X. ACTION IMMÉDIATE DE l’ÉTAT, ETC
Stuttgart, des cours de sciences commerciales ont été mis en train. L’école supérieure de commerce poursuit un double but. Elle doit former le personnel nécessaire pour ■ les positions dirigeantes du commerce ; elle doit d’autre part attirer vers elle ceux qui auront la charge de distribuer 1 enseignement dans les écoles de commerce moyennes et dans les écoles complémentaires, c’est-à-dire les professeurs commerciaux. Les hommes qui plus tard seront à la tête d’affaires importantes, soit d’un comptoir, soit d’un magasin, soit d’une banque, soit d’un commerce d’exportation, soit d’une fabrique, soit d’une maison d’armement, devront recevoir à l’école supérieure de commerce une éducation plus approfondie. 11 y va de leur intérêt privé économique, afin qu’ils puissent mener leurs affaires d’une façon satisfaisante, mais en même temps des intérêts de la nation, pour laquelle il est au plus haut point désirable de voir le commerce dirigé d’une manière conforme à sa haute importance civilisatrice. Le développement moderne du commerce, en particulier son internationalisation progressive, a transformé les connaissances qu’on demande au négociant. Celui-ci ne peut plus se contenter du bagage emporté de l’école à 14 ans, ou de ce qu’il peut apprendre au comptoir ou dans la boutique de son patron. La révolution totale dans les conditions économiques, qui a commencé depuis 1840 avec la construction des chemins de fer, impose | des formes nouvelles, et le négociant moderne a aujourdhui | beaucoup à apprendre. Les changements dans la législation ) commerciale, la liberté d’établissement, la liberté de l’industrie, l’énorme développement des assurances, les progrès de la banque, la concurrence agricole, l’industralisation ' croissante de certains pays, etc., ont fait apparaître de graves problèmes de la portée la plus étendue. Aucun né- -l godant, qui entend marquer sa place comme citoyen dans :
l’organisme de l’Etat, ne peut passer devant eux en les négligeant. Cela ne veut pas dire qu’il faille rendre obligatoire pour tous les négociants sans exception la fréquentation d’une école supérieure de commerce. Il ne s’agit pas davantage d’imprimer dans l’esprit du négociant le minimum de connaissances incontestablement nécessaire, mais de l’apprendre à raisonner scientifiquement. Le négociant doit être amené systématiquement à penser par lui-même. Il doit former sa personnalité, acquérir les bases nécessaires pour se faire une idée du monde, afin de pouvoir ensuite, dans la lutte pour l’existence, s’ en servir comme d’un solide point d’appui. Les jeunes gens doivent être amenés à se former un jugement indépendant, basé sur la matérialité des faits ; ils doivent se pénétrer de l’idée,que s’il est incontestable que le commerce présente des traits cosmopolites, il faut cependant que tout négociant aimant sa patrie ait pour ses particularités des égards spéciaux. An point de vue de l’économie privée, le négociant pourra toujours établir avec une clarté suffisante en quoi peut consister son avantage, mais l’intérêt de la collectivité devra l’instruire à mettre en temps utile un frein à son désir de bénéfices. L’école supérieure de commerce procurera donc à ses élèves une universalité de formation, pour le meilleur profit de leur existence.
On peut aussi remarquer que la situation sociale du négociant se trouvera relevée par la fréquentation de l’école supérieure. En Allemagne, on se plaint souvent que les négociants ne soient pas les égaux,en considération sociale,
des gens ayant poursuivi leurs études,- des fonctionnaires et de l’armée. C’est une situation qui peut se retourner, dès que le passage par l’école supérieure de commerce procurera plus de relief. Le besoin d’instruction des négociants est variable. Le commerce embrasse des branches nombreuses.
