‹ Économie De La Répartition Des Produits IndustrielsChapitre 32 sur 56 · LAN · texte numérisé non relu

LAN

sernble des consommateurs est encore très approximative, et la Répartition est obligée de se contenter d’une coordination par secteurs, qui se situe le plus souvent à un échelon quelconque du produit en cours de transformation. Puisqu’on n’a pas encore réussi à représenter cet ensemble de besoins en unités de produits finis, on se contentera donc de considérer, pour chaque matière à transformer, un total indifférencié de produits mi-finis qui correspondra Je plus possible au nombre d'articles finis qu’on en pourra tirer et qui répondent à une catégorie délimitée de besoins minima, effectivement recensés, c’est-à-dire de besoins vitaux.

. Ainsi, telle qu’elle est et malgré son relativisme, une première notion nous est acquise, qui va nous servir à pénétrer plus avant dans les moyens de coordination, Cette unité de production va en effet, permettre de définir et d'utiliser une deuxième notion, éelle de « nombres proportionnels ».

Les nombres proportionnels. — On appelle nombres proportionnels, des nombres représentant les quantités des différentes matières nécessaires à l’oblention d'une unilé de production d’un produit industriel.

S'agit-il, par exemple, de fabriquer une tonne — unité de production — de chlorure de polyvinyle {utilisé par le textile pour la production des simili-cuirs, toiles cirées, etc., et par l’industrie du caoutchouc), les nombres proportionnels seront constitués par les quantités, exprimées en tonnes, des produits qui permettront de l'obtenir (0 t. 300 de pyrites de fer, 0 t. 420 de chlorure de sodium, 7 t. de charbon, 2 t. 400 de carbonate de calcium).

L'établissement des nombres proportionnels, au moins des prodüits soumis à répartition, doit être considéré comme l’une des tâches, les plus urgentes pour les nécessités actuelles et les plus fructueuses pour l’économie future. (Leur réunion et leur critique.ont été l’une des premièrees préoccupations du Service de la Coordination.) Il est clair, toutefois, que cette systématisation ne sera pas toujours facile. Certaines branches industrielles, à cause de la complexité de leurs fabrications et surtout de leur caractère artisanal, éprouveront de longues difficultés pour exprimer leur production hétérogène par des «indices » normalisés et définitifs. Cela sous-entend tout un plan de réformes de certaines structures industrielles, qui devra être réalisé tôt ou tard. Si des nombres proportionnels ont pu être établis pour les fabrications métallurgiques, chimiques, et même textiles, l’industrie du cuir offre l'exemple d’un retard qui s'explique précisément par la nature de la matière traitée et par la forme même de ses entreprises. On sera donc, dans ce cas, obligé de se satisfaire d'approximations empiriques : la coordination sera appuyée sur les références antérieures de consommation, encore que la pénurie progressive exige de plus en plus l’obtention des données plus préeises que réalisent les nombres proportionnels.

La connaissance de ces données s'impose naturellement avec un

degré d'urgence variable. On étudiera d’abord les consommations unitaires relatives à des produits dont la fabrication nécessite la mise en œuvre de matières rares, par rapport à l’ensemble des disponibilités et des besoins. Ainsi, dans tous les processus industriels où le charbon intervient en quantité notable, l'utilité des nombres proportionnels correspondants est de premier intérêt. Lorsqu’à l'opposé, un produit À est absorbé pour la plus grande partie de ses -disponibilités par une fabrication unique (cas du sulfure de carbone dont 90 © des ressources servent à l'élaboration de fibres artificielles), il est moins indispensable de connaître les consommations unitaires faites de ce produit par les autres entreprises. Mais, en fait, comme ces dernières utiliseront d’autres produits qui nécessiteront l'établissement de nombres proportionnels, la consommation du produit À se trouvera déterminée d’une façon indirecte.

Les nombres proportionnels réalisent un cycle sans fin. Après avoir fixé les nombres proportionnels d’un produit, chacune des matières nécessaires à sa fabrication appellerait à son tour la fixation de ses propres nombres proportionnels et ainsi de suite. L'ensemble obtenu de cette facon, s’il était réalisable, aboutirait à une mise en équation de toutes les possibilités théoriques de production. Mais, nous en sommes loin. Cet aperçu nous incite seulement à retrouver ici la correspondance qui existe entre le choix des unités de production et celui des nombres proportionnels. Comme pour celles-là, il n’est immédiatement intéressant d'établir ceux-ci que lorsqu'ils

s'appliquent à certains secteurs et à certains stades de transformaion où la coordination a un intérêt majeur à intervenir, à cause des facteurs de rareté et de nécessité déjà marqués:

On a donc réuni une série de nombres proportionnels qui nous indiquent les quantités de matières indispensables à la réalisation de chaque unité de. production correspondante. Maintenant, c’est une question d'opportunité et de choix qui décidera de la coordination elle-même. À quel niveau va-t-elle jouer, quelle va en être la base ? La notion de matière directrice va nous éclairer sur ce point.

La matière directrice. — Ce sera « la malière première désignée comme lelle, et choisie parmi celles incorporées dans un objet manufacturé donné, en vue de coordonner les allocations de différentes matières nécessaires à la fabrication de cet objet, et d'organiser, ea enRE la répartition de cel objet lui-même »*.

