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EFFETS

voient la baisse en temps utile, et peuvent encore continuer de gagner pendant celle-ci en utilisant pour de nouveaux achats le désarroi des cours (7). — Il va de soi qu’on ne saurait considérer de pareils procédés de l’oligarchie financière comme propres à la consolider ; ils ne peuvent bien plutôt que grossir les dangers de révolution et de césarisme, qui veillent dans la pénombre (8). La fréquence des crises constitue surtout une provocation terrible, en ce que les renvois d’ouvriers qu’elles causent rendent illusoires l’excuse des entrepreneurs, bien fondée en temps normal, d’être les seuls à courir les risques de leur profession (9).

(1) Le capital- actions de 444 sociétés prussiennes, sur lesquelles ont été faites les observations d’Engel, a comporté, comme émission et versements, un montant total de 1.209 millions de thalers. Sa valeur, d’après les cours de fin 1872, atteignait 1.509.482.442 thalers ; fin 1874, 998.750.305 thalers ; fin 1875, 804.697.540 thalers {Preuss. statist. Zeitschr., 1875, p. 528).

(2) V. Mangoldt, Volkswirtschaftslehre, p. 185.

(3) C’est ainsi que toute banqueroute renferme, à proprement parler,une crise de débouchés en petit. Si les Anglais voulaient consommer leur fortune nationale toute entière, les effets en résultant seraient en degré beaucoup plus forts, mais en espèce tout à fait analogues à ceux que produit le vertige précédant la dépression d’une crise.

(4) On pourrait appeler les crises de débouchés, « les grands . orages du marché mondial, où le conflit de tous les éléments de

la production civile éprouve une décharge » (Marx). Ces orages fécondent le sol et purifient l’atmosphère.

(5) Suivant le tableau dressé par Juglar, les années de reflux suivant immédiatement une crise présentent pour les escomptes les chiffres suivants : 1805, 255 millions de francs ; 1811, 391 ; 1814, 84 ; 1820, 253 ; 1828, 407 ; 1832, 150 ; 1841, 885 ; 1849, 256 ; 1859, 1660.

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(6) A. Walker, Science of wealth, p. 258 et suiv. La crise qui éclata au début de la guerre de Sept ans eut pour effet qu’à Rouen, 10.000 ouvriers se présentèrent dans l’espace de 15 mois, au recrutement militaire pour s’engager {Encycl. Méth., Mannf. et Arts, II, p. 250). En Angleterre au moment de la « famine du coton, au cours de la guerre de la Sécession, beaucoup de patrons furent quelque peu dédommagés de l’arrêt de leurs affaires par la plus value de leurs réserves de marchandises, mais les ouvriers ne le furent pas. Les fabriques de machines de la Basse-Autriche occupaient en 1873 environ 8.000 ouvriers, en 1875, 2.700 seulement. Une constatation morale, de nature à rassurer d’autant mieux 1 esprit de liberté;est qu’en période critique, le crime fait peu de progrès. Ainsi, pour le Lancashire, pendant les bonnes années 1825 et 1827, il y a eu 117 et 269 comrnittals to the sessions, (renvois aux assises) et pendant l’année de crise 1826 seulement 172.

(7) En général,cette « décapitalisation » des petits commence par la liquidation des dépôts, c’est-à-dire par le refus de prolongation des prêts consentis sur valeurs déposées en gage. Lors du krach de Vienne, les usuriers purent continuer longtemps leurs profits,en répandant le bruit que les actions non entièrement libérées devaient l’être en totalité, ce qui poussa de nombreux actionnaires à vendre à tout prix. D’ordinaire toutefois, les banques font de meilleures a’ffaires pendant l’expansion que pendant le collapsus. Ainsi d’après le bulletin de la bourse de Berlin, 48 anciennes banques avaient donné, pendant les années 1870-74, des dividendes moyens de 7,3 0 /O ; 9,8 0 /O ; 10,75 0 /O ; 7,15 0 /O ; et 6,83 0 /O ; 95 nouvelles banques avaient donné pour la période 1871 -74 11,28 0 /O ; 10,46 0 /O ; 2,52 0 /O ; 2,89 0/0. De véritables usuriers peuvent, avec l’effondrement d’une société par actions, gagner autant qu’avec sa création,

