ROLE ESTHÉTIQUE DES FORÊTS
SOMMAIRE
^i. — La forêt iBBtrument de mise en valeur de terrains incnltes.
I. Défrichements. — Sols forestiers et sols agricoles. — Défrichements ; la loi les encourage encore au xviii* siècle en vue de l'extension de la culture du blé.— Déceptions causées par la mise en culture de terrains défrichés.
La forêt peut prospérer sur un terrain stérile pour le laboureur.
II. Les Landes de Gascogne. — Description générale des Landes, leur étendue, leur insalubrité, eaux stagnantes. — Pente générale uniforme du sol. Premiers travaux d'assainissement de M. Ghambrelent. Loi du i9 juin 1857 sur l'assainissement et la mise en valeur des landes communales. Travaux des propriétaires particuliers.
Etendue de la pignada landaise: 705.000 hectares d'un seul tenant. Répartition de cette contenance entre l'Etat, les communes et les propriétaires particuliers.
Prix de revient du massif landais ; son revenu actuel, sa valeur capitale.
III. — La Sologne. — Description générale, étendue de la Sologne. Situation économique de la région au milieu du xix** siècle. Le Comité central agricole de la Sologne. Boisements, assainissements, ouvertures de voies de transport. Les premiers boisements: semis de pin maritime. Produit des pins maritimes en Sologne. Les gelées de décembre d879 : destruction des pineraies. Leur reconstitution au moyen de plantations de pins sylvestres. Etendue de la pineraie de Sologne : 80.000 hectares. Valeur actuelle de cette forêt.
IV. La Champagne pouilleuse. — La pénéplaine de craie blanche en Champagne. Etendue, description. Les savarts champenois, vente à la hoiée.
Premières plantations de résineux vers 4807; emploi du pin sylvestre. Végétation du pin sylvestre, ses ennemis: insectes, lapins. Emploi des pins laricio de Corse et d'Autriche. Bons résultats obtenus avec ce dernier. La futaie résineuse champenoise et la régénération naturelle.
Frais de création et valeur actuelle des pineraies champenoises.
V. — La culture forestière peut être plus rémunératrice que la culture agricole, même sur un sol fertile. Exemple de la ferme de Dombasle.
LA FORÊT ET LES TERRAINS IMPRODUCTIFS lyS
§ 2. " La forêt instrument d^assainissement de régions insstliJyres^ Rôle
esthétique des forêts,
I. — Les cures (Tair forestier. La forêt et le choléra, la fièvre jauae. Les observations font défaut qui permettraient d'établir l'action sanitaire des massifs boisés.
H. — L'atmosphère forestière. Production d'oxygène, absorption d'acide carbonique. Assimilation et respiration. Un hectare de forêt dégage, en un an, la quantité d'oxygène absorbée pendant le même temps par la consommation d'une famille de quatre personnes. La forêt et les poussières de Tair. L'air forestier est aussi pur que celui des stations de montagnes ou des rivages maritimes. Le sol forestier et les microorganismes pathogènes .
III. — Transformation, au point de vue sanitaire, de la région des Landes à la suite du boisement. La scrofule, les fièvres paludéennes. La durée de la vie moyenne a augmenté de quatre ans dans les Landes de 1855 à 1877.
IV. — Esthétiqae forestière. —La beauté des forêts. Aménagement esthétique des cantons voisins des villes. Circulaire de l'Administration des eaux et forêts, du 29 juin 1899, qui interdit la coupe des arbres remar^ quables dans les forêts domaniales et communales. Réserves artistiques des forêts de Fontainebleau, de Compiègne. L'esthétique forestière à l'étranger, La beauté de nos forêts est un objet d'utilité publique.
§ 1 . — La forêt instrament de mise en valeur de terrains
incultes.