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348 CHAP. X. ACTION IMMÉDIATE DE l’ÉTAT, ETC.
depuis le négoce en gros jusqu’aux affaires en boutique, depuis le commerce maritime jusqu’au colportage ; il comprend le commerce d’argent, comme celui des marchandises, et pour les intéressés respectifs, ce n’est pas chaque fois une formation identique qui se trouve nécessaire. Pour ceux qu’on imagine comme dirigeants ou propriétaires d’exploitations importantes, comme directeurs commerciaux d’usines, comme gérants, fondés de pouvoirs, représentants à l’étranger, etc., l’école de commerce viendra en première ligne en considération.
L’école supérieure de commerce est encore indispensable à la formation des professeurs d’écoles commerciales. On peut penser ce que l’on veut du mouvement en faveur de l’école supérieure de commerce ; personne ne met en doute la nécessité des écoles de commerce moyennes et élémentaires. On ne peut considérer comme grave de fournir aux jeunes gens, à côté de leur apprentissage, en dehors de la pratique, au milieu de celle-ci, ou pendant sa préparation, des connaissances pratiques et aussi linguistiques. Où les maîtres nécessaires à cet effet pourraient-ils être mieux formés qu’à l’école supérieure de commerce ? Si les futurs professeurs sortent de la classe des maîtres primaires, il leur manque la notion pratique de la profession. Si ce sont d’anciens négociants qui désirent se consacrer au professorat, il leur manque l’esprit pédagogique. L’occasion est offerte dans les deux sens, à l’école supérieure de commerce, de combler ces lacunes. Comptoir modèle et séminaire économique, elle apporte à tous le moyen d’exercer pratiquement leur activité en se formant avec science et méthode (3).]
(1) [Br. Zieger, Ein sàchsischer Merkantilist über Handelsschulen, 1899 ; W. Rein, Enzyklopâdisches Handb. d. Pà-
dagogik, article Handelsschulen ; J.Classen, Die Handlungsakademie von Büsch, 1865 ; Dietrich, Das kaufmànnische Unterrichtswesen im Kônigreich Sachsen, 1897 ; Classer, Das konmerzielle Bildungswesen im Œsterreich, 1893 ; Zehden, Zur Geschichte d. kommerziellen Bildungswesens in Œsterreich, 1898 ; H. Schmidt, Das kàufmànnische Fortbildungswesen, 1892 ; Zeitschr. /. d. ges. kaufmànnische Unterrichtswesen ; Mitteilungen d. Verbandes /. d. kaufmànnische Unterrichtswesen seit 1897 ; Br. Zieger, Der Handelsschulgedanke in Kursachsen im 18 Jahrh., 1900 ; Br. Zieger, Litteratur über d. ges. kaufmànnische Unterrichtswesen, 1901 ; Simon, Die Fachbildung des preussischen Gewerbe-und Handelsstandes.]
(2) [Veroffentlichungen d. Verb. /. d. kaufmànnische Unterrichtswesen, 19 (1902) ; 33 (1905) ; 39 (1908).]
(3) [G. CoHN, Volksw. Aufsàtze, 1883, p. 705 et suiv. ; . V. Bôhmert, Handelshochschulen, 1897 ; R. Ehrenberg,
Handelshochschuîen, 1897 ; Beigel, Der Kampf um die HandelshochschuU, 1898 ; F. Dlobac et J. Zolger, Das kommerzielle Büdungswesen d. eiirop. u. aussereurop. Staaten, 1910 ; M. Grünberg, Krit. Darstellung d. bestehenden Handelshochschulen in d. Hauptkulturlàndern Europas, 1910 ; Fr.W. Roman, Die deutschen gewerbl. und kaufm. Fortbildungs-nnd Fachschlen und die ind. und kom. Schulen in Nordamerika, 1910 ; G. SoDOFFSKY, Hôhere kommerzielle Bildung, 1911 ; Veroffentlichungen d. internat. Gesellsch. z. Fôrderung d. kaufm. U nterrichtswesens ; B. Meermann, Das gewerb., kaufm^, und hauswirthschaftl. Fortbildungsschulwesen in Preussen, 1909 ; J. Riegel, Das kaufm. Unterrichtswesen in Bayern ; K. Swet, Die erbisherige Entwicklung der Handelshochschulen, 1909 ; Calmes, Das Handelshochschulwesen in Frankreich, Deutsche Wirtsch. Zeitung, 1908, n° 9.]
