EMPLACEMENT DES BRANCHES PARTICULIÈRES
DE l’industrie
Les lois naturelles qui déterminent les emplacements ^convenables pour les branches particulières de l’industrie, n’offrent pas seulement au point de vue théork[ue la clef de l’histoire et de la statistique tout entière de celle-ci. Elles servent encore au point de vue pratique, aussi bien à orienter les industriels, qui entreprennent de lancer quelque chose de nouveau, qu’à diriger, en la matière, la politique de l’Etat. En général, une industrie dont les débouchés ne sont pas limités aux lieux même de sa. situation, sera le plus avantageusement installée là où ses pareilles ont accompli le plus de progrès. En effet, c’est en eet endroit que l’on peut admettre la présence des plus grands avantages naturels ; c’est là que la population possède l’adap- I tation la meilleure, c’est là aussi que l’on trouve d’ordinaire
les dispositions les plus favorables à l’avancement des arts. C’est pourquoi le simple fait de la prospérité d’une branche de l’industrie à une certaine place constitue une raison décisive pour y attendre la- continuation de son essor, même au cas où le motif initial qui l’a attirée serait venu à
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disparaître. La fabrication florissante de l’agate à Birkenfeld reposait à ses débuts sur la présence fréquente de pierres d’agate dans le voisinage ; pourtant, depuis 1834, la plus grande partie de la matière première est tirée du Brésil (1). Nous rattacherons à ceci un fait fréquent : une industrie prospère peut être contrainte par un accident quelconque d’abandonner le lieu primitif de son installation ; elle ne recherche pas alors comme emplacement nouveau le meilleur au point de vue absolu ; elle choisit, au contraire, celui qui se trouve le plus à proximité de l’ancien et offre avec lui le plus d’analogie, sans être cependant frappé des mêmes désavantages, ayant imposé son abandon. Au moyen âge, en Flandre, les manufactures Jainières ont ainsi émigré, à cause des troubles intérieurs, de Bruges vers Gand, puis de Gand vers le Brabant ; les industriels protestants, persécutés à Cologne se sont réfugiés à Elberfeld et à Crefeld ; les huguenots tisserands en toile, etc., de Normandie et de Bretagne ont passé en Dorset et en Sommerset ; les drapiers hollandais écrasés d’impôts sont venus s’installer à Limbourg, Liège et Aix-la-Chapelle. Citons encore les fabriques nombreuses de Mulhouse, du \4 ürttemberg, du Vorarlberg, etc., qui furent fondées avec des capitaux suisses ; les fabriques de drap prussiennesdans les parties occidentales de la Russie, et celles belges transportées, après 1830, dans le Brabant septentrional hollandais.
Lorsque Vorganisation du travail se trouve, pour un motif quelconque, encore peu développée dans une industrie, celleci doit chercher son emplacement principalement à proximité d'' avantages de consommation. Si cette organisation die travail est plus avancée, c’est la proximité d'avantages de production, qui sert de raison décisive. Cette loi correspond au fait que, dans les débuts de toute économie sociale, la
DE LEMPLACEMENT
prépondérance est acquise à la production des consommateurs eux-mêmes ; plus tard seulement, lorsque l’organisation du travail se perfectionne un peu, c’est l’acceptation des commandes qui prédomine ; enfin, à un degré de civilisation supérieur, les entreprises, au sens propre du mot, jouent d’ordinaire un rôle d’importance toujours croissante et s’établissent de plus en plus à leurs propres risques (Vol. I, § 195). De nos jours, nous ne considérons l’offre et la demande que comme deux aspects différents de la même transaction. Mais, à un degré de civilisation inférieur, le sentiment du besoin précède régulièrement et dépasse en intensité celui du superflu. La spéculation qui prévoit le besoin latent, qui cherche à le susciter, qui possède en attendant assez de capital pour patienter sur l’écoulement de ses produits, ne se rencontre la plupart du temps qu’aux degrés de civilisation supérieure (2).
(1) G. A. Noeggerath, Die A chat industrie im olienburgischen Fiirstentum Birkenfeld, 1876.
(2) Comparer Roscher, Studien üher die Naturgesetze, welche den zweckmaessigen Standort der Industriezweige bestimmen, dans la Cotta'sche Vierteljahrschrift, 1865, II, 2, p. 139 et suiv., et dans les Ansichten der Volkswirtschaft, II, 1 et suiv. Voir antérieurement Bielfeld, Institutions politiques (1760), I, 13 ; SoNNENFELS, Gruiidsoelze (1765), .II, 131 et suiv., 159; Buesch, Geldumlauf (1780), V, 26 et son bel ouvrage: Schrift liber die Hamburger Zuckersiederei (1790) ; Chaptal, Sur le perfectionnement des arts chimiques en France (1808), sect. 3.
La première moitié de la loi que nous venons de citer se vérifie à tous les degrés très inférieurs de la civilisation. Les débuts les plus anciens de l’industrie travaillant pour
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les transactions ont été, à peu près chez tous les peuples indépendants, favorisés par la proximité de débouchés abondants et certains. Ce sont, notamment, les villes sises avantageusement au point de vue commercial, qui ont été le siège de l’industrie la plus ancienne quant à son importance (1). Le trait longtemps caractéristique de cette dernière, en dehors des grandes places de commerce en question, est son éparpillement à peu près uniforme à travers de vastes contrées, coïncidant d’une façon précise avec une dissémination des débouchés non moins égale (2). Les précieux articles de luxe, en raison de l’extension relativement faible de leur marché, n’atteignent que fort tard, ou même jamais, un degré élevé dans Torganisation de leur travail (Vol. I, § 60). Leur production réussit donc de préféience dans les capitales grandes et riches. Pareille chose se produit à l’intérieur de presque toutes les villes importantes, où les magasins d’artic’.es de luxe se pressent surtout dans le voisinage des palais des souverains, des hôtels et théâtres de premier rang, et généralement des habitants les plus riches et les plus distingués. Paris est la capitale de l’industrie de luxe pour la terre entière (3) ; de même, mais dans une mesure moindre, Londres, Berlin, Vienne, jNIadrid, Saint-Pétersbourg et Moscou jouent ce rôle pour le territoire propre de leurs Etats (4). La marche du développement se reproduit pour des industries nombreuses celles-ci demeurent, en effet, presque exclusivement renfermées dans la capitale, presque aussi longtemps que l’usage de leurs produits est contraint de se limiter aux riches ; mais ensuite, lorsqu’elles commencent à livrer des articles à l’usage de la masse, elles transportent leurs établissements à des endroits où les avantages de production sont prépondérants. Des exemples en sont fournis parriiistoire de la fabrication des tentures, de la porcelaine et .
d6s miroirs, p3J C6U6 de 1 éoénistene de luxe, et u une laçuii particulièrement nette, par celle de l’industrie anglaise de la soie (5, 6). La fabrication des chapeaux de luxe, des châles, des voitures, celle de la pelleterie, de la passementerie et de l’orfèvrerie sont principalement de même cantonnés dans les capitales (7). Mais, par contre aussi, la mercerie cherche le plus volontiers l’emplacement de sa production à proximité des avantages de consommation (8, 9). En effet, elle ne se prête pas à une organisation du travail très développée, parce que ses dépôts de vente doivent être assortis d’une quantité considérable de petits objets de détail qui, pas plus au point de vue de leur production qu à celui de leur consommation, ne possèdent entre eux de
(1) L’industrie lainière anglaise était encore, sous Henri IV, principalement concentrée à Londres. Dans la suite, elle émigra sccessivement, en raison du meilleur marché de la vie, dans les comtés de Surrey, de Kent, d’Essex, de Berkshire et d’Oxford, puis, plus loin encore, dans ceux de Dorset, de Wilt, de Gloucester, de Somerset, et enfin dans le comté d’\ ork, où l’attiraient des avantages de production prépondérants. C’est également à Londres qu’eurent lieu la première fabrication du savon fin en 1521, des miroirs en 1557, la première impression sur calicot en 1676. A un degré élevé de civilisation, les avantages-
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■éminents d’un emplacement commercial n’ont pas toujours et absolument favorisé la prospérité de l’industrie. Ainsi, par exemple, la situation de Newcastle n’a incité d’une façon prédominante qu’à l’exportation de la houille, tandis que les agglomérations les plus importantes de fabriques se trouvent en'^Angleterre sur le charbon même, que l’on ne pouvait guère employer utilement d’une autre façon que pour ces fabriques.