Pendant longtemps lesprogrès de lacivilisation et delarichesse demeurèrent liés àceux du défrichement. Les sociétés humaines qui, à leur débuts avaient trouvé dans les bois leurs seuls abris et leurs seules sources d'approvisionnement, en vinrent bientôt, avecles progrès de l'agriculture, à considérer laforët comme un obstacle et le défrichement comme Toeuvro d'intérêt général par excellence. Cette tendance a persisté pendant fort longtemps. Au XYin"" siècle encore, à une époque où, cependant, l'étendue boisée delà France était déjà bien faible, nous voyons le législateur intervenir pour encourager officiellement le défrichement. La disette de blé qui se fit sentir plusieurs fois dans le cours du siècle provoqua à diverses reprises, notamment en 1762 et 1766, des édits ou déclarations par lesquels la destruction des
l'utilité des forêts
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forêts était recommandée en vue d étendre le domaine de la charrue (1). La déclaration de 1766 exempta pour quinze années de tailles,dimes,vingtièmes, etc., tous ceux qui avaient défriché depuis 1762ou défricheraient àTavenir, sauf cependant en montagne oîj les forêts devaient être respectées. Il est vrai que plusieurs parlements refusèrent d'enregistrer la déclaration d'octobre 1766; celui de Lorraine n'y consentit que sous la réserve expresse qu'on ne défricherait pas « les pàquis et communaux ». Un rapport adressé au roi en 1770 par le ministre de l'Intérieur évaluait à 359.282 arpents la contenance défrichée à la suite de la déclaration de 1766.
La mode des défrichements en vue de l'extension des terres arables persista dans notre pays jusque vers le milieu du xix* siècle. Cependant on ne tarda pas à constater que beaucoup do terres, qui avaient porté autrefois de belles forêts, devenaient rapidemenlstériles. Les quelques bonnes récoltes du début étaient dues aux réserves accumulées dans le sol par la végétation forestière. Une grande partie des anciens essarts durent rester à l'état de friches et bientôt s'esquissa un mouvement de plus en plus accentué en faveur du reboisement des terres vaines qui avaient été défricliées si mal à propos au cours des époques antérieures. Aujourd'hui le reboisement, encouragé par la législation, est pratiqué de tous côtés et plus d'un million d'hectares de forêts ont été créés (2), depuis 60 ans environ, par les particuliers, les communes etl'Ëtat, réduisant d'autant l'étendue encore
(1) C'est dans le même esprit, en vue de favoriser la production des céréales, que des actes, tels que l'ordonnance du 3 juin 1731, intervinrent pour interdire la plantation de la vigne dans un terrain n'ayant pas été précédemment alTecté à cette culture et défendant de la reprendre sans une autorisation du roi lorsqu'elle avait été interrompue pendant deux ans.
(2) 11 existe actuellement en France, d'après la statistique agricole de 1802, 826.000 hectares de forêts résineuses particulières datis les départements où aucune essence résineuse n'est spontanée. Ces forêts, dont l'étendue s'est accrue de 53.087 hectares de 1882 à 1892, proviennent toutes de reboisements effectués dans le cours du siècle dernier et particulièrement dans la seconde moitié de ce siècle. 11 faut y ajouter l'étendue reboisée dans ceux de nos départements où il existait déjà des forêts résineuses spontanées, que la statistique ne permet pas de déterminer, et celle des boisements si importants effectués par les communes et l'État, les premières sur des friclies incultes, ce dernier dans l'intérieur de ses propres forêts. Nous aurons à revenir sur cette question dans la suite de cet ouvrage.
beaucoup trop considérable des terres incultes de notre pays (1).
Il est certain, en effet, que beaucoup de terrains, incapables de rémunérer les travaux des cultivateurs, peuvent porter de bonnes et d'excellentes forêts. Telles sont, en première ligne, les terres trop pauvres pour fournir économiquement des récoltes agricoles.
Rien n'est plus facile que d'expliquer cette aptitude de la forêt à prospérer en sol stérile pour le laboureur.