350 CHAP. X. ACTION IMMÉDIATE DE l’ÉTAT, ETC.
PROGRÈS DE L’aRT INDUSTRIE ; ÉCOLES DES ARTS INDUSTRIELS
[Notre époque a nettement compris l’intérêt qui s’attache à 1 éveil du sens artistique chez les industriels. Après un long assoupissement, cette idée s’est depuis 50 ou 60 ans, manifestée avec force. Le moyen-âge s’entendait de façon fort heureuse à ennoblir la matière, ainsi qu’à fabriquer des objets satisfaisant aussi bien à l’utilité qu’aux aspirations artistiques. D’abord poussés au travail par les besoins de l’Eglise, les ouvriers en métaux, les orfèvres, les dinandiers, les fondeurs en cuivre rouge ou jaune, et après eux les menuisiers, les sculpteurs sur bois, firent progresser leur art. Plus tard ce fut le tour, avec l’ascension de la bourgeoisie, de tous les métiers qui savaient parer, avec un si grand sens artistique et un si grand amour du coloris, les magnifiques édifices privés et les maisons patriciennes, et les peintres, les serruriers, les ferronniers, les potiers, apparurent à leur rang. « Les demeures des patriciens et des marchands brillaient de l’éclat de leurs poêles artistiques, de leurs murailles superbement historiées, de leurs tables et de leurs chaises richement sculptées. Les cruches et les | verres splendides, les bons lits et les belles armoires, les riches provisions de linge, les ustensiles d’étain étincelants étaient largement répandus ». (Schmoller.) Schnaase a fait i
autrefois ressortir avec quel extraordinaire souci de l’exé- 1
cution technique les artisans ont produit tous ces objets. | Ce n’est pas seulement la précision modèle, mais en même \
§ 76. PROGRÈS DE l’art INDUST. ÉCOLES DES ARTS INDUST. 351
temps la liberté artistique et la sûreté du sentiment du style,qui surprennent au plus haut degré dans leur facture. Un historien moderne des arts, Gurlitt, écrit que « chaque ruban à la porte ou à la fenêtre, chaque grille, chaque ustensile, tels que les crééent les villages les plus éloignés, font connaître la force étonnante avec laquelle tout le peuple était pénétré de l’art industriel. » Mais encore avant que le travail manuel, qui seul était en état d’éveiller le sens artistique et de le traduire en faits, fût supplanté par la Ciachine, cette alliance entre l’art et le métier avait déjà disparu. Quoique les artistes n’aient point perdu contact avec le métier, quoi qu’ils n’aient pas dédaigné d’établir en sa faveur des plans et des projets, les exécutants avaient oublié leur ancien attachement à la facture artistique de leurs produits. Suivant la mesure où se développait de plus en plus, dans les manufactures naissantes des xviie et xviiie siècles, la division du travail, l’artisan isolé se trouvait contraint de renoncer à finir à lui tout seul l’ouvrage désiré. C’était le coup mortel donné à l’activité du sens artistique. Un souvenir des bienfaits de la collaboration et de l’influence vivifiante des arts faisait exprimer dans le règlement de l’Académie des Beaux-Arts et des Sciences de Berlin du 26 juin 1796, l’idée que cette Académie ne doit pas seulement contribuer à la floraison des arts, mais qu’elle doit encore s’efforcer d’ennoblir les manufactures et l’industrie, « afin que les artistes nationaux ne soient pas inférieurs à ceux de 1 étranger dans leur goût pour exécuter des travaux de toute espèce ». En fait de 1820 à 1840, sous le règne du style de Biedermeier, il se manifesta un essor qui aboutit à des travaux remarquables dans l’ébénisterie, la reliure, l’orféverie, la serrurerie, la tapisserie, ainsi que le bâtiment. Puis ensuite, les progrès de la technique des machines firent tout perdre.
