CHAPITRE II
Les conceptions précédentes auraient sans doute pour résultat, si elles étaient généralement appliquées, de modifier profondément le régime des échanges internationaux. Mais, émises par des milieux d’affaires, elles visent beaucoup plus des pratiques commerciales que des principes strictement économiques. Jamais, de toute manière, elles ne tendent à modifier notre régime monétaire actuel.
Tout au contraire, les théories du troc international, formulées par des théoriciens, prétendent instaurer un régime absolument étranger au régime actuel, ou du moins au régime normal d'avant ia crise.
Eiles répondent essentiellement à deux préoccupations différentes.
Pour les uns, la crise des échanges internationaux est due, avant tout, à des causes économiques : les excès de la production et de la concurrence; le troc, les limitant rigoureusement, serait non seulement le meilleur remède aux troubles actuels, mais même le meilleur régime pour l'avenir du commerce extérieur.
Pour les autres, les troubles monétaires et financiers ont été et restent prépondérants, et seul le troc, supprimant la monnaie, supprimerait par là même les troubles qu'elle à causés.
D'une façon comme de l’autre, on vise toujours à organiser
par l'initiative privée plutôt que par l’État un régime meilleur des échanges internationaux.
SECTION I
La conception économique du troc international.
Cette conception, souvent imprécise et éparse, a trouvé son expression la plus vigoureuse et la plus systématique dans un livre récent de M. Haladjian : De la Crise à la Prospérité (1).
« Convaineu que le mal dont le monde souffre n’est encore identifié ni dans son siège ni dans sa cause, ce pourquoi les antidotes employés, comme les antidotes préconisés, s'avèrent et sont inaptes à le guérir », M. Haladjian entreprend, dans une première partie, de préciser ce qu'est la crise, et de relater, en les discutant, les mesures mises en œuvre ou recommandées pour y remédier. Dans une deuxième partie il expose le remède qu'il préconise.
Pour M. Haladjian, la crise consiste dans une quadruple rupture d'équilibre :
— entre les Économies nationales;
— entre la production et la consommation ;
— entre la production et le travail;
— entre Îes prix de gros et les prix de détail.
Mais ce n’est pas ce dernier déséquilibre qui commande la crise. Et les trois autres se rattachent tous à une base commune : le régime existant du commerce international.
Qu'il soit régi par le libre-échange, ou par le protectionnisme, ce régime se caractérise par ce que M. Haladjian appelle « le principe de l'offre mondiale ». L'auteur entend par là ce fait que chacune des Nations offre au monde entier le surplus de sa production. Réciproquement, l’ensemble des produits du monde est offert pour la satisfaction de chacune des Nations. En d’autres termes, dit-il, «le commerce inter-
(1) Librairie du Recueil Sirey, Paris, 1932.
national est organisé « sous le signe » du marché mondial ».
Fait incontestable, d'où, selon notre auteur, découle tout le mal.
Il en résulte, en effet :
41° Le déséquilibre entre les Économies nationales.
Les progrès de la science ont accru la puissance de toutes les Nations, et, partant, leurs ambitions. Toutes ont la prétention, réservée jadis aux plus avancées d’entre elles, de conquérir l'univers, toutes se donnent pour mot d'ordre «importer le moins, exporter le plus ».
On est en plein néo-mercantilisme.
Dès lors, les Nations anciennes, oùles charges sociales plus lourdes qu'ailleurs grèvent plus lourdement les prix de revient, se trouvent en état d'infériorité sur le marché international. Il en résulte le premier des déséquilibres signalés : le déséquilibre entre les Économies nationales.
2° Ce premier déséquilibre conduit à un second déséquilibre : celui qui existe entre la production et la consommation, pour la raison que s'il est possible de prévoir des besoins limités, il est impossible de préciser ceux de la consommation mondiale. Produisant pour celle-ci, dès lors les producteurs sont conduits à la surproduction.
