IV. — La CHAMPAGNE POUILLEUSE
On rencontre dans notre ancienne province de la Champagne» entre Reims et Sens du nord au sud, Epernay et Vitry-le- Françoisde l'ouest à l'est, c'est-à-dire sur 150 à 170 kilomètres de longueur et 40 à 55 de large, une vaste zone, en forme de croissant, sur laquelle affleurent les terrains de l'étage senonien des géologues, caractérisé par la présence de la craie blanche. Le domaine de la craie, autrefois à peu près stérile et à l'état de steppe, est à peine interrompu par les vallées de la Seine,de l'Âube, de la Marne, et de leurs affluents; il a une étendue d'environ 700.000 hectares, dont 280.000 dans le département de l'Aube, le surplus dans la Marne et sur les confins des départements voisins. Les parties les plus désertes et les plus arides de la région sont connues de temps immémorial sous le nom de Champagne Pouilleuse (1).
L'aspect général de la Champagne Pouilleuse est celui d'une vaste plaine unie ou légèrement ondulée. La terre arable est une sorte de sable calcaire très fin, pulvérulent, mélangé de fragments calcaires et de silex anguleux de petites dimensions. Lorsque le sol est suffisamment profond, il donne, à condition d'une fumure abondante, de bons ou même d'excellents revenus, sans grands efforts pour le laboureur. Malheureusement l'absence complète d'eau sur les plateaux y rend difficile l'existence de l'homme et des animaux domestiques (2).
« Toute la population, nous dit M. Risler (3), est concentrée
(1) Cette épithète provient, assure-t-on, de la présence du serpolet, appelé « pouilleu » en Champagne, qui forme la principale production spontanée des parties les plus mauvaises de la craie blanche. Il sert d'aliment aux moutons.
(2) Les quelques localités habitées du plateau s'alimentent en eau au moyen de puits dont la profondeur va parfois jusqu'à 100 mètres.
(3) Géologie agricole, I^e partie, tome II, pages 12;i-l26 (Nancy, Berger-Levrault et G'«, 1889).
192 L^tJTILlTÉ DES FORETS
dans les vallées qu*arrosent les rivières, mais ces vallées n'ont pas une grande surface relativement aux vastes plateaux qui les séparent. Les champs s'étendent autour des centres de population, le long et sur le bord des vallées, s'élevant de plus en plus sur les plateaux à mesure que les engrais disponibles permettent de fumer plus dé terres. L'intensité de la culture décroit en raison de la distance des fermes et do la difficulté des transports. Près des bâtiments sont les jardins. et les plantages qui fournissent les légumes. Puis vient une zone qui peut être suffisamment fumée pour porter des racines, des pommes do terre, du colza, etc. »
« Plus loin la jachère reste nue et les fumures y sont moins abondantes. C'est le sombre après lequel vient le seigle ou le blé, et, en troisième année, on sème tantôt de l'orge ou du sarrasin, suivant que la terre est en plus ou moins bon état, tantôt du trèfle, de la luzerne ou de l'esparcettc. L'avoine succède à ces fourrages.
« Au-delà decette zone on trouve une sorte d'assolement semi pastoral : tous les quatre ou cinq ans, quelquefois seulement tous les huit ou dix ans, on laboure, on fait quelques maigres récoltes d'avoine ou de seigle, puis on y sème un peu d'esparcette qui forme un pâturage pour les moutons; c'est ce qu'on appelle les trios ou triaux.
(( Plus loin encore s'étendent à perte de vue les 5aî?ar/»c, terres incultes des plateaux de craie, où les moutons seuls peuvent trouver quelque nourriture et faire de longs parcours sans être abreuvés. L'herbe y est rare, mais d'excellente qualité. Quelquefois, aux mois de juillet et d'août, il n'y reste plus rien a manger, tout est desséché. Il faut alors ramener les bêtes, soit sur les trios soit à la ferme et leur donner du foin comme en hiver.
« Les prix des terres... sont de 2.000 à 3.000 fr. ou plus encore, dans le voisinage immédiat des villages; sur les bords des vallées ce n'est plus que 1.000 fr. ; puis le prix descend peu à peu jusqu'à 100 fr. par hectare sur les ^r/o^les plus éloignés.
LA FORÊT ET LES TERRAINS IMPRODUCTIFS I g3
Quant aux savarts ils ont si peu de valeur que^ lorsqu'il s'agit de les vendre, on ne se donne même pas la peine d'en mesurer exactement la surface. On les vend, comme on dit, à la holée : le vendeur et l'achcleur vont sur place ; l'un reste à l'ufie des extrémités do la surface à vendre, l'autre s'en éloigne peu à peu en criant: Holày /^o/à jusqu'à ce que le premier ne puisse plus l'entendre. C'est la longueur de la holée, La largeur se détermine par le même procédé, conservé probablement depuis nos ancêtres les Aryens (1). Est-il encore pratiqué aujourd'hui? Je n'oserais pas l'affirmer. Mais je l'ai trouvé en usage sur certains points de la Champagne Pouilleuse en 1854, quand je la visitai pour la première fois ».