(2) Le fer limoneux de qualité inférieure a fait autrefois, en bien des lieux où on le dédaigne aujourd’hui, l’objet d’une exploitation et d’une fabrication intenses : ainsi dans le Jütland, en Scandinavie, en Islande (Weinhold, Altnordisches Leben, 96 , Tharip, Daenische Statistik, I, 52, 303). Aux derniers siècles du moyen âge, la Flandre et les pays du Bas- Rhin ont été les «lèges principaux de l’industrie d’exportation des draps. Toutefois, dans presque toutes les autres réglons de l’Allemagne, surtout dans le Nord-Est, où abondent les moutons, il a existé
à côté, une industrie lainière locale {Jahrb. f. Nat., 6, p. 228 et suiv.).
(3) Pans est, depuis de nombreux siècles, la capitale du plus centralisé des grands États européens. Il est précisément aussi, pour cette raison, la capitale du monde européen de la mode, et ceci, dès l’époque de François 1er. Des avantages considérables et absolus sont apportés, par la possession d’un semblable empire de la mode, à l’endroit ainsi favorisé, et par là même, des erreurs peuvent, de temps à autres, s’y transformer en des succès retentissants (Voir Comptes rendus, 1863, IV, 144 et suiv., 1864, II, 460). Rome avait, depuis le moyen âge, presque seulement une industrie de luxe à laquelle coopéraient sa situation
de capitale religieuse, ses trésors et parfois aussi ses efforts artistiques.
(4) En Angleterre, les boutons de métal sont dorés à Londres, en moyenne trois fois plus fortement qu’à Birmingham (Jacob, Consumption and production of the precious metals, ch. xxvi). La plupart des plumes d’acier viennent de Londres et de Birmingham, mais les meilleures sont faites à Londres. Une situation semblable existe entre l’industrie des armes de Birmingham
et celle de Londres, entre l’industrie de la serrure de Wolverhampton et celle de Londres. En France, les montres de luxe sont, pour la plupart, confectionnées à Paris, celles ordinaires dans le Jura, le Doubs et l’Ain. Les fusils de luxe sont fabriqués à Paris, ceux destinés à l’armée à Saint-Etienne et à Tulle.
(5) En Angleterre, jusqu’ea 1824, la soie, à cause de l’élévation des droits de douane sur la matière brute, était si bien l’apanage des classes riches que le meilleur remède aux crises de la consommation passait pour être la fixation d’une fête à la Cour. Aussi sa fabrication se trouvait-elle à peu près seulement domiciliée à Londres et ses environs, à la rigueur encore dans le comté de Somerset, à cause du luxe de la ville d’eaux de Balh, et jusqu’en 1800 à Dublin, en raison de la présence du Parlement d’Irlande. Lorsque la soie perdit en 1824, par suite do rabaissement considérable des droits de douane, son caractère d’objet de luxe, les nouvelles et nombreuses fabriques s’établirent de préférence dans les régions qui offraient déjà
aux autres branches de l’industrie textile des avantages de production si précieux. Par contre, l’industrie de la soie n’a guère d importance, en Autriche, qu’à Vienne ; en Russie, qu’à Moscou, Saint-Pétersbourg et Varsovi< . [IL Deutsch, Die Entwickclung der Seidenindustrie in Œslerreich, 1660-1840, (1909) ; IL Koch, Geschichte des Seidengewerbes in Koeln, 1907].
(6) Aussi longtemps que les tentures en cuir, en soie, etc., ont été principalement un article de luxe à l’usage des riches, leur fabrication a été surtout liée à la présence des Cours : citons comme exemple les tapisseries de Raphaël, des Gobelins. Dans ces derniers temps, cette industrie se porte de plus en plus à proximité des lieux où s’opère l’impression. — Les fabriques de porcelaine se trouvent presque partout aux débuts dans le voisinage de la Cour du souverain, à Sèvres, Meissen, Berlin, Nymphenbourg, Cassel, Vienne, Londres et Saint- Pétersbourg. Lorsque la civilisation devient plus avancée, la j)répondérance passe aux régions où abondent les riches gisements de kaolin en même temps que le combustible : Derby et Worcester, la Haute-^4enne, la Gironde et le Var, la Thüringe
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INTENTIONAL SECOND EXPOSURE
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■éminents d’un emplacement commercial n’ont pas toujours et absolument favorisé la prospérité de l’industrie. Ainsi, par exemple, la situation de Newcastle n’a incité d’une façon prédominante qu à I exportation de la houille, tandis que les agglomérations les plus importantes de fabriques se trouvent en Angleterre sur le charbon même, que l’on ne pouvait guère employer utilement d’une autre façon que pour ces fabriques.
(2) Le fer limoneux de qualité inférieure a fait autrefois, en bien des lieux où on le dédaigne aujourd’hui, l’objet d’une exploitation et d’une fabrication intenses : ainsi dans le .lütland
et celle de Londres, entre l’industrie de la serrure de Wolverhampton et celle de Londres. En France, les montres de luxo sont, pour la plupart, confectionnées à Paris, celles ordinaires dans le Jura, le Doubs et l’Ain. Les fusils de luxe sont fabriqués à Paris, ceux destinés à l’armée à Saint-Etienne et à Tulle.
(5) En Angleterre, jusqu’ea 1824, la soie, à cause de l’élévation des droits de douane sur la matière brute, était si bien l’apanage des classes riches que le meilleur remède aux crises do la consommation passait pour être la fixation d’une fête à la Cour. Aussi sa fabrication se trouvait-elle à peu près seulement domiciliée à Londres et ses environs, à la rigueur encore dans le comté de Somerset, à cause du luxe de la ville d'eaux de Bath, et jusqu’en 1800 à Dublin, en raison do la présence du Parlement d’Irlande. Lorsque la soie perdit en 1821, par suite de l'abaissement considérable des droits de douane, son caractère d’objet de luxe, les nouvelles et nombreuses fabriques s’établirent de préférence dans les régions qui offraient déjà aux autres branches de l’industrie textile des avantages de production si précieux. Par contre, l’industrie de la soie n’a guère d importance, en Autriche, qu’à Vienne ; en Russie, qu’à Moscou, Saint-Pétersbourg et ^’arsovi• . [H. Deutsch, Die Entwickelang der Seidenindastrie in Œsterreich, 1G60-1840, (1909) ; IL Koch, Geschichte des Seidengewerbes in Koeln, 1907].
(G) Aussi longtemps que les tentures en cuir, en soie, etc., ont été principalement un article de luxe à l’usage des riches, leur fabrication a été surtout liée à la présence des Cours ; citons comme exemple les tapisseries de Raphaël, des Gobelins. Dans ces derniers temps, cette industrie se porte de plus en plus à proximité des lieux où s’opère l’impression. — Les fabriques de porcelaine se trouvent presque partout aux débuts dans le voisinage de la Cour du souverain, à Sèvres, Meissen, Berlin, Nymphenbourg, Cassel, Vienne, Londres et Saint- Pétersbourg. Lorsque la civilisation devient plus avancée, la prépondérance passe aux régions où abondent les riches gisements de kaolin en même temps que le combustible : Derby et Worcester, la Haute-\’ienne, la Gironde et le Var, la Thüringe
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et la Silésie, la Bohême. — Les glaces de grandes dimensions ne pouvaient autrefois, en raison déjà de leur fragilité, etre, en général, étamées que non loin de leurs lieux de vente, à Paris, Saint-Pétersbourg, \'^enise. Saint- Ildefonse, etc. [Depuis le perfectionnement des moyens de transport et de la division du travail, des régions comme les départements de l’Aisne et de la Saône-et-Loire en France, du Lar.cashire, de Birmingham et de Newcastle en Angleterre, des montagnes de Bohême, des villes de Berlin, Francfort-sur-Mcin et Aix-la-Chapelle en Allemagne, sont devenues des centres principaux de fabrication. Dès 1801, Nüremberg était un lieu de vente d’une certaine importance pour les glaces brutes, en même temps qu’un centre de production pour leur affinage. Les expéditions s étendaient au Portugal, à l’Espagne, à la Russie, au Danemark, à l’Angleterre, à la Hollande, au Levant et à l’Union nord-américaine (Roth, Geschichte des Nürnbergischen Ihuidels, 1801, 2, p. 16--). Aujourd’hui, la capitale de la production des miroirs au mercure, qui régente le marché mondial est, en Bavière, la \ille industrielle de Fürth, où ne se rencontrent pas moins de trentedeux établissements d’étamage (Schoenlank, Die liirlher Quecksiîber-Spiegelbelegen, 1888, 46)]. En h rance, \ ébénisierie d'art, antérieurement à la Révolution, n existait guère qu’à Paris. Depuis, les classes moyennes s’étant mises à utiliser ses produits, elle s’est répandue dans beaucoup d’autres villes (CiiAPTAi-, Indiistr. Fr., II, 199). Elle est représentée, en Allemagne, en dehors de Berlin, également à Münich, Stüttgarf , Mayence, Hambourg, Erfurt ; enfin, à Vienne et à Londres. La confection en lingerie et oétenients a été tout d abord pro\oquée par de riches marchands ne faisant qu un séjour temporaire à Paris, à Berlin, à Vienne ; elle a été plus tard en Saxe, dans le Vogtland, l’objet d’une imitation couronnée de succès. [J. F E\G, H ausgewerhe und F abrikbetrich in der Berliner Waescheindustrie, 1896]. Bein, Die Didustrie des saechsischen Voigllandes, 1884, II, 401), etc.