« exactement comme des picks-pockets peuvent voler avec autant d’aisance, quoiqu’avec beaucoup plus d’immoralité, dans un incendie que dans une fête publique. »

(8) C’est le cas de la grande crise qui suivit la proclamation de l’indépendance américaine, et que Mirabeau qualifia d’ « ac-

coucheuse principale de la Révolution française ». (M. Niebuhr). La crise florentine de 1346 contribua beaucoup à favoriser les

plans ambitieux du duc d’Athènes (voir A. Reumont, Lorenzo

I çon Medici, p. 93).

i (9) Autrefois, les ouvriers considéraient les misères de la crise

j comme envoyées par Dieu, tandis qu’aujourd’hui, ils ne

[ manquent pas tout au moins d’apercevoir les responsabilités

I delà spéculation dans celles-ci (R. Meier, Emanzipationskampf, ' I, p. 380). Il existe toutefois encore une différence importante

entre les crises anciennes comme en 1695, 1718, etc., et les crises ; modernes depuis l’avènement de la grande industrie, en ce que

I les premières sévissaient principalement sur les seuls capita- I listes, tandis que les secondes affectent de plus en plus durement les masses ouvrières, aussi bien pendant l’expansion que pendant le collapsus.

thérapeutique

hes moyens préventifs contre la maladie sont principalement au nombre de trois que nous allons examiner.

A. — Une statistique supérieurement développée et vulgarisée. Si tout producteur ou commerçant possédait une notion précise et constante, aussi bien de la grandeur des besoins que du nombre et des établissements de ses concurrents, des crises importantes seraient à peine possibles. Dans une civilisation avancée, cette notion devient toujours plus difficile en raison de la complexité croissante des relations économiques embrassant le globe entier. Mais en même temps, les moyens de réaliser cet idéal deviennent sans cesse plus abondants, avec la publicité toujours plus

grande de la vie, le nombre et la capacité des fonctionnaires, I en particulier des consuls commerciaux, avec les inspecteurs de fabriques, les bureaux de statistiques, les sociétés agricoles, les cartels de fabricants, les chambres de commerce, etc. (1).

B. — Aucune tutelle étendue de VEtat sur les particuliers ne saurait être un bon moyen préventif contre les crises.

Si elle prétend surveiller et diriger effectivement la production et la consommation, elle ne peut être prise au sérieux.

Ce ne serait que par hasard qu’elle exercerait çà et là son influence. Toute faveur positive de l’Etat vis-à-vis d’un particulier renferme une défaveur vis-à-vis d’un autre pourtant lui-même aussi contribuable. Quelques productions en pourraient être artificiellement exagérées, d’autres artificiellement entravées, et par là, la rencontre naturelle

de l’offre et de la contre valeur souffrirait de troubles mul- | tiples.Une plante de serre offrira moins de résistance aux vrais ouragass qu’un arbre poussé en liberté. La seule habitude d’attendre toujours les conseils et les secours de l’Etat paralyse dans le danger (2). Ceci ne s’applique pas, il est vrai, à une législation bien comprise sur les actions et les banques (§ 121 et suiv., 190 et suiv.). Un système douanier peut également, par une mobilité sage et bien réglée des droits, affaiblir la force de contagion des crises de débouchés qui se produisent à l’étranger (3) (§ 53).

C. — Le bien d’une nation suppose avant tout une marche constante et logique de son administration publique, sans oscillations brusques. Une pareille régularité de la politique est en même temps un excellent moyen préventif contre les crises de débouchés. Un gouvernement fallacieux 1 et malhonnête sera pour la nation un gage de tromperies

et d’improbités. Lorsqu’on ne peut compter avec certitude sur l’application rigoureuse des lois,et sur le développement

régulier des principes publics une fois admis(4),les spéculations les meilleures sont vouées à de fréquents échecs. Mais en vérité, il n’y a que les gouvernements forts qui puissent se montrer conséquents avec eux-mêmes (5).

