 321.
— 4 54 — elle. A la vue de cette tristesse, notre bon Jc''sus se sentit saisi de la plus tendre compassion ; il frémit, se troubla et pleura lui-même (1).
Quoi de plus sublime et de plus touchant? S'il frémit dans sou esprit, dit saint Pierre Chrysologue, c'est pour que la chair revienne à la vie ; la vie FRÉMIT pour mettre la mort en fuite; Dieu frémit afin que l'homme ressuscite ("2). Mais le Sauveur, en outre, se trouble lui-mcurc, turbavit se ipsum, remarque avec intention l'Evangile ; car, ajoute saint Augustin, rien ne peut troubler celui qui est maître de tout son être, s'il ne se trouble lui-même. S'il se trouble, c'est donc parce qu'il le veut, tout comme il ne mourut que parce qu'il le voulut (3). Mais non-seulement il frémit, il se trouble, de plus il pleure, et lacn/malus est Jésus. Quelle expression! Et Jésus pleura/ Il semble, dit sain^ Cyrille, que l'évangéliste raconte avec un sentiment de stupeur ces larmes du Dieu do la nature, du Dieu inaccessible à la douleur (4) ! Mais, s'il pleure, ce n'est pas comme Dieu, c'est comme homme, c'est pour monîrev que non-seulement il est Dieu, mais qu'il a encore revêtu notre humanité, notre
(1) Jésus frgo, ut vidit eam plorantom, et Judœos, qui cum ca veneraut, plorautes, infremuit t^piritu , turbavit seipsum , et lacrymatus est Jésus {Id., ibid.).
(2) Freaiit spiritus, ut caro reviviscat ; frémit vita, ut mors fugetur; frémit Deus, ut resurgat homo [Senn. 65).
(3) Turbavit seipsum. — Quis enim eum posset turbare ? Turbalus est, quia ipse voluit, sicut mortuus est quia voluit (S. .Vug., loc. cit.).
(4) Videns cvangelista lacrymantem illacrymabilem naturam, obstupescit (S. Cyril.)
nature et ses bons msliticts (i). Et c'est coque reconnurent, en effet, les Juifs quand, à la vue de son chagrin, ils dirent : «Voyez comme il l'aimait (2)! »
Toutefois, dit saint Bernard, si Jésus pleure coname ceux qui l'entourent, c'est pour un motif bien différent (3). Marthe et Madeleine pleurent, pour la douleur d'avoir perdu leur frère ; les Juifs pleurent, par compassion pour ces deux sœurs désolées. Les larmes de Jésus, continue saint Zenon, ces précieuses larmes descendent d'une source plus pure, plus digne d'un Dieu Sauveur : il pleure parce que Lazare, dans l'obscurité fangeuse de son sépulcre, lui représente l'humanité qui, depuis quatre mille ans, est morte à la grâce, est ensevelie dans les funestes ténèbres de toutes les erreurs et de tous les vices ; parce que Lazare lui représente l'état de l'homme, cette image de Dieu, sa propre image, qu'il s'était tant complu à créer, à enrichir, qu'il avait destinée à une douWo immortalité, et que le démon avait dépouillée, rendue esclave d'une double mort, de la mort spirituelle et corporelle, de la mort temporelle et éternelle (4). En se rappelant une si horrible catastrophe, le cœur tendre de l'Auleur et duSuaveur de l'Iiorame se soulève, il frémit, il se trouble, il souffre, et, donmiot uiî
(1) Flevit ad probandiim conditionem humanam (Theoph.).
(2) Dixerunt ergo Judœi : Ecce quomodo amabat eum {Joan. XI, 36).
(a) Plorat ut cseteri; sed non quare ut cseteri (S. Bernard.).
(4) Flebat Deus quod eos, quibus omnia donaverat, disbolus, docendo malitiam, de omnibus pêne fecit extorres (S. Zenon., (le Luzar, resnsc.).
libre cours à rémotion qui le pénètre, le subjugue, il répand d'abondantes larmes : Infremuit spiritu, turbavit seipsiim, et lacnjmatus eut Jcsu$.
0 folie de l'homme ! folie, qui ôte le sens! 0 aveuglement! aveuglement plein de ténèbres! On commet le péché comme en se jouant, on se glorifie même de sa dégradation morale, et le souvenir de cette dégradation a fait verser des larmes au Fils de Dieu, en attendant qu'il lui fasse, sous peu, répandre tout son sang!