3° Cette tendance à produire à l’excès conduit enfin à la rationalisation excessive, au déséquilibre entre la production et Le travail.
Et M. Haladjian résume ainsi fortement sa pensée :
« D'origine fort lointaine et fortuitement instaurée pour sa commodité et par confusion entre le commerce intérieur et le commerce extérieur (1), le régime existant du commerce international, fondé sur la notion du marché mondial, a été pour l'humanité durant des siècles un facteur important de progrès et de bien-être croissant.
» 11 a été particulièrement fécond en résultats pour les
(1) On trouve une idée analogue dans : Teilhac, Fondements nouveaux de l'Economie, Paris, Rivière, éd., 1982.
peuples entreprenants, surtout pour la Grande-Bretagne, qu'il a puissamment aidée à établir sa suprématie économique.
» Tel il a été, aussi longtemps que ses principes n'ont été pleinement appliqués que par un nombre restreint de peuples qui, plus ou moins consciemment, maintenaient la puissance productrice du monde en équilibre relatif avec sa puissance consommatrice, et assuraient une correspondance relative entre les choses produites et les besoins du monde.
» Mais cette discipline a disparu sans être remplacée. Dès lors, ce qui était source de prospérité est devenu source de désordre ».
Le siège du mal étant ainsi localisé dans le régime actuel du commerce international, la cause du mal est dans « le vice fondamental de ce système, à savoir que le commerce international repose, non point sur l’échange, mais sur la vente; qu'il n'existe, entre les ventes de deux pays, aucune corrélation, aucune concomitance, aucun de ces liens qui caractérisent l’échange.
» Cette corrélation n'existe pas non plus dans le commerce intérieur; mais elle n’y est pas nécessaire, parce que chaque pays constitue une même unité économique.
» C'est donc cette carence de l'échange dans le commerce international qui est la « cause première » du mal dont souffre le monde ».
Au mal ainsi déterminé, un remède s'impose : « c’est l’instauration de l'échange effectif dans le commerce international. L’échange effectif, c'est le troc, non pas le troc tel qu'il se pratiquait dans des temps qui sont révolus, mais le troc adapté à l'évolution économique, le troc se réalisant par des ventes corrélatives.
» L’échange effectif étant fondé sur le do ut des se traduit en principe par cette triple formule : j'achète à qui je vends; j'achète dans la mesure où je vends; j'achète les produits dont j'ai besoin à qui a besoin de mes produits.
» L'échange effectif peut être appliqué à l’ensemble du commerce extérieur d’un pays, comme il peut être limité aux
parties essentielles de ce commerce... IL est le régime du libre accès pour les marchandises admises à l'échange. Il est le régime de la prohibition absolue pour celles qui n'y sont pas admises... Il est seulement compatible avec des droits fiscaux, spécialement des droits d’accise ».
S'opposant à l'Économie fermée, dont il réalise le contraire dans les limites des besoins de chaque pays, s’opposant aussi à l'Économie dirigée, «dans son sens général » (?), le régime de l'échange effectif « fondé sur la confrontation des besoins est l'Économie internationale normale ».
Comment concevoir l'application pratique d’un tel système ?
D'abord par l’organisation des professions à l’intérieur de chaque pays, organisation qui s’apparente à celles qui ont été instituées en Angleterre pour l'industrie houillère, en France pour la viticulture, autant qu'au régime corporatif établi en Italie. « Elle s'apparente aussi, dans une certaine mesure, aux Cartels nationaux formés dans différentes industries ».
L'organe qui serait chargé dans chaque pays de passer les marchés ne devrait pas être l'État lui-même, insuffisamment pourvu de sens économique, mais devrait être composé de représentants de l'État, de producteurs, de commerçants, de consommateurs, et pourrait être appelé « Centrale nationale pour le commerce extérieur ».
