ÉCOLES TECHNIQUES, COURS DE MAÎTRISE
pour la céramique à Bunzlau et à Hôhr-Grenzhausen, des écoles de vanerie, de tuilerie, de batellerie, et une école de mécaniciens de marine (10).
Il faut mentionner ici les cours de pratique pour maîtres artisans, tentés depuis 1884, et pour la première fois en Bade, et qui sont destinés à mettre les artisans exerçant déjà leur métier, au courant des progrès industriels les plus récents réalisés dans leur partie. Depuis cette époque, ces cours ont été organisés sous forme de cours de maîtrise pratiques et techniques pour une industrie déterminée, et comme cours de maîtrise théoriques et techniques pour la chimie industrielle générale, la technique du chauffage, etc. C’est ainsi qu’ont procédé les autorités et syndicats dans différents Etats comme le Württemberg, la Saxe, la Prusse, la Hesse. Ces cours doivent enseigner les diverses techniques ou manières de travailler, pour l’apprentissage desquelles occasion suffisante n’a pas été offerte pendant les années d’apprentissage ou de compagnonnage, ou qui à leur époque étaient encore inconnues. Leur fréquentation est gratuite, et leur durée s’étend de une, à trois semaines au plus].’ Toutes ces institutions ont à éviter trois écueils principaux :
Le surmenage du jeune homme, qui doit en même temps produire et apprendre ; 2® L’amoindrissement de la vie religieuse par l’école du dimanche ; 3° La mauvaise habitude d’un faux esprit scientifique, qui dédaigne le travail d’artisan proprement dit (11), et qui par suite non seulement cause une lacune dans l’économie sociale, mais forme des hommes nombreux, faussement instruits au delà de
leur profession, et qui sont par cela même un malheur et un danger.
[V atelier d'apprentissage s’est engagé dans une voie complètement nouvelle, en voulant fournir, comme l’école technique, un enseignement spécial industriel susceptible de
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remplacer l’initiation jusqu’ici donnée dans son atelier par le maître, et de la surpasser même au point de vue de sa méthode et de l’universalité du mode de formation qu’il observe. L’apprenti commence à s’instruire, sans s’être auparavant occupé de pratique. L’atelier d’apprentissage se distingue de l’école technique par la prépondérance plus accentuée, dans le cadre des études, du travail manuel. En regard de l’enseignement dans l’atelier d’un maître, cèlui de l’atelier d’apprentissage apparaît plus conforme au but • poursuivi, parce que le premier ne manque que trop souvent de méthode et de graduation bien réglée dans l’instruction. Le patron doit exécuter ce que la journée lui apporte, et des hasards de celle-ci dépend le genre du travail et la formation de l’apprenti. Par contre, dans l’atelier d’apprentis- ’sage, le jeune homme se fartiiliarise avec tous les travaux qu’il peut avoir à exécuter dans sa partie, et se trouve ainsi préservé d’une formation lacunaire. Le directeur l’initie aux genres divers d’activité, de telle façon qu’il progresse ’ depuis les débuts, jusqu’à l’accomplissement de sa formation . technique, et qu’il acquiert une série de tours demain qui le mettent dans la situation d’exercer plus tard sa profession avec honneur. En Allemagne, les ateliers d’apprentissage de ce genre ne sont que peu représentés. Bade en avait ouvert un en 1880 à Furtwangen pour l’ébénisterie, y compris la fabrication des boîtes d’horloges. Il fallut le dissoudre au bout de quelque temps, le succès n’ayant pas répondu à l’attente, et surtout les apprentis ne s’étant pas présentés en nombre suffisant. Un autre atelier à Furtwangen, destiné à la fabrication des cages d’horloges, disparut également après six ans d’existence. Par contre, le Württemberg a créé en 1906 un atelier d’apprentissage pour la tannerie, à Metzingen, dans l’intention d’attirer dans le cadre d’une instruction professionnelle habile les futurs
, maîtres artisans, chefs d’équipe et contremaîtres. Il existe f enfin un atelier pour les statuaires à Flensbourg, et plu-
i sieurs écoles techniques comptent en même temps à leur
j côté des ateliers d’apprentissage, notamment à Remscheid,
; Siegen, Smalcalde ; à Augsbourg, il existe de plus une école d’artisans.