(1) [Dans l’industrie suisse de la broderie, la crise désastreuse qui éclata en 1884 amena la constitution d’une union centrale de producteurs, qui s’efforça de ramener la surproduction à des bases saines (G. Baumberger, Gesch. d. Zentralverbandes d. Stickereiind. 1891 ; Hintze, dans le Jahrb. /. Ges. u.‘Vern\, 18, p. 1266)].

(2) Les lois contre l’usure, par exemple, lorsqu’elles sont en fait réellement observées, peuvent n’avoir pour résultat que d’entretenir la surspéculation précédant la crise, en empêchant d’exiger une prime d’assurance correspondant à l’intégralité des risques des entreprises inconsidérées. Elles ferment la voie la plus propice à une bonne administration bancaire pour préserver des crises.

(3) En France, sous Louis-Philippe, non seulement le tarif douanier était révisé tous les ans, mais encore le gouvernement avait le droit, si tout retard offrait un danger, de décréter luimême des modifications provisoires. Ce système paraît avoir en fait réussi, en 1842, à dissiper en grande partie le péril des tentatives d’expulsion des marchandises de la crise anglaise, qui s’étaient produites avec une intensité si considérable. — Le rétablissement de la paix générale en 1814 amena une crise chez les producteurs anglais de blé. Ricardo lui-même conseilla, comme remède. « peut-être » l’imposition pour plusieurs années d’une taxe douannitre à l’importation, qui aurait progressivement décru {PrincipleSf ch. 19). Des crises comme celles de 1857 et 1873, qui affectent en même temps la terre presque entière, ne pourraient certainement pas être combattues par ce moyen. C’est ainsi par exemple qu’aux Etats-Unis, le nombre des banqueroutes de 1870 n 1877 s’est accru bien davantage qu’en Angleterre. Un des cas exceptionnels, où l’Etat a réussi à empê-

cher une crise, a été le procédé employé par le gouvernement prussien, qui, au début des « Crédits mobiliers », déclara nulles les négociations à terme de promesses d’actions, certificats provisoires, feuilles de quittances, etc., et défendit aux courtiers en Bourse les opérations sur les valeurs étrangères (Ehrenberg, Fondsspekulation, pp. 71, 145).

(4) En 1876 on fit valoir contre les « procès aux fondateurs » 1 objection, qu’ils accentuaiènt l’inquiétude générale en remuant des méfaits depuis longtemps commis, et qu’il était extrêmement rare que la justice pût atteindre précisément les fondateurs les plus véreux. Pourtant, c’était un moyen de rendre sans fondement des soupçons, forts inquiétants de la part des socialistes, grâce à la démonstration, quoique tardive, d’une justice de 1 Etat. En outre de nombreux « fondateurs »,bien qu’acquittés, ne s en seraient pas moins trouvés en fait cloués au pilori par la publicité des débats judiciaires.

(5) Les crises qui suivent généralement les traités de paix pourraient se trouver fort adoucies.si Fon ne modérait pas aussitôt les impôts élevés des dernières années de guerre, et si Fon répartissait sur une plus longue période Fébranlement considérable de la consommation. Mais combien de gouvernements et de parlements auront-ils la force de résister à la pression du peuple épuisé, qui réclame un allégement immédiat ?