Gardons-nous donc de croire que Téraotion divine que nous venons d'analjscr ait été des transports inutiles : c'était un mystère plein de miséricorde et d'amour pour nous. Si Jésus se trouble et pleure, dit saint Augustin, c'est pour effacer dans ses larmes les péchés des hommes. Il pleure, mais pour nous obtenir la joie éternelle et nous délivrer de la douleur sans fi!î ; son afQiction, c'est la source de l'allégresse prochaine du monde (1). Ce sa mort nous est venue la vie, et de ses ignominies la gloire ; de même ses frémissements en ce jour nous ont procuré le calme, et sa tristesse la sérénité (2). En un mot, mes frères, ces larmes nous apprennent combien Jésus nous aime : Ecce quomodo amabat eum !
Il va s'empresser de faire sortir Lazare du sépulcre,
(1) Flevit Dominu3, ut lacrymis suis mundi peccata deleret. — Idcirco lacrymas fudit, ut nos gaudia aeterna mereamur. Lacrj"-maD Domini gaudia suut mundi (S. Aug., loc. cit.).
19.) 0 fremitus pietatis ! 0 turbatio turbatorum sublatura mœstitiani et selernam allatura lœtitiam (.Emis.).
pour satistaire, cii la persouuc de son auA, au désir ardent qui le consume de nous ressusciter tous ; et il dit : « Où avez- vous mis le cadavre : Ubi j^osnisiis eum ? » « Seigneur, répondit-on, venez et voyez, /)omine, veni et vide. » 3Iais pourquoi cetle demande ? Est-ce que celui qui, quoique absent et loin, a connu le moment où Lazare a e:xpiré, ne sait point où est son sépulcre (IjîiXon, certes, répond saint Grégoire, le Sauveur sait fort bien où Lazare a été inhumé, et quand il demande : Où est-il, le bon pasteur entend parler du genre humain tout entier. Il voulait donc dire : Qu'est devenu l'homme que j'avais placé dans le paradis terrestre, dans la région de la vie ? 0 vous, esprits malins, vous, m.aîtres de l'erreur, des superstitions et des vices, où est-il, dans quel état l'avez- vous réduit? Hélas! vous en avez fait un cadavre, vous l'avez placé dans la maison de la mort,^ dans le sépulcre de l'enfer : Ubi posuistis eum ?
Cependant certains , dans la foule , plus malveillants que les autres, comme pour mettre en doute le miracle que le Sauveur avait opéré en rendant la vue à l'aveugle-né, disaient entre eux, d'un air de dérision : A quoi servent ces pleurs ? si vraiment il aimait Lazare, lui qui a ouvert les yeux de l'aveuglené, ne pouvait-il pas faire que Lazare ne mourût point (2)? 0 langues diaboliques et perverses, s'écrie
(1) Scitis quia morluus sit, et ubi sit sepiiltus ignoras (S. Aug., Tract. )f
(2) Quidam autem ex ipsis dixenmt : non poterat hic , qui aperuit oculos caeci nati, facere ut hic uou moreretur {Joan. XI, 37)?
saint Aiignstiii, quel est volro langage ? Oui, le divin Maître aime J.azarc, et s'il ne Ta point guéri, c'est pour lui accortler une grâce plus grande, c'est pour lui rendre la vie, à voire grande confusion (l).
En effet le Sauveur, plein d'un com;!alissant dédain pour cet incurable aveiiglement, vint au tombeau de Lazare ; c'était une simple grotte, située sur 11' versant de la montagne (2) et qu'on avait scellée dune pierre sépulcrale. Jésus dit : « Olez la pierre : Tollite lapidem, » afin que les Juifs, voyant le corps de Lazare non-seulement sans vie, mais déjà corrompu, ne pussent avoir aucun i)rétextc de mettre en doute le miracle qu'il allait opérer; c'est la réflexion de saint Chrysostome.
ÎMalgré sa profession de confiance si récente, Marthe, cependant, à cette heure solennelle, sembla vaciller de nouveau dans sa foi, et, se tournant vers Jésus, elle dit : « 11 sent déjà : il y a quatre jours qu'il est enterré (3). » Et qu'importe, ô Marthe! répond saint Pierre Chrysologue; que vous connaissez peu le cœur de votre 3Iaître! J\e savez-vous plus son affection pour Lazare ? Ne savez-vous pas combien l'homme lui est cher ? Cette créature si corrompue, qui inspire tant d'aversion, même au démon qui l'a séduite, n'inspire aucune répuguauce au Dieu
(1) Plus est quod facturus est, ut mortuus suscitetur {Tract. 49).
(2) Josiis ergo sursuin fremens in semetipso, venit ad moun mentum : erat autem spelunca, et lapis superpositus erat ci. {^Joan. XI, 38).
(3) Domine, jam fœtet ; quatriduanus est enitn.
— 4 59 — qui Ta créée, q-ù veut la rétablir dans son état primitif. Que Satan ait horreur d'une création qui n'est pas la sienne et qu'il a détraite ; Dieu, lui, ne la rejette point, parce qu'il rccoiiiuiît, voit eu elle son œuvre, une œuvre qui lui est chère (l).