« Cette Centrale déterminera, pour une période limitée et renouvelable, avec les modifications requises, par catégories et par quantités : a) les marchandises que le pays, dans son ensemble, produira en surplus de sa propre consommation ; 6) les marchandises que le pays, également dans son ensemble, devra se procurer à l’étranger... Elle répartira entre les pays étrangers le surplus de production et désignera lesmarchandises qui auront à être fournies par chacun d'eux ».
La portée d’un tel remède, d’après l’auteur, serait considérable, puisque « l'instauration de l’échange effectif dans le commerce international sera pour l'humanité le prélude d’une ère nouvelle ».
Non seulement il remédiera à la quadruple rupture d’équilibre plus haut signalée, mais encore :
« a) il obligera les différents peuples à se cantonner et à se spécialiser dans les productions pour lesquelles ils sont le plus favorisés.. Ainsi sera obtenue cette division du travail entre les Nations qui fut un des idéaux de la doctrine dite du libre-échange;
» 6) par sa structure même, il fournira à la production nationale la meilleure protection, sans donner lieu aux inconvénients du système des contingents ;
» c) il assurera la stabilité des prix intérieurs de toute marchandise provenant de l’étranger ;
» d) il réduira le chômage et partant les dépenses publiques;
» e) il sera un remède à cette interdépendance exagérée el encore croissante qui se manifeste dans les rapports économiques des Nations, et qui tout en rendant de plus en plus nécessaire la coopération internationale, la rend cependant de plus en plus difficile ».
Mais il est des Nations à qui le système nouveau profitera tout particulièrement. Ce sont celles qui peuvent supporter une balance commerciale déficitaire, principalement la Grande-Bretagne et la France. Ayant plus à acheter qu'à vendre, elles pourront en effet rester maîtresses de leurs prix de vente. Elles pourront à leurs pays co-contractants tenir un langage semblable à celui-ci : « Je vous achèterai pour dix millions de francs d'articles bon marché si, en échange, vous consentez à ce que je vous vende pour cinq millions de francs d'articles chers ».
Aiïnsi les Nations anciennes et riches pourront maintenir chez elles un niveau d'existence élevé et y pratiquer une politique sociale nécessairement dispendieuse.
« Il est évident que pour conserver le bénéfice de cette situation, il conviendra à ces pays de ne pas appliquer dans leur rigueur les trois formules par lesquelles s'exprime l'échange effectif, mais de les adopter comme base de leur
politique commerciale, comportant dérogations moyennant contre-parties ».
Ainsi on voit comment le troc tendrait tout à la fois à remédier aux troubles actuels du commerce international et à instaurer sous l'égide de l'initiative privée un régime nouveau qui maintiendrait aux peuples anciens leur suprématie menacée.
SECTION II
La conception monétaire du troc international.
M. Haladjian affirme bien que l’« échange effectif assurera dans les relations internationales et par répercussion, à l’intérieur de chaque pays, la fixité de la valeur de la monnaie par rapport aux marchandises..…., qu'il facilitera, à un degré inconnu sous ce régime (actuel), les compensations monétaires entre Nations et réduira ainsi, considérablement, les transferts de monnaie faits de pays à pays ».
Mais ce ne sont là que des idées subsidiaires à une conception qui reste avant tout d'ordre économique.
Au contraire, pour les auteurs dont nous allons exposer les idées, c’est le rôle monétaire du troc qui serait prépondérant. Et il faut bien reconnaître que c’est dans ce sens que s'orientent de plus en plus les États et les particuliers. De plus en plus, en effet, se multiplient les règlements sans monnaie par voie de compensation privée, bilatérale, conclue entre un importateur et un exportateur d’un même pays à l'égard d'un même pays étranger. Le troc apparaît comme la conséquence indirecte, mais logique de tels accords. Par ailleurs, les conventions commerciales de troc direct entre États ou entre particuliers se font également plus nombreuses.
Les auteurs n’ont pas manqué, non seulement pour justifier de telles pratiques par les circonstances exceptionnelles
A. PIETTRE. 7
de l’heure présente, mais encore pour y voir une politique d'avenir.
