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LE CAOUTCHOUC ET L\ GUTTA-PËRCHA

Lii.:' -^

Le caoutchouc (1), appelé aussi gomme élastique, est contenu dans le latex d'une foule de plantes appartenant à des familles très diverses (2). Les unes sont des arbres de grande ou moyenne taille, comme les//e/;ea du Brésil et delà Guyane, les Castilloa de TAmérique centrale, les Artocarpus de Java, Ceyian, etc.; d'autres ne sont que des arbustes, comme l'Euphorbe intisy de Madagascar, les Landolphia de l'Afrique tropicale et méridionale, ou même des lianes comme certaines Landolphia (Madagascar), les Cliiandra (dont on n'exploite que les racines) et les Willughbeia de Malaisie. M. Grelot (3) n'en décrit pas moins d'une soixantaine d'espèces qui ont été botaniquement étudiées, un nombre égal d'autres dénommées, mais dont l'étude reste à faire, et enfin une quarantaine qui ne sont connues que par les noms que leur donnent les indigènes.

Le latex à caoutchouc est renfermé dans des canaux, dits laticifères, qui se rencontrent dans toutes les parties des plantes : la tige, la moelle, Técorce, les feuilles. Leur diamètre est très, variable, non seulement d'une plante à l'autre, mais encore dans une même plante suivant les points. Il peut atteindre cinq millimètres (chez certaines Haucornia du Pérou) ou descendre à deux dixièmes de millimètres {Landolphia),

La récolte se fait suivant des procédés divers. Pondant longtemps l'abatagefut la seule méthode usitée : on découpait l'arbre ou la liane en morceaux et on récoltait le latex qui en découlait. On pratiquait aussi de larges et profondes incisions annu-

(1) Les renseigncincnls (jne l'on trouvera dans ce paragraphe sont extraits de rexcellent livre de M. Grelot, professeur à l'Ecole de pharmacie de Nancy, sur Yoi'uj'ine holanirjue des Caoutchoucs et Gutta-percha (Nancy, Berger-Levrault et C'% 1801)). de diverses notices d'origine officielle qui ont ligure à l'Exposition universelle de 19(10 à Paris, cl aussi du rapport de M. Coire. rapporteur du Jury international à cette nièuio Exposition pour la clase 54,groupe IX (Forêts, poche, chasse, cu»*illettos. Paris, Imprimerie Nationale, 1902).

(2) Les familles les plus importantes sont les El'I'hokbiacées (genre Ilevea); les MonACKES (genres Artocarpus^ Castilloa, Ficus), les Apocynées (genres Landolp/tia, Wilhujlitieia) et les Asclépiadées.

(3) Op. cit\. pages 12o à 16i.

LES PRODUITS rORESTÏERS 35

laires qui avaient le même inconvénient, de détruire les plantes ainsi maltraitées. Ces procédés primitifs sont aujourd'hui interdits dans la plupart des pays, notamment au Brésil et à Madagascar (arrêté du 2 juillet 1897). Un procédé par saignées modérées, analogues à celles qu'on fait subir aux pins maritimes pour en extraire la gemme, tend à s*implanter de plus en plus pour les arbres; quant aux lianes il faut bien se résoudre à les couper, sauf à veiller à leur remplacement.

Le latex est un liquide blanc ou jaunâtre, plus fluide pendant la saison des pluies qui est la plus convenable pour la récolte. Lorsqu'on l'abandonne à lui-même, le caoutchouc, qu'il renferme sous forme de globules en suspension, s'en sépare spontanément et se réunit à la surface. On peut du reste baratter le latex comme on fait de la crème du lait do vache pour hâter la séparation. Lorsque celle-ci est trop lente, les matières albuminoïdes du sérum se décomposent etcomrauniquent au caoutchouc une odeur fétide persistante qui diminue sa valeur. Aussi hâtet-on la coagulation par divers procédés dont le meilleur paraît être celui qui est employé dans l'Amazone. On plonge dans le latex une palette de bois que Ton présente ensuite à la fumée: la chaleur coagule leliquide(l); onrecommence l'opération jusqu'à ce qu'on ait obtenu une masse d'un poids de 5 kilogrammes environ qu'on détache alors de la palette au moyen d'un incision. C'est ainsi que se prépare le caoutchouc dit para fin^ le plus estimé du commerce. On emploie aussi, pour hâter la coagulation, de l'eau salée (Cameroun, Cote d'Ivoire, Mozambique), de l'eau ordinaire (Nicaragua, Congo), de l'alcool, de l'alun, des acides, divers sucs végétaux, etc., etc. Le procédé par enfumage tend à se répandre et à se substituer à tous les autres.