Pour ranimer l'cspérar.ce de Marthe, le Sauveur répondit :« Ne vons ai-je pas dit que, si vous croyiez, vous verriez la doire de Dieu ? JSonne dixi tibi : qnia si credideris, videhis gloriam Dei? » C'est-à-dire : Jeté convaincrai que, lorsque, tout-à-l'heure, tu m'as reconnu pour Fils de Dieu, ta foi ne t'a pas trompée ; tu vas voir resplendir ma gloire, le pouvoir de ma divinité.
On enleva donc la pierre ;, tidenint ergo lapidem, et tout ce peuple silencieux et incertain contemplait par l'ouverture de la grotte le cadavre de Lazare en corruption.
Parce qu'il est plus difficile de ressusciter l'humanité déchue par le péché , que de la créer; pour nous en persuader, Jésus se prépara, par un procédé tout nouveau, à ressusciter celui qui était l'image de notre mort spirituelle. Son aspect est sévère et grave, son attitude sublime! C'est^ assurément, une œuvre incomparable que médite son esprit en extase. Eu effet, il lève les yeux au ciel comme pour adresser une fervente prière au Très-Haut (2); non
(1) Quod fœtet proditori, non fœtet Creatori. Quod horret alieni operis eversori, amator sui operis non abhorret (S. Chrysost., serm. 65).
(2; Josus autpm el'^valis sursum oculis.
qu'il ail besoin de secours, dit salut Hilaire, mais parce que nous avons besoin uous-mômcs d'ôtre instruits; non qu'il soit nécessaire qu'il prie pour faire le nnraclc, mais [)arce qu'il est nécessaire que nous sachions qu'il est le Fils de Dieu, 11 prie donc à haute voix pour augmenter notre foi, non poiiit pour raffermir son pouvoir (1). Et il prononce ces paroles : <r 0 Pérc, je vous rends grâces de ce que vous m'avez exaucé. Moi, je savais que vous m'exaucez toujours ; mais je le dis pour le peuple qui m'environne, afin qu'il croie que ^ous m'avez envoyé (2).» Apprenons par là, observe saint Jean Chrysostome, que le Verbe éternel est venu du ciel, sans cependant quitter le ciel (3). Ces paroles ferment la bouche aux Pharisiens : ils ne peuvent plus dire, en effet, comme ils le disaient à la guérison de l'aveugle-né : « Cet homme n'est pas de Dieu, » puisqu'ils le voient s'adresser à Dieu et opérer le prodige à sa volonté. L'envoyé céleste ne se contenta donc point de s'appeler lui-même la résurrection et la vie, et de recevoir de Marthe une profession de foi publique eu sa divinité ; il voulut de plus, par cette prière, se faire reconnaître plus particulièrement de tous pour Fils de
(1) Non ipse inops auxilii, sed nos inops doctrinœ. Non prece eguit, sed nobis oravit. Ne Filins ignoraretur : ad profectum nostrae (idei loquebatur (S. Hilar., Com., lib. 10).
(2) Pater, gratias ago tibi, quouiam audisti me. Ego autera sciebam quia semper me audis, sed propter populum, qui cir cumstal, dixi; ut credant quia tu me misisti {Joun. xi, 41, 42).
(3) Ut sciant vcnisse de cœlo, non recessisse de cœlo (S. Ghry- Eost., hom. C3 in Joan.),
— 4G1 — Dieu, afin qu'il ne restât dans leur esprit aucun doute de notre résurrection, dont celle de Lazare était la figure et comme les prémices, et qui toutes les deux sont l'œuvre de la toute-puissance de Dieu. Ces préliminaires accomplis, Jésus s'avança jusqu'à rentrée de la grotte, et, se penchant sur l'ouverture, il cria d'une voix forte : « Lazare, sortez (1).» Quel commandement fut jamais plus majestueux? Quelle voix plus puissante, demande saint Augustin (2) ? Et comment ne pas reconnaître à ses accents, en Jésus, l'homme qui est en même temps Dieu? Comment ne pas reconnaître en lui le Verbe, cette parole éternelle^ qui parle au néant et auquel le néant répond avec docilité (3), le Roi tout-puissant qui peut faire revivre sur-îc- champ les morts, et pour lequel vit chaque être : Regem oui omnia vivunt ? En effet, ô gloire à jamais incomparable du Sauveur notre Dieu! à sa voix pleine de majesté de magnificence et de vertu, comme s'expriment les saints Pères, le sépulcre tremble, la mort obéit avant même que soit achevé le commandement divin ; l'âme de Lazare rentre dans son corps, et avec elle la santé et la vie (4). jr Et aussitôt le mort sortit dehors, les mains et les pieds encore lies avec les bandelettes funéraires,
(1) Voce magnâ claina\'it ; Lazare, vcui foras (Joan. xi, 43).