Le remède à une crise de débouchés ne peut consister qu’en ce que, soit l’offre s’abaisse au niveau de la demande, soit la demande s’élève au niveau de l’offre. En ces sens travaille déjà de lui-même le cours naturel de la maladie, en dépit de souffrances violentes, et grosses de dangers moraux aussi bien que politiques. Dès que la crise est reconpue en tant que telle,il va de soi que de nombreux producteurs restreignent leur production devenue trop abon-

i dante (l).D’un autre côté, agissent en sens inverse de l’engor-

gement,les prix de mévente auxquels doivent se résoudre de nombreux commerçants et producteurs gênés. Les réserves de marchandises bloquées se vident alors d’autant f: P^us rapidement, que pendant le vertige antérieur des

Gours, de nombreux consommateurs avaient différé leurs f achats, tandis qu’également tous les petits commerçants

I non spéculateurs avaient réduit leurs stocks au minimum,

jj De nombreux producteurs tombés en faillite vendent leurs

établissements à des prix inférieurs à ceux qu’il leur ont i coûté. Leurs acquéreurs se trouvent dès lors en situation

d offrir les produits à meilleur compte, et le public s’accoutume ainsi à un accroissement durable de la consommation.

Ces remèdes naturels ne doivent être contrariés sur aui Clin point par l’aide artificielle de l’Etat, qui doit s’employer

I bien plutôt à les favoriser et à adoucir les souffrances qui

I accompagnent leur action.

jj [On croit aujourd’hui avoir trouvé, notamment dans les

I cartels,un moyen de réglementer la production d’une ma-

j nière utile et conforme à l’intérêt de la collectivité. Spiet-

hoff se promet davantage encore de la centralisation ; bancaire. Les banques centrales d’émission auraient fait

leurs preuves dans la préservation des paniques, et les banques d’effets se trouveraient en situation d’empêcher la naissance de la surspéculation et des etablissements industriels nouveaux en surnombre. Au surplus, SpiethofT fait remarquer que, quoi qu’il semble impossible dans l’avenir d’éviter des crises, leur caractère se serait pourtant modifié d’une manière essentielle. « De crise en crise, la crédulité naïve dans le gain, l’escroquerie avérée, les orgies de fondations ont subi une régression de plus en plus sensible. » On pourrait s’attendre à ce que les progrès de la réforme sociale, la participation plus forte des classes infé-

Rcscher II. 28

rieures aux bénéfices de la production, la sécurité plus grande de leur existence, rendent les conséquences des crises moins funestes ; à ce que les perfectionnements de notre organisation, l’adaptation toujours plus poussée aux formes nouvelles de la participation ouvrière à la production capitaliste, le développement favorable des grands facteurs généraux, permettent aux catastrophes économiques de revêtir des formes toujours plus civilisées :(2).]

(1) Il existe, il est vrai, des raisons qui incitent les producteurs riches à continuer pour un temps de travailler à perte. Il en est ainsi, par exemple, lorsqu’ autrement leurs ouvriers mourraient de faim, ou lorsque les plus habiles d’entre eux songeraient cà émigrer ; lorsque sont constitués en masses importantes des approvisionnements de matières à travailler facilement périssables ; lorsque la perte d’intérêt résultant de l’arrêt des machines et ateliers surpasse uh temps encore la diminution des prix. R. Cobden affirmait, lors d’un petit meeting tenu en 1839, qu’il y avait dans l’assistance des personnes qui dans les trois dernières années avaient perdu au minimum GOO.OOO livres ; les membres de la Chambre de commerce de Manchester auraient depuis 1835, ajoutait- il, sacrifié au moins un million et demi de livres (Ashworth, Statistics of the présent dépréssion of trade in Bolton, 1842).

(2) [Jahrb. f. Ges., 26, p. 759].

Dans la plupart des cas, l’Etat peut atténuer une crise effectivement éclatée, par les moyens suivants.

A. — Il peut, au moins passagèrement, relâcher tous les liens usuels de l'activité économique libre, et en elle-même légitime (1). Si l’on voulait,par exemple,laisser subsister les

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entraves légales à l’exportation, pour les marchandises existant en surnombre, ou les entraves à l’importation pour les contre- valeurs par lesquelles l’étranger pourrait remédier à 1 encombrement national, on maintiendrait de propos délibéré l’essence même de la maladie. En ce qui touche les les obstacles à la liberté d’établissement, qui préférerait voir les ouvriers mendier et mourir de faim dans leur localité, au lieu d’aller gagner leur vie dans un autre endroit du même pays ? Il y a quelque chose de semblable dans les taxes censitaires, qui furent pour ce motif suspendues à bon droit en Prusse pendant la crise de 1857 (2).