(7) Paris, qui dès l’époque de Colbert, fournissait de chapeaux tout le monde de la mode, produit presque la moitié des cha-
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peaux français. En Angleterre, les chapeaux sont fabriqués à Bristol, Manchester, Liverpool, Glasgow, et surtout à Londres ; ’Cn Autriche, à Vienne et Prague ; en Saxe, à Dresde, Leipzig^ Chemnitz ; [en Prusse, en 1907, sur 5.110 confectionneurs de chapeaux de feutre et de casquettes, il en existait, à Berlin, 4.417]. L’Amérique du Nord exportait encore, aux environs de 1800, toutes ses peaux de castor en Angleterre ; dans tout le sud des États-Unis, il n’existait de fabriques de chapeaux qu’à Baltimore (Ebeling, Geschichte und Erdbeschreibung von Nord-Amerika, 4, p. 401, 5, p. 414). Les cliapeaux de paille, qui n’avaient aucunement été, à l’origine, un article de luxe, s’étaient répartis, suivant les avantages de leur production,’ dans les régions riches en grains de Buckingham, Essex, Hertford, de l’Argovie, du Tessin, de Fribourg, de la Toscane, ainsi qu’à Venise et sur le sol crayeux de Maëstricht. Les chapeaux dits (( Panamas », dont Guyaquil exportait, en 1855, pour plus de 830.000 pesos (Wappaeus, Mittel-und Süd-Amerika,p.b^ et suiv.), s’étaient développés, on raison des besoins du climat et de la grande richesse locale en paille de palmier propre à leur fabrication, sur la côte nord de l’Amérique du Sud. [En Allemagne, la fabrication des chapeaux de paille est, depuis 1882, en
recul marqué comme industrie à domicile, mais elle s’est aujourd’hui implantée de préférence en Alsace-Lorraine. Elle occupe, dans ce pays, sur un total pour l’Allemagne de 8.946 ouvriers^ 3.263 d’entre eux, contre 1.839 pour la Saxe et 1.636 pour la Bavière méridionale]. -En France, les châles fins sont, en général, fabriqués à Pans, ceux de qualité moyenne à Lyon, ceux ordinaires à Nîmes. L’industrie des chapeaux de paille, autrefois très prospère à Vienne, est, depuis 1840, on forte décadence, parallèle à celle de la souveraineté viennoise en matière do modes {Œsterr. Aussi. Bericht von 1873, 54, p. 36 et suiv.). Une grande prospérité de la pelleterie se manifeste à Leipzig, où elle occupait, en [1895: 1.161 personnes du métier sur 3.443 pour l’ensemble du royaume de Saxe, et, en 1907, 1.886 sur 4.613]. La région n’offre cependant pas d’avantages de production notables, et cette prospérité n’est que là conséquence, et non la
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cause, de ce que Leipzig est le centre du commerce continental des fourrures. [Büddevs, Leipzigs Rauchwarenhandel und Industrie, 1891 ; J. H. Heiderich, Bas Leipziger Kürschnergewerbc, 1897]. — Pour la passementerie, Paris en produit les cinq septièmes, ainsi qu’au moins les trois cinquièmes de l’orfèvrerie. Parmi les nombreux exposants de bronzes en France, en 1807, il n’y en avait qu’un qui n’appartînt pas à Paris {Œsterr. Aussi. Bericht, 4, B, p. 92, 103).
(8) La bimbeloterie est fréquemment l’apanage des grandes villes d’eaux, comme le montrent, en Angleterre, la Tunbridgeware, et, en Belgique, les ouvrages de Spa. Les baigneurs fortunés tiennent particulièrement à rapporter un « souvenir ». Il en est de même pour les lieu.x de pèlerinage. C’est ainsi que la Mecque, avec la foule de ses pauvres visiteurs, a une production industrielle à peu près limitée aux cruches, pour l’eau sainte de Zemzem, aux suaires, aux coussins pour les innombrables malades ; il y existe également beaucoup de graveurs, parce que chaque pèlerin fait graver sur son cachet le mot « Hadji ».
(9) A Nüremberg, Roth {Gesch. des Niirnberger IJandels, II, 293 et suiv.) comptait déjà 414 articles différents de mercerie.
(10) Il en est ainsi de l’industrie des fours à chaux, de celle de la brique, de la poterie grossière, de la cidrerie, par exemple, dans le sud-ouest de l’Angleterre et le nord-ouest de la France, et de la plupart des fabriques d’engrais divers. Dans l’antiquité, il existait toujours pour la poterie commune une raison principale déterminant l’emplacement de sa fabrication, dans le fait que toutes les régions fortement exportatrices de vin devaient tirer de leur voisinage les récipients destinés à le contenir (Marquardt, Roem. Altert., I, 166).
Les avantages de production, lorsque l’organisation du travail est plus avancée, décident de l’emplacement de l’industrie. Parmi eux figurent les services inimitables et
intransportables que peut rendre un climat spécial. En dehors de ces derniers, les plus importants sont l’abondance de la matière brute, de la main d’œuvre humaine et surtout de ce qu’on appelle les capitaux. 11 faut, à ce propos, étabhr une distinction entre le meilleur marché des prix en présence d’une qualité à peu près égale, et la meilleure qualité en présence d’un prix sensiblement identique. Lorsque les trois facteurs qui précèdent ne désignent pas le même emplacement de production, le facteur qui doit l’emporter est celui duquel la détermination du prix du produit dépend le plus (1). La proximité de la matière brute (2) possède, toutes choses égales d’ailleurs, pour le choix de l’emplacement, une importance d’autant plus grande que la perte de poids résultant de la fabrication, de la séparation des déchets en d’autres termes, est elle-même plus considérable. Ainsi l’industrie des métaux précieux est moins liée à la proximité de la mine que celle des métaux communs ; le tissage peut se trouver plus éloigné des centres de production de la matière première que la filature ; la fabrication de la dentelle au fuseau que celle de la toile à voile. L’abondance de la main-d'œuvre ne dépend pas seulement de la densité de la population et de la mvilisation de la société, mais fréquemment aussi de ce que les hommes peuvent, en dehors de la branche industrielle dont il s’agit, avoir ou non encore d’autres occasions de s’occuper d’une façon lucrative (3). Sous l’idée de capiiaZ se rangent enfin, en dehors des circonstances générales dont dépend l’élévation du taux de l’intérêt usuel dans le pays, tout particulièrement encore deux espèces de capitaux particulières et essentiellement productives, les machines et les moyens artificiels de communication. 11 faut y ajouter les éléments et les forces delà nature que requiert leur utilisation, notamment les chutes d’eau et les approvisionnements en combustibles (4, 5).
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(1) D’après le li^Tc de Ciiaptal, V Industrie française (1819),. (vol. II), la valeur de la soie brute, par sa mise en œuvre et par sa filature, augmente dans le rapp or I moyen de 15 à 23.; ce capital est lui-même ensuite, par le tissage et la fabrication au métier ordinaire, à nouveau doublé, et même au moins triplé si l’ouvrage présente plus de finesse. Le traAail sans teinture de la laine augmenterait la valeiu* du produit brut dans la proportion de 3 à 5. La A'aleur du lin brut serait triplée dans la toile commune. La fabrication du papier porterait la valeur du chiffon très fin au triple, celle du chiffon très grossier au sextuple. Toutefois, des tableaux de ce genre ne jieuvent vraiment avoir d’exactitude que pour un degré de développement déterminé. Tandis que, d’une part, la plus grande habileté de la maind œuvre, et surtout le perfectionnement du machinisme diminuent 1 augmentation de valeur de la matière brute par suite de sa fabrication, chaque progrès de l’éducation consommatrice, d’autre part, augmentant la prétention humaine à la qualité de la marchandise, doit forcément produire un résultat opposé (Comparer B. Hildebrand, Jahrb. /. Nat., I, 249; VON Schclze-Gaevernitz, Der Grossbetrieb, sein wirtschaftlicher und sozialer Fortschrilt, 1892).