C'est ainsi, par exemple, qu'aété préconisée dès 1932 « l’organisation du troc international au moyen de chambres decompensation d'industries ». On lit à cet effet dans la Revue enternationale économique de septembre 1932 (p. 564 et suiv.) (4) :
« D'assez nombreux pays ont déjà adopté la constitution de clearing ou des échanges par troc : Conventions entre l'Autriche, la France, la Hongrie et l'Italie. Il s’agit ici d’organismes d'États.
» Nous proposons, au contraire, l'organisation de chambres de compensation, groupant les industries, les banques, etc., lesquelles rechercheraient systématiquement à effectuer des trocs de marchandises, afin de créer des courants d'échanges stables. Le troc ne serait pas occasionnel, et l’on ne compenserait point des paiements, mais réellement des marchandises. Ces chambres de compensation ne seraient pas des organismes d'État, mais des institutions libres dont l’État favoriserait le développement au moyen de primes ».
Ainsi seraient supprimés l'or et le crédit, et, partant, il serait remédié à l'arrêt du commerce qui s’est produit par suite de la crise du crédit.
« Le troc a l'avantage de s'effectuer aisément malgré la crise et malgré les monnaies gelées. C'est donc bien un moyen de corriger la crise... Le troc est un moyen d'établir un courant d'échanges stables entre deux pays complémentaires. L'abondance des échanges n’est plus fonction de la puissance financière de ces pays, mais plutôt du nombre de bras capables de travailler et du nombre d’estomacs capables de digérer.
» Le troc est le moyen de supprimer cette notion angoissante de pays ruinés. Enfin, le troc est par excellence le moyen de supprimer les barrières douanières par une démonstration par l'absurde. Le troc canalise des échanges utiles,
(1) Article de M. Jaeger.
sinon indispensables; il protège les industries autochtones mieux qu'une douane artificielle.
» L'École libérale a réussi en temps de prospérité. Mais nous cherchons à lutter contre la crise et à ranimer les échanges internationaux ».
M. Edgar Milhaud, dans un livre sur La Trêve de l'or et le Clearing international (1), s’est fait l’ardent promoteur d'une thèse analogue et par certains côtés tout à fait nouvelle (2).
Après avoir montré que « le trait majeur de la crise est la répression catastrophique des échanges internationaux », il en voit surtout la cause, plus encore que dans le protectionnisme douanier, dans les facteurs « financiers et monétaires ».
Pour surmonter cet obstacie principal, il ne serait que d’« éliminer la monnaie dans le commerce entre pays ». On y parviendrait en organisant des échanges directs par voie de troc et de compensation.
« Comme il est impossible de rétablir dans le monde à bref délai des règlements avec liquidation en or, il faut s'orienter vers le règlement par compensation ».
M. Milhaud n'a pas de peine à multiplier Les exemples de telles pratiques, depuis l'exemple déjà classique de l'échange intervenu en septembre 1931 entre les États-Unis et le Brésil et portant sur 25 millions de boisseaux de blé contre un million de sacs de blé, jusqu’à montrer que « sous des formes plus souples d’autres pays ont établi ou s'efforcent d'établir entre eux un trafic de compensation, un volume déterminé d'achats de l’un étant lié à un volume correspondant d'achats de l’autre ».
Il semble donc jusqu'ici que le système en question
(1) Maison du Livre, 1933.
(2) Dans le même ordre d'idées, M. Henri Clerc et M. Roger Alheinc ont préconisé un système de compensation européen sous la forme d’un fonds commun constitué, entre autres, par des dépôts d’or bloqués.
ne soit autre que celui de l’échange effectif préconisé par M. Haladjian.
Mais c’est ici que réside l’originalité de M. Edgar Milhaud. Cet auteur s’est efforcé d'éviter le système des compensations bilatérales, qui est très limité puisque vente et achat entre deux pays ne se compensent que très rarement.
