‹ École des miraclesChapitre 45 sur 46 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

Saint Jean nous apprend que les prodiges rapportés dans l'Evangile ne représentent pas tous ceui que Jésus-Christ a opérés, mais seulement une faible partie (2). Saint Augustin ajoute que les historiens sacrés, dans le choix qu'ils ont fait parmi tant de miracles, en ont rapportés autant qu'il en fallait pour rinstruction des fidèles (3). Il est certain, continue ce même Père, que l'Homme-Dieu, durant sa carrière mortelle, ramena à la vie un grand nombre de morts, et que c'est par une disposition particulière de sa sagesse que nous ne trouvons que ces trois résurrections décrites dans les Evangiles (4). Ainsi, d'un si grand nombre de trépassés que le Sauveur a ressuscites,

(1) Amen dico vobis, etc. *

(2) Multa quidem et alia signa fecit Jésus, quae non sunt scripti in libro hoc [Juan, xx, 30).

(3) Electa sunt quœ scriberentur, quae saluti credentium sufficere videbantur (S. Aug., tract. 49 in Joan.)

(4) Multi sunt sine dubio suscitati, sed non frustra très coni" naemorati. {Id., serm. 44 de Verbo Domini).

l'histoire de trois seulement nous a été transmise , et cela, dit toujours le même Père, parce qu'ils suffisent, par la durée de leur mort et par les diverses rirconstances de leur résurrection, pour exprimer les trois classes diverses qui comprennent tous les iiommes pécheurs (1).

Ecoutons, en effet, le grand pontife saint Grégoire, suivant et exphquant lui-même saint Augustin : La fille de Jaïre, dit-il, qui gisait morte dans la maison paternelle, représente ces pécheurs cachés que personne ne soupçonne morts à la grâce ; le fils de la veuve de IVaïm, qui était déjà sorti hors de la ville, symbolise ces pécheurs publics qui, ayant renoncé à toute pudeur, à toute retenue, affichent le désordre de leur vie et scandalisent le public par le spectacle de leurs iniquités; Lazare enfin, qui, demeuré quatre jours dans le sépulcre , était déjà corrompu , est la ligure expressive des pécheurs endurcis dans leurs péchés; en horreur au monde et à eux-mêmes, ils n'osent plus penser à leur conversion, se sentant comme oppressés et écrasés sous le poids de leurs coupables h.abitudcs (2).

Puis donc que le pécheur appartient nécessairement à Tune de ces trois classes, les trois morts de

(1) Ista tria gênera mortuorum, sunt tria gênera peccatoruEr }fd., ibid.).

(2) Adhuc quippe quasi mortuus jacet in domo, qui jacet in peccato. Quaii extra portam ducitur, cujus iniquitas usque ad inverecundiam publiccc perpetrationis operatur. Sepulturie vero aggere premitur, qui in perpeli'aticue nequitiae etiam usa cousuetudinis pressu» gravatur (S. Greg., Moral., lib. 4, 25i.

i'Evaiigilc fiLiiiroiil luiis les pécheurs de la lerre.

De sorte que la manière difl'éreiitc dont le Sauveur a rappelé à la vie ces trois morts, à des degrés divers, nous instruit de la manière différente dont les trois catégories des pécheurs peuvent ressusciter à la grâce. Recueillons donc {)récicusement celte consolante instruction, afin, dit saint Augustin, que ceiLv qui sont morts au péché, n'importe à quel degré, sachent ce qu'ils doivent luire pour ressusciter promjitement (1).

Dans une homélie précédente nous avons vu que le céleste Médecin, en voyant le cadavre de la fille de Jaïre entouré de chanteurs et de joueurs d'instruments funèbres, chassa ceux-ci de la chambre, et qu'il dit comme en souriant : « Que signifie tout cet appareil de mort? cette jeune fille n'est pas morte, elle dort ; » puis, la prenant par la main, il lui ordonna de revivre, et aussitôt elle quitta son lit et marcha. Or, pourquoi le Sauveur a-t-il opéré cette résurrection avec une grâce si exquise et une facilité si grande, qu'on la dirait être un jeu de sa bonté plutôt qu'un effort de sa puissance? Serait-ce parce que la jeune fille, expirée depuis quelques heures seulement, conservait encore la flexibilité de son corps? Non, assurément; car comme il est aussi impossible à la créature de ressusciter un homme mort aujourd'hui, qu'un homme mort il y aurait un siècle; de même il

(1) ut quicumque mortui sunt, in quacumque harum Irium morte se invenerint, agant, ut celeriter resurgant(S. Ang., w'"' de Verbo Dornini).

est aussi facile au Fis de Dieu de rendre la vie aii dernier, qu'au premier. C'est un mystère, dit saint Augustin, qu'il a voulu nous révéler, en agissant de la sorte. En effet, quoique pécher soit la même chose ^ue mourir, il y a cependant une dilTérence entre jéclier une fois, et s'habituer et se familiariser avec e péché. Or cette jeune fille, trépassée à peine, dont ic corps était encore dans la maison paternelle, est la figure du pécheur qui n'a pas encore contracté l'habitude du péché, qui n'a pas encore aflBché'au dehors de son cœur sa mort spirituelle (1).