; , 352 CHAP. X. ACTION IMMÉDIATE DE l’ÉTAT, ETC.
I C’est le mérite de V Angleterre d’avoir dirigé la transfor-
J: ■ mation. Sous l’influence de Carlyle, de Ruskin, et surtout
de ^Morris, on acheva de reconnaître qu’il ne fallait pas marcher davantage dans la voie jusque là suivie. La France avait, dès la fin du xviii® siècle, un système richement organisé d’écoles artistiques, sa célèbre manufacture royale des meubles de la couronne, une école d’architecture et un nombre croissant d’écoles provinciales techniques. Mais la Révolution détruisit cette renaissance pleine de promesses, et bien qu’à la première exposition universelle de Londres en 1851, l’industrie française eût manifesté une incou icstable maîtrise du goût et du brillant extérieur, qui se maintint même à l’exposition universelle de Paris en 1855, elle fut néanmoins dépassée par l’Angleterre. Le gouvernement français lui-même tint pour nécessaire de prendre l’initiative d’une modification. Une commission siégea en 1863-64, avec la mission d’enquêter sur l’enseignement technique au point de vue de l’éducation artistique nationale. Elle demanda une réforme systématique de l’enseignement du dessin. Néanmoins, si en 1867, divers experts reconnurent en partie la «supériorité» de la France dans l’art industriel, de violentes critiques s’opposèrent à cette louange, et condamnèrent le goût français comme un mauvais goût. Bruno Bûcher déclarait en 1873 que « la vieille superstition du goût seul heureux des Français était aussi bien détruite, que le respect ancien pour toute méthode politique instaurée par eux. »
C’est depuis 1850 que les Anglais ont commencé d’attirer sur eux l’attention. Le mouvement engagé par Robert Adam en faveur de l’amélioration de l’organisation du logement, la fabrication par Wegdwood d’objets artistiques en argile ou en basalte, la fondation, due à l’initiative de William Shipley, d’une société pour l’encouragement des
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arts des manufactures et du commerce à Londres, se rattachent par leurs racines jusqu’au xviii® siècle. Les débuts des écoles d’art industriel remontent encore plus haut, jusqu’au milieu de celui-ci. 11 est vrai que la commission instituée en 1835 « pour rechercher par quels moyens le goût des arts et les principes de la conception artistique pourraient être répandus parmi la population industrielle » fut obligée de reconnaître un niveau honteux d’infériorité dans presque toutes les branches d’industrie se rapportant à l’organisation du logement et à l’équipement personnel. Plus tard, dans la vieille et honorable Society of arts reconstituée, à la tête de laquelle fut placé le prince consort Albert, la pensée se manifesta, vers 1840, d’encourager l’art industriel par la tenue périodique d’expositions nationales d’industrie. A la suite de la première exposition universelle de Londres, il fut organisé, en mai de l’année suivante 1852, sous l’influence des idées de Semper, une exposition des travaux d’art industriel de diverses espèces, qui constitua le noyau du musée de Kensington, devenu plus tard si célèbre. La création de ce musée servit de point de départ à une transformation totale de l’enseignement des arts industriels. Lors d’une exposition de produits artistiques industriels organisée en 1858 au musée de South Kensington, et plus encore lors de la seconde exposition universelle de Londres de 1862, les progrès de l’Angleterre, au point de vue de l’art industriel, se manifestèrent à tous les yeux. Avec le réveil du goût pour les objets créés sous le règne de la reine Anne, l’intérêt s’accentua pour le mobilier de cette époque « qui, par le jeu charmant des couleurs changeantes de ses bois plaqués,par l’abondance de ses tonalités tendres, devait satisfaire bien davantage l’œil des Anglais cultivés, gâté par les merveilles de l’industrie d’art japonaise, que la monotonie du mobilier de chêne du style néo-gothique »
Koscher II.