A l'état naturel le caoutchouc présente une couleur blanchâtre quand il est frais. Cette couleur ne tarde pas à tourner au brun plus ou moins foncé sous l'influence de la déshydratation, de

(\) La fumée, dont les gaz jouent un rôle important dans l'opération, est produite dans des foyers de forme parliculitTe,parla combustion de bois d'essences spéciales, soigneusement choisies.

L*UTILITÉ DES FORÈtS

It-'.

l'air el de la lumière. Au-dessous de lO"" il perd son élasticité; à 0** il est dur comme du cuir; à 30° il se ramollit; vers 170 ou 180® il devient liquide. Sa densité varie de 0,914 à 0,967.

Uni au soufre (vulcanisé), il conserve son élasticité aux basses températures et ne se ramollit pas jusque vers 100®. Si l'on augmente la proportion de soufre on obtient Tébonite, corps dur et cassant susceptible d'un beau poli. Si l'on substitue la magnésie au soufre Ton obtient Tivoire végétal; on fabrique aussi de l'ivoire dit artificiel en traitant par le cblore une solution très concentrée de caoutchouc. Le meilleur dissolvant du caoutchouc est un mélange de 55 parties d'alcool pour 1000 de sulfure de carbone.

Le caoutchouc était connu des Indiens avant la découverte de TAraérique. C'est en 1736 que La Gondamine, qui avait été envoyé par le gouvernement français dans l'Amérique du Sud pour mesurer un arc de méridien, en rapporta le premier échantillon en Europe, qu'il présenta à l'Académie dos sciences. « C'est une substance noirâtre et résineuse connue à Quito (où La Condamine se l'était procurée) sous le nom do caoutchouc que lui donnent les Indiens (1). » En 1775, Aublct, dans son Histoire des plantes delà G ut/a?ie française, décrivit le premier arbre à caoutchouc connu et lui donna le nom de Hevea ffuianensis. Ce n'est toutefois qu'après la découverte du procédé do la vulcanisation par l'Américain Godyear, en 1838, que Tindustrie du caoutchouc prit de Textcnsion.

Le principal centre de production est le bassin de l'Amazone, et notamment la province de Para,d*oii le caoutchouc est exporté parle port de ce nom. Puis viennent le Mexique, le Sénégal, le Soudan, la Casamance, le Gabon, le Congo, Madagascar, etc.

Les importations en Europe étaient :

en 1865 de 7.2^23 tonnes, en 1882 de 19..j50 — en 1891 de 33.000 —

(1) Mémoires de l'Académie des Sciences, février 1131 (citation empruntée à M. Grelot).

LKS PRODUITS FORESTIERS 87

On estime la production actuelle (1900) du monde à 42.500 tonnes (contre 30.000 en 1888), dont 22.500 pour l'Amérique (12.000 en 1888), 18.000 pour rAfrique et 450 pour l'Inde. Les colonies françaises, .qui produisaient 142 tonnes en 1886, en ont fourni 1.325 en 1899.

La France a importé ^ en 1899 y 6,489 tonnes de caoutchouc et de ffutta'^percha d'une valeur totale de 01 millions de francs ; cette importation n'était encore que d'un millier de tonnes dix ans auparavant. Les prix du caoutchouc, rendu en Europe, sont actuellement de 11 francs environ^ le kilogramme pour les qualités supérieures, de 7 fr. 50 pour les qualités moyennes.