(2) L industrie espagnole n’a d’importance que presque seulement sur les côtes, parce que la mer y constituait autrefois I unique bonne route. La zone d’inactivité se rapproche d’autant plus du rivage que la valeur de la matière première est spécifiquement moindre. Le minerai de fer à 50 0 /O de teneur est susceptible d’un transport atteignant à peine deux kilomètres à dos d’âne, et cinq kilomètres en voiture, si une bonne route fait défaut {Journal des Economistes, janvier 1869, 65). En Angleterre, la fabrication de la laine {Worsted) est située en pleine région des troupeaux de moutons à longue laine.
(3) Le développement précoce de l’industrie de tant de contrées montagneuses dépend essentiellement du fait que la densité de la population y a, de bonne heure, atteint la limite où l’agriculture n’est plus susceptible d’aucun développement. Il faut encore y ajouter l’influence des mois d’hiver pendant les-
quels, enfermés et bloqués par la neige, les hommes n’ont plus que le choix entre l’ennui de la paresse ou la consécration à l’industrie de leurs heures de loisir. Ce genre d’ouvrages entrepris pour occuper celles-ci est d’ordinaire à bon marché (Vol. I, § 168). Dans l’Amérique du Nord, la supériorité dans le travail des États du. nord-est tient en partie à ce que leurs ports sont les premiers à recevoir le flot considérable des émigrants.
(4) La concentration grandiose de la poterie anglaise dans le district de « Potteries » du Stafforsdshire repose sur la rencontre de trois avantages : un sol d’une infécondité effrayante pour l’agriculture, mais contenant, par contre, des gisements d’argile magnifiques autant qu’abondants en spécialités ; un excellent charbon de terre au-dessous ; enfin, depuis 1860, le génie de Wedgwood, originaire de ce pays même, qui fut nécessaire pour amener à leur pleine valeur ces richesses naturelles latentes. [K. V. Scherzer, Weltindiistrien, 1880, 178].
(5) Lorsque les gisements de houille de l’Allemagne Moyenne seront épuisés, la Haute- Allemagne, grâce aux forces hydrauliques dont eUe dispose, regagnera peut-être la supériorité industrielle qu’elle a perdu depuis le xvi® siècle. L’emploi de l’électricité dans le machinisme pourra conduire à un résultat analogue.
U industrie du bois a d’ordinaire son siège principalement dans les régions montagneuses riches en forêts. C’est aussi bien l’industrie grossière, dans les produits de laquelle la matière brute est prépondérante, que la sculpture fine, qui exige un travail important et difficile, sans toutefois dépendre beaucoup des variations si rapides de la mode dans les capitales. (1) Les contrées forestières proches de la mer se prêtent notamment à la construction de navires, surtout lorsque leur nature coloniale les oblige, en outre, à une ex-
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portation considérable, vers les pays d’une civilisation avancée, de produits bruts d’un grand poids (2). Plus le travail des métaux commiim présente de finesse, plus il peut s’éloigner des lieux productifs de minerai et de combustible. Il en est inversement de la mise en œuvre initiale, où la place des hauts-fourneaux, etc., est le plus sûrement indiquée aux endroits où les gisements de minerai et le combustible se trouvent réunis, [Les emplacements de la métallurgie du fer se sont développés en partant du minerai. Les feux catalans étaient de façon constante établis à même sur les terrains miniers. Le transfert des fonderies vers les vallées, pour utiliser les forces hydrauliques à mouvoir les machines soufflantes et les marteaux, n’a pas eu le caractère d’un déplacement d’importance, les minerais étant ^ toujours restés d’accès facile. C’est le développement seul de l’extraction houillère et les transformations de la technique, qui préféra successivement les minerais de teneur phosphoreuse moyenne d’abord, puis faible, et enfin élevée, qui ont apporté dans les emplacements des modifications qui ne sont pas à notre époque encore à jamais exclues. L’industrie des hauts-fourneaux de la Haute-Silésie se trouve aujourd’hui contrainte d’une manière inévitable de recourir au minerai étranger ; elle ne peut se procurer d’ailleurs celui-ci, que moyennant des frais très élevés de transport. En 1908, sur 1.155.881 tonnes de fer, ayant subi la fusion, cette industrie en avait tiré de l’étranger 702.634 tonnes. L’industrie des hauts-fourneaux rhénane-westphalienne s’était fondée, vers 1850, sur la découverte de mines de fer qui furent épuisées au bout de peu de temps. Aujourd’hui, le minerai, provenant de la région même, ne joue plus qu’un rôle très restreint. Successivement on s’est adressé aux minerais hollandais, espagnols et suédois. Sur 2.031.418 tonnes passées par les hauts-fourneaux en 1882, dans l’arrondisse-
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ment minéralogique de Dortmund, 1.436.929 avaient été tirés de l’intérieur et 594.489 de l’étranger. En 1900, les ■quantités respectives ont atteint sur 5.917.726 tonnes, 2.858.153 de l’intérieur et 3.059.573 de l’étranger. L’avenir de la sidérurgie rhénane-westphalienne repose essentiellement sur la minette lorraine et le minerai anglais. Les usines tout récemment créées sur la côte maritime allemande, chantiers de Stettin, aciéries de Dantzig et de Rendsburg, hauts-fourneaux de Lübeck, Emdem, Brême, ne peuvent avoir en perspective pour leurs besoins de minerais, que ceux de la Baltique et des régions méditerranéennes. Pour la Baltique, les Etats exportateurs de minerai sont la Suède, la Norwége et la Russie. Les chantiers de Stettin tirent leurs minerais de leurs propres fosses sises à Graengesberg, sur des vapeurs leur appartenant, moyennant 3 marks à 3 1/2 marks par tonne. Les pays méditerranéens producteurs de minerai sont l’Espagne, le !Maroc, l’Algérie, la Tunisie, la Grèce et la Russie méridionale. Le fret d’Espagne vers les ports de la mer du Nord atteint 5 ou 6 marks, vers les ports de la Baltique, 6 à 7 marks et celui de Poti à Stettin, 9 à 11 marks. La situation n’est pas aussi favorable pour les chantiers maritimes en ce qui concerne le charbon. A l’égard de la couverture des besoins de combustible brut, le bassin rhénan-westphalien constitue l’uni 'ue région industrielle qui possède dans son voisinage immédiat du charbon à coke de première qualité. Sur la mer du Nord, les charbons de la Ruhr rencontrent ceux de l’Angleterre et de la Belgique ; sur la Baltique se rejoignent ceux de la Silésie, de l’Angleterre et de la Ruhr (3).] Lorsque le minerai et le combustible se trouvent séparés par de longues distances, c’est, toutes choses égales d’ailleurs, le calcul des frais de transport qui tranchera la question de savoir s il est plus avantageux d’amener le premier auprès du second
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OU inversement. Plus la valeur spécifique du minerai s’élève, plus celui-ci peut facilement faire à cet égard des concessions (4). Les fabriques qui travaillent les produits bruts d'outre-mer ont tendance à s’établir à proximité des ports de débarquement de ceux-ci. C’est là que le fabricant peut lui-même acheter sa matière première, et par suite, choisir plus librement entre ses diverses sortes, tirer plus aisément avantage d’un niveau des cours exceptionnellement bas. Ses approvisionnements d’hiver lui immobilisent un moindre capital qu’à ses concurrents de l’intérieur et il n’a pas à supporter jusque sur les marchés de celui-ci les frais de transport des déchets (5, 6). Quelques industries se laissent guider dans le choix de leur emplacement par certaines relations avec V agriculture encourageant la production. Ainsi, dans la plupart des pays, la fabrication de la toile continue à se localiser dans le voisinage immédiat des lieux où sa matière première est produite. Ce n’est pas seulement pour des raisons de transport, c’est encore bien davantage parce que les particularités du fil de lin ont conservé précisément dans cette industrie, pendant une durée fort longue, l’atelier domestique en face de la machine et de la grande fabrique (§ 30). lyiais l’atelier domestique se rattache lui-même d’une façon d’autant plus naturelle à la culture du lin brut, que celle-ci, sans préjudice de tous ses caractères, se rapproche elle-même davantage de l’industrie urbaine que la plupart des autres branches de l’agriculture (7). La distillation de l’eau-de-vie se développe surtout dans le plat pays qui en fournit la matière première (8). Par contre, la brasserie, comme déjà au XVI® siècle, conserve encore un caractère principalement urbain (9). Ce contraste s’explique pour la plus grande partie par des considérations de transport, mais jouant de différents côtés. Lorsqu’un poids très important de grain
OU même de pommes de terre peut être ramené à un poids très faible d’alcool, lOC à 18-24, 100 à 7-8, on n’obtient pas seulement comme résidus les parties cendreuses de la matière travaillée, si importantes pour la statique de l’agriculture, mais cette matière fournit, en même temps, un excellent fourrage pour le bétail. Ces résidus ne peuvent d’ailleurs, en raison de leur volume considérable, être transportés bien loin. Dès lors, surtout en présence de la stabilité très grande de l’eau-de-vie, la distillerie peut, pour une région éloignée où abonde la culture des grains et des pommes de terre, être considérée comme 1 un des moyens les plus efficaces de rendre transportable le superflu de la récolte. 11 en est autrement pour la bière, qui ne se conserve pas aussi facilement que l’eau-de-vie, et qui ne laisse pas non plus, dans les résidus de sa falirication, une quantité relativement aussi importante de parties cendreuses ou pouvant' servir à l’alimentation du bétail ; de plus, la bière, à cause du volume d’eau considérable qu’elle renferme, ne se prête pas à un transport aussi commode, puiqu’elle pèse de trois à cinq fois autant que ses précieuses matières premières (10).