Pour aider à soutenir le fardeau momentanément insupportable d’une crise, en le répartissant sur un plus long délai, le meilleur moyen consiste dans les secours decrédit aux entrepreneurs en détresse. Imaginons par exemple un pays qui, en année normale, consomme un million de pièces de drap, et ne peut en année de crise en acheter que 200.000. A l’aide d’avances de l’Etat, remboursables en deux ans, les fabricants de drap pourraient continuer à produire de 700 à 800.000 pièces. Il est entendu qu’ils ne devraient produire que cette quantité réduite pendant la prochaine année et la suivante, au lieu de la quantité d autre part normale de un million. Mais le coup terrible serait du moins réparti sur 3 ans, et n’aurait pas été mortel suri instant même. Nous entendons ici qu’il s’agit d’avances commerciales à des débiteurs qui ne souhaitent qu’une liquidité plus grande de leurs ressources largement assurées, contre des garanties régulières et des intérêts normaux, l’extraordinaire du moyen ne consistant qu’en ce que 1 Etat créancier peut attendre plus longuement que le reste du monde des affaires, en proie à une terreur panique (3). Cette panique n’est d’ailleurs pas l’essence de la maladie non plus que sa cause principale, mais sa conséquence, qui

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aggrave beaucoup plus l’état général du malade que ne le feraient nécessairement les circonstances d’autre part, et qui pour cette raison mérite d’être spécialement combattue (4). Le point de retenue, à la fois en dehors et en amont du torrent de la panique, peut être fourni non seulement par l’Etat (5) ou la commune (6), mais encore par une grande banque d’une solidité éjirouvée (7), et même par une association de formation nouvelle (8). Que de fois en effet, la simple assurance de pouvoir à tout instant obtenir un prêt n’a-t-elle pas rendu ce dernier superflu (9). En général d’ailleurs, l’Etat, en raison de son ignorance des personnes et des affaires, ainsi que des dangers multiples de son immixtion dans les intérêts privés, fera bien de ne pas directement répartir les secours par lui consentis, mais par l’intermédiaire d’hommes d’affaires privés et de préférence par une bonne banque (10).

G. — Les organes de retenue, ainsi placés en dehors du torrent de la panique,peuvent employer à secourir les gens en détresse,non seulement leur avoir présent, mais encore leur propre crédit. Il ne faut toutefois pas confondre ici l’argent et le capital. Presque toutes les crises souffrent, entre autres choses, du manque d’argent, parce que les succédanés ordinaires de celui-ci refusent partiellement leur office, et que souvent encore, la cause elle-même de l’arrêt des affaires, guerre, mauvaise récolte, etc., a contraint à des sorties d’argent anormales. C’est ce qui aggrave forcément la crise, et le meilleur moyen d’y parer serait une augmentation exactement correspondante des moyens monétaires. La masse de cette augmentation devrait être plus petite que la lacune survenue, puisque pendant la crise,les prix des marchandises et les transactions se sont réduits. Sa forme devrait en même temps en faciliter le retrait, la maladie une fois surmontée, parce qu’ autrement un trouble

§ 90. REMÈDES APPORTÉS PAR l’ÉTAT, ETC.

nouveau serait rendu possible, par suite d’un superflu monétaire. Mais dans toute crise importante, ce ne sont pas seulement les instruments facilitant le réglement des achats qui viennent à manquer, mais encore la capacité d’achats elle-même, dont le montant coïncide, pour toute économie et en dehors de la question de crédit, avec la valeur d’échange courante et immédiatement réalisable des marchandises que cette économie peut jeter dans le commerce. Ce manque de capitaux courants disponibles, qui repose pendant la crise sur la dépréciation des approvisionnements, ne peut trouver un remède certain dans une simple augmentation de la monnaie (11).