(2) Quae hiiic potestati par (S. Aiig., loc. cit.)?
(3 Vocât ea quae non sunt, tanqiiam ea qua; sunt.
(4) Deterrita mors estad vocemlaufœ majestatis (S. Ang., Si-rtn. 104 de Temp ). Virtutis plane et magnificcntiœ voxista; anteenim anima corpori rcddita, quam sonum vocis émiserai (S, Cyril. Alex., Eicpos.).
— ^10)2 — et la fijce enveloppée de son suaire (I). » Et chacun, dit s;:! t Chrysostomc, put s'api)rocher de lui, le toucher, le reconnaître, chacun put s'assurer s'il n'était qu'un fantôme ; et il devient certain pour tous que le corps qui sortait ainsi de la tombe était réellement le corps de Lazare, qui y a\ait été renfermé (2). C'est pour cette raison que le Sauveur ne délia point lui-même les bandelettes et laissa ce soin à ceux qui étaient présents. Quand Lazare fut débarrassé de ses liens, il se dressa et marcha pleia de vie (3).
Ace prodige, manifestation si sensible de l'action de Dieu, l'esprit s'humilie, l'orgueil se confond, la parole manque, le cœur palpite, l'homme entier se trouve petit; tout, jusqu'à l'étonnement universel, au silence de la foule, semble dire hautement de Jésus-Christ : Il est dieu. Et, en réalité, une grande multitude de Juifs croieut en lui (4).
0 Sauveur adorable! nous qui venons de contempler des yeux de la foi un si grand miracle, et qui le croyons beaucoup mieux que ceux qui le virent des yeux du corps, nous nousunissons d'esprit et de cœur à ces Juifs fidèles ! Prosternés à vos pieds, à la face du ciel et de la terre, nous vous confessons Dieu de
(1) Et statim prodiit qui fiieratmortuus,Ugatusmanus et pedes institis, et faciès illius sudario erat ligata [Joan. xi, 44).
(2) Ligatus ne putaretur phantasma : ut tangentes et appropinquantcs videaut quia vere est ille [Hom 63 in Joan.).
(3) Dixit eis Jésus : Solvite eum et sinite aliuo {Joan. xi, 44).
(4) Multi ergo ex Judajis, qui videraut quse fecit Jésus, crediderunt in eum [Joan. xi, 45).
toute la force de notre conviction., avec tout le trans port de notreaffection;nous nous faisons une gloire et un bonheur de croire que tous êtes le vrai Messie, le vrai Fils du Dieu vivant, fait homme pour sauver le genre humain; nous vous adorons donc profondé ment. Seigneur, réalisez de plus en plus en nous l'œuvre de votre miséricorde et de votre tendresse; vous nous avez donne la vie de la foi, donnez-nous encore la vie de la grâce, gage de la vie de la gloire, afin que nous soyons du nombre de ceux dont vous dites aujourd'hui que, s'ils croient sincèrement en vous, vivent pour vous et vous aiment, ils ne mourront point pour l'éternité (1).
SECONDE PARTIE
Ce surprenant miracle, dont nous avons déjà dit tant de choses, concerne en outre l'avenir. Le Fils de Dieu, par la résurrection de Lazare, nous a prouvé sa divinité; il nous prouve de plus, dit saint Cyrille, la résurrection universelle des morts. La manière prodigieuse dont il a rappelé un seul homme à la vie est un gage sensible, une image fidèle de la manière encore plus miraculeuse dont, un jour, il rappellera tous les morts à la lumière (2).
Les Juifs, en voyant le Sauveur pleurer sur la tombe de Lazare, s'imaginèrent qu'il pleurait la mort
(1) Et omnisqni vivit et crcditinme,noninorieturm aeternum.
(2) Velut exemplum quoddam imivorsalis resurroctiouis mortuorum focit; et qviod in uno implevit, veluti totius uaivcrsalitatis pulcîiram imaginem staluit {Expos.).
