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ne pénètre pas, qui sont réservés pour l'ornement du pays. Les plus connus sont les réserves artistiques des forêts de Fontainebleau (1.616 hectares), Gompiègne (700 hectares); il en existe également dans la forêt de la Grande Chartreuse (150 h. environ), dans celle du Rudlin (Vosges) etsansdoute dans quelques autres forêts encore (1). Si l'on y joint la partie des forêts domaniales des environs de Paris spécialement réservée à la reproduction du gibier et aux tirés de chasse, on arrive à un total do 5.163 hectares de forêts domaniales laissés en dehors des exploitations pour l'ornement du pays ou la conservation du gibier.
Nous serons excusable de constater ici que, dans notre pays, le vandalisme forestier parait avoir moins sévi que dans des pays voisins. Nos méthodes d'exploitation n'ont jamais comporté la barbare coupe à blanc étoc suivie de la création artiticielle d'une forêt de pins ou d*épicéas alignés comme des soldats à la parade. Ce n'est pas en France qu'on voit raser de vieilles futaies de chêne, ou de superbes sapinières, pour les remplacer par des files de pins Weymouth, de sapins de Douglas étiques ou de pins sylvestres. Ce n'est pas non plus chez nous que des forestiers ont eu l'idée saugrenue de déshonorer tout un versant de montagne en y inscrivant en caractères gigantesques, à l'aide de plants résineux, les initiales de quelque personnage qu'ils voulaient magnifier. Il faut reconnaître cependant que, depuis quelques années, on voit naître en Allemagne une réaction contre la forêt artificielle, tirée au cordeau, administrativement uniforme. Des voix se sont élevées en faveur de l'esthétique forestière, réclamant un retour à la nature. Puissent-elles trouver un écho (2) !
(1) Il en existe aussi à l'étranger. Tels le célèbre parc de Yellowstone, aux Etals-Unis, et le canton de forêt vierge que M. le comte de Schwarzenberg a mis vn réserve sur les hauteurs du Kubany, dans son domaine forestier du Bôhmerwuld.
(2j 11 y a une dizaine d'années, un des chefs du service forestier badois M. rOberforslrat Wilbrand, de Dannsladt, terminait comme suit un réquisitoire éloquent contre la barbarie tranquille [harmlose barbarei) avec laqpielle certains forestiers traitent les massifs qui leur sont confiés : « L'intelligence de la
Pour en revenir à notre Franco nous voudrions y voir davantage de ces bois sacrés véritables réserves de beauté de la partie noble et précieuse entre toutes de notre domaine national (i). Il serait possible de trouver presque partout des cantons, fussent-ils peu étendus, dont la conservation et l'aménagement esthétique seraient intéressants. En tous cas conservons 1^ plus longtemps possible nos vieux arbres, ménageons ces vétérans qu'ont admiré déjà nos aïeuls, qui sont la gloire, l'ornement et la poésie de nos bois.
Nous voudrions voir se répandre cette vérité que /a beauté de nos forêts est un objet dutilité publique (2). Elle devrait être défendue par la loi au même titre que celle-ci protège la beauté de nos villes, la richesse de nos musées et l'intérêt de nos mo^ numents historiques (3).
beauté de la forôt n'est pas développée chez tous, et souvent des forestiers, même bien doués d'ailleurs et capables, manquent à cet égard d'une compréhension suffisante... Mais l'homme qui, même inconsciemment, pèche grossièrement contre l'esthétiquo forestière, porte la lare d'un manque de culture ». (AUgemeine Forst und lagd Zeitung, volume de 1893). Ce jugement est dur, assurément, mais on ne peut le trouver injuste.
(1) C'est en ces termes que les forêts sont désignées dans le préambule de l'ordonnance du mois d'août 1669.
(2) Cette utilité n'est pas seulement de l'ordre moral. Les Suisses, qui ont si admirablement aménage leur pays pour la facilité des voyages, qui ont rendu leurs forêts, leurs glaciers, les aspects splendides de leurs cimes accessibles sans fatigue au moins ingambe de nos citadins, l'ont bien compris. La commune de Nans-sous-Sainle-Anne, en Franche-Comté, sur le territoire de laquelle la rivière du Lizon sort d'un amphithéâtre de rochers merveilleux, dans un des paysages les plus réputés du Jura, l'a bien compris aussi lorscju'elle a intenté une action en réparation de dommagos à un industriel qui avait essayé de défigurer ce beau site. Ajoutons avec satisfaction que le tribunal de Besançon le comprit également en donnant gain de cause à la commune par jugement du 27 novembre 1902. Pouniuoi cet exemple n'est-il pas suivi? Pourquoi les Vauclusiens ne se liguentils pas pour éloigner les vendeurs et les usiniers qui défigurent leur poétique fontaine ? Pourquoi les Ardonnais ne prennent-ils pas la défense des célèbres rochers des Quatre-fils-Aymon, que rongent les carriers? Mais nous n'en finirions pas de signaler tous les vandalismes qu'il faudrait abolir, même dans notre paya où les instincts artisticiues sont portant si développés et répandus.
(3) Voir à ce sujet un excellent article publié par M. Guinier, inspecteur des Eaux et Forêts à Annecy, dans le volume de 1893 de la Revue des Eaux et Forêts. M. Guinier, d'accord avec la ville d'Annecy, a réussi à transformer la petite forêt communale du Crêt du Maure en un véritable parc avec sentiers, allées, tranchées perspectives, observatoires, lieux de repos, etc.; lieu charmant dont l'existence, aux portes de la ville, est un vrai bienfait pour les habitants.