On estimait à 200.000 hectares, il y a un siècle (2), la surface des terres improductives du département de l'Aubé et on peut admettre que la Champagne entière en renfermait hien près de 500.000. Aujourd'hui l'étendue des savarts ne dépasse plus 7 à 8.000 hectares dont les deux tiers environ dans le département de la Marne.
Le terrain conquis sur le steppe champenois l'a été en majeure partie au profit de la charrue. Partout où le sol présente quelque profondeur et où l'apport d'engrais est possible, l'agriculture s'est emparée du terrain d'où elle tire, comme nous l'avons vu, d'excellents profits. Ailleurs c'est la forêt qui a servi à mettre en valeur les terrains les plus ingrats.
Les départements de la région crayeuse champenoise renferment actuellement (3) 80.300 hectares de plantations résineuses, dont 79.343 appartiennent à des particuliers et le surplus aux communes.
C'est vers 1807 que l'on commença à planter des résineux en
(1) Nous avons vu un procédé identique en usage autrefois pour la vente des landes de Gascogne. Actuellement l'étendue des savarts est très réduite et on les vend au prix de 100 fr. The c tare.
(2) Recherches statistiques sur la sxjlviculture du département de l'Aube
pendant la période de 1789 à 1S04, par M. Arbeltier de la Boulaye, inspecteuradjoint des forêts. Troyes, 1890 (page 33). — Les Forêts de l'Aube^ par le même. Troyes, 1899.
(3) Statistique agricole décennale de 1892.
ÉCONOXUE FORESTIÈRE. — l. l3
194 l'utilité des forêts
Ctiampagûe, mais le mouvement ne pritde Texteasioa que vers 1830. Ses principaux promoteurs furent MKf. Saint-Denis frères dans la Marne, Baltet-Petit et Jacquier dans l'Aube.
En 1815, M. Saint-Denis père ne possédait que 5 hectares de friche qu'il reboisa; ses (ils, trente années plus tard, avaient acquis et reboisé 4.000 hectares de savarts pour leur propre compte et plus de 12.000 pour d'autres propriétaires.
L'essence d'abord adoptée a été le pin sylvestre mélangé à quelques feuillus: le bouleau, l'aulne et la vordre (saule marsaulx). La végétation du pin sylvestre est lente et défectueuse dans la craie; d'après M. do Taillasson (l),sa hauteur ne dépasserait guère 5 mètres à l'âge de 50 ans; les tiges restent sinueuses et sont peu propres à fournir du bois d'œuvre. Enfin cotte essence est très exposée aux dégâts des insectes (lasiocampe du pin) etdeslapin&« C'est pourquoi on recourut de plus en plus, à partir de 1845 ou 1850, au pin laricio dont on planta deux variétés : le pin de Corse et le pin noir d'Autriche. Le pin de Corse présente une végétation relativement bonne et jouît du précieux privilège d'échapper aux dégâts du lapin, malheureusement il est sensible au froid et a dû être abandonné pour ce motif. Le pin noir d'Autriche, au contraire, adonné d'excellents résultats et c'est lui qui, seul ou mélangé à quelques pins sylvestres, est aujourd'hui généralement adopté (2). Il croît plus rapidement que le pin sylvestre, n'exige pas comme lui le mélange de feuillus qui restent improductifs et produit des tiges de meilleure forme ; on revanche, il est vrai, son bois est moins estimé.
On a beaucoup discuté la question de l'espacement le plus
(1) Les Plantations résineuses de la Champagne crayeuse^ par R. de Taillasson, ancien inspecteur des forêts. Sens, 1894. D'un autre côté M. Lapie, garde général des forets, admet une hauteur de 8 m. pour des pins sylvestres de 30 à 35 ans. {Etude sur les futaies résineuses de la Champagne^ par un geirde général des forêts. Reims, 1897.)
(2) On a aussi introduit, dans les environs de Sens, l'acacia {7'obinia pseudoacacia) qu'on exploite en taillis simple à très courte révolution pour la production d'échalas. Il est douteux que celte essence se maintienne longtemps dans ces conditions.
Q à donner auï plants pour les reboisemeiits dans ta refois on plantait à 3 mfetres, c'e'st-à-^dire à raison de Ls par hectare; il est admis aujourd'hui que la dism. est préférable <]Uoique celle do 1 m. ait aussi des La plantation est du resteseule praliquéeàroxclusion [u semis. La saison la plus favorable pour plautor est
ies résiDeuses de Champagne, quoique non spontanées, cnt bien naturellement par semis(l). La seconde génébres, se développant sur un sol amendé et enrichi par OD forestière, offre une croissance vigoureuse qui plus belles espérances.
irts qui, il y a une cinquantaine d'années, valaient fr. se vendent aujourd'hui couramment à 100 francs Les frais de plantations et réfection peuvent s'estimer Le peuplement de 30 ans vaut, sur pied, de 600 à hectare, suivant les cas. On peut estimer à plus de ons de francs le revenu net actuel des 80.300 heolineraies champenoises et à cinquante millions de iron leur valeur eu capital.