O04t CHAP. X. ACTION IMMÉDIATE DE l’ÉTAT, ETC.
(Waentig). De petites sociétés pour la discussion des questions d’art industriel se constituèrent aux environs de 1870, et des sociétés plus importantes vers 1880. En 1884 fut créée la Home arts and industries ion, qui démocratisa
le mouvement artistique industriel. Cette association s’ef- . força d’instruire les classes pauvres dans toutes les espèces • de techniques des arts industriels, comme la sculpture sur bois, l’ébénisterie, le travail des métaux, la poterie, la rebure, la broderie, la filature, le tissage, la vannerie. C’est ainsi que progressivement, l’Angleterre entreprit de guider 1 Europe dans le domaine de l’art industriel. A l’exposition universelle de Paris en 1878, les industriels français demeurèrent « stupéfaits devant les meubles, tapis, dentelles, broderies, métaux ouvrés, parures, verreries et poteries, qu’avaient envoyés les ateliers de Londres, Birmingham* Glasgow, Nottingham, Worcester, Manchester, etc.»
Dès lors on songea en France également à se remuer. En 1882, on fonda l’Union centrale des arts décoratifs, et on reprit l’idée, demeurée en suspens depuis 1873, de doter Pans d’un musée d’art industriel, sur le modèle du musée de Kensington, sans pouvoir d’ailleurs immédiatement la réaliser. En 1889, on s’aperçut que la France occupait un rang supérieur par l’importance, la variété, l’extension et la richesse de son art industriel, mais qu’elle avait néanmoins dû céder la direction du mouvement. On s’est alors demandé, et cette idée prévalut un certain temps, si on avait créé un style nouveau : c’est une question sur laquelle on peut en demeurer là. On paraît en somme,en France plus qu ailleurs,se complaire dans la civilisation du xviii® siècle
et l’on semble vouloir remettre à nouveau en honneur l’époque de Louis XVI.
En Autriche, l’exemple de l’Angleterre avait, dès 1862, fourni l’occasion d’un mouvement de réforme de l’art in-
f 76. PROGRÈS DE l’art INDUST. ÉCOLES DES ARTS IXDUST. 355
dustriel. Ce fut d’abord l’architecture monumentale qui se réveilla d’une vie nouvelle. Puis, le 7 mars 1863, fut ordonnée la fondation d’un musée d’art et d’industrie, dont la haute direction fut confiée à Eitelberger. Ce musée fut transféré en 1871 dans un édifice à lui propre. 11 eut pour mission de « relever le goût national, de favoriser la création artistique industrielle et de préparer les moyens nécessaires à cet effet. » Les « rapports » du musée autrichien, paraissant depuis 1865, ont reçu à partir de 1872 avec les « Feuilles d’art industriel » [Blàtter für Kunstgewerbe), un complément populaire. En même temps que le musée, des instituts d’enseignement d’art industriel se développèrent, et l’on agit également par des expositions, qui amenèrent, dans les pays de la Couronne,l’ouverture de ]\Iusées d’art industriel sur le modèle de celui de Vienne. Mais le mouvement s’arrêta, et ce n’est que depuis 1898, avec la réorganisation du musée autrichien par von Scala, avec l’apparition la même année du journal Kunst und Kiinsthandwerk, avec l’ouverture en 1903 des ateliers viennois et de leurs sections indépendantes pour les diverses branches du travail des métaux, du bois et du cuir, que l’on a de nouveau retrouvé un courant favorable.
