‹ École des miraclesChapitre 6 sur 46 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

C'était une croyance universelle dans le monde qu'une vierge devait ei'.fjniter. Dieu avait arrêté le prodige dans ses divins décrets; les patriarches l'avaient rappelé par leurs actions, la loi ancienne figuré par ses rites, les prophètes annoncé par leurs oracles, tous les peuples avaient su par tradition que le Rédempteur du monde devait naître d'une vierge. Le Fils de Dieu, dit saint Bernard, voulant naître parmi les hommes, ne devait naître que d'une vierge; et, puisqu'une vierge devait devenir mère, elle ne devait enfanter qu'un Dieu (1). Celui qui, dans le ciel, a un Père et n'a pas de Mère, devait naître sur la terre d'une mère sans avoir de père, afin que, dans sa naissance temporelle non moins que dans sa naissance spirituelle, cet oracle d'Isaïe reçût son accomplissement : « Qui pourra raconter sa génération (2)?»

Mais si cette Vierge bienheureuse était devenue mère en dehors du mariage, c'est eu vain^ dit saint Ambroise, qu'elle aurait aflSrmé qu'elle avait conçu

(1) Neque euirn virginem ducit altcr partus; ueque Deuin ducit Mater altéra (Bern., sup. Mis.).

(2) Generationem ejus quis enarrabit {Isa. uu)1

par un miracle; les Juifs cliariicls auraient cru le contraire, ils auraient dit qu'elle voulait cacher sa faute (1) : ils Tauraieut assurément lapidée, dit saint Jérôme (*2). Tout au moins, reprend saint Bernard, elle aurait perdu sa réputation ; ce que Dieu ne devait pas et ne voulait pas permettre à l'endroit de la Mère de son Fils (3). Dieu fut, en clTel;, si jaloux de riionneur de Marie, dit encore saint Ambroise, qu'il aima mieux qu'on pût douter de la naissance miraculeuse du Fils que de la pudeur intacte de la Mère (4). Marie, devenue mère dans la condition du mariage, n'avait aucune raison d'inventer un miracle pour cacher une faute supposée, puisqu'il est glorieux pour l'épouse de devenir mère. Marie devait mériter toute confiance quand elle assurerait que son enfant n'était pas le fils de Joseph. Et puis la loi condamnait à l'infamie les enfants nés hors du mariage. Il était donc très-iudispensabie que la Vierge mère du Messie fut une épouse, afin que le Réparateur du genre humain ne commençât pas sa vie par une infamie légale, qui eût dégradé sa personne et discrédité son minis-

(1) Videretur mentiri incopta prœgiians, et culpam velle adumbrare mendacio; neque enim crederelur, etsi diceret se esse virginem (S. Amb., Com. in Luc).

(2) Damnaretur ut adultéra {Com. in Matth.).

(3) Videus matrem et non despoiisatam, diceretur meretricem potius quani virginem, quod non decebat de Matre Dei (Bern.).

(4) Maluit Dominus aliquos de suo ortu, quani de Matris pudore dubitare. — Fides Marias verbis asseritur, et mendacii causa rcmovetur. — Causa mentiendi despoasata non habuit, cum gratia nuptiarum partus sit feminarum (S. Amb., in Luc).

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