Tai que tes mauvais sols, impropres à l'agriculture, isairement boisés dans un pays rationnellemsat culciproque n'est pas exacte. Il peut y avoir bénéfice à forêt de bonnes terres, car, sur celles-là même, la parfois lutter avec avantage, au point de vue du ren- Scuniaire, avec le champ labouré. En voici uo
î, sur le territoire de Port-sur-Seille, département ^-et-Moselle, une ferme appelée ferme de Dombasie,
e. Etudes sur les flores de l'Aubi it-Atre le sapin peotino paraissent lemcnt ea Cliaiitpagnc.
ig6 l'utilité des forêts
du nomdc son Tondaleur, qui était unproche parent as^riculteur de Roville (1). L'étendue de ce domain lieclares environ, d'un seul tonantj il est travcrf routos publiques, empierrées, en bon état, et par ' particuliers, empierrés ou non, qui assurent à ses écoulement très Facile, soit sur PonL-à-Mousson, vil habitants, soit sur Nomeny, petite ville de 3.000 âr Mousson et Nomony sont toutes deux des stations do fer, la première à 28, la deuxième, à 30 kilomètre Dombasie se trouve à 7 kilomètres de l'une et de la route départemonlale qui les relie, dans la meill agricole de ta Lorraine, la vallée de la Seille.
La ferme a clé créée de 1830 à 1832 aux dépen taillis de môme étendue. Les pruduits du défriclien entièrement absorbés par lesfrais de l'opération et] de premier établissement, telles que construction de d'exploitalîoD et de Ibabitalion du fermier (2), créa mins, nivellements, etc., do sorte que l'on peut adm capital engagé dans la terme est le même que cel auparavant engagé dans la furet.
La ferme est cultivée depuis sa fondation, de p parune familled'agriculLeurs qui jouit d'une réputal de travail et d'intelligence. Le fermier actuel est un joint aux traditions héréditaires dans sa famille la c< raisonnée des nouveaux besoins de l'agriculture me ferme peut être citée comme un spécimen d'expto: tenue et entendue.
Tout concourt donc à placer le domaine de Don des conditions particulièrement avantageuses au pi de son rendement en argent.
(1) Mathieu de Doiabasle fui un des rénovateurs de l'agricolturi Son domaine agricole se trouvait A Hovilte (Meurthe-et-Moselle). menls ci-dessous sur la ferme de Dombasie nous ont été obligeaii: niques par M. du Coetlosquet, ancien inspecteur adjoint des fori de ses co-propriétBires.
(2) II KSl bien entpndu que nous ne parlons que des bâtiments i Dut! pas du château qui a êlé construit à cùlê de ccile-ci.
LA FOUêT ET LKS TERHAINS IMPllODUCTIFS I97
Le reveau est, pour le propriétaire, d'après le bail actuel, do i 0.700 fr.
De cette somme il faut déduire, pour avoir le revenu net :
1® L'impôt qui varie de 1.360 à 1.410 fr., soit en moyenne 1.380 fr.;
2o Les frais de garde et d'entretien des bâtiments, chemins, etc., qui s'élèvent de 1.050 a 1.200 fr.,soit 1.120fr. en moyenne;
3"* L'assurance des bâtiments (non pas des récoltes), 217 fr. par an.
Soit, au total, 2.700 fr. à déduire. Il reste, net, 8.000 fr. de rev&nu annuel, pour un peu plus de 200 hectares de terre, ce qui correspond à un peu moins de 40 fr. par hectare.
La ferme de Dombasle est contiguë à la foret communale de Pont-à-Mousson, canton rive droite, qui est traitée en taillis sous futaie à la révolution de 30 ans. Les conditions de sol sont sensiblement identiques de part et d'autre ; la diiTérence, faible, serait plutôt en défaveur de la forêt, qui présente, sur quelques points, des sols compactes et mouilleux.
Un relevé du prix do vente des coupes pendant 21 ans nous montre que la forêt rapporte, brut, 6S fr. par hectare et par an, tout en s'enrichissant. Certaines coupes se sont vendues jusqu'à 2.850 fr. l'hectare à Tâge de 30 ans (1).
Les frais de garde sont compensés parle produit de la location de la chasse.
Les frais d'administration sont de 1 fr. par hectare et par an.
L'impôt est naturellement très élevé, mais il ne faut pas oublier qu'il s'agit d'un bien de mainmorte, qui est à l'abri des droits de succession. Entre les mains d'un particulier, la forêt paierait un impôt d'environ 4 fr. par hectare et par an.
Les frais d'entretien se réduisent à la fourniture de pierres pour maintien en bon état de 7.300 mètres déroutes empierrées.
