LA FRANGE FORESTIERE D AUTREFOIS
le dernier reste. Les forêts d'Othe {usta ou otta sylva)^ de Chaource et bien d'autres subsistent encore en partie. Le saltus sequanus s'étendait sur la Franche-Comté; la forêt de Chaux en est un débris. Dans l'Orléanais et la Beauce on rencontrait une des plus vastes forêts du pays : la Syloa leodicaj plus tard forêt des Loges; ce qui en reste forme aujourd'hui les forêts d'Orléans et de Montargis. Du temps de Rabelaisien avait gardé le souvenir de l'époque o\x ce massif mesurait encore trentecinq lieues de long et dix-sept de lar^e. Le joyeux conteur l'appelle «une ample forest, horriblement cgpieuseen mousches bovines et freslons (1) ». Nos forêts de Blois, deRussy et de Boulogne étaient encore soudées en un massif unique. De même nos forêts de Chinon et d'Amboise^ peut-être de Loches. La Carnuta sylva s'étendait près du Mans; il n'en reste que des débris isolés: les forêts de Bercé, de Perseigne et quelques autres.
La Normandie a toujours été réputée pour la beauté de ses forêts ; elle était très boisée au commencement du moyen-àge et les bocages actuels lui donnent encore un aspect forestier. La forêt de Bourse continuait le massif de Perseigne et le reliait à la forêt de Laigle. De la vaste Syloa pertica il nous reste Ja forêt de Bellêmey colle delienO'ValdieUj celle du P^rcAe, etc., et celle de Senonches, Les forêts ^Eoreux^ celles de Conciles^ de Breteuil et de Beaumont se rejoignaient ; la première ne fut entamée que sous saint Louis, la seconde fut défrichée par les moines du xi*^ siècle; ce qui en reste est devenu propriété particulière.
La Bretagne, moins favorable à la végétation forestière, renfermait cependant de grandes forêts. Une des plus célèbres est celle de Bréchéliant ou Barenton, qui fut la retraite de l'enchanteur Merlin et d'Obéron, le fils de la fée Morgane. Au
(1) Livre I, chap. xvi. A l'époque où Rabelais fait voyager son héros, qui se place nécessairement au xm* siècle au plus tôt, on était occupé à défricher la Beauce. Peut -être l'auteur veut-il faire allusion à cette opération lorscjuil nous montre la jument de Gargantua renversant, d'un mouvement de sa queue, des cantons entiers de haute futaie. La forêt d'Orléans, (|ui fut arpentée pour la première fois au xvi* siècle, mesurait, à cette époque, 64.000 hectares environ.
xv^ siècle celle forêt avait encore sept lieues^de long[[et deux à trois de large, malgré les cinq abbayes qui y étaient installées» dont la plus ancienne remonte au vip siècle.
Les environs de Rennes présentent encore quelques forêts, autrefois soudées en un massif important. Des traditions très anciennes nous font supposer que ces forêts ont été un des principaux sièges du culte gaulois : on y a découvert des monuments qui paraissent se rattacher à la religion des druides. La forêt nantaise s'étendait de Nantes à Clisson, Machecoul et Prince ; il en subsiste quelques restes.
Les forêts de Gâtine^ des MoulièreSy en Poitou, sont souvent mentionnées dans les anciens textejs. La partie la plus boisée du Poitou était, sans doute., celle qu'aujourd'hui encore nous appelons le Bocage vendéen. Au sud de cette région, mentionnons, près des Sables d'Olonne, la forêt à'Orbestier (prbis terminus) au bord de l'Océan, en partie reconstituée aujourd'hui par les travaux de reboisement des dunes entrepris depuis un siècle. Cette forêt était déjà très entamée par les moines et les usagers au xi® siècle.
Le Bourbonnais était richement boisé. Nous y avons encore quelques-unes de nos plus belles forêts domaniales : celles de Tronçaisj de Molladierj celles de GroS'BoiSj de Dort, de Laide leur étaient, croit-on, jadis réunies. On a conservé, à la Bibliothèque nationale, des plans sur parchemin qui donnent une idée de l'importance ancienne de ces massifs.
L'Angoumois était encore boisé lorsqu'on y fonda, au xii® siècle, l'abbaye de Sainte-Marie du GrosBois.Les moines défrichèrent, en moins de deux siècles, la presque totalité. Les limites de Vanilque forêt de Saintes sont décrites avec détail dans une charte du xu® siècle, citée par Maury. Il n'en reste que quelques forêts particulières et l'important massif domanial à^ Braconne , près d'Angoulême.