L’idée a été mieux accueillie à l’étranger, surtout en j| Belgique, où dès 1850, on comptait presque une centaine d’ateliers d’apprentissage, dont les entrepreneurs particuliers, soutenus par l’Etat, les provinces et les communes, se déclaraient satisfaits. Il en a aussi été fréquemment établi en France depuis 1870. Les ateliers d’apprentissage sont
I aussi particulièrement bien organisés en Suisse, où ils ont été créés d’abord à Berne en 1888, sous l’impulsion de ; l’architecte Tièche.
I C’est dans le même cercle de pensées que se meut l’atelier
d’apprentissage conçu suivant le système adopté, d’abord \ en Bade, et depuis en Württemberg. 11 consiste à chercher un maître habile auquel des apprentis puissent être confiés ; une indemnité lui est servie pour la réception de ceux-ci, pour leur nourriture et pour leur enseignement, en remplacement de la rétribution d’apprentissage en usage autrefois. Il est exigé des apprentis qu’ils aient quitté régulièrement
i l’école primaire, et qu’ils soient suffisamment développés
d’esprit et de corps pour le métier en question. Le profesj seur est tenu d’instruire l’apprenti, suivant l’ordre et
I l’étendue exigés par le but de son enseignement, dans tous
j les tours de main et procédés avantageux du métier tout
i: entier. Bade inscrit à son budget une somme annuelle de
12.000 mks aux fins qui précèdent. C’est suivant son modèle, 1 et en observant des principes à peu près les mêmes, que le
I Württemberg a depuis 1899 adopté le système, en y consa-
, crant un crédit annuel de 16.000 mks. Par contre la Hesse,
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CHAP. X, ACTION IMMEDIATE DE L ETAT, ETC
avec ses ateliers d’apprentissage institués depuis 1899 également, n’a pas fait une expérience permettant d’attacher une grande valeur à ce genre d’organisations. C’est sur des considérations analogues, notamment sur celle qu’il est d’actualité de substituer au vieil enseignement de l’atelier un autre répondant davantage aux exigences modernes et aux progrès de la technique, que reposent les ateliers d’apprentissage institués par la grande industrie, comme la fabrique de machines d’Augsbourg- Nüremberg, les usines Siemens-Schuckert de Nüremberg, la firme d’ébénisterie Stadler de Paderborn, etc., ainsi que les ateliers d’apprentissage des chantiers impériaux de Kiel et Wilhelmshaven et des chemins de fer de l’Etat. Les avis sont partagés au sujet de la valeur des nouvelles méthodes d’enseignement. Les gouvernements prussien et hessois ont adopté une attitude négative au regard de l’idée des ateliers d’apprentissage.D ans les milieux du congrès des chambres allemandes de métiers et d’industries, on estime en général superflu, d’après une enquête par lui faite, le remplacement de l’enseignement du maître par des ateliers d’apprentissage. A notre avis, la question a été posée de façon erronée. Ce n’est pas à vrai dire comme remplacement, mais comme complément de l’enseignement de l’atelier en usage jusqu’ici, qu’il faut imaginer des chemins nouveaux pour la formation industrielle. On ne peut ni créer des écoles techniques ou des ateliers d’apprentissage pour tous les métiers, ni compter qu’à l’avenir tous les apprentis pourront être exclusivement formés par cette voie. Les systèmes nouveaux ont sur la bourse des apprentis ou de leurs parents des prétentions fort élevées, puisqu’ils leur imposent de subvenir aux frais de l’entretien pendant l’apprentissage, indépendamment de la rétribution scolaire et des dépenses accessoires. Le fait que les artisans se sont eux-mêmes prononcés
§ 74. ATELIERS d’apprentissage
contre les méthodes nouvelles ne saurait être en fin de compte convaincant, puisqu’elles leur font perdre en partie les forces à bon marché des apprentis. La méthode,employée par le congrès des chambres de métier pour établir la justesse d’un système nouveau,est à peu près aussi ingénieuse que la question, autrefois posée aux confrères en exercice d’un artisan qui voulait s’établir, de savoir s’il était besoin d’un concurrent de plus. La réponse était invariablement négative. Le fait que l’enseignement actuel du métier n’est plus à la hauteur des exigences modernes est indéniable. Pourquoi donc en effet aurait-on institué des cours pratiques de maîtrise ? Si l’on veut donner à la petite industrie, face à face avec la grande, une capacité plus forte de résistance, il n’est pas douteux qu’il faille s’engager dans des voies nouvelles (12)].