(1) Le 1" lot de la coupe 18, d'une étendue de 8 h. 38, a été vendu, en 1877, pour 23.000 fr., y compris les charges qui s'élevaient à 650 fr.La coupe 17, d'une étendue de 16 h. 66, a été vendue en 1876 pour 45.177 fr.,y compris les charges. (Les taillis étaient âgés de 30 ans.)
igS l'utilité des forêts
au curage de fossés de périmètre, éniondage de réserves (1), etc. » en tout, au maximum, 1 fr. par hectare et par an.
Il reste donc, à l'actif de la forêt, un produit net de plus de 60 fr.,une fois et demie celui de la terre cultivée. Il faut ajouter que la forêt n'est pas exposée, au même degré que la ferme, à des pertes de récolte. Qu'une guerre, par exemple, vienne à interrompre l'exploitation pendant une année ou deux: les pro* duits arriérés se retrouveront, augmentés de leurs intérêts, en forêt ; ils seront complètement perdus dans la ferme qui aura de plus subi une forte dépréciation par suite du défaut de culture pendant un certain temps. De même la forêt n'a rien à craindre des épizooties qui peuvent ruiner un domaine agricole, etc., etc.
Cet exemple est frappant. Il prouve que, sur un bon sol (2), dans un pays riche, bien cultivé, la production forestière fournit quelquefois un revenu supérieur à celui de la production agricole la mieux entendue.
Nous conclurons de là que, si les mauvais sols sont nécessairement boisés dans un pays bien ordonné, la réciproque n'est pas exacte, ^^we sur un sol fertile la forêt peut lutter ^par fois avec avantage^ contre le champ cultivé.
Los pays très riches, très bien peuplés, sont donc, eux aussi, ûu nombre de ceux où le maintien des forêts se justifie, même au point de vue financier. Malheureusement, cette vérité n'a pas toujours été comprise, même par les agriculteurs les plus éminents; ce que nous avons dit à propos de la ferme de Dom* basle en est une preuve.
(i) Les émondages sont exécutés par les gardes forestiers et n'entraînent d'autre dépense que les gratifications que la commune veut bien accorder aux préposés. Le produit des concessions de menus produits vient atténuer les autres frais d'entretien.
(2) Le tei'rain en question appartient aux marnes supraliasiques.
§ 2. — La forêt instrument d'assainissement des régions insalubres. — Rôle esthétique des forêts.
Nous avons vu, au paragraphe précédent, les bénéfices finan-< ciers que peut procurer la création de forêts dans des régions déshéritées. Noua allons examiner maintenant ce que Ton sait de leur influence hygiénique.
C'est une opinion universellement et de tout temps répandue que le séjour au milieu ou dans le voisinage de grands massifs boisés exerce une action salutaire sur la santé de l'homme, et particulièrement sur l'état de certains malades comme les névropathes. Cette opinion est-elle fondée scientifiquement? S'appuiet-^elle sur des faits bien constatés ou peut-elle s'étayer de ce que l'on connaît de l'influence des forêts sur les conditions hygiéniques du milieu où elles croissent?
Les observations positives de cures dues à des séjours en forêt paraissent faire défaut. On a bien relevé et décrit des cas nombreux d'amélioration ou de guérison, parfois rapides, d'afi'ections diverses, surtout nerveuses, h la suite du séjour des patients dans des stations forestières. Mais les bons etfets de ces cures d'air peuvent tenir à faction si favorable aux neurasthéniques d'un changement de milieu et de régime, à Tefl^et du repos, du silence, de l'exercice en plein air et surtout à l'action psychique apaisante d'un paysage riant et calme tout autant qu'à la présence de la forêt.
On a signalé également des cas où la forêt aurait arrêté la propagation de maladies infectieuses, telles que le choléra ou la fièvre jaune. Des médecins anglais ont cru remarquer que de grandes forêts arrêtent parfois la marche de l'épidémie cholérique dans les Indes et préservent les lieux habités qui se trouvent en arrière (1). On prétend même que des localités jusque-là
(1) Nous pouvons mentionner ici le fait que la ville de Haguenau, en Alsace,
200 l'utilité des fouets
indemnes seraient devenues tributaires du fléau à la suite de déboisements. Des observations analogues auraient été faites dans rAmérique du Sud au sujet de la fièvre jaune. En Allemagne on a cru constater une réduction notable des cas de lièvre dans une région à la suite de la création d'oseraies étendues. Il faut reconnaître qu'il n'y a dans tout cela que des hypothèses, des opinions et non pas des faits pouvant résister à une critique scientifique.