L'élévation des prix (ils ont haussé de cinquante pour cent depuis dix ans par suite de laccroissement de la demande coïncidant avec la réduction de la production dans certaines contrées) a provoqué des essais de culture artificielle de plantes à caoutchouc dans divers pays. Les Anglais ont obtenu de bons résultats à la Trinidad avec le Castilloa elastica^ à Ceylan avec le manihot. Au Mexique, au Pérou, au Brésil, on plante avec succès le Castilloa^ YHevea brasiliensis; cette dernière espèce, ainsi que V Hevea guianensis et quelques autres sont cultivées dans la Cochinchine, la Côte d'Ivoire, le Dahomey, la Guinée française, à Madagascar^ etc. On n'en est encore qu'à la période des essais; les premiers résultats paraissent toutefois encourageants.

La Gutta-percha est une substance de couleur blanc-jaunâtre ou jaune-rougeâtre qui présente, à la température ordinaire, la dureté du bois. Vers 50® elle se ramollit et peut alors s'étirer ou 80 laminer en feuilles ; on peut s'en servir à cet état pour prendre des empreintes très fines, d'où son emploi en galvanoplastie. Elle s'altère rapidement à l'air et à la lumière. Sa principale utilisation lui provient de ses remarquables qualités d'isolateur électrique non attaquableà l'eau de mer : on en revôt les câbles télégraphiques sous-marins.

Elle s'extrait, par coagulation spontanée, du latex d'un assez

38 l'utilité des forêts **

grand nombre d'arbres des genres Payena, et Palaquiumy de la famille des Sapolacées. Ulsonafidra ffufla, qui était autrefois surtout exploitée et fournissait une guttade qualité supérieure, a presque totalement disparu à la suite des exploitations abusives qui ont été faites(l).Ces arbresnesereneontrent guère que dans les Indes hollandaises et une partie do la presqu'île voisine do Malacca. L'extraction est pratiquée par les indigènes malais, encore plus d'à moitié sauvages, suivant des procédés qui entrai* nent^ dit-on, un grand gaspillage. Le produit brut est acheté par des négociants chinois, qui ont entièrement accaparé ce commerce; ils le triturent et lui donnent l'aspect sous lequel la gutta est connue en Europe. Les marchés où s'achète la gutta sont ceux de Singapour et do Macassar. La France en a importé 650 tonnes en 1896, 713 en 1897 et 155 en 1898. C'est l'Angleterre qui en consomme le plus; après elle vient la France, puis l'Allemagne.

La production moyenne des dix années 1885-96 a été de 1.740.000 kilogr., celle de Tannée 1896 étant de 2.235.000 kilogrammes. Plus des trois quarts de cette quantité provenait de Bornéo, Sumatra et Java. Les prix sont devenus fort élevés pour les belles qualités connues dans le commerce sous le nom de Pahang.

Un autroproduit analogue est la Balata, extraite du latex d'un certain nombre de ?ni?nusops, arbres de la famille des Sapotacées, qui croissent dans les Guyanes, au Venezuela et au Brésil. La balata est employée à faire des courroies de transmission extrêmement solides et élastiques, bien supérieures à celles de cuir. La Guyane anglaise en exporte annuellement une centaine

(\) On a lurinc cru peu laiit lungleinjjs ([iio Vlsimamlitt riait passée à Têlat (l'espèce eiilicremeul disparue et uu n'en counaissail plus aucun exeniplaire. Ce n'est (jue dans ces demie r.s aniiées cpi'on eu a relruuvé un petit massif: on cherche maintenant à pro|>a^('r celte essence arlilicielleuieut.Kn une seule année (,1818) on en a détruit ciu | uiilli^ns d'inliviiins à lioriiéc». Les ^'ultas «le qualités su,».''ii.Mh*<s 'pr* f)iiruissait Vlsonanfira, et «jui ont servi à c«)uslruire les grands c.il)les a.'iU 'lleui *u' en M*rvir ', ire\i>l"u' p!u.> (]:ui> le- ciin!!i"rc^ : il serait impossil)le d.-' reiiîjiir c<\-i e.ildi'.s d;hii Icû ui}:ujs cuudiliuns de Sv»lidiio ({u'aulrcruis b"il:5 vcnaicut à dis[iaiuiU'e.