(1) Il en est ainsi dans beaucoup de vallées alpestres de la Suisse, de la Bavière, de la Haute-Autriche, du Tyrol et du pays de Salzbourg ; encore également dans la Forêt Noire et dans divers endroits de la région montagneuse de l’Allemagne Moyenne, surtout en Thüringe et en Bohême. Dans l’Oberland bernois, la disette de 1816-1817 a conduit la population à la sculpture sur bois (Boehmert, der iSc/avefz, I, 25). Le commerce des bois norvégiens a débuté aux xvi® et xvii® siècles ; les Hollandais allaient acheter ce bois, mais ils le sciaient eux-mêmes chez eux. Peu à peu, leurs commissionnaires devinrent des spéculateurs indépendants qui, grâce aux nombreuses chutes d’eau, installèrent des scieries et furent, par ce
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moyen, la cause de la fondation des villes de Laurvig, de Fretlerikshald, etc. A Christania, le travail de bois était poussé beaucoup plus loin que dans l’intérieur du pays, parce que la matière brute y revenait déjà plus cher (Blom, Statistik von Norwegen, I, p. 233 et suiv., 246; Thaari p, DaenwcAe Statistik, I, p. 367 et suiv.). En Suède, il existe une menuiserie en bâtiment très importante, pour les portes, le.s fenêtres, les maisons démontables complètes, etc. [Pour se rendre compte de la manière dont les portes confectionnées en Suède parviennent jus-
qu’à Mannheim et Carlsruhe, voir A. Voigt, dans les Schr. d. r. /. Sozialp., 64, p. 101].
(2) La construction des navires est florissante en Norvège. La Finlande exportait, depuis 1780, des vaisseaux construits sans ferrures et chargés de bois, vers tous les ports de la Baltique (Buesch, Geldumlauf, 5, p. 33).
(3) [Voir Colin Ross, Die Entstehiing der Gusseisenindus- Irie an der deiitschen Seeküste, 1912, p. 57-70].
(4) Le minerai de cuivre extrait de la Cornouaille, de l’Irlande, et même de l’Amérique, est pour la plus grande partie fondu dans le pays de Galles. En France, à cause du régime douanier, c’est sous forme de minerai que le cuivre anglais entre en Normandie. En Allemagne, on rencontre, dans les fonderies, du minerai américain d’or et d’argent, par exemple dans le Harz. [Depuis des années, l’argent affiné en Allemagne provient pour parties égales de minerais indigènes et de minerais étrangers. En 1910, les premiers avaient fournis 174.092 kilogrammes, les seconds, 156.870 kilogrammes, et les résidus et déchets indigènes, aussi bien qu’étrangers, 89.041 kilogrammes]. Le graphite de Sibérie est, de la même façon, transformé, pour la plus grande partie, à Nüremberg, en crayons.
(5) Le port d’exportation de la matière brute présente, selon les circonstances, des avantages analogues. Venise, pair exemple, a été, pendant huit siècles, le siège d’une industrie du bois en pleine prospérité. Les abondantes réserves de bois des Alpes méridionales étaient plus facilement transportables vers l’Égypte et le Levant, lorsqu’elles avaient été travaillées. Les
ouvriers du bois étaient si nombreux, qu’ils jouèrent un rôlejusque dans les guerres vénitiennes (Filiasi, Saggio sull'aniica commercio dei Veneziani, vol. I ; Depping, II, p. 297 et suiv.)
(6) La raffinerie, pour toute la région du Rhin, a été longtemps presque entièrement concentrée en Hollande, et pour celle de l’Elbe, à Hambourg. [Aux environs de 1690, il pouvait y avoir à Hambourg quelque 8.000 personnes vivant du commerce du sucre, de la raffinerie et des métiers en dépendant. En 1784, il existait 365 raffineries ; en 1790, il n’y en avait plus que 298 ; mais en 1807, leur nombre était remonté à 428, occupant de 1.500 à 1.600 individus. Mais ce ne fut qu’une amélioration passagère. (Comparer Amsinck dans Ans Hambiirg Vergangenheit, 1® Folge (1886), 225, 226, 227)]. Lorsque les systèmes douaniers des pays de l’intérieur vinrent opposer une barrière à ce cours naturel des choses, la raffinerie des pays du Rhin reflua en majorité vers Cologne, celle des pays de l’Elbe vers Magdebourg, par conséquent ainsi vers les points les plus rapprochés possibles de la côte. En France, les raffineries de sucre colonial sont principalement importantes à Bordeaux et à Marseille. En Angleterre, les fabriques de sucre se rencontrent surtout dans les villes par excellence importatrices du produit brut, comme Londres, Southampton, Plymouth, Bristol, Liverpool, Leith et Hull. La fabrication du sucre de betterave offre, quant au choix de ses emplacements, beaucoup de ressemblance avec la distillerie de l’alcool : elle est contrainte d’avoir
sa matière première à proximité, et elle suppose aussi un développement remarquable de l’agriculture et une industrie assez active. Il faut noter, en outre, sa répercussion extrêmement énergique sur l’agriculture. En France, la fabrication du sucre de betterave est presque entièrement limitée à la région du Nord-Est. Le tabac d’Amérique a été, autrefois, l’objet d’une industrie considérable, surtout en Hollande ; elle existe aujom-d’hui à Hambourg et à Brême, qui sont les places principales pour son importation brute en Allemagne, et se rencontre aussi en Mecklenbourg, en Oldenbourg et en Prusse Rhénane. En Espagne, avant la Révolution française, le tabac se tra-
158 CHAP. II. EMPLACEMENT DES BRANCHES DE l’iNDUSTRIE
vaillait à Séville, entrepôt du commerce avec l’Amérique. En Angleterre, la filature du coton [(von Schulze-Gaevernitz, Der Grossbetrieb, ein wirtschaftlicher und sozialer Forlschritt, 1892)], est presque entièrement concentrée dans le voisinage de Liverpool et de Glasgow, c’est-à-dire des ports les plus favorablement situés pour le trafic avec le principal pays de production du coton brut ; la proximité de l’Irlande et de ses richesses en lin s’ajoutait à cet avantage, en raison de ce qu’avant l’introduction des machines à filer le coton en Europe, on ne pouvait y donner aux tissus de coton la force nécessaire qu’au moyen d’une chaîne en fil de lin. Enfin, les environs de ces ports abondent encore extrêmement en autres avantages de production, grâce à leurs mines de houille et à leurs forces hydrauliques : la petite rivière de l’Irwell, qui traverse Manchester, fournit la force motrice à environ 300 fabriques. En France, avant la Révolution, l’industrie cotonnière se groupa principalement dans les régions de Rouen et de Montpellier, c’est-à-dire près des lieux de débarquement de la matière brute de l’Amérique et du Levant. En Espagne, l’industrie s’est portée sur la côte orientale de la péninsule. En Suisse, les filatures existent surtout en Argovie, où des forces hydrauliques très nombreuses s’associent à une population très dense de tisserands à domicile ; en outre, la situation est favorable à l’arrivée de la matière première, à cause de la proximité de l’endroit où la voie fluviale par excellence, le Rhin, quitte le territoire de la Confédération. Des raisons analogues ont fait qu’en Prusse, en 1861, sur 398.071 broches fines, 239.423 appartenaient à la province rhénane. La Moravie qui, en matière de tissage, se montre l’égale de la Bohême, ne possède presque pas de filature, parce qu’elle est placée désavantageusement pour recevoir la matière première. x\vant la Révolution, la France ne possédait de savonnerie importante qu’à Marseille, à cause du voisinage de l’huile d’olive et des plantes soudières de l’Europe méridionale ; depuis la découverte de la soude artificielle, ces raisons ont été remplacées par la proximité du sel marin et du soufre de la Sicile. Il en a été de même de Trieste, et, en Espagne, des
§ 17. travail du bois ET DES MÉTAUX COMMUNS 159
régions côtières méridionales et orientales. En Grande-Bretagne, les savons se fabriquent principalement dans les districts indigènes où abonde le bétail, ainsi qu’aux endroits où le trafic avec les pays d’outre-mer producteurs de graisses et avec ceux de l’extraction indigène de la soude brute est le plus intense. En Hollande, à l’époque de sa grande prospérité, les industries alors florissantes de la fonderie de blanc de baleine et
de spermaceti, de la fabrication du borax, du camphre, du minium et de la céruse étaient liées à ses pêcheries de baleines et à son commerce avec les Indes orientales. De ce dernier dépendaient également ses tailleries de diamants, qui étaient soutenues par l’immigration des plus anciens joailliers de l’Europe, les juifs portugais, et par la modicité du taux de l’intérêt. [{Aperçu du commerce et de Vindustrie des Pays-Bas), 1911].