Le seul moyen propice serait d'étendre le système à l’ensemble des transactions. Toutes les transactions entre États compensateurs seraient réglées au moyen de bons d'achats, émis moyennant consignation de sommes correspondantes en monnaies nationales et libellés pour six mois. Le bon devrait faire retour, dans le délai de validité fixé, au pays d'émission.
Et M. Milhaud donne de son système l’exemple suivant :
« Un Suisse veut acheter 10.000 francs suisses (50.000 francs) de vin français. Il s’adresse à l'Office de compensation suisse; il lui donne 10.000 francs suisses; l'Office lui remet 10.000 francs de bons d’achats de marchandises suisses; — il envoie ces bons à un marchand français qui les négocie à l'Office français de compensation, qui lui donne en échange 50.000 francs français. Devant être convertis en marchandises suisses, les 10.000 francs résultant de l'opération sont tenus à la disposition des commerçants, touristes, etc., habitant la France, qui désirent acheter des marchandises suisses, visiter la Suisse, etc.; à cette fin, ils vont faire masse à l'Office central de compensation du pays, avec tous les bons d’achats de marchandises suisses provenant d'opérations similaires, pour satisfaire en première ligne aux besoins d'achats francais en Suisse, et pour le surplus éventuel, par voie d'arbitrage international, aux besoins d'achats d'autres pays ».
Il n’est pas indifférent de noter que cette thèse, comme d’ailleurs celle exposée dans la Revue économique internationale, vise essentiellement à organiser le commerce international sous l'égide de l'initiative privée.
Les conclusions de M. Milhaud dépassent même de beaucoup celles de l’article précité de M. Jaeger. Celui-ci
souhaite la constitution de Chambres privées de compensation d'industrie, destinées à promouvoir les échanges sans monnaie. M. Milhaud prévoit formellement que {a direction des problèmes d'orientation économique serait remise à des Conseils économiques nationaux.
C'est, on le voit, la conception la plus audacieuse de l’Économie organisée.
Les auteurs allemands, en raison des difficultés monétaires de leur pays, ont particulièrement étudié les possibilités du développement du troc international.
C'est ainsi que le n° du 24 août 1934 de la Wüirtschaftsdienst contient un long exposé des divers « plans » proposés sur la question. Nous avons cru intéressant de reproduire ici l’ana- Ivse du projet de M. Robert Wildbrandt :
« M. Wildbrandt propose la création d’un organisme central international auquel chaque importateur devrait faire connaître la nature et l’importance de ses commandes ainsi que l’époque et le prix de ses achats. Dès que des demandes d'importation parviennent des pays les plus divers à un tel organisme central, celui-ci peut facilement, en formant des chaînes de compensation et en organisant des paiements par troc (Zahlung-clearing), procurer des devises pour de telles transactions.
» M. Wildbrandt part de l’idée que tous les pays veulent exporter et qu’il y a autant de pays qui veulent importer, et que seule l’absence des moyens de paiement disponibles pour l’étranger fait obstacle à la conclusion des opérations. Toutes les commandes parvenant à l'organisme central ne sont que des commandes éventuelles, qui ne peuvent être réalisées que si un nombre suffisamment grand de demandes d'importations et d'exportations parvient à cet organisme central. Sur la base de ces commandes éventuelles, il est possible, dans la mesure où les opérations sont réalisées, de mettre des devises éventuelles à la disposition des intéressés. Une balance des sommes qui sont nécessaires pour acquitter les importations
réalisées par cette voie et des sommes que l’exportateur de marchandises doit recevoir comme paiement cesse d’être une théorie dès l'instant où l’on réussit à grouper dans cet organisme central un certain nombre de pays, peut-être même de grandes entreprises internationales intéressées aux affaires d'importation et d'exportation ».