Très fréquemment on a observé que le boisement d'un pays avait amené ladisparition de la fièvre paludéenne. Nous enavons des exemples très nets et indiscutables en France, dans les Landes de Gascogne et dans la Sologne. Mais il ne faut pas oublier que, dans ces deux cas au moins, le boisement a été précédé ou accompagné de travaux de drainage qui ont fait disparaître, avec les eaux stagnantes, les conditions favorables à la propagation du mal. De môme le fait si souvent cité de l'assainissement du couvent des Trois-Fontaines dans la Campagne romaine, consécutivement à laplantation d'eucalyptus,ne résiste pas à la critique. Le ministère de l'Agriculture de Rome ayant nommé, en i 881, une commission pour faire une enquête sur ce phénomène, on constata que les plantations avaient été accompagnées de travaux do drainage étendus, du curage de fossés, travaux qui suffisent largement à expliquer l'assainissement du sol dont on s'était trop hâté de faire honneur au boisement (1).
En somme on manque de faits scientifiquement établis, résistant à l'examen critique, pour démontrer expérimentalement qu'il existe une influence favorable des forêts sur les conditions hygiéniques des régions où elles croissent.
On a essayé de justifier a priori la croyance commune à cet
est toujours restée épargnée lors des épidémies cholériques qui ont fait tant de victimes dans les localités qui l'environnent vers le milieu du siècle dernier. H est possible que cette immunité soit due à la magnifique ceinture de forêts, de plus de 20.000 hectares, qui entoure cette ville.
(1) Une analyse du rapport de la Commission a été publiée par M. le professeur Perona, dans le fascicule de février 1885 de V ALlgemelne Forst und Jagd Zeitung.
■ir ^'
égard en se basaot sur diverses considérations donl nous allons examiner rapidement les principales.
io L'atmosphère de la forêt est particulièrement riche en oxygène, ozone, etc., pauvre en acide carbonique;
2® Cette atmosphère est comme filtrée par la masse des feuilles qui agissent mécaniquement, à la manière du tampon de coton placé au fond d'un entonnoir, sur lequel on verse, pour le purifier, un liquide trouble. Les feuilles retiennent les poussières que renfermait Tair qui a passé sur un massif boisé;
3<> Les forêts, de même que les lacs et les océans, étant peu parcourues par l'homme et indemnes de ses établissements, constituentcomme des réservoirsd'airnonviciéau-dessusd'elles;
4® Le sol forestier, à réactions acides, forme un milieu éminemment défavorable au développement de beaucoup de microorganismes pathogènes.
1® Il est certain que la végétation forestière absorbe des quantités énormes de carbone, emprunté à Tacide carbonique de Tair, et qu'elle raréfie ce gaz autour d'elle. On sait que la végétation des plantes est activée lorsqu'on les cultive dans un milieu artificiellement enrichi en acide carbonique, ce qui prouve bien que ce gaz doit être épuisé dans Pair par la végétation. Le carbone de l'acide absorbé est retenu dans les tissus, tandis qu'une partie de l'oxygène est rejetée dans l'atmosphère. Il ne faut pas oublier, cependant, qu'en même temps qu'elles assimilent, ce qui a pour effet d'appauvrir l'air en acide carbonique et de l'enrichir en oxygène, les plantes respirent, et que celte respiration produit un résultat exactement opposé. Elle consomme de l'oxygène et engendre de l'acide carbonique. Or, la respiration persiste nuit et jour, pendant toute l'année, tandis que l'assimilation n'a lieu que sous l'inHuence de la lumière, et pendant la saison de végétation seulement. Si l'on fait la balance des deux actions, l'on constate cependant un bénéfice au point de vue sanitaire. La forêt est bien, quoique dans une moindre
202 l'utilité des FORÊTS
mesure qu'on ne le croit généralement, une fabrique d'oxygène et un destructeur d*acide carbonique, c'est-à-dire un purificateur do l'air. On a calculé que, pendant la saison de végétation, un peuplement forestier d'un hectare absorbe journellement envH ron 40 mètres cubes d'acide carbonique et exhale une quantité à peu près égale d'oxygène. C'est assurément fort peu si l'on songe que le volume d'air qui enveloppe ce peuplement, supposé avoir 30 mètres dé haut, est de 300.000 mètres cubes. M. Ebermayer a vérifié que la consommation en oxygène d'une famille de quatre personnes (par sa respiration et les feux nécessaires au chauffage et à la cuisson des aliments) équivaut en un an à la production de ce gaz, pendant le même temps, d'un hectare de foret (1).
Il est donc impossible d'admettre que de petits groupes d'arbres, comme ceux des parcs ou jardins de nos grandes villes, les allées de nos boulevards, aient une influence appréciable sur la teneur de l'air en acide carbonique et en oxygène. L'effet utile de ces plantations provient bien plutôt de la réduction de la densité de la population qu'elles occasionnent, de la diminution de la poussière et peut-être de l'action de leur végétation sur le sol oij elles se développent.
On sait que la végétation produit non seulement de l'oxygène, mais encore des quantités notables d'ozone. Certains médecins ont cru reconnaître à ce gaz une influence favorable sur les maladies du système nerveux. Un professeur de l'Université de Bonn, M. Bintz, lui attribue une action calmante et facilitant le sommeil;
2^ Il est incontestable qu'une masse d'air, en traversant les cimes d'un massif forestier, doit s'y débarrasser mécaniquement des poussières si abondantes et parfois dangereuses qui flottent dans l'atmosphère des grandes villes ;
3^ On a constaté souvent avec quelle rapidité la quantité des bactéries renfermées dans l'air diminue dès qu'on s'éloigne des
(1) Die Bescha/fenheit der Waldluft. Stuttgart, chez Enke, 1883.