Les Alpes et les Pyrénées paraissent avoir été encore presque entièrement couvertes de bois à l'époque carolingienne. La Provence portait d'assez grandes forêts encore. On croit que la
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Sylva cana (près d'Aix) devait son nom à la présence du peuplier blanc. La Sylva regalis^ actuellement de Silveréal, couvre encore 5.000 hectares, nominalement, en Camargue. La forêt do la Sainte-Baume est bien connue des botanistes et des forestiers. Les forêts des Maures et do l'Estérel ont gardé une partie de leur importance ancienne.
On a conservé le souvenir de deux forêts encore importantes au ix*^ siècle, qui se trouvaient dans le Bas-Languedoc; elles ont disparu. Nous avons parlé, dans la première étude de cet ouvrage, du Saltus vasconiœ, reconstitué, et bien au delà^ par les plantations de pin maritime.
Les bords de la Garonne, de Toulouse à Montauban, offraient une succession de forêts dont les vestiges sont encore nom* breux. Le nom même du Quercy indique une région forestière ; elle Tétait encore au ix® siècle, lors de la fondation des grandes abbayes de la région.
Entre la Guienne et la Saintonge s'étendait une vaste forêt qui parait avoir rejoint autrefois la forêt de Saintes. On l'appelait la Plane Selve {plana silva); elle mesurait encore, au xu* siècle^ lors de la fondation de Tabbaye du même nom^ près de trois lieues de long (1).
Quoique fort étendus encore, les massifs de la France carolingienne ne présentaient plus, néanmoins, cette continuité qui avait tant frappé et effrayé les Romains ; ceux-ci rapportent qu'on y pouvait cheminer plusieurs semaines sans sortir de la forêt.
La population avait presque doublé depuis la conquête de César ; de vastes espaces avaient été défrichés. On a prétendu
(1) Voir, pour plus de détails, les Forets de la Gaule et de l'ancienne France^ par A. Maury. Paris, 1867, ouvrage auquel nous avons empninté la majeure partie de ces rensei«<nements sur l'état forestier ancien de notre pays.
(2) D'après M. Levasseur {ta Population de la France, t. I. pp. 134 et 288), la population aurait été, à l'épocjue des Anlonins, de 8.500.000 habitants et, sous Charlemagne.dc huit à dix millions; nous avons vu plus haut qu'elle était de cinq millions au temps de la conquête romaine.
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que les Capilulaircs de Charlcmagno avaient prescrit des défrichements, se basant sur cette disposition souvent citée du Gapitulaire « Devillis » « ubi locus fiierit ad stirpanduni stirparefa'ciantjiidices et campos de sylvd increscere non permutant ». Ce '. texte prouve tout au nnoinsque le roi veut que,dansses villas, ce
^; soient les intendants qui président aux dérrichcments lorsque
2^ ceux-ci paraîtront opportuns et qu'il leur ordonne de veiller à ce
f^ que les jachères, si étendues dans le système d^agriculture du
|: ix« siècle, ne soient pas envahies par la végétation des forêts. Dos
Capitulairesde Louis le Débonnaire, de 819, interdisent de créer A^sforestœ nouvelles. Ce n'est pas, comme on Ta cru, une défense de reboiser. Lemot/or^s/a, au ix«siècle, désignait non pas une forêt, mais un terrain mis en ban^ une embannieyune deueze (defensum)^ c'est-à-dire une portion du domaine, boisée ou non, dont le roi ou le seigneur avait écarté les tenanciers qui ne pouvaienty pénétrer, soit pour y prendre du bois, soit pour y mener leurs bestiaux ou pour y capturer le gibier et le poisson. Le roi voulait que ses officiers ne missent pas obstacle, plus qu'il n'était nécessaire, à l'exercice des usages de ses tenanciers» en exagérant les mises en défends.
Il est incontestable, du reste, que l'étendue boisée était franchement excessive au moyen âge eu égard au chiffre delà population. Les épouvantables famines qui ravagèrent périodiquement la France à cette époque en sont la preuve trop certaine. Ce taux de boisement exagéré tenait évidemment à la réunion entre les mains du roi et des seigneurs de presque toutes les grandes forêts qu'ils conservaient jalousement comme le lieu de leurs chasses. Les fondations d'abbayes vinrent heureuse^ ment agir en sens inverse en provoquant des défrichements. Nous devons en parler, au moins sommairement.
L'institution monastique est, en France, à peu près aussi ancienne que le ctiristianisme lui-même. Elle prit de l'extension à la fin du vi'' siècle lorsque Colomban, moine venu d'Islande, fonda
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