D. — En faveur des ouvriers, qui en dépit de tous les moyens ci-dessus examinés voient interrompre leur acti-

, vité,il peut être organisé par VEtat des occupations extraor-

I dinaires. Il faut qu’il s’agisse de travaux véritables et utiles

en eux-mêmes, dont l’exécution, prévue pour une époque ultérieure, était cependant une chose arrêtée déjà. La discipline doit à leur égard se manifester avec d’autant plus de rigueur, que des masses ouvrières considérables, occupées I en dehors de leurs habitudes, accumulées sans un plan fixe

! et recevant un salaire inférieur, peuvent aisément troubler

l’ordre et aggraver ainsi encore la crise (12). Lorsque les crises de débouchés se reproduisent presque régulièrement à certains intervalles, il serait préférable de réserver, pour leur échéance, des travaux publics ou communaux appropriés (13).

E. — Dans presque toutes les crises importantes, on

1 réclame impérieusement une modification ou une suspen-

i sion des dispositions législatives sur les dettes (14). Ceci

ne peut le plus souvent qu’aggraver le mal, en ajoutant à I l’insécurité juridique, pour accentuer ainsi l’inquiétude

des honnêtes gens. Tout au plus devrait-on, à l’instant ©ù

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le bouleversement atteint son apogée, et où d’ailleurs toutes les affaires se trouvent suspendues, chercher à éviter, par une courte (15) prolongation des effets et une remise du prononcé des faillites, beaucoup de celles-ci que ne rendrait aucunement nécessaires l’exact bilan de l’actif et du passif (16, 17).

(1) Une mesure analogue est la suppression, lors d’une cherté des grains, des privilèges corporatifs des boulangers.

(2) En Angleterre en 1818, la proposition de supprimer les taxes censitaires fut rejetée. On paya cette imprudence d’une façon extrêmement sensible en 1826 (Vol. I, § 193). En sens contraire, le gouvernement de Peel, au cours de la crise de 1842, a non seulement maintenu la plus rigoureuse sécurité juridique, cette condition essentielle de toute guérison économique, au milieu d’une grande fermentation populaire, mais encore il s’est efforcé de la manière la plus efficace, en modérant les droits sur les blés, surtout vis-à-vis des colonies, et en atténuant les impôts

directs, de rendre possible un essor général de l’industrie anglaise.

(3) Tooke admet qu’aussi bien en 1793 qu’en 1811, les secours, sous formes d avances en bons du trésor anglais, n’ont commencé que lorsque et là où le principal de la crise était déjà passé. Tooke se montre en général opposé à des subsides de ce genre. Au cas où, sans en tenir compte,les prix ne remontent pas bientôt, les négociants et autres gens secourus n’arrivent qu’à être obligés de payer plus longtemps des frais de magasinage et des intérêts,pour pouvoir continuer encore leur système à rebours du bloquage des marchandises {H. of. P. I p. 197 337), C’est pour ce motif que l’Etat anglais ne combattit pas la crise de 1826 au moyen d’avances. Dès que le gouvernement ne veut que veiller rigoureusement à ce que sa caisse n’éprouve aucun préjudice de l’aventure, il peut,en toute tranquillité morale, laisser à chacun le soin de résoudre lui-même la question de savoir si la mesure est réellement profitable aux commerçants et

§ 90. REMÈDES APPORTÉS PAR l’ÉTAT, ETC.

autres. Sur les 238 négociants qui en 1793 reçurent un total de 2.200.000 livres sterling de secours, il n’en est pas un seul qui soit ultérieurement demeuré débiteur envers l’Etat. Celui-ci réalisa même un bénéfice, en recevant un escompte supérieur à l’intérêt de ses bons du Trésor.