La forêt demande bien peu de chose au sol, surtout lorsqu'on n'en exporte que des bois d'une certaine dimension. De nombreuses analyses chimiques nous ont appris que nos arbres sont formés, pour les quatre-vingt-dix-neuf centièmes de leur poids, de matières provenant de l'atmosphère : carbone, oxygène et hydrogène; les éléments minéraux empruntés au sol forment environ un pour cent du poids total. Ces éléments minéraux sont du reste surtout localisés dans les parties jeunes des végétaux forestiers, dans les ramilles et les feuilles; si nous laissons celles-ci retomber sur le sol et s'y décomposer, nous restituons ainsi au terrain plus de moitiéde ce que l'arbre lui a emprunté. Mais il y a plus. Les éléments minéraux absorbés par la végétation forestière sont formés, pourla plus grande part, de chaux, d'oxydes de fer, substances qui ne font que rarement défaut même dans les terrains les plus pauvres, tandis que les matières précieuses, qui manquent si souvent aux agriculteurs, n'existent dans le bois qu'en proportion extrêmement faible.
Cependant tous nos arbres sont loin d'être également sobres. Les moins exigeants de tous sont les résineux, et parmi ceux-ci les pins et surtout le pin sylvestre, qui mérite une mention spéciale. On peut dire que cette essence se nourrit presque uniquement aux dépens de l'atmosphère, ce qui en fait un auxiliaire
(1) La statistique agricole de 1892 évalue la contenance totale des terres incultes à 6,226,189 hectares, savoir :
Landes, pâtis, bruyères, etr 3.898.n30 hcet.
Terrains rocheux et de montagnes, incultes... 1.972.994 —
Terrains marécageux 316. 3*73 —
Tourbières 38.292 —
l'utilité des forêts
incomparable pour la restauration des lerres les plus pauvres, épuisées par les abus do jouissance de toute sorte. Les arbres feuillus sont plus exigeants et présentent entre eux d'assez grandes inégalités .
En somme, si un terrain est rarement trop pauvre par nature, au moins dans notre pays, pour produire des arbres, il peut cependant fort bien arriver que des terrains dégradés, appauvris accidentellement, ne conviennent plus qu'aux résineux et par* ticulièrement aux pins, qui devront préparer le retour des bois feuillus lorsque leur présence, plus ou moins prolongée, aura amélioré l'état du soL
D'autres causes encore, en dehors du défaut de fertilité, empêchent l'agriculture d'occuper avec profit certains terrains. Telles sont le défaut de profondeur, la pente excessive, l'excès d'humidité, la trop grande compacité, ou bien, au contraire, la trop grande perméabilité. C'est ainsi, par exemple, que nous voyons prospérer des futaies de hêtre de plus de treute mètres de haut dans des terrains où la pomme de terre manquerait d'une épaisseur suffisante de terre végétale et que les plus belles sapinières ou pessières du Jura prospèrent sur un rocher calcaire presque nu, pourvu que les racines trouvent çà et là quelques fissures, des iésîneSj où s'est accumulé un peu de terre à laquelle elles s'alimentent. C'est ainsi encore que nous voyons de superbes forêts de chênes pédoncules, de charmes, de bois blancs, sur des sols tellement compacts que le laboureur ne saurait les entamer sans des efforts que ses récoltes sont impuissantes à rémunérer.
11 rentre dans notre sujet de donner ici quelques exemples des résultats obtenus depuis un siècle, en France, au point de vue de la mise en valeur par le boisement de terres impropres à la culture agricole.
Le plus frappant de tous, et qui constitue un fait'sans analogue en aucun autre temps et aucun autre pays, est celui de la création de toutes pièces, depuis moins d'un siècle^ de l'immense pignada landaise. Cette région de steppe désolé, véritable Sahara, qui s'étendait sur une fraction de trois de nos dépar-
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LA FOHÊT ET LES TERKAÎNS IMPRODUCTIFS
lements français, est couverte aujourd'hui d'un massif forestier continu, le plus grand, d'après M. le professeur Engler (1), qui existe dans l'Europe occidentale et centrale actuelle»