III. — Extinction des torrents par la forêt
. En présence des ravages des torrents on s'est longtemps borne à essayer, au moyen de digues et autres travaux d'art, de limiter leur champ de divagation. Surell est le premier qui comprit la nécessité d'atteindrele mal dans son origine, en entreprenant l'extinction définitive des torrenls, c'est-à-dire leur transformation en ruisseaux inofTensifs, à débit régulier. Après une étude attentive des causes du phénomène, il formula, comme conclusions à son travail, les quatre propositions suivantes :
Jo La présence d'une forêt empêche la for mat ion des torrents;
2o Le déboisement d'une forêt livre le sol en proie aux torrenis;
3* Le développement des forêts vroi'oçue f extinction des torrents;
4® La chute des forêts redouble la violence des torrents et peut même les faire renaître.
Les études poursuivies, l'expérience acquise depuis quarante années par les forestiers au cours des innombrables travaux entrepris dans les Alpes, les Pyrénées, les Cévennes et à l'étranger, ont montré combien Surell avait vu juste.
La forêt seule peut venir à bout des torrefits : il est parfaitement vain d'entreprendre lalutte avec les seules ressources de l'art des ingénieurs.
Demonlzey a pu, en 1893, reproduire en tôle do son ouvrage sur l'extinction dos torrents les pages suivantes par lesquelles le jeune ingénieur de 1841 tcrminaitson livre :
(Il Lp lit majeur du (ianlon, en aval d'Aiidiizo, a ISOO mMros de lar^'e, d'après TM'iiiontzrv.
LA FORÊT DE PROTECTION iS'J
.... « 11 faut laisser là les digues (opposées aux progrès des cônes do déjections) et reporter la lutte dans les régions supérieures de la montagne... »
(( Tous nos mesquins ouvrages ne sont que des défenses, ainsi que rindique même leur nom. Ce sont des masses passives, opposées à des forces actives, des obstacles inertes et qui se détruisent opposés à des forces vives qui attaquent toujours et ne se détruisent jamais... Pourquoi doncThommene demanderaitil pas un secours à ces forces vivantes (les forêts) dont l'énergie et l'efficacité lui sont si clairement révélées? Pourquoi ne leur commanderait-il pas de faire, de nouveau et par son ordre, ce qu'elles ont fait anciennement sur tant de torrents éteints et par Tordre seul de la nature? »
« La nature, en appelant les forêts sur les montagnes, plaçait le remède à côté du mal ; elle combattait les forces actives des eaux par d'autres forces actives empruntées au règne de la vie. »
« De la présence des forets sur les montagnes dépend l'existence des cultures et la vie de la population. Ici le boisement... est une œuvre de salut, une question d'être ou de n'être pas. »
« H est donc urgent de rappeler les forêts sur les montagnes, puisque ces pays n'existent que par elles. »
Les premiers travaux de reboisement furent entrepris, à titre d'essai, dès 1843, mais les événements politiques vinrent bientôt les interrompre. Une loi du 28 juillet 1860 confia aux /bre^tiers lagrande et redoutable mission de l'extinction des torrents. Ils se sont montrés à la hauteur de la tâche.
Voici quels étaient, au l^"" janvier 1900, les résultats acquis et ceux restant à obtenir (1).
(1) Restauration et Conservation des terrains en monta ^rne. Compte-rendu des travaux. Paris, Imprimerie Nationale ^Publication de l'Administration des Eaux et Forêts).
l'utilité des forêts
Situation des travaux au 1er Janvier 1900