(4) Lorsque la guerre prend une tournure rapidement favorable, on n’utilise que peu les secours de l’Etat. Ainsi par exemple, les bons de caisse de prêts de l’Allemagne du Nord atteignaient à peine, vers la fin d’août 1870, 3 millions de tha- 1ers, soit un dixième du maximum légal, et la Caisse de Brême fut même fermée le 8 septembre, faute d’occupation. Mais si la guerre avait 'mal tourné pour l’Allemagne, il est probable que ces bons se seraient fort augmentés,et auraient été l’objet d’une mesure de cours forcé {Preuss. Jahrb., octobre 1870, p. 429). '

(5) Lauderdale voudrait qu’en cas de guerre, et partout où des événements politiques ont provoqué la crise, tout particulier ait un droit à des secours de l’Etat de ce genre (Inquiry into

the nature of wealth, 2® éd., p. 91). Les anciens savaient déjà

que souvent,l’intérêt propre de l’Etat tout au moins peut être en faveur de procédés semblables. Lorsque Napoléon chercha à atténuer la crise de 1811 par des achats au moyen des deniers publics, il fut obligé de le faire en secret,et sous l’apparence de moyens fournis par les grands banquiers (Thiers, Consulat et Empire, XIII, p. 25).

(6) Le Conseil de Hambourg avança, pendant la crise de 1763, un million de marks sur des marchandises. Vers 1799, il y eut à nouveau des avances de 1’ « amirauté » pour deux tiers au plus de la valeur des marchandises en garantie ; toutefois l’Etat ne fournissait de secours que par son crédit, en ouvrant aux propriétaires des marchandises un compte de dépôt en banque. Au cours de^cette même crise, Brême n’accordait ses avances d’Etat que jusqu’à concurrence de la moitié de la valeur (Büsch, Werke, 7, p. 344, 379 et suiv.). Leipzig créa en mai 1866 une caisse municipale d’avances, qui consentit des prêts à 6 0/0 pour 6 mois, en appoints de 100 et de 500 thalers. Cette

• caisse prêtait sur les produits bruts (à l’exception des grains, ma-

tériaux de construction et combustibles), sur les produits, fabriqués non sujets à la mode, sur les valeurs de l’Etat saxon les lettres de gage, les priorités de chemin de fer, et les créances hypothécaires admises au placement des fonds des incapables. Les prêts pouvaient atteindre, tantôt la moitié, tantôt les deux tiers de la valeur des cours. Le débiteur devait souscrire à 3 mois une seule de change, et le pacte commissoire était autorisé au profit de l’établissement.

(7) La crise anglaise de 1866 eut ceci de particulier, qu’aucun« banque d émission ne perdit la confiance publique, ^et que toutes purent bien plutôt augmenter leur circulation {StatisL Journ.y 1870, p. 224). La banque d’Angleterre avait au 10 mai, prêté en une journée plus de 4 millions sterling ; le 11 sa réserve ne s’élevait plus qu’à 3 millions. Aussi le 12,Vact de Peel fut- il suspendu, ensuite de quoi il n’y eut plus aucun besoin réel d augmenter la quantité des billets (\\olowski. Enquête des banques^ p. 69).

(8) A New~\ ork, pendant la crise de 1873, une association de banques fut assez solide pour émettre, avec garantie solidaire, des chèques que certainement aucune d’entre elles n’aurait pu réellement payer sur l’heure (B. Price, Ciirrency and Banking, p. 151). Il y eut à Hambourg, en 1799, une société d’avances, qui par seules de change à 4 mois, prêta sur marchandises jusqu’aux deux tiers de leur valeur d’estimation, et fournit aux porteurs de ces traites, en dehors de la garantie des marchandises engagées, encore la caution hypothécaire de quelques très riches négociants. Il en fut de meme au cours de la crise de 1857.

(9) Lors de la crise anglaise de 1793, les provinces craignaient de manquer d’argent. Aussi se produisit-il une affluence considérable à la banque de Londres, à la suite de laquelle on commença bientôt dans cette ville, à manquer de billets. La simple déclaration de l’Etat, de vouloir consentir une avance de 5 millions sterling en bons du Trésor, rétablit rapidement la confiance, et en fait,les demandes n’atteignirent pas la moitié de cette somme. Pendant la crise de 1811, on n’eut en fait recours qu’à 2 millions sur les 6 millions accordés.