On peut citer aussi le plan Krogmann, qui a pour objet de favoriser les exportations par le moyen suivant (1) :
« D’après ce plan, pour chaque marchandise sortie du territoire douanier des certificats d'importation devaient étre remis aux exportateurs pour un pourcentage à établir de la valeur de la marchandise exportée. L'importation de marchandises ne serait permise que contre remise de tels certificats. Chaque importateur devrait donc acheter de tels certificats lorsqu'il voudrait importer des marchandises ».
En France, nous tenons à signaler la constitution du Bureau international des échanges commerciaux, dont le rôle extérieur a été exposé ainsi dans ses grandes lignes par son directeur, M. Belin :
« Rechercher un moyen pratique susceptible de mettre /e chiffre de nos exportations en harmonie avec celui de nos importations.
» Pour arriver à ce résultat, une entente doit s'établir entre les importateurs et les exportateurs français.
» Chaque importateur devrait faciliter une exportation équivalente. Système du « clearing privé ».
» Pour grouper les intéressés, un organisme « centralisateur privé » est nécessaire, fonctionnant en accord avec l’Office de compensation et les Pouvoirs publics.
» Cet organisme possèdera une documentation permettant
(1) Même article de la Wirtschaftsdienst, 24 août 1934. Le plan Krogmann a été publié dans sa forme première dans le n° du 13 avril 1931.
aux intéressés de se procurer une contre-partie marchandises.
» Des ententes individuelles pourront ainsi s'établir entre importateurs et exportateurs, ce qui facilitera des transactions suivies et des règlements financiers rapides.
» Grâce à cette méthode les exportateurs français, qui ont renoncé à vendre à l'étranger en raison des difficultés qu'ils éprouvent à rapatrier leurs fonds, n'auront plus à craindre de voir ceux-ci bloqués ».
La différence essentielle entre ce Bureau international et l'Office national de compensation consiste en ce qu’à l'Office toutes les créances sont bloquées ensemble, tandis que le système du Bureau des échanges établit un accord, une « entente » entre l’acheteur et le vendeur.
Pour un même pays étranger la compensation entraîne ici le troc.
Le Bureau essaie actuellement de constituer des trocs triangulaires, dont il nous a été donné l'exemple suivant :
— Ün exportateur canadien vend du blé en Turquie.
— Ün exportateur ture vend du tabac en France.
— Un exportateur français vend des étoffes au Canada.
Ces trois ventes représentant la même somme se feront sans paiement. L’exportateur canadien étant payé par l’importateur canadien; l’exportateur turc par l’importateur turc ; l’exportateur français par l’importateur français, grâce à l'entremise du B. 1. D. E. C. (Bureau international des échanges commerciaux).
Par ailleurs, ce même Office essaie actuellement de constituer un service documentaire, sur le modèle de ceux qui existent en Allemagne, afin précisément de mettre en rapports plus étroits importateurs et exportateurs.
On tend ainsi à opérer sur un autre plan le rapprochement de l'offre et de la demande, que s'efforcent de réaliser, comme nous l’avons vu, les Ententes internationales.
Mais ce n’est là qu'une similitude tout extérieure.
Au fond, une divergence très large sépare ces pratiques ou ces tendances nouvelles de contingentement amiable, de compensation et de troc, de celles, plus anciennes, des Ententes internationales.
Celles-ci, comme nous avons tenté de le montrer, visent avant tout à restaurer l’ordre dans la production internationale, afin d’atténuer les excès de concurrence qui ont bouleversé de toutes manières les échanges extérieurs.
Celles-là, au contraire, seraient d’une portée moins large mais plus brutale. Bien plutôt qu’à réorganiser la production, elles tendent à canaliser les échanges dans le sens du troc, espérant, par la généralisation de ce système, un remède plus immédiat au désarroi du commerce international.
Nous aurons à juger ces deux positions.
Mais auparavant nous croyons utile d'exposer en annexe un projet très vaste qui s'inspire de ces deux tendances.