^^fW^^f^^"^^
INFLUENCE SANITAIRE. ESTHÉTIQUE FORESTIERE ao3
lieux habités. Des observations précises ont montré qu'un mètre cube d'air renferme huit à neuf fois moins de bactéries dans le parc de Montsouris qu'au centre de Paris. L*atmosphère des bois est exempte, non seulement de micro-organismes, mais encore de tous les gaz engendrés par la respiration, la transpiration des animaux^ la combustion des feux entretenus par l'homme, de ceux que produisent et déversent dans Tair les usines diverses, des particules charbonneuses et autres, etc. La pureté de Tair des forêts est entièrement comparable à celle de l'atmosphère des montagnes ou du bord de la mer.
Si la pureté de Tair ne constitue pas à elle seule un remède spécifique aux maladies,il est cependant certain qu'elle est un adjuvant puissant des convalescences et des guérisons. A ce point de vue on peut admettre que le séjour au milieu ou dans le voisinage des forêts est utile aux malades;
4^ On croit en général que les bactéries, germes du choléra, typhus, etc., le bacille du tétanos, celui du charbon, se développent dans les couches supérieures du sol oti ces organismes trouvent un milieu favorable à leur pullulalion. Or, il paraît établi que la présence d'une faible proportion d'acides libres dans le sol amène la destruction de ces germes.
Les acides humiques du terreau forestier suffiraient à produire cet effet. C'est par cette considération qu'on a essayé d'expliquer l'action salutaire des forêts contre le choléra, et les fièvres paludéennes (i). Des recherches précises seraient nécessaires pour confirmer cette opinion qu'on ne peut considérer que comme probable, tout au plus, dans l'état actuel de nos connaissances.
Nous mentionnerons encore ici, à titre de document, les modifications si remarquables qu'ont subies, au point de vue hygiénique, les landes de Gascogne depuis leur boisement (2).
(1) Hygienische Bedeulung.,, der Waldbodens. Allgemeine Foi'sl und Jagd Zeitung, 1890.
(2) Voir Ghambrelent, op, ci^., pages 57 et suiv.
l'utilité des forêts
Il y a un demi-siècle à peine les Landes constituaient une des régions les plus insalubres de la France. La durée moyenne de la vie humaine qui variait, à cette époque, de 35 à 40 ans dans notre pays, suivant les départements, y était de 34 ans et 9 mois seulement. Or un relevé fait de 1865 à 1869 (on s'est arrêté à 1870 pour éviter les anomalies provenant delà guerre) a montré que cette durée moyenne était devenue de 38 ans, H mois et 9 jours, soit 39 ans. Le tracé graphique ci-dessous montrera d'une façon saisissante l'amélioration des conditions hygiéniques du pays pendant la période comprise entre 1855 et 1877. Non seulement le nombre des décès a diminué, mais celui des naissances s'est accru considérablement. L'anomalie présentée par les années 1870 et 1871 ne s'explique que trop facilement par les conséquences de la funeste guerre de 1870. On peut remarquer, comme le fait très justement ressortir M. Chambrelent, que la diminution des naissances et l'accroissement des décès de ces deux années montre la part active que la population des Landes a prise à la guerre; c'est une preuve que des hommes valides se substituaient progressivement depuis vingt ans à la population chétive et rabougrie qui existait autrefois dans le pays.
noo
lOOO
QQ OQ QQ
Fig. 7. -^ Natalité et mortalité daos le -déparlement des Landes de i856 à 1876
(d'après M. Chambrelent).
INFLUENCK SANITAIRE. ESTHÉTIQUE FORESTIERE 2o5
Pendant la période de 1837 à i849, les conseils de révision prononçaient en moyenne, sur cent mille recrues landaises examinées, 1591 cas d'exemption du service militaire pour cause de scrofule. Ce département tenait de beaucoup le premier rang à cet égard, avant le département de la Seine, qui no présentait que J076 scrofuleux sur 100.000 conscrits, tandis que ce nombre n'était que de 506 en Vendée et 108 seulement dans le Pas-de- Calais. Or dès la période 1859-1868 le département des Landes était devenu un des quatre départements présentant le moins de conscrits scrofuleux (1).