L’Allemagne est demeurée longtemps fort en arrière dans le domaine de l’art industriel. Les expositions universelles de 1855, 1862 et 1867 ne permirent de constater chez elle aucun progrès. L’exposition universelle de Vienne en 1873 eut pour l’Allemagne le sens d’une défaite radicale dans le domaine de l’art industriel. La production en masse à bon marché avait pris le dessus. La collaboration de l’art n’intervenait qu’avec une rareté relative. Les lettres de Reuleaux écrites de Philadelphie en 1876, portèrent cette incapacité à la connaissance de tous.On avait bien,en 1855, en fondant à Munich une société pour l’éducation des aiti-
ODO CHAP. X. ACTION IMMÉDIATE DE l’ÉTAT ETC.
sans, exprimé comme idée directrice « l’introduction de l’art dans l’industrie ». Mais l’oubli s’était fait, et les tentatives entreprises par la société pour assembler l’art et l’industrie étaient demeurées sans résultat.
Quoi qu’il en soit, le Musée national bavarois à Münich, le Musée germanique à Nüremberg, la réorganisation dJ 1 école des arts industriels de Nüremberg, les efforts des Offices centraux du commerce et de l’industrie en Württemberg, en Bade et en Hesse, avaient contribué à nourrir le sentiment artistique en Allemagne. Le mémoire publié en 1855 par Hermann Schwabe au sujet d’une école d’art industriel à Berlin, avait aussi fait connaître à l’Allemagne du Nord les résultats obtenus par l’art industriel anglais. L’association fondée le 25 mars 1867 sous la dénomination de « Musée industriel allemand à Berlin », se fixa comme but de rendre accessible aux industriels les secours de l’art et de la science. En 1879, elle donna naissance au Musée des arts industriels qui, en 1885, fut repris par l’Etat en même temps que 1 institut pédagogique qui l’accompagnait. La fondation de sociétés artistiques et de sociétés d’art industriel, la création de la revue hebdomadaire Kunst und Cewerbe, aux environs de 1870, furent d’autres étapes sur la route de la conversion. Depuis 1871 était apparue une abondante littérature d’art industriel ; la société munichoise pour l’éducation des artisans fut reformée en 1867, et organisa en 1876 la première exposition allemande artistique et industrielle-artistique. Se rattachant à celle-ci, eut lieu du 2d au 27 septembre de la meme année un congrès d’artistes, d’industriels, et d’amis des arts industriels. Dans la suite apparurent des sociétés d’art industriel plus importantes, qui prospérèrent plus rapidement que leurs aînées. Un deuxième congrès des Sociétés allemandes d’art industriel se réunit en 1883 à Münich, et l’année suivante fut
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créée l’Union des sociétés allemandes d’art industriel qui groupait en 1911, 45 sociétés avec 19.101 membres. A côté du journal de l’art industriel {Kunstgewerbeblatt) fondé en 1885, la feuille Werkkuns*, organe de la société berlinoise des arts industriels allemands, en représente les intérêts. La fondation des Ateliers Munichois « pour l’art dans le métier », et des Ateliers Dresdois « pour l’art du métier » en 1898,a la valeur d’un témoignage satisfaisant en faveur de l’accentuation du mouvement. Aux expositions universelles de Saint-Louis en 1904, et de Bruxelles en 1910, l’Allemagne a obtenu des succès considérables. En 1907, il a été organisé,à l’école supérieure de commerce de Berlin un enseignement spécial pour l’art industriel moderne. C’est avec un but nouveau, consistant dans l’ennoblissement du
travail industriel, qu’est apparue en 1907 une « ligue artisane allemande », {deutscher Werkbund) dont le siège effectif se trouve à Dresde. La notion de « l’art industriel » est devenue trop étroite. Il faut la remplacer par celles d’architecture et l’art industriel ; de métier et industrie ; de pièce séparée et marchandise en masse. On veillera en même temps à l’exécution plus approfondie du travail allemand. De l’essor économique indéniable du peuple allemand doit surgir également un art national, un style allemand (1).