de son ami. Or, l'Homme-Dicu pleurait sur le sort du fîciirc humain. Lnzarc rappelait à son esprit tons les hommes créés })ar lui immortels, et que le péché avait réduits à la triste nécessité de mourir (1). A ces pleurs de tendre compassion le Sauveur ajoute le troubliT; et le frémissement. Par ces mouvements extraordinaires de son âme et de son corps il proclame, ajoute encore saint Cyrille^ qu'il est résolu de tirer veuiïcance du démon et de la mort, et qu'un jour il brisera leur empire (2). Saint Augustin remarque en outre que ce frémissement du Dieu vivant est l'espérance de l'homme mort qui doit ressusciter (3). Mais pourquoi le Sauveur, si doux, si paisible, à la voix si modeste d'ordinaire, continue saint Cyrilie, pourquoi s'exalte-t-il et élève-t-il ses accents en cette occurrence, au point de faire frissonner ceux qu; Tentendent? C'est pour nous donner une idée, ui: signe sensible du son si terrible et tout-puissant des trompettes angéliques, au dernier jour, dans tout l'univers, quand elles appelleront, par l'ordre de Dieu, les morts à la vie (4). Le Sauveur ne dit pas à
(1) Patabant Judaei eum proptcr mortem Lazari flere; sed ille tolius liumaui generis miseratione flebal; non vmum Lazarum lugens, sed quod olim acciderat cogitans; uriiversum scilicet humauum genus factura obnoxium inorli {Id., loc. cit.).
(2) Divino motu decernit evertendum mortis imperium {Id., ilid.)..
(?) Iq ipsa voce frementis npparet spes resiirgeutis (Loc. cit.).
(4) Insolitum Cbristo Salvatori elata voce uti. — In voce prœludit jussio Domiui et rosuiTcctionis tessera, Dci scilicet tuba. Cogitemus futurum clamorem, clangcnte tuba, cujus impeno qui iu terra jacent excitentur (S. Cyr., loc. cit.).
Lazare : Au uom de mou Père, ressuscite; mais bien : « Lazare, sors. » Il parle à ce mort eu son propre nom et de par son autorité, et il lui parle comme s'il était vivant (I). Et ce mort entend dans le silence et sent dans l'iuseBsibilité de la mort la voix de son Seigneur. La corruption n'est pas un obstacle ; il n'est pas aveuglé par le suaire qui couvre sa face; ses pieds et ses mains liées ne l'arrêtent point: il accourt aussitôt que le Sauveur l'appelle (2). C'est la personnification dans un homme du prodige qui se répétera un jour sur chacun des morts, au même commandement de Dieu : ni la corruption de leur corps, ni la dispersion de leurs cendres, ni la date de leur trépas (3) ne seront un obstacle à l'action de la parole toute-puissante et éternelle, à cette voix de Dieu convoquant tous les hommes à une vie nouvelle.
Le Sauveur parlait encore, que le miracle était accompli. Les membres disloqués de Lazare se recomposent, le sang coagulé et corrompu reprend sa pureté et son cours ; les chairs recouvrent leur fraîcheur, chaque organe son intégrité, son usage, sou
(i) Non dixit : In nomine Patris, surge; sed : Veni foras. Mortuum tanquam viventem appellat (S. Aiig.).
(2) Vultum sudario obductum videndi usiim non negabat; vincula nibil cursum proliibebant ; nulle obstaculo, agnita voce Domini, ad vocantom currobat (S. Cyril.).
(3) Nous traiterons plus explicitement ce dogme de la résurrection universelle des morts dans la trente-unième homélie. Ici l'on s'est contenté d'iu présenter la figure ; là on en trouvera les raisons et les preuves.
— IGG — mouvement, cl lïiiiu' se réunit au oovps ré,û:<^iiér6. Comme hi llèclic sorl de l'arc, le mort sort du sépulcre; ce miracle multiple fut l'œuvre d'un instant! Ku vérité, c'est bien là le svmbolesensil)lc de la résurrection universelle, quand les séj)ulcres s'ouvriront, que les cendres se rassembleront, que les âmes se réuniront à leur corps, que ceux-ci reprendront leur première ligure et qu(^ les hommes ressuscites se réuniront dans un même lieu. Et tout cela, au dire de saint Paul, en un cliii-d'œil, au son de la trompette. Le genre humain tout entier ressuscitera de sa corruption avec hi même promptitude et avec la même facilité que Lazare est sorti du sépulcre (1 ).
Ce dernier des prodiges ne présentera donc aucune difficulté. Jésus-Christ a dit :« 11 viendra un jour ouïes morts, dans le silence du sépulcre^ eulcndront hi voix du Fils de Dieu, et à l'instant même ils ressiiscileront (2). » Par ces paroles, il a voulu indiquer que la résurrection universelle aura lieu en vertu du commandement de Dieu^ vocem Filii Dei vivi ; voix à laquelle rien ne résiste, et qui fora d'autant plus facilement sortir les morts de leur sépulcre^ qu'elle a tiré le monde du néant.
En second lieu, le Sauveur a ajouté : « Je suis la résurrection et la vie : Ego sumresurrcctio et vita ; » et cela signifie clairement que Jésus-Christ, comme vrai
(1) In momento, in ictu oculi, in novissima tuba : canet euim tuba, f't mortui résurgent incorrupti (/ Co}\ xv).
(2) Veiiit hora, quaudo omues qui in monumentis suut, audient vocem Filii Dei, et procèdent in resurrectionem.