La disparition des fièvres ne fut ni moins rapide ni moins complète. Un rapport adressé par le médecin cantonal d'Audenge au préfet de la Gironde en 1865 déclare: « Les fièvres paludéennes ne sont guère plus communes aujourd'hui dans les Landes que dans les pays les plus sains de France... Jusqu'en 1857, je consommais une moyenne de un kilogramme de sulfate de quinine par an dans ma clientèle... J'ai acheté, il y a cinq ans, un demi-kilogramme de sulfate de quinine et j'en ai encore. »
M. Trélat, directeur de l'Ecole de médecine et d'hygiène, chargé, en 1878, d'une mission dans les Landes, s'exprimait ainsi : « Je parcourais, il y a quelques semaines, les 800.000 hectares de landes de Gascogne, Jadis si misérables, aujourd'hui transformées et florissantes; la fièvre et la pellagre y régnaient en permanence; une maigre population, juchée sur de grandes échasses, s'épuisait au milieu des eaux croupissantes et se débattait contre la mort.
« Il n'y a plus de pellagre et les fièvres ont disparu; l'homme a repris pied sur terre; il occupe des villages sains et propres, des maisons lumineuses et gaies, au sein d'une végétation luxuriante. »
Sans doute, comme nous l'avons fait remarquer plus haut, le drainage du sol qui a fait disparaître les marécages ainsi que d'autre part l'amélioration des eaux potables ont joué le rôle
(Ij Rapport présente au Congrès international d'hygiène à Genève en 1882, par M. le D' Armai 11 gaud.
2o6 l'utilité des forêts
principal dans cette heureuse modification. Mais nous ne pouvons qu'adhérer à l'opinion de l'éminent ingénieur dont le nom restera lié à la merveilleuse transformation des Landed lorsqu'il déclare (1): « L'existence des forêts de pind a toujours été reconnue comme l'une des causes qui contribuent le plus à l'assainissement de l'atmosphère. Il n'est donc pas étonnant que les Landes soient aujourd'hui une des contrées les plus saines de la France... »
Une autre circonstance, résultant aussi du boisement de la contrée, contribue à augmenter les causes de salubrité et de bienêtre de la population.
« L'abondance des bois, répandus partout, permet à chaque famille, à chaque habitant, d'avoir constamment sous son toit un foyer largement alimenté, qui, mettant la maison à l'abri de toute humidité, la maintient plus saine, permet de sécher rapidement les vêtements mouillés, de réchauffer le corps fatigué au retour du travail et retient la famille réunie et heureuse^ autour du foyer toujours bien alimenté.
« Nous avons parcouru bien des contrées pauvres et arides en France pour en étudier les moyens d'amélioration sanitaire et agricole, notamment la Camargue, dans les Bouches-du-Rhône, et nous ne saurions dire combien cette rareté du bois, pour leurs besoins domestiques, prive les habitants]^de ce bien-être que les populations des Landes trouvent si largement dans le produit de leurs forêts (2). »
IV* — Esthétique forestière
A mesure que l'homme multiplie, à la surface du gIobe> les ateliers, les usines, les chantiers et les bureaux, que s'étendent et que s'enlaidissent des établissements industriels et commerciaux, nous voyons grandir la foule de ceux qui, pendant la belle saison, s'en fuient vers les Alpes, les Pyrénées, les Vosges,
(1) Cliambrelent, op. cil., page» 59-60.
(2) Ibid.f page 61.
toutes nos montagnes, toutes nos forêts, toutes nos campagnes. Le go&t ou plutôt le besoin de la villégiature crott, de plus en plus vif et impérieux, à mesure que se complique davantage l'énervante vie moderne.
Certes le besoin de repos, le souci de la santé, la facilité des voyages sont pour beaucoup dans ce mouvement toujours grandissant. Peut-être aussi le citadin qui échappe pendant quol-^ ques semaines à sa prison pour visiter la forêt se rappel le-t-il, par un vague atavisme, l'époque lointaine oii ses ancêtres y vivaient librement, sous la voûte des cieux? Ce qui est certain c'est que ce n'est pas seulement le repos, la santé, une satisfaction instinctive que recherche le touriste. Il obéit encore à un sentiment profond : il recherche la beauté, tantôt majestueuse,, tantôt riante, toujours nouvelle, toujours admirable des spectacles de la nature: de la mer, des montagnes, des forêts.
Ce besoin du beau est un des plus enracinés de notre nature; la passion du beau est une des plus nobles que le souffle do Dieu ait déposées dans l'àme humaine. C'est à elle que nous obéissons lorsque nous élevons dans nos villes ces palais où nous assemblons, à frais immenses, de pâles copies des merveilles que la nature nous offre gratuitement. Mais qu'est-ce que la plus belle peinture que l'art de l'homme ait produite, qu'est le plus beau paysage d'un Corot, d'un Hobbema ou d'un Rousseau auprès d'un vieux chêne de nos taillis?
Gomment est-il possible que nous soyons Qers, et à juste titre, des sacrifices d'argent que s'imposent les Etats et les villes pour mettre sous les yeux de tous les toiles sur lesquelles des artistes de génie ont essayé d'interpréter la nature, et que nous ne fassions rien, ou presque rien, pour défendre la beauté de nos forêts, que menace trop souvent l'avidité de leurs propriétaires ou l'étroitesse de vue de quelques-uns de ceux qui en ont la garde?