(7) En Prusse, les provinces les plus riches en lin, la Silésie et la Westphalie, sont les sièges principaux de l’industrie de la toile. Il en est de même, en Espagne, de la Galice. En France, la région du nord est presque seule à se livrer à la culture et au travail du lin, et le département du Nord y entre à lui seul pour un tiers. L’Empire britannique n’a pu, pendant longtemps, les pratiquer tous deux que là où, par exception, vivait une petite population rurale occupée à un travail industriel accessoire, c’est-à-dire dans le nord-est protestant de l’Irlande, et dans le Yorkshire. De nos jours, où le lin travaillé en Angleterre provient, en majorité, de l’importation, les règles qui déterminent l’emplacement de son industrie sont les mêmes que pour les autres produits d’outre-mer. Environ deux tiers des importations ont, comme origine, la Russie ; aussi les plus grandes fabriques de toile se trouvent-elles près de la côte septentrionale, de Leeds à Dundee, et même à Aberdeen.
(8) [Sur 13.930 distilleries en Allemagne en 1910-1911, travaillant les pommes de terre ou les grains,on comptait 13.203 distilleries agricoles. Pour la fabrication de l’eau-de-vie avec des
pommes de terre, passant à l’alambic aux lieux mêmes de leur production, viennent en tête, en Prusse, les provinces de Silésie, de Brandebourg, de Prusse orientale et occidentale, de Posna-
160 CHAP. II. EMPLACEMENT DES BRANCHES DE l’iNDUSTRIE
nie]. En France, la distillerie de l’alcool a ses principaux sièges dans les départements du centre et du midi, qui présentent un caractère beaucoup plus agricole que le nord-est. Dans les deux parties principales de la Grande-Bretagne, la distillerie de 1 al- .cool se cQjnporte de môme, à peu près à 1 inverse de la vie urbaine. La fabrication de l’eau-de-vie, autrefois si importante en Hollande, de même que les nombreux moulins à blé et à riz, étaient une conséquence de la position occupée par ce paj s comme centre principal du commerce d’entrepôt des grains.
(9) La fabrication de la bière a eu, en Angleterre, ses sièges principaux à Londres, Liverpool et Edimbourg ; en Autriche, à Vienne ; en Bade, à Mannheim ; en Bavière, à Münicli, Nüremberg, Ivulmbach, Lrlangen, etc. La brasserie a joui, autrefois en Hollande, d’une grande prospérité. [En Allcmagno, la production de la bière comportait, en 1910, par tête de la population, dans les territoii’es soumis à 1 impôt sur la bière, 74 litres ; en Bavière, 2G4 litres ;en W ürttemberg, 140 litres ; en Bade, 131 litres ; en Alsace-Lorraine, 64 litres].
(10) Au Brésil, la bière est fabriquée avec du malt et du houblon importés d’Europe (Wappaeus, 1430 et suiv.).
Les grandes et riches capitales offrent aux fins de 1 industrie trois sortes d’avantages de production. De nombreuses matières premières y sont surtout à bon marché, parce qu’elles se présentent sous la forme de déchets d’une consommation humaine, qui se concentre précisément le plus dans les villes de cette espèce. Celles-ci ont par exemple, dans la plupart des pays, non seulement par rapport à la superficie qu’elles occupent, mais aussi au point de vue du nombre absolu de leurs habitants, de beaucoup la consommation de viande la plus forte (Vol. I, § 229). Il en résulte dès lors un avantage considérable pour toutes les industries
dont la matière première consiste en peaux, en os et en des animaux abattus. Les villes possèdent en meme temps un choix particulièrement riche en ouvriers chèrement payés, il est vrai, mais très adroits. Elles sont ordinairement, en effet, le centre de tous les arts et de toutes les sciences et généralement de toute culture sociale un peu élevée. Enfin le taux de l’intérêt y est, en général, assez bas (Vol. I, § 185). Ce qui précède les désigne donc pour toutes les industries qui tablent surtout sur le capital et sur un travail faible quant à sa masse, mais supérieur quant à sa qualité. On observe de la façon la plus frappante 1 effet de ces trois tendances, là où elles se rencontrent avec l’avantage de consommation examiné plus haut et qui en- I chaîne aux capitales les précieuses industries de luxe (I).
Il faut ranger ici l’industrie du cuir, en partant de la J pour laquelle la lenteur de la plupart de ses pro-
[ cédés opératoires est très importante, ainsi que, par suite,
j la longue immobilisation du capital avancé (2, 3). On arrivé
j ensuite à l’industrie de la corne et des os, qui par exemple,
en Fiance a son centre à Paris (4). Pour le travail de l’or et g ^ «/"gen?, les capitales ne se recommandent pas seulement
; à cause de sa nature d’industrie de luxe, elles s’imposent
aussi parce que dans ces villes, les métaux nobles reviennent I ^ réellement un peu plus bas ; parce que plus encore
le taux de l’intérêt y est moins élevé, avantage d’une parti- • euhère importance pour une matière si précieuse à mettre
I en œuvre ; parce qu’enfin la formation du goût s’y déve-
I loppo, même chez les ouvriers inférieurs (5). Sous ce dernier
i rapport, la fréquentation constante des collections publiques
, de tableaux et de sculpture, le passage journalier devant
des magasins d’excellentes gravures, devant de beaux édifices, etc., obtient à la longue le succès le plus considérable,
quoique la liaison des deux faits puisse rarement être éta- I Roscher
jï » • i ' *
162 CHAP. II. EMPLACEMEî^T DES BRA?iCHES DE l’iNDUSTRIE
blie pour chaque cas particulier (6). Dans la chapellerie et dans la mode, les ouvriers d’élite doivent avoir assez de goût et de métier pour pouvoir eux-mêmes porter avec grâce leurs propres piroduits (7). (M. Mohl). 11 existe ici quelque analogie avec les raisons pour lesquelles les instruments de musique et de chirurgie, ceux à l’usage de la science, ainsi que les machines destinées aux transports et à l’industrie, [récemment surtout dans les branches se rattachant à l’électricité (8)], sont, abstraction faite des grandes métropoles industrielles, fabriqués de préférence dans les capitales (9). Les fabriques dites le plus volontiers « de produits chimiques », qui ont besoin relativement bien davantage de capital et d’intelligence que de travail ordinaire, réussissent encore particulièrement bien dans les capitales, lorsque la proximité de la matière première ne les oblige pas à rechercher les régions montagneuses, les
gisements de sel, etc. (10, 11).