Les écoles des arts industriels servent à répandre le sens artistique parmi les industriels, et à leur faire comprendre en même temps le but et les fins de l’art industriel.] Pour l’âge mûr chez les industriels, qui généralement n’est déjà plus apte à recevoir l’instruction systématique, l’enseignement sporadique donnant un relief animé à quelques points importants, provoquera une impulsion des plus utiles. Dans cet ordre d’idées se rangent, indépendamment’ des services des revues techniques et des bibliothèques, la visite des musées industriels^ qui ne doivent pas être des
CtJ» CHAP. X. ACTION IMMÉDIATE DE l’ÉTAT ETC.
collections de curiosités (2), ainsi que l’assistance aux discussions et aux conférences particulières (3), qui peuvent être tenues dans une société industrielle. — L’attribution de récompenses destinées à exciter l’esprit d’invention exige un grand discernement, parce qu’il n’est que trop facile de s’engager dans des erreurs coûteuses. Aussi l’Etat devrait-il, a ce point de vue, recourir à l’intermédiaire de sociétés industrielles et de chambres d’industrie capables ; mais en tous cas, lorsqu’il décernera une récompense, il devra se garder en visant à l’économie, de faire des prodigalités véritables. (4). C’est ainsi qu’une industrie, aujourd’hui encore exploitée par l’Etat, qui coûte plus qu’elle ne rapporte, peut être économiquement fort utile, par l’influence a titre d’exemple et d’école qu’elle exerce sur l’industrie privée. Mais il ne faut pas ici se borner à le supposer. Comme pour toutes les subventions publiques à des fins
privées, il est au contraire indispensable d’en rapporter chaque fois la preuve (5).
(1) [Heinrich Wàntig, Wirtschaft und Kunst, 1909 ; C. Roscher, dans le Handw. d. Staatsw., 3e éd., p. HOl Ed. J. Nôggerath, Z)ie Anstalten zur Befôrderung der Gewerbetreibenden in Deutschland, 1865 ; J. Ph. Gôschel, Die Kunstgewerbeschule in Nürnberg, 1866; C. Grünow, Z»a^ deutsche Gewerbemuseum in Berlin, 1868 ; Lessing, Bas Kunstgewerbe auf der Wienerausstellung, 1873; v. Lützow, Kunst und Kunstgewerbe auf der Wienerausstellung, 1873 ; A. v. Dum- REiCHER,^Expo5é über die Organisation des gewerblichen Unterrichts, 1876 ; Alb. Ilg, Die Kunst gewerblichen Schulen d. K. K. Handelsministeriums, 1876 ; Franz Reber, Festschr. z. Feier d. 25 jahrigen Bestehens d. Münchener Kunstgewerbevereins,. 1876 ; J. Lessing, Dw renaissance in heutigen Kunstgewerbe, 1877; Festschr. z. Erôÿnung d. Kunstgewerbemuseums in Berlin, 1881 ; J. F. Ahrens, Die Beform d. Kunstgewerbes in
§ 76. PROGRÈS DE l’art INDUST. ÉCOLES DES ARTS INDUST.
ihrem geschichtlichen Entwicklungsgange, 1886 ; J. V. Falke, Geschichte des deutschen Kunstgewerbes, 1888 ; C. Gurlitt, Die deutsche Musterzeichnerkunst, 1890 ; R. von Klimburg, Die Entwicklung des gewerblichen Unterrichtswesens in Œsterreich, 1900 ; Graul, Die Krisis im Kunstger verbe, 1900 ; Franz Droburg, Ueber die Entwicklung des modernen Kunstgewerbes,
1900 Baron v. Falkenegg, In memoriam Kaiserin Friedrich und das deutsche Kunstgewerbe, 1901 ; Bode, Kunst und Kunstgewerbe am Ende des 19 Jahrhunderts ; J. A. Lux, Das neue Kunstgewerbe in Deutschland, 1908 ; Henry van de Velde, Kunst gewerbliche Laienpredigten, 1902 ; L. Gmelin, Festschr. z. 50 jahrigen Jubilàum des bayerischen Kunst gewerbevereins,
1901 ; Zeitschr. d. Ver. zur Ausbildung d. Gewerke, 1851 bis 1868 ; Zeitschr. d. Kunstgewerbevereins München, 1869- 1896 ; Kunst und Handwerk, revue publiée par le Kunstgewerbeverein bavarois, depuis 1897 ; Das Werk, revue bimensuelle d’architecture et d’art industriel, 1909 ; Mitteilungen des Vororts des Ver bandes Deutscher Kunst gewetbe-Vereine,annnéi depuis 1901 ; Verhandlungsberichte des Deutschen Werkbundes, annuel ; Jahrbuch des Deutschen Werkbundes, 1912.]