Or, si Jésus-Christ opère ce miracle avec tant de promptitude, c'est pour nous faire comprendre que le pécheur qui ne met aucun intervalle entre sou crime et la pénitence, qui n'a pas commencé à se corrompre dans le sépulcre de ses coupables habitudes, que ce pécheur, dis-je, ressuscite facilement (2). 0 vous, jeune imprudent, qu'un ami pervers a entraîné dans les voies du désordre, eu vous insinuant, comme Lucifer à Adam, la funeste science du mal, ouvrez les yeux et voyez! 0 vous, jeune fille inexpérimentée, qu'une compagne cruelle, ou une suivante sans pudeur, a encouragée à souiller votre innocence, ouvrez les yeux et voyez! 0 vous, épouse légère, que des artifices pleins de ruses, des sympa-

(1) Aliud est peccare, aliud peccati consuetudinem facere. — Est peccator,qui non habet in consuetudine peccatum, nec ad mul- 1o^5 exemplum malum protulit (S. Auir., senn. de Vcrbo Domini).

i2) Qui peccat et continue corrigitur, ciloreviviscit; quia nontrum est consuetudine impUcatus, nondum est sepultus [Id,, ilid.)

— /i80 — thies funestes, des sollicitations importunes et obstinées ont entraînée à immoler la vertu à la vanité, la lidélité au plaisir, ouvrez les jeux et voyez ! Ah! comprenez tous celte imporlanle leçon ! Vous avez fait preuve de faiblesse? eli bien! humiliez- vous. Vous avez manqué à vos bons propos? confondezvous. Vous avez perdu rinnocence et la grâce ? repentez-vous. Vous avez violé la loi de Dieu, méprisé ses inspirations, abusé de ses grâces et de ses bienfaits? déposez à ses pieds votre cœur déchiré par la douleur, arrosez-les dans vos larmes. En un mol, vous êtes tombés? relevez-vous. Mais hâtez-vous, dit saint Augustin, ne différez point, ne mettez aucun délai à votre conversion. IN'attendez pas que vous soyez tombés dans l'abîme de tous les vices, que la pierre sépulcrale de l'habitude mauvaise recouvre votre cadavre spirituel (I). Oui, hàlez-vous pendant que la ferveur de vos premières communions vit encore en vous; que vous n'avez pas encore renoncé à toutes vos pratiques de piété, que vous ne vous ennuyez pas encore de la prière, des sacrements; que la pudeur, le sentiment religieux, les remords régnent en vous ; que le péché vous répugne, vous humilie, vous confond à vos propres yeux, et que le tourment que vous éprouvez, après l'avoir commis, est bien plus grand que le plaisir que vous vous promettiez en le commettant. Ah! ne laissez point s'affaiblir, se dissiper, périr ces moyens précieux que

(l) Pœniteat facti de proximo ; non eat in prolundum sepultuise, non aucipiat couaueludinis oiolem (S. Aug., id., ibid,).

— 4SI — TOUS avez cncci'c en vous pour ressusciter. Mette?. c». profit la cor.dilion heureuse qui reud votre retour à Dieu plus facile que la continuation de votre course dans les voies funestes de la perdition.

Votre conversion sera l'affaire d'un moment. Ee- /ourez à Jésus-Christ, priez-le de venir ù vous, ditestui de bon cœur : Seigneur^, mon âme, ma fille unique, mon seul trésor vient de tomber dans le péché, et elle est n\orte. Daignez venir vous-même étendre sur elle votre main, et elle retournera à la vie (1). Le doux Jésus ne résiste jamais à cette prière ; il ne se refuse jamais à cette invitation. Celui qui est descendu du ciel sur la terre en personne, ne dédaignera pas de venir dans votre cœur par sa grâce.

Puis, dans la grâce de cette visite, chassez, dit saint Grégoire, de la chambre de votre cœur la foule importune des affections désordonnées; éloignez de vous ces prétendus amis, ces joueurs funèbres, qui, tandis qu'ils semblent plaire à l'oreille par leurs discours voluptueux, par leurs adulations, parleurs promesses, ne font en réalité que chanter l'hymne de la mort à votre cœur: sans ces efforts, votre âme ne peut ressusciter (2). Mais, grâce à ces efforts, le Sauveur, ne trouvant plus d'obstacle en vous, vous prendra comme par la main, vous ressuscitera avec

(1) Domine, filia mea modo defuncta est ; sed veni, impoiie wanum tuam, et vivet.

(2) Turba foras ejicitur, quia iiisi prius secretioribus cordis expellatur steculariuni multitudo curarum, anima quœ iutrinsecus jacet mortua, non resurgit/S. Grcg., loc. cit.j.

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