[Selon Sombart, les raisons pour lesquelles une grande ville apparaît à un entrepreneur comme avantageuse pour y établir le siège de son activité industrielle sont les suivantes : 1“ la proximité des entreprises de commerce et de banque ; 2° la certitude d’y trouver des ouvriers d’élite ; 3“ le voisinage des forces auxiliaires de la science et de la technique ; 4° l’offre de travail humain particulièrement à bon marché. 11 ajoute cependant lui-même qu’une grande partie de ces raisons a perdu de son importance par suite de l’intensité croissante de l’utilisation des capitaux, et surtout des progrès de la technique des transports. Bien plus, à l’époque moderne, on peut observer que des industries notables quittent les grandes villes, parce que chez celles-ci, la rente du sol fait monter par trop le prix des terrains et que les forces qualitatives du travail surélèvent leurs prétentions. Dans la poursuite de l’essor de la grande
industrie chez quelques villes, comme par exemple Leipzig et Dresde, on ne peut méconnaître que ce ne sont pas toujours des mobiles semblables qui sont entrés en jeu. La grande industrie a pris pour point de départ la matière preniière ou le produit auxiliaire, soit que ceux-ci fussent déjà l’objet d’un travail passé dans les habitudes, soit qu’ils dui-sent, pour la première fois, être mis en oeuvre d’une façon nouvelle, aussi souvent que la matière première s’est elle-même portée à la rencontre de ceux qui la devaient transformer. Il est certain que les grandes industries actuelles n’avaient à l’origine qu’une étendue modeste, qu’elles ont été établies comme petites industries, pour donner satisfaction aux besoins locaux, et que leur accroissement a suivi la marche ascendante de ces derniers. A Leipzig et à Dresde, ce sont en première ligne les besoins d une population d’une énergie consommatrice considérable, et se pressant plus nombreuse qu’en d’autres endroits, qui ont été la cause originaire do l’établissement des fabriques. Quelques-unes d’entre elles ont dépassé rapidement, d’autres avec plus de lenteur leur but immédiat, po..r arriver à fournir la région tout entière, puis des contrées voisines plus importantes, enfin même des pays étrangers et d’autres parties du monde. A Dresde, l’expérience des choses industrielles, l’esprit d’entreprise, l’impulsion partie de I école des hautes études techniques, les forces disponibles du capital ont exercé une influence notable. A Leipzig, ce sont le commerce, les foires célèbres, spécialement la librairie, les besoins de la cité universitaire et musicale, qui ont déterminé le mouvement. Il faut encore signaler le fait que l’existence d’une grande exploitation appelle pour a satisfaction de ses besoins, celle d’exploitations nouvelles et differentes. Ainsi, par exemple, certaines fonderies de fer ne travaillent d’abord que pour des fabriques de machines,
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avec lesquelles elles sont étroitement associées, puis elles acceptent des commandes d’autres fabriques de machines et finiss nt par devenir indépendantes, en produisant au delà des besoins de la consommation locale (12).]
(1) Aujourd’hui, à Berlin, les métiers vulgaires des cordiers, tanneurs, foulonniers, sont en recul relatif, tandis que les industries de luxe sont en progrès (\’oir Schwab e, Volkszaehlung von 1871, p. 79). [ha première fabrique de savons de luxe a été, par exemple, établie en 1696, et en 1729, il n’existait pas plus de 9 savonneries avec 6 ouvriers ; en 1820, on en comptait 10.1 occupant 1.100 personnes. Elles ne jiroduisent pas seulement les savons ordinaires pour l’usage domestique, mais aussi les plus chers et les mieux choisis, que vers 1870 on importait généralement encore de France et d’Angleterre. La fabrication du papier eut, à Berlin, des débuts si difficiles, qu’en 1794 il s y trouvait seulement deux papeteries. Mais depuis 1860, on s’est tourné vers les articles fins et de qualité, et il s’est accompli de la sorte une révolution telle, que Berlin est devenu l’une des premières et des plus importantes places de production du papier de luxe (O. Wiedtfeldt, Stcit. Slud. z. Eîitu'icklungsgeftcli. d. Berliner Industrie von 1720-1890, p. 357-387)].
(2) L’élévation du taux de l’intérêt est la cause que l’Amérique du Nord, riche en bétail, produit du cuir bien meilleur pour la tige de bottes, etc., que pour les semelles (Ebeling, 4, p. 403). La prospérité ancienne de la tannerie espagnole à Séville et Bilbao principalement, a été la conséquence des grandes richesses en cuir de ces places, entrepôts privilégiés du commerce avec l’Amérique.
(3) En Angleterre, la"fabrication du cuir est surtout florissante à Londres. La chamoiserie seule, surtout, est prépondérante dans le Dauphiné, le Vivarais, ainsi qu’à Avignon, en raison de la proximité de la matière première. L’industrie du cuir est, en Allemagne, principalement représentée dans la vallée du Rhin, le duché de Bade, dans la Hesse Rhénane, etc.
[Hambpurg est un des centres les plus importants de la fabrication du cuir de cheval]. Les sièges les plus notables de la tannerie et de la fabrication du cuir sont, en Saxe, Dresde ; en Mecklembourg, Rostock ; en Alsace, Strasbourg. Dans l’Amérique du Nord, la tannerie est particulièrement développée en Pensylvanie et à New- York.
(4) Le fabricant reçoit, en dehors des abattoirs et des équanssages, des os des cuisines, où ils se trouvent déjà un peu débarrassés de leur graisse. Celle-ci, dont la fabrique opère ellememe ensuite le blanchiment, rapporte plus que ne coûte 1 achat des os. L’influence de l’origine de la matière première apparaît, entre autres, dans ce fait que l’Angleterre, en raison de la facilité plus grande de ses relations avec les Indes orientales, a longtemps possédé la supériorité sur la France pour les objets en nacre ordinaire. Le département de l’Oise fabrique entièrement les couverts à salade en corne et termine ceux en buis qu’il tire à demi achevés du .J ura. Le fabricant de peignes parisien a, sur ses concurrents de province, l’avantage qu’il peut, en tout temps, .se renseigner prés des chimistes, des dessinateurs et des coiffeurs, en même .temps qu’un commerce très important de modes lui facilite des débouchés.
(5) II arrive souvent que de riches cités, ayant perdu une grande partie du champ lucratif qu’elles offraient au placement des capitaux et souffrant, par suite, d’une faiblesse déprimante du taux de l’intérêt, conservent longtemps encore une place importante dans l’industrie de l'or et de l’argent. Bruges en est un exemple vers la fin du xve siècle (Anderson, Origin of commerce, a, 1489). A Paris, il fut même institué, en 1548, un bureau de douanes spécial pour les matières d’or et d’argent de provenance flamande. En Allemagne, depuis la fin du xvie siècle et encore sous Frédéric-Guillaume 1^ Augsbourg a été le siège
d une industrie de l’argent des {)lus considérables (comparer Aicolaï, Reise, 8, p. 34).
(6) La création de l’Académie des Beaux-Arts à Paris,
l’École française de peinture à Rome, en 166/, ont été parmi les moyens les plus efficaces d’encoura-
166 CHAP. II. EMPLACEMENT DES BRANCHES DE l’iNDUSTRIE
gcmcnt à Tindustrie d’art parisienne. Aujourd’hui encore, Paris et Lyon, Londres et Liverpool, Edinbourg et Birmingham, Vienne et Prague, Berlin, New-York, sont les centres principaux pour l’orfèvrerie. La prospérité du travail des métaux précieux à Pforzheim, Hanau, Genève, etc., est due partiellement au fait historique que cette industrie, originaire d’ailleurs, mais déracinée avec les huguenots, etc., a été, dans ces pays, l’objet d’une réimplantation artificielle.
(7) [X Berlin, la première fabrique de fleurs artificielles a été établie en 177G. Celle-ci, ainsi qu’une autre ouverte en 1782, subirent une débâcle au début du xix® siècle. La branche de métier disparut alors pendant plusieurs dizaines d’années à Birlin. Par contre, depuis 1870, l’industrie berlinoise de la fleur artificielle a battu la française, même sur le terrain de la spécialité célèbre de celle-ci, la fabrication des feuillages. Berlin accuse une exportation notable en fleurs décoratives, en plantes à feuillages, palmes, etc. Les fleurs funéraires imprégnées et inaltérables ont été inventées à Berlin, et la fabrication des fleurs en perles et filigranes a également son siège dans cette ville (WiEDFELDT, 200-207)].
(8) En Allemagne, dans 42 grandes villes, il existait, en 1907, 2.239 établissements de construction de machines électriques génératrices de courant, d’accumulateurs, d’appareils télégraphiques, de lampes, etc. Ils donnaient du travail à 92.475 personnes sur un total pour l’ensemble de l’Empire, de 5.391 exploitations analogues occupant 142.171 individus. A Berlin, c’est l’établissement de constructions télégraphiques de Siemens et fJalske, fondé en 1847, qui a surtout servi de modèle à l’étonnant développement de la moderne électro-technique. En 1875, on comptait 26 exploitations avec 816 personnes et les chiffres respectifs étaient devenus, en 1895, 126 et 6.036 ; en 1907, 405 et 36.343.