Pour nous borner au sujet des forêts nous avons trop souvent à déplorer deux sortes d'erreurs. Les uns, ne voyant dans un bel arbre que des mètres cubes de bois, le sacrifient sans re-
aoS l/uTILTTÉ DES FORÊTS
marquer qu'il est l'honneur du canton forestier, qu'il est aimé et admiré de ceux qui viennent se reposer à son ombre. D'autres, frappés outre mesuredes inconvénients et despetilsabus qu'entraîne la circulation ou le séjour des promeneurs en forêt, s'eflForcent d'y apporter des entraves. Or, les massifs, ceux surtout qui appartiennentà l'Etat, et particulièrement ceux qui sont situés auprès des grandes villes, devraient au contraire être aménagés avec le souci de l'agrément des touristes, en vue d'y attirer le public. Quel service plus grand les forêts pourraientelles rendre à notre pays que de développer le goût de la marche en plein air, des distractions saines que Thomme du peuple prend en famille lorsqu'il va passer au bois ses heures de liberté? Qui ne se réjouirait de voir les ouvriers des usines ou de la mine passer le dimanche en forêt, plutôt que dans ces locaux où ils prennent trop souvent leur récréation en empoisonnant à la fois leur corps et leur esprit? Nous voudrions trouver partout, et surtout dans le voisinage des villes, dans les plus beaux lieux de nos bois, auprès des sources, des rochers ou des vieux arbres, des sentiers commodes, des bancs, des tables, des abris au lieu de ces clôtures ou de ces inscriptions reproduisant les articles les plus menaçants de nos codes qu'on y voit trop fréquemment.
Certes des progrès ont été réalisés dans ce sens. Beaucoup d'hommes à l'àme élevée et généreuse se sont efforcés, et toujours avec succès, d'attirer le public en forêt, de vulgariser la jouissance qu'ils éprouvent eux-mêmes à en goûter la beauté. Ils ont essayé de sauver les beaux arbres quemenaçait la hache^ que condamnaient des règlements d'exploitation établis par des utilitaires sans pitié (1). D'autres, comme l'auteur de l'amé-
(1) Un des plus beaux peuplements de futaie pleine de chêne qui existent en France, et peut-ôlre au monde, est celui du canton des Clos, dons la forêt domaniale de Bercé (Sarthe),dont on trouvera plus loin (page 371) une description détaillée. Bien qu'Agé de plus de deux siècles, ce massif paraît susceptible de prospérer encore très longtemps. 11 serait désirable qu'on pût le soustraire aux^ exploitations qui doivent l'atteindre prochainement, en le conservant au titre esthétique et comme spécimen de la végétation du chêne en massif dans l'Ouest de la France. La valeur vénale des bois sur pied dans ce canton dépasse actuellement 46.000 francs à l'hectare.
nageinent do la forêt communale de Thonon, n'ont pas craint de prescrire des mesures spéciales en vue de ménager aux promeneurs une perspective intéressante, et de recommander aux agents forestiers « de ne pas manquer de s'inspirer, lors des balivages, des principes de Testhétique forestière : réserve de cordons le long des sentiers, mélange de résineux par bouquets au milieu des taillis, etc. (1). Cette initiative fait autant d'honneur au forestier très distingué qui l'a prise qu'à la ville de Thonon qui Ta approuvée.
Citons surtout une circulaire récente de la Direction générale des Eaux et Forêts de France que nous sommes heureux de reproduire ici.
« Les forêts domaniales ou communales possèdent souvent des arbres renommés dans la contrée, soit par les souvenirs historiques ou légendaires qui s'y rattachent, soit par l'admiration qu'inspirent la majesté de leur port ou leurs dimensions exceptionnelles. »
c De tels arbres font partie de la richesse esthétique de la France. Ils ajoutent à la beauté de ses paysages; ils amènent des visiteurs dans des régions qui, sans eux, resteraient en dehors de l'itinéraire des touristes. Ils font aimer et apprécier nos forêts. Les populations voisines ont un véritable attachement pour ces témoins d'un lointain passé et ne les voient jamais disparaître sans regrets. »
« J'attache la plus grande importance à ce qu'ils soient,de la part du service forestier, l'objet d'une protection constante. »
« On ne devra, sous aucun prétexte, les comprendre dans les exploitations, tant qu'ils donneront quelques signes de vitalité (2). »
Plusieurs de nos forêts renterment des cantons où la hache
(1) Procès-verbal d'aménagement de la Forêt de Thonon, par M. A. SrhspflVr, Inspecteur des Eaux et Forêts à Chambéry, 1900. — (En manuscrit à la Bibliothèque de l'École nationale des Eaux et Forêts.)
(2) Circulaire n9 560, en date du 29 juin 1899. Ce document porte la signature de M. L. Daubrée, conseiller d'Etat, alors directeur, aujourd'hui direcleur général des Eaux et Forêts de France.
ÉC0N0.M1E FORESTIÈRE. — I. l4