LES PRODUITS F0RESTIEH3 ^9

lyano hollandaise sept cents environ. II esl Guyane française, où les arbres à balatn

duiso que des quantités insignifiantes jusqu'à de bonne qualité vaut aclucllement Je C à

rnme, rendue en Europe.

luo se récolte sur divers acacias, notamment |ui croissont dans la Haute-Egypte et les pays inie du Sénégal produit une gomme, dite Sé- 18 soluble dans l'eau que la gomme arabique ouvoir adhésif et d'une valeur équivalents, iut sur trois espèces : V Acacia sénêgal, VA. al. La production annuelle est d'à peu près ogr. (pour la gomme sénégal). Cette matière ir Bordeau.\ et se paie, dans co port, à raison les cent kilogrammes. On reçoit également, inécs, parle Sénégal, des gommes qui vicnm et sont de bonne qualité.

n do Copal ou Copale à diverses résines proîons équatoriales par des arbres de la famille

On la récolte par incisions ; on en trouve fossile à do faibles profondeurs dans le sot cnt des gisements très riches. On l'emploie

vernis. 3 annuellement 600 tonnes de copale fossile de près (le 10.000 fr, la tonne rendue en Eude la Côte occidentale d'Afrique ont exporté, ilogrammes de copale fossile ot autie.

L connu en Europe depuis la fin du îvni* sicîUe il fut importé par les jésuites qui l'avaient 'érou comme fébrifuge. Ce n'est qu'eu JS20

4o l'utilité des forêts

que Pellclier et Cavenlou réussirent à en isoler la quinine, alcaloïde qui en constitue le principe actif (!)•

Les arbres et arbrisseaux dont Técorce fournit le quinquina se rencontrent spontanés au Venezuela, en Colombie, dans TEquateur. le Pérou et la Bolivie. Dès le milieu du xix® siècle, les Hollandais introduisirent la culture des arbres à quinquina à Java où elle a pris une très grande extension. Les Anglais firent de même dans les Indes et les Antilles et les Américains, de leur côté, ont installé des plantations dans le pays où ces végétaux se rencontrent à l'état sauvage de sorte qu'aujourd'hui le quinquina est devenu un produit de culture agriaole bien plus qu'un produit spontané de la foret (2).

On emploie en médecine trois sortes de quinquina : le jaune royal qui provient du Chinchona calysaya (rubiacée), le quinquina gris qui provient dos C. mycraniha^ C. nitida, C. periiviana et C, officinalis^ et enfin le quinquina rouge fourni par le C. succiruùra.

La récolte se fait en écorçant, après abatage, les tiges, branches et quelquefois les racines des arbres. L'écorce des tiges est débarrassée de son rythidome et empilée en plaques, celle des branches s'enroule en canons.

Le marché principal des écorces de quinquina en Europe est «à Amsterdam, puis à Londres. La vente annuelle à Amsterdam a porté sur 5.«75.000 kilogrammes en 1898 et 5.700.000 kilogrammes en 1899. Le prix du kilogr. de quinine, qui était de 1700 francs en 1823, est tombé à une cinquantaine de francs à j

l'heure actuelle.

Le Camphre s'extrait du Laurus camphora^ arbre très répandu en Cochinchine, dans la Chine orientale et au Japon. On

(1) Telle csl du moins l'opinion commune. 11 [u>st pas certain cependant que la quinine renferme tous les principes utiles du quinquina et certains médecins ont une tendance à revenir â ce dernier, mal^Me les difficultés du dosage. Il en est de même pour plusieurs alcaloïdes, comme l'atropine qui n'aurait pas non plus tous les eliets de la belladone.

\'1\ Les plantations d"arbr«'s i\ i\n\m{\\um dans les Indes hollandaises et anglaises couvrent ensemble plus de 23.000 hectares. En 1902 les quatre cinquièmes du buinquina consommé dans le monde provenaient de Java.

LES PRODUITS FORESTIEHS 4l

réduit le bois en copeaux qu'on distille dans des cornues avec de Teau à feu doux ; le camphre se volatilise. Le rendement est, dit-on, de 3 0/0 en poids. Le Tonkin fait un certain commerce de ce produit; il en a exporté 439 kilogrammes en 1898, d'une valeur do 1,600 francs.

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