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[ (10) Lors d’une crise, les délibérations commerciales des

' grandes députations n’aboutissent généralement qu’à aggraver

le mal (Wagner, Peels Akte, p. 293, 296).

(11) Un bon administrateur peut avoir en caisse autant d’argent comptant et même davantage, qu’en moyenne, et restreindre cependant les achats de spéculation et de consommation, si l’ensemble de son avoir se trouve fortement diminué, ou tout au moins compromis, par les faillites d’autrui, la dépréciation de ses actions, etc. Le manque de navires peut empêcher les négociants de recevoir une certaine quantité de marchandises ; mais même en cas d’extrême surabondance de navires, les achats sont forcés de demeurer inférieurs, si les acheteurs possibles manquent de fonds et de crédit (vol. I, § 121). Tant est peu raisonnable, en vérité, le cri populaire de presque toute crise, en faveur d’une augmentation des moyens monétaires l (Disc, upon trade, p. 11 ; Roscher, Ansichten der V. W., 2,

t p. 483 et suiv.).

(12) On en fit la fâcheuse expérience en 1848 en Allemagne et en France. Par contre, la crise de la soierie lyonnaise en 1837 se guérit à merveille, tandis qu’avec un fonds de seulement 126.000 francs, 5 à 6 mille ou\Tiers sans ressources purent, pendant 8 mois, être tout au moins à peu près tirés d’affaire. (M. Chevallier, Cours d'E. P., 1, p. 179 et suiv.). A Mulhouse, au début d’une période de chômage, on renvoyait d’ordinaire d’abord les ouvriers étrangers, puis ensuite les ouvriers français n’appartenant pas à la ville, en sorte que les originaires de celleci ne manquaient vraiment jamais de travail. (Penot, Rech. statist. sur Mulhouse dans le Bulletin de la société industrielle, XVi, pp. 263 et suiv.).

(13) Napoléon III, après la conclusion du traité de commerce avec l’Angleterre, avait menacé les fabricants mécontents qui voulaient fermer leurs usines,d’exproprier celles-ci au profit de l’Etat. Ce n’était j:}u’un moyen de les effrayer. Mais en 1871, la Commune de Paris recourut en fait à une extrémité de ce genre, vis-à-vis des fabriques dont les propriétaires avaient pris la fuite (Bull, des lois de la Commune, p. 26).

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(14) Sur les moratoria en général, voir vol. I, § 94. Sur les induits généraux agricoles, voir vol. II, § 138.

(15) En France, le moratorium des effets de 1870 a, longtemps encore après la guerre, mis de nombreuses personnes dans l’embarras, surtout en les obligeant à laisser courir leur responsabilité pour autrui bien au delà des délais prévus.

(16) La Bourse de \ ienne arrêta complètement, et de son propre chef, les transactions le 9 mai 1873. Puis du 10 au 15, avec 1 assentiment du ministre des Finances, elle prolongea ce moratorium au profit des solvables comme des insolvables. Cette mesure a certainement beaucoup aidé à aggraver la ter-

, reur panique qui se manifesta alors {n^v\\m-îii,Spekulatwnscrisis, p. 251).

(17) K. \^ AssERRAB, Preise und 7vri5e/î,1889.L’auteur appelle notamment l’attention sur ce que, dans l’état présent de liberté d’organisation économique particulière, dans' beaucoup d’industries importantes, les quelques grandes maisons qui réussissent, en vendant à prix inférieur aux petites, à se maintenir seules, en viennent en général, après une lutte de tarifs plus ou moins longue, à se coaliser entre elles. Il serait fort à désirer dès lors de les grouper en syndicats obligatoires, pour ne leur permettre, en les plaçant par exemple sous la surveillance de l’Etat, que des profits modérés (pp. 140 et suiv.)

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