Fils de Dieu et Dieu lui-même , ?i en lui le principe de la vie et de la résurrection ; que de même qu'il est non-seulement sage, mais la sagesse même, de même il est non-seulement toujours vivant et ressuscité, mais la résurrection personnifiée et la vie, c'est-à-dire la résurrection toujours ressuscitée et la vie toujours vivante, l'existence toujours immortelle. Ainsi Jésus- Christ est la vie et la résurrection infinie, la vie et la résurrection parfaite. Or, qu'y a-t-il d'impossible qu'il fasse partager à tous les hommes ses privilèges, qui, en se commnniquant, ne sauraient s'amoiiidrir? Qu'y a-t-il d'étoiicaut qu'il fasse revivre ceux qui, par sa parole toute-puissante et par sa vie infinie, avaient déjà vécu avec lui et en lui?
Mais pourquoi le Fils de Dieu ne s'est-il pas contenté de dire : « Je suis la résurrection, » et ajoutet-il : « Je suis la vie : Ego sum resurrectio et vita ? » Il n'est pas possible de ressusciter sans vivre, ni de revivre sans ressusciter ; la résurrection et la vie n'est-ce pas la même chose? Non, sans doute, répond saint Cyrille d'Alexandrie : la vraie vie, c'est la vie bienheureuse. Eessusciter pour souffrir est une vie pire que la mort (1). Par conséquent Jésus-Christ, en disant : « Je suis la résurrection et la vie, » a indiqué qu'il est le principe de la résurrection qui sera commune à tous, et le principe de la vie bienheureuse qui ne sera que le partage des élus. C'est pour-
(1) Hua vera vila est, ut immortali beatitate vivamus; uihil euim a morte dilfprt iu hoc solurn resui'gere ut crucieris (Loc, cit.).
quoi il a ajouté : « Celui qui croit en moi vit, et celui qiM croit et vit en moi, ne mourra point pourl'étcrnité ; » car cela veut dire : Je suis la vie de Tàme et la résiirrcclion du corps. Celui qui croit en moi et s'unit à moi par une foi pure et parfaite, parlici[)e à la fois et à cette résurrection et à cette vie, et son âme vivra. Et, après la mort de la terre, sa conditron ici-bas, elle aura mérité d'associer son corps à cette vie divine. Ce corps, non seulement ressuscitera, mais il ressuscitera pour le ciel, si bien que l'âme et le corps, tout l'homme triomphera pour toujours de lu mort, et sera éternel (1).
Le Fils de Dieu a distingué, en termes encore plus clairs, la résurrection de la viO;, quand il nous révéla pour la première fois ce grand mystère. En effets après avoir dit qu'à sa voix, à sou commandement divin, tous les morts ressusciteront du sépulcre (2), il ajoute : « Et tous ceux qui auront fait le bien iront jouir de la résurrection de la vie; mais ceux qui auront mal fait auront à subir la résurrection du jugement (3). »
Quelle sentence ! Comprenez-le donc bien, ô chrétiens ! Il y a deux sortes de résurrection : la résurrection de la vie et la résurrectiou du jugement.
(1) Nam vita animte fides est ; et omnis qui vivit in carne, étiamsi moriatur ad tempus propter caruem , vivet in anima ; donec resurgat et caro, nunquam uioritura, propter vitam spirilus, et non morictur in aeternura [Tract. 49 in Joan.).
(2) Venit hora, quando omnes qui in mouumentis sunt, audient vocem Filii Dei.
(3) Et procèdent qui bona fecerunt, in resurrectionem vit*; «jui vero mala egerunt in resurrectionem judicii.
La résurrection pour vivre toujours dans le sein de la miséricorde, de l'amour de Dieu, et la résurrection pour subir éternellement la justice céleste; la résurrection pour jouir toujours, et la résurrection pour toujours souffrir : In resnrrectionem vitœ et in resurrectionem judicii : Tune sera la récompense des justes, qui bona fecerunt ; l'autre la punition des pécheurs, qui vero mala egenint.
