DE COMMERCE
[Il est peu de questions économiques modernes sur lesquelles règne semblable unanimité d’avis, que sur la nécessité d’une éducation à fond du négociant. Un professeur d’économie politique en vue écrivait autrefois ; « Il en sera dans l’avenir comme il en a été au temps des Fugger et des Fothschild. On fait de l’argent, et l’on devient une grande lumière parmi le monde capitaliste, sans aucune autre science que l’écriture, la lecture et le calcul. » Ces paroles ne sont plus d’actualité. Notre époque a fait prendre au commerce mondial une extension insoupçonnée ; elle a, dans des pays qui n’avaient jusqu’à présent que peu participé à celui-ci, fait jaillir une industrie, qui s’est trouvée contrainte de chercher des débouchés sur le marché universel.La question ne pouvait plus dès lors être indifférente, de donner une formation préparatoire à la classe de la société se consacrant professionnellement à la tâche qui venait à se manifester désormais. Dans un pays où la culture se développe,il sera toujours difficile,pourles fabriques naissantes, de trouver, sans l’aide du négociant, des acheteurs pour leurs produits. Les difficultés s’accumulent encore davantage, s’il s’agit de commerce entre deux pays ou entre deux parties du monde, et le problème prend une ampleur gigantesque. L’homme qui s’attelle à la tâche colossale de frayer des débouchés réguliers dans des régions où la faculté de consommation a été longtemps faible et limitée, a nécessairement besoin d’une formation entière-
ment différente de celle qui suffisait pour des périodes où 1 on franchissait les cols des Alpes avec des chevaux chargés, et où 1 on cherchait à pourvoir au trafic en plaine, entre les ports de la cote et les villes de fintérieur.au moven de ce qu’on appelait des coches de cuisine.
On s’explique maintenant l’intérêt qui s’est de nos jours si puissamment manifesté pour la formation approfondie du négociant, interet qui neanmoins n’est pas nouveau et qui est apparu dès les temps plus anciens. Seulement, aux périodes reculées, c était la pratique qui servait de professeur : au xive siècle, Venise passait pour l’école supérieure chez tous les négociants allemands 5 Gênes également, ]\Iilan, Lucques, Florence, plus tard Lyon, Avignon, Anvers, Lisbonne furent des places que le besoin de formation du jeune négociant l’incitait à visiter, pour se montrer plus tard à la hauteur de sa tâche professionnelle. L’intelligence consistait alors à s’assimiler la «pratique velche », à faire son apprentissage des monnaies, des poids et des mesures, en particulier des opérations d’arithmétique, qu on s entendait en Italie aussi bien à simplifier qu’à étendre dans des directions diverses, Les traités de comptabilité et de tenue de livres, de Lucas Paccioli, apparaissent à la fin du xv^ siècle et au commencement du xvie. Aux temps, qui suivent, des désastres et des troubles politiques de la guerre de Trente ans, ces débuts d’un enseignement riche en perspectives ne purent se développer. Il existait bien des écoles où l’on apprenait à écrire et à calculer, et qui avaient en vue des buts pratiques, mais elles suscitaient des plaintes : des ignorants et des phraseurs, des éléments malhonnêtes et douteux s’étaient glissés parmi le professorat (1). Aussi le jeune négociant en devait-il rester, pour sa formation, à la pratique du comptoir, aidé dans son autodidactisme par un nombre
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CHAP. X. ACTION ‘IMMÉDIATE DE L^ÉTAT, ETC
considérable de manuels commerciaux. Le conseiller de commerce Paul Marperger, dans l’électorat de Saxe, incita vers 1715 à des réformes, attirant, par une requête au gouvernement local, l’attention de celui-ci sur cet objet. 11 préconisa une école d’écriture, de calcul et de comptabilité, et en outre une académie de commerce, c’est-à-dire une école commerciale moyenne, et même l’organisation d’une section des sciences commerciales près des Universités.Dans la seconde moitié du xyiii® siècle apparaît toute une série de projets sur la façon la plus utile de diriger vers des voies nouvelles l’enseignement commercial. En 1756, Ludovic!, professeur à Leipzig, recommanda l’organisation d’une véritable académie commerciale, où devaient être systématiquement enseignées, suivant de bonnes méthodes, les sciences utiles au commerce. Le conseiller de commerce Geutebrück, d’Erfurt, proposa en 1764 d’ouvrir à Leipzig une école d’apprentissage commercial, où seraient enseignés l’écriture et le calcul, la géographie, les mathématiques, la mécanique, limités à ce qui intéresse le commerce, ainsi que l’histoire commerciale. Mais le syndicat des petits commerçants et les députés des marchands et négociants s’opposèrent à ce projet. L’académie commerciale existant à Hambourg depuis 1768 acquit, par contre, une certaine notoriété,et prit à partir de 1771, sous le professeur Büsch, un développement favorable. Son but était en première ligne de préparer le jeune homme à s’assimiler les affaires dont il aurait à s’occuper dans sa future profession de négociant. L’enseignement créé par Büsch mérita de servir de prototype. Si vers 1800, il avait dû néanmoins mettre un terme à l’activité de son académie, elle n’avait pourtant pas fait œuvre inutile, en contribuant à préparer l’époque moderne. A l’étranger, l’intérêt s’éveillait également. Pombal fondait, en 1759, une école de commerce à Lisbonne ;
Marie-Thérèse, en 1770, une académie réale de commerce à Vienne ; Marie Feodorowna,en 1772, une école de commerce à Moscou. Ainsi, c’est sur des fondations existantes déjà qu’on se décida à construire en Allemagne, lorsqu’ en 1818 à Gotha, sur l’initiative du négociant Ernest Guillaume Arnoldi,qui avait également montré la voie dans le domaine de l’assurance, on ouvrit un institut d’enseignement commercial, qui consacra la reconnaissance d’un type nouveau : l’école commerciale complémentaire. A cet institut s’en adjoignirent d’autres, qui furent créés sur son modèle, soit par des particuliers, soit par des corporations. La ville de Leipzig fit en 1831 un pas décisif, lorsque le syndicat des petits négociants résolut d’y établir un institut d’enseignement commercial, qui chercha à aplanir les contrastes existants dans le développement jusque-là observé. Cet institut comprenait une section d’apprentissage et une section supérieure. Il servit de modèle dans la suite à un grand nombre d’écoles commerciales, et plus encore dans la seconde moitié du xix® siècle que dans la première. La
fondation d’une Union pour l’enseignement commercial, en 1895, a fait réaliser à la cause de l’Ecole commerciale en Allemagne un progrès essentiel. En France, lorsqu’on fut un peu remis de la terreur révolutionnaire et des suites des guerres napoléoniennes, on fonda en 1820 à Paris l’Ecole de ! commerce, qui se signala par l’établissement d’un comptoir
modèle de première importance, et est devenue aujourd’hui l’Ecole supérieure de commerce.
Dans l’enseignement commercial d’aujourd’hui, on consi- 1 dère comme nécessaires, aussi bien les écoles complémen-
taires que les écoles commerciales. Les premières sont destinées aux jeunes gens qui sont occupés .déjà comme apprentis, et doivent être fréquentées par eux parallèlement à leur éducation par la pratique. Leur rôle est de compléter