(9) Les principaux centres pour les instruments de musique sont ^'ienne et Prague, ainsi que, en raison de la haute culture musicale, Leipzig [où l’on comptait, en 1907, 4.043 personnes sur 16.985 pour l’ensemble du royaume de Saxe, occupées à la
fabrication d instruments de musique de toute espèce], Stüttgart [en 1907, 1.270 individus sur 5.080 pour tout le Württeniberg], Paris, Londres. [Depuis 1880, Berlin a triomphé de la concurrence de Vienne et de Leipzig par le bon marché, et de celle de Paris par une sonorité plus grande. En 1907, la fabrication des instruments de musique y occupait 8.076 personnes]. En Russie, il existait, en 1849, 7 de ces fabriques, dont 6 à et près de Saint-Pétersbourg. Münich est une place importante pour la fabrication de couleurs à peindre et de pinceaux. Pour les machines industrielles. Vienne et Prague, Berlin, Paris et Londres, occupent, à beaucoup d’égards, un rang supérieur. Viennent ensuite, mais avec une limitation aux besoins spéciaux de leurs alentours immédiats, une grande partie des villes de fabrique les plus importantes. Trieste, par exemple, construit des machines pour bateaux, Chemnitz et Mulhouse’ Rouen et Lille pour l’industrie textile, la province prussienne de Saxe pour la sucrerie. En Angleterre, il est caractéristique que les meilleures machines et parties de machines ne sont nullement fabriquées dans la région de l’industrie de la quincaillerie. Aujourd’hui, la fabrication des machines a pris, à Leeds, une place presque aussi importante que celle de la laine {SlatisL Joiirn., 1858, 435). A Goettingue, trois industries s étaient depuis longtemps à ce point développées, qu’elles avaient conquis le succès même sur les marchés et dans les expositions de l’étranger. C’étaient la fabrication d’instruments de chirurgie, celle d’instruments de physique, etc., et la peinture sur porcelaine. Cette dernière rattachait son origine au luxe des étudiants, en têtes de pipe, en tasses, etc., servant de cadeaux. Les deux premières tenaient la leur de ce qu’il se trouvait presque toujours à l’Université un chirurgien ou un physicien de premier rang, prêt à inspirer aux ouvriers des idées nouvelles (avantages de production), et dont les élèves, au moment de leur départ, désiraient se munir d’instruments (avantage de consommation). A Giessen, la fabrication d’appareils chimiques a dû son impulsion à Liebig.
(10) La supériorité dans les industries chimiques est acquise
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d’ordinaire à la nation, autrefois la Hollande, ensuite la France^ qui, à l’époque de la génération immédiatement antérieure, a possédé les savants les plus éminents sur le terrain correspondant au point de vue scientifique.
(11) [La fabrication du papier est surtout à sa place dans les régions d’une richesse et d’une civilisation considérables. En même temps, en effet, qu’elles éprouvent grâce à la publicité et à la liberté de la presse, un besoin de papier des plus grand.s, la qualité et l’abondance de leur linge fournit les chiffons les meilleurs et les j)lus nombreux. Ces causes ont amené la prospérité remarquable de cette industrie, à Anvers d’abord, à Hâle également, avec le renom de son imprimerie, à Nüremberg dès le début du xv® siècle, ensuite en Hollande où l’on constate aujourd’hui une diminution, et plus tard en Angleterre. En Allemagne, [les fabriques de papier, de carton, de pâte à papier, comprenaient, en 1885, des exploitations au nombre de 1.037 ; en 189G, de 1.319 ; en 1907, de 4.235 occupant 122.758 personnes (E. Kiuchxer, Dus Papier, 1897, I, 35). Leurs centres principaux sont : 1° le sud du royaume de Saxe, coupé par la ligne Colditz-Bautzen ; 2° la moitié sud-ouest de la Silésie, limitrophe de la Bohême ; 3« le Harz ; 4° les provinces du Rhin et de Westphalie, et surtout la région allant de Neuss à Arnsberg et de Müllheim-sur-Rliur à Solingen. Il existe des centres moins importants qui sont : 1® la région de Düren, de Kirchberg à Zülpich ; 2° la partie orientale du Palatinat bavarois ; 3® en Bavière, les quatre régions, au sud de Nüremberg, autour de Münich, autour de Miesbach et près de Kempten ; 4® en urttemberg, la région du district de Ploechingen jusqu’à Süssen et sur les bords du Danubtî de Scheer à Sigmaringen ; 5“ dans le duché de Bade, la région de l’Odenwald et celle d’Ettlingen à Wildbad, de Pforzheim à Bade {Kiuch.neh, I, p. 52). D’après l’annuaire de la Société des fabricants allemands de papier (1910-11, p. 55), la production pour 1909 s’est élevée, pour GG3 fabriques de papier et de carton, à presque un million et demi de tonnes, d’une valeur supérieure à 400 millions de marks. Il en résulterait que, depuis 1897, où les chiffres
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étaient de 778.000 tonnes d’une valeur de 205 millions de marks, la production aurait approximativement doublé]. A l’étranger, les centres sont en suivants : En Autriche, la Bohême, la province de Basse-Autriche, la .Styrie ; en Italie, la Toscane, Gênes, la Lombardie ; en France, les environs de Paris, les départements industriels du Pas-de-Calais, des Vosges, de l’Isère, puis de la Gironde, de la Charente et enfin les régions de la toile de la Normandie et de la Bretagne ; en Espagne, la Catalogne et la Biscaye ; en Grande-Bretagne,’ les environs de Londres, Bath, Oxford, Edimbourg, l’.Athènes écossaise. L’importance de la fabrication du papier de luxe en Ba- A ière est liée à la floraison artistique de ce pays.
(12) [SoMBART,Z)cr moderne Kapilalismus, 2,p. 217 et suiv. ; .ScHWARzscHiLD, Die Grossiadt als Standort der Gewerbe, dans le Jahrb. f. Aat., 3® Folge, 33, p. 721 et suiv.; Juckenburg, Das Aufkommen der Grossindusirie in Leipzig, 1912 ; Stieda, Gewerbe und Industrie in Dresden, dans Dresdens Entwicklung in der Jahren 1903 bis 1909, 1910, p. 133 et suiv.].
De nos jours les perfectionnements des transports et des machines ont supprimé, pour bien des avantages que la concentration dans les grandes villes avait toujours offerts à l’industrie, leur contrepoids principal. Plus le travail des machines acquiert de prépondérance sur le travail à la niain, plus la faiblesse locale de la moyenne des salaires ou- \jiers perd de terrain comme raison déterminante pour l’industrie dans le choix de son emplacement. Par contre, l’influence de deux particularités des grandes villes s’accroît : le taux de l’intérêt y est moins élevé ; elles offrent une facilité plus grande pour le choix des ouvriers aussi habiles que l’exigent les établissements de constructions
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mécaniques. Le perfectionnement des moyens de transport a fait perdre à la proximité de la matière brute et du combustible beaucoup de son ancienne importance. La région qui pourvoit à la subsistance des grandes villes se trouve, surtout grâce aux chemins de fer, puissamment étendue.
Il faut voir encore en eux, la cause du nivellement rapide des différences dans le bon marché de la vie, dont l’influence sur le salaire est si forte, entre les capitales et les campagnes les plus reculées (1) {§ 79). Désormais, le fait que c’est dans les grandes villes que la division du travail peut être poussée dans tous les sens le plus loin possible, affirme son importance entière. L’isolement des fabriques les contraint à une recherche pénible de la clientèle : il leur faut visiter les foires, payer des voyageurs, faire de la publicité, après qu’elles ont non moins difficilement amené jusqu’à elles leur matière première. Toute rupture d’une pièce importante do leur machinerie suffit à les arrêter, ou les oblige à posséder en machines de réserve un capital improductif. Le groupement, au contraire, de vingt de ces fabriques attire bientôt à proximité des négociants qui rivalisent à leur procurer tous les services du commerce (2), des banquiers qui leur offrent le concours de leurs caisses, des constructeurs de machines qui s’intéressent sj»écialement aux particularités de l’industrie pratiquée dans leur voisinage (3). Une fabrique travaillant pour le marché mondial réussit d’ordinaire d’autant mieux, qu’il en existe auprès d’elle un plus grand nombre de semblables, mais ceci naturellement n’est exact que jusqu’à un certain point. Toutefois, ce point recule davantage à mesure que se perfectionnent les communications, que se développe le capitalisme, que s’al aissent les barrières internationales du trafic. Pour les inventions qui touchent à la pratique de l’économie sociale, l’atmosphère des grandes villes demeure favorable (4), •