Notons tout d’abord que cette notion devait er contribuer à organiser la répartition éventuelle de certains produits finis, en permettant de désigner, dans chaque cas, le Répartiteur

compétent qui devait s'identifier avec celui de leur matière directrice. Cette fonction est désormais inutile, depuis qu’un classement de tous les produits par Sections a. été réalisé.

Cette réserve faite, la notion de matière directrice reste d’un usage constant. Grâce à elle, on détermine, en présence d’un produit

cn mad él mn mate moto" dtnf : St bnbune diet. dé dé LS Sa

donné A, quelle sera la matière à laquelle il faudra rapporter les attributions des. autres matières nécessaires à l’obtention d’une unité de production A.

Prenons l'exemple de l’industrie du caoutchouc industriel on dira que la gomme constitue sa matière directrice, c’est-à-dire que l’on commencera par fixer le nombre d'unités de production de gomme : æ tonnes, dont l’industrie du caoutchouc pourra disposer. Ensuite, on calculera, en fonction de ce nombre d'unités, les quanlités des autres matières (combustibles, plastifiants, solvants, lubrifiants, etc.) nécessaires à la mise en œuvre des x tonnes de gomme. La matière directrice sera donc l’axe de la coordination. C'est elle qui donnera tout leur sens aux notions jusque-là inertes d’unité de production et de nombres proportionnels. Celles-ci vont prendre vie et s’insérer dans l'application pratique, à partir du moment où, dans chaque hypothèse réelle, la matière directrice aura été désignée en’ qualité et quantité : on pénètre avec elle dans le domaine de la coordination concrète.

Le choix de la matière directrice : n'est pas impératif : il résulte des éléments de fait, et bien entendu, il variera selon les fabrications envisagées. En général, sera matière directrice de la fabrication d'un produit donné, la matière incorporée la plus nécessaire à sa réalisation. En d'autres termes, celle qui lui confère son caractère spécifique, el dont les disponibilités sont relativement les moins exlensibles. La notion de matière directrice n’est donc pas un concept absolu et ne constitue pas une définition « réelle », mais un instrument de méthode, élu, par l’expérience. Sa détermination n’est surtout précieuse que dans les cas où plusieurs matières concourent en proportions et importance comparables à l'élaboration d’un article manufacturé. Pour le reste, c’est-à-dire lorsqu'il y a hiérarchie évidente, la matière directrice se reconnaîtra de prime abord : en tannerie, ce sera le cuir naturellement. Au contraire, la question sera moins facile à résoudre dans le cas de l’industrie des appareils électriques, où l'acier, le cuivre, le nickel, le zinc, ete., sans parler du caoutchouc, du papier, etc., prétendront chacun à un droit de cité qu'il faudra réserver à l’un d’eux.

Il appartient, en principe, au Répartiteur du produit fini de décider dans chaque fabrication qui l’intéresse, quelle sera la matière directrice.

Ainsi, dans chaque Sréduit industriel, nous discernons, d’un côté une matière directrice, et de l’autre l’ensemble des autres malières nécessaires à sa fabrication, qui s’alignent sur la malière directrice el qu’on appelle les matières annexes. Une autre notion voisine, celle de matière principale, est parfois utilisée, qui demande en même temps à être définie, afin d'éviter toute confusion dans le vocabulaire et dans les faits.

Matière principale et matières annexes. — La malière principale est la matière première incorporée à la fabrication d’un produit ou

d'un objet déterminé, dont le poids est le plus élevé des poids des différentes malières incorporées, nécessaires à la fabricalion de ce produit ou de cet objet. La matière principale peut être ou non la matière directrice*. | à

Par suite, c’est surtout une notion de « fabrication », plus qu’un instrument de Répartition. Elle a le seul mérite de montrer qu'il n'y a pas relation constante entre le poids de la matière et son caractère « directeur ». Lorsqu'un problème de coordination est posé, on pourra même éviter de parler de matière principale, en englobant celle-ci parmi les matières annexes. En effet, on aura, en pratique, à considérer seulement d’un côté la matière directrice, et de lPautre, l’ensemble des matières annexes, qu’elles soient ou non incorporées à l’objet lui-même.

Parmi ces différentes notions, c’est celle de matière directrice qui intervient donc ici le plus directement. Toutefois, si nous sortons du cadre des matières premières, des facteurs comparables sont susceptibles d’apparaître. Ce seront ce qu’on peut appeler des « éléments-frein ». Ils seront constitués, par exemple, par les possibilités techniques de la fabrication : équipement industriel des usines intéressées et, le plus souvent, disponibilités en main-d'œuvre. En effet, il semble que l’on sera, de plus en plus dans le proche avenir, amené à tenir compte de ce facteur main-d'œuvre pour coordonner les produits répartis nécessaires à la réalisation de certains programmes. Ainsi, l’approvisionnement en bois dé mines se heurte déjà au manque de bûcherons (1). C’est à ct élément-frein que l’on est obligé de rapporter les prévisions de production.

Ces jalons techniques maintenant posés, nous allons voir com-:

ment se précisent, dans la pratique quotidienne, les principaux problèmes de coordination de la répartition effective.

Page 1