Prenez donc courage, âmes vraiment pieuses, qui ne cherchez d'autre bien que Dieu, d'autre honneur que sa grâce, d'autre trésor que son amour, d'autre félicité que son paradis. Partagées entre l'abnégation de vous-mêmes, les exercices de la charité envers le prochain et votre Créateur, avec la droiture de vos intentions, avec la sainteté de vos désirs, avec la noblesse et l'héroïsme secret de vos sentiments, humbles d'esprit, pures de corps, généreuses en tout, vous allez, sans vous en apercevoir, comblant vos jours et toutes vos heures du mérite des œuvres vertueuses, qui bona fecerunt; 6 vous, qui vous reconnaissez à ce portrait, continuez, pleines d'espérance contre la mort, abandonnez sans peine et sans crainte votre corps à la terre, car vous êtes le peuple choisi, le peuple privilégié du ciel! Il viendra le jour où le bon Sauveur, que vous servez avec tant de ferveur et d'amour, répandra, comme il l'a promis, jusque dans vos os son divin esprit, ranimera vos cendres, vous rappellera à une vie nouvelle, en vous arrachant à vos sépulcres, radieuses de gloire
— 4 70 — et de beauté (1). Oui, vous ressusciterez, mais à la vraie vie, à la vie môme de Dieu, à la vie bienheureuse, immortelle, qui vous récom[)ejiscra, et quant à 1 ïime et quant au corps, de toutes les privations, (le toutes les injustices et de toutes les peines du temps par les joies divines de réternité (2).
Et vous qui, au contraire, toujours attentifs à favoriser les sentiments ignobles, les instincts liontcuv de la chair, êtes autant irréligieux envers Dieu et injustes à l'égard du prochain, qu'indulgents pour vous-mêmes; vous qui passez les années à accumuler péchés sur péchés, vous dont la vie n'est qu'un horrible tissu d'oeuvres de ténèbres^ qui vero niala e(/erunt, vous ressusciterez aussi sans doute à la voix terrible du Fils de Dieu (3); mais, hélas ! ce ne sera que pour subir un examen sévère, pour entendre la redoutable sentence et pour être précipités dans lespehies immenses du jugement éternel (4), Yous ressusciterez, non point comme Lazare, à i'amour de la famille des saints, mais en la compagnie des démons et des réprouvés. Vous n s:n;sciterez, non pas comme Lazare, pour être libres, mais pour être, même dans le corps, enchaînés par les liens des ténèbres d'une étcinelie nuit (5). En effets cette même voix divine
(1) Htec dicit Domiuus : Ecco ego iiitromittam in voj sniiitutn ineura, f't vivoiis; aperiam turaulos vestros, et educain vos de se|)ukris ve^lri?, popule meud {Ezech.).
(9) Et procèdent qui bona fecorunt, in rcsuiTectioiiora vilic.
(3) Oiiraes qui iu monumeiitis sunt audient vocem Fllii Dei.
(4) Qui vero ixiala egerunt, procèdent in resurrectionem judicii. (5' Vir.cv.'-i- Icn.'^brcruni et longiE uoctis compediti (Sap. xvii).
qui a dit de Lazare : Déliez-le et laissez-le alleri Solvite eumet siniteabire, dira de vous, ainsi que l'Evangile vous en prévient : Liez-leur les pieds et les mains, et jetez-les dans la fournaise de feu : là il n'y aura que pleurs et grincements de dents (I).
Pour conclure, mes frères, autant l'oracle du Sauveur est terrible pour l'avenir des pécheurs, autant il est, à cette heure, consolant pour tous. Il l'a dit lui-même : la sagesse de Dieu ne peut se tromper, et sa vérité ne saurait nous induire en erreur. Quiconque vit bien, ressuscitera à la vie; quiconque vit, mal, ressuscitera pour le jugement (2). Dieu a donc mis à ma portée la bénédiction et la malédiction, la vie et la mort. Je n'ai nul besoin de me fatiguer l'esprit pour savoir si je suis prédestiné ou réprouvé. Ce que je sais de certain, et ce qu'il m'importe seul de savoir, c'est que si je vis bien, je me sauve, si je vis mal, je me damne. Mon sort est entre mes mains. Je serai au dernier jour ce que j'aurai voulu être; j'aurai la vie ou le jugement que je me serai choisi, que je me serai moi-même préparé.
Insensés que nous sommes ! quand est-ce que nous deviendrons sages '^ Stulti, aliquando saj^ïYe ? Faisons le bien tant que Dieu nous eu donne le temps : Dum tempus habemus^ operemur bonum. Yivons comme nous voudrons avoir vécu au jour de la mort. Assurous-
(1) Ligatis manibus et pedibus, mittitp eum in gehennam ignis: ibi erit fletus et stridor dentium.
(2) Et procèdent qui bona fecerunt, in resuirpctiocem TJîit; qui yero msU égeruat« io retiuirt-ûtiODei» judicii,
nous dès à présent une place parmi les élus et leô saints. Conduisons-nous comme de vrais chrétiens, en Vivant pour Dieu et avec Dieu dans le temps, si nous voulons alors ressusciter et vivre éternellement avec Dieu. Ainsi soit-il I
VlINGT-HUiTIÈME HOMÉLIE.
Les trois morts ressuscites (1).
Amen dico vobis : quia venit hora et nunc est, quando mortui audient vocem Filii Dei; et qui audierint, ■vivent. (Joan. v, 25.)