(1) La maison « manufacturière » (Manufacturhaus), telle que la recommandait Justi, devait être une école industrielle à tendances avant tout pratiques, et en même temps une institution procurant aux industriels des avances et des débouchés, le tout étroitement appuyé sur une réglementation de l’indus-
trie {Abhandlung von Manufacturen, 1758, 1, p. 107 et suiv.).
(2) Franche n’a pas seulement dans son « Pædagogium », accordé plus de place à l’enseignement qu’il appelait « réal », “
que l’usage n’était de le faire dans les gymnases. Il avait en- j
core l’intention, dans son « projet d’ensemble des établissements créés à Glauchau et à Halle » (1698), d’organiser un « institut pédagogique spécial pour les enfants dont l’instruction doit se f
borner à l’écriture, au calcul, au latin, au français et à l’économie, sans continuer leurs études, mais pour être employés au j
service de patrons distingués, aux écritures, au négoce, à l’ad- * ;
ministration des biens ruraux et aux arts utiles » (Nasemann,
Progr. der I. fP.alschule des HaUischen Waisenhauses, 1862/63). î
Chr. Semler fonda effectivement à Halle, en 1706, une « école |
réale de mathématique et de mécanique » où les futurs arti- I
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sans de 10 à 14 ans étaient instruits spécialement au moyen de démonstrations d’après modèles (F. Ranke, Progr. d. k. Realschule zu Berlin (1861), p. 4 ; Herm. Lohr, Gewerhlicher Unterricht, etc., 1898).
(3) Les contempteurs de la doctrine ont souvent rappelé que Wyatt, Lewis, Arkwright, Hargreaves, Crompton, J. Kay, J acquard, étaient autodidactes, pour la plupart de pauvres tisserands sans culture. Cartwright était théologien. Watt n’était pas un mécanicien fort instruit, mais pourtant, on ne saurait prétendre que le génie et le « hasard » sont là pour remplacer l’école en général. De très importantes déclarations de patrons anglais de fabrique reconnaissent qu’une bonne éducation rend l’ouvrier plus adroit, plus débrouillard, plus accessible aux représentations de la raison. C’est un point de vue sous lequel les ouvriers saxons, suisses et américains se trouveraient supérieurs aux Anglais (Voir J. G. Kohl, England, 2, p. 330 et suiv.).
(4) Les expositions scolaires de travaux manuels féminins, qui contribuent à faire apprécier au public les merveilles de luxe de la broderie et autres, peuvent fâcheusement détourner de l’enseignement des travaux moins brillants et moins plaisants, mais indispensables, de la couture et du raccommodage. Il faudrait radicalement exclure, des expositions scolaires, les travaux de luxe de ce genre.[ll existe en Autriche des écoles d’artisans pour garçons de 12 à 15 ans, qui dispensent les connaissances et la pratique industrielles aux ressortissants de diverses branches d’industrie, en combinaison avec l’enseignement primaire (Carl Roscher, dans le Handw. d. Staatsw.,
éd., 4, p. 1092).]
(5) Les « écoles d’industrie » du xviii® siècle, pour les désigner par leur nom préféré, sont dépeintes comme nécessaires, longtemps désirées, mais encore imparfaites ; (voir notamment les Leipzig ôkonom. Sammlungen, 2, p. 797 et suiv. (1745). En Autriche, il existait des écoles d’industrie depuis 1771, et vers 1787, elles étaient au nombre de plus de 100,rien que pour la Bohême (J. Bidermann, Die lechnische Bildung in Œsler-