(2) Sully avait déjà projeté un musée de machines,^ modèles, etc. {Economies royales, L. XXVI ; Morin, Catalogue des collections du Conservatoire, 1853, p. 21) ; Les splendides collections du Conservatoire des arts et métiers à Paris ont pour noyau celles fondées en 1755 par Vaucanson, et léguées en 1782 à l’État (V. Eitelberger, Kunshist. Schr., 2, p.241 et suiv.). [En ce qui touche le Musée pour l’art et l’industrie à Hambourg, dont la fondation fut, dès le xix® siècle, l’œuvre de la Société hambourgeoise pour le progrès des arts et des industries utiles, voir JusTUs Brinckmann Das Hamburgische Muséum, 1894. A Stuttgart a été fondé, en 1886, le Musée national industriel, issu de la collection (dépôt de modèles) commencée en 1849, des produits industriels remarquables de l’intérieur et de l’étranger {Festschr. über d. K. Württemberg. Landes gewerbemiiseum in Stuttgart, 1896 ; Kunsthandbuch f. Deutschland, 6e éd., 1904.]
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3G0 CHAP. X. ACTION IMMÉDIATE DE l’ÉTAT^ ETC.
(3) En Angleterre, les Mechanics Institutions jouent un rôle important. Moyennant un faible droit d’entrée, on peut, en général, se faire ouvrir leurs collections de livres, machines, modèles, etc. ; elles reproduisent des expériences et donnent des conférences de sciences naturelles et de technologie ; souvent aussi, elles entretiennent à côté d’elles une école préparatoire systématique (Kohl, Englatid, II, 305 et suiv.). Elles ont notablement éveillé l’esprit d’invention. Toute l’Angleterre ne possédait, en 1831, que 55 Mechanics Institutions avec 7.000 membres, mais, en 1861, leur nombre était déjà passé à 1.200 avec 200.000 membres. Leur croissance est encore une suite de l’impulsion d’Owen (H user, Soziale Fr., 7, p. 21). Les cours rattachés au Musée autrichien des arts et de l’industrie entendent principalement ouvrir au public consommateur 1 intelligence de'l’art industriel (v. Eitelberger, loc. cit., 2, p. 110). [Sur la Belgique et la Hollande, voir Marius Vachon, Rapport sur les Musées et les Ecoles d'art industriel, 1888.]
(4) Un prix fondé par la Society of Arts de Londres fut l’un des principaux mobiles de l’invention de Jacquard (Wyatt, Report of the French exposition, 1849). L’invention consistant à teindre la soie avec le bleu de Prusse fut le résultat d’un prix de 25.000 francs institué par Chaptal (Chaptal, Ind. Fr., II, p. 103). Napoléon I®*" promit la somme de un million de francs pour l’invention d’une machine à filer le lin. Quoique sa chute l’ait empêché de payer ce prix, l’importance de la somme n’en constitua pas moins un encouragement des plus puissants.
(5) En Autriche, on attendait de la suppression de la manufacture impériale et royale de porcelaine un essor de l’industrie privée. Ce fut justement le contraire qui se produisit (v. Eitelberger, Kunsthistorische Schriften, 2, p. 356). La manufacture des Gobelins à Paris, la manufacture de porcelaine de Sèvres ont acquis, comme établissements modèles, une importance du plus grand style, et également avec elles l’imprimerie nationale de Paris, la fabrique de porcelaine de Pétersbourg (depuis 1744), la verrerie de Pétersbourg (depuis 1794), l’établissement impérial de mosaïques, etc.