Permettez-moi, mes frères, de commencer la présente homélie en vous faisant part de la grande et belle pensée de l'ange de l'École, l'illustre saint Thomas. Ce grand docteur enseigne que tout ce que Dieu opéra extérieurement à l'égard du premier homme, dans l'ordre corporel et visible, fut la figure de ce qu'il opérait à la même heure intérieurement en lui, dans l'ordre invisible et spirituel. En effet, en donnant à Adam une âme intelligente, ce Dieu plein de tendresse s'unissait à cette âme par sa grâce. En façonnant l'argile, en lui donnant la vie corporelle.
(1) Le grand saint Augustin ne s'est pas contenté de parle en plusieurs endroits de ses ouvrages des trois morts ressuscites, et séparément les uns des autres; mais il a traité le mystère des .trois réunis, dans son 44^ sermon Sur les paroles du Seigneur. Ce sermon a donné l'idée et foui^i, en grande partie du moins> la matière de la présente homélie.
— 17-1 — en faisant du premier homme ie roi de la icrre, il élevait son ùine à une vie divine, et l'établissait le candidat du ciel. Ainsi, quand l'Ecriture dit qu'Adam sortit (iinc vivante des mains du Dieu créateur (1), elle veut dire qu'Adam reçut en même temps de Dieu une double vie : la vie physique, qui consiste dans l'union de l'âme avec le corps, et la vie spirituelle, qui résulte de l'union bien plus noble de cette âme avec Dieu. En effet, dit saint Augustin, de même que l'âme donne sa forme au corps, ou, en d'autres termes, l'anime ; de même Dieu, d'une manière bieu plus admirable, devint la forme de notre âme et il la vivifia. Par suite, de même que le corps, séparé de l'âme, n'est qu'un cadavre ; ainsi l'âme, séparée de Dieu, devient un cadavre spirituel : la perte de Dieu est une vraie mort pour elle, comme sa perte est la mort du corps (2). C'est pour cela que l'Ecriture dit qu'une âme qui pèche est une âme qui meurt (3).
Or l'homme, aveuglé par la maligne suggestion du serpent, voulut s'assurer, précisément par ce moyen fatal, Timmorlalité du corps; aussi n'obtint-il que la mort du corps, sans recouvrer la vie de l'âme ; il devint ainsi la proie d'une double mort ; il perdit,
(1) Et factus est in animam viventein (Gen).
(2) Sicut anima est vita corporis; sic vita animae Deus est. — Sicut expirât corpus, cum amittit animam; ita expirât anima, cum amittit Deum. Deus amissus, mors animae; anima amissa, mors corporis (S, Aug., serw. 44 de Verbo Domini).
(8) Auima quee peccaverit, ipsa morietui- {Ezech, xviii).
par un seul Cir.iic, les deux \ies qu'il avait reçues comme un seul don.
Mais l'Artisan divin eut pilié de l'ouvrage de ses mains. Il chargea sur lui, en se faisant homme, le fardeau du péché et de la mort ; il délivra l'homme de l'un et de l'autre; il lui rendit les deux vies perdues. C'est lui-même qui le déclare dans l'Evangile, à l'endroit même où, dans saint Jean, il promet la résurrection des corps et la résurrection des âmes par ces magnifiques paroles : « Eu vérité je vous le dis, l'heure est enfui arrivée, l'heure de la résurrection, où la voix du Fils de Dieu se fera entendre aux morts par le péché (1); ceux qui l'écouteront avec docilité, recevront la grâce et vivront d'une vie divine (2). »
Or, notre Sauveur a voulu nous donner un gage de cet inestimable bienfait de sa venue en ce monde, non-seulement dans les conversions nombreuses qu'il opéra, mais particulièrement par la résurrection des trois morts dont nous avons parlé. Nous avons déjà cousidéré chacun de ces miracles dans son sens littéral, allégorique et anagogique ; coiisidérons-les aujourd'hui ensemble dans leur sens tropologique ou moral. Yoyons comment Jes principales catégories de pécheurs y sont exprimées , comment y sont indiqués
(1) C'est ainsi que saint Thomas, sans compter les autres Pères et Docteurs de l'Église, explique ces divines paroles du Sauveur.
(,2j Amen dico vobis, quia venit liora, et nunc est, quando mortui audiout vocem Filii Dei; et qui audierint, vivent (Loc, Cit.).
les moyens par lesquels chacun peut ressusciter à la vie spirituelle.
Pécheurs, mes frères, vous les morts h la gràce^ voici une heure bien précieuse pour vous : le fils de Dieu, par le récit et le langage de ses prodiges, va vous faire entendre la voix qui ressuscite ; préparezvous à l'entendre avec docilité de cœur; vous eu retirerez un fruit éternel (1).