LA FORÊT DE PROTECTION
plus tard qu'on ne l'a fait en France. L'opération est aussi plus diincile, et surtout moins urgente.
D'après M. Gcnrhardt (1), on établit, en Prusse commo en France, une dune littorale et cette dune est Gxée dans sa partie supérieure au moyen de plantations de gourbet (2).
En arrière on s'efforce de fixer le sable par des plantations forestières. Les Prussiens ne pratiquent pas le système des semis sous couverture; ils no font que des plantations (3) qu'ils abritent derrière des palissades ou des cordons formés do branchages dressés et enfoncés dans le sol. Après bien des essais plus ou moins infructueux avec des essences diverses (4) (pin sylvestre, aulne, saules, épicéa, bouleau et même divers exotiques) on a fini par s'arrêter au pin de montagne comme à l'espèce qui donne les meilleurs résultats. On le plante à l'âge do deux ans dans des potets creusés six mois à l'avance, au fond desquels on a disposé, en guise d'engrais, de l'argile, de la vase, delà tourbe, des plantes marines, etc. Ce système n'a été adopté qu'à partir de 1873, aux environs de Kônigsberg d'abord; il est généralement suivi maintenant.
On voit que les Prussiens ne sont en possession d'une méthode que depuis trente ans environ. Aussi le travail de fixation des dunes est-il encore peu avancé. De 1872^ année où Ton commença à employer le pin de montagne et la plantation en potets avec engrais, jusqu'en 189i, 2.500 hectares ont été parcourus en plantations; à cette dernière date, 2.371 hectares avaient déjà dû être réfectionnés complètement une ou plusieurs fois. La dépense totale était de 1.490. 000 marks, soitl.862.500fr.
(1) Voir Handbuch der Deutschen Dilnenbaues, ouvrage publié par ordre du ministère des Travaux publics de Prusse, par M. Gerhardt.Berlin, chez Paul Parey,
(2) Le gourbet était encore inconnu sur les rives de la Baltique il y a moins d'un siècle. C'est un nommé Krausa qui, le premier, vers i820, aurait introduit cette plante sur la frische Nehrung, cordon littoral entre Kônigsberg et Dantzick»
{3) M. Gerhardt, op, ci7., page 482.
(4) H est inutile de faire remarquer que le pin maritime ne supporte pas le climat de rAllemagne.
l68 l'utilité DBS FORÊTS
OU 730 fr. par heciarc. Dans cerfains cas, on a dépensé jusqu'à 2000 fr. par hectare (1).
Les boisements des dunes prussiennes, constitués en pin de montagne, à croissance ]ente et à bois peu utilisable, ne sont destinés à fournir aucun revenu en argent (2). La forêt y est purement une forêt de protection. Si l'on songe que les dunes prussiennes sont bien moins redoutables que ne l'étaient celles de Gascogne; que, faute d'une essence facile à installer, comme le pin maritime, leur fixation est sensiblement plus malaisée et coûteuse, on ne s'étonnera pas de ce que, à l'heure actuelle encore, c'est à peine si le quart des dunes domaniales du littoral prussien est couvert de forêts.
On rencontre en difiérenis points de la Roumanie (3), sur les rives du Danube, de grandes étendues de sable qui proviennent de dépôts anciens du fleuve. Ces sables étaient autrefois couverts de forêts et de végétation ; le défrichement et le pâturage en ont amené la dénudation complète et les ont livrés sans abri aux vents de l'ouest-nord-ouest, extrêmement violents dans la région. Sous l'action de ces vents, les sables, devenus mouvants, ont pris l'aspect de dunes dont nous allons dire quelques mots à titre d'exemple de fixation de dunes continentales par le reboisement.
. Les dunes roumaines n'ont pas l'importance de celles de Gascogne, ni même de celles des rives de la Baltique. Leur élévation ne dépasse pas 25 à 30 mètres au maximum; elle est en
(1) Descnpiion forestière du Royaume de Prusse d'auprès des documents officiels par G. Iluffel, chargé de cours à l'Ecole nationale des Eaux et Forêts. Paris, Imprimerie Nationale, 1896. (Inséré dans le Bulle lin du ministère de l'Agriculture).
(2j Telle est du moins l'opinion actuelle du ministère de l'Agriculture. Il est vrai que les boisements eflectués sont à peine à l'état de fourré ; le moment où l'on pourra songer à y porter la hache est encore bien éloigné.
{2) Voir les Forêts de la Roumanie^ par G. Huffel, inspecteur adjoint des forêts, Paris, Imprimerie Nationale, 1890 (notice insérée dans le Bulletin du tninistère de V Agriculture) et la Notice sur les forêts de la Roumaniet publiée par les soins du gouvernement roumain à l'occasion de l'Exposition universelle de Paris en