‹ Économie industrielle [microform]Chapitre 23 sur 155 · SH 'I · texte numérisé non relu

SH 'I

Lorsque le métier et la fabrique viennent à rivaliser sur un terrain qui n’offre par ailleurs, aucun avantage spécial à l’un d’eux, c’est à cette dernière que doit forcément rester la victoire. Un fabricant, qui utilise autant d’ouvriers et de capitaux que vingt maîtres de métier, peut porter 1 organisation du travail et des emplois à un degré supérieur de perfectionnement. Les comptables, caissiers, mécaniciens et voyageurs de profession, ne se trouvent généralement que dans les fabriques. Elles seules peuvent tenter des expériences plus en grand et se servir sur une plus vaste échelle des circonstances générales du commerce. Tout ceci ne va pas, il est vrai, sans entraîner l’inconvénient que chez la plus grande partie des producteurs, le sentiment de la responsabilité vis-à-vis du consommateur s’affaiblit, et qu’en général la spéculation envahit facilement la profession. Le fabricant appartient aux classes sociales élevées, et possède d’ordinaire pour cette raison, plus de connaissances et de relations que l’artisan. Ce dernier ne peut habituellement utiliser l’aide de la science que lorsqu’elle est devenue le patrimoine commun de l’humanité civilisée (1). Les déchets de la matière première, se produisant dans la fabrique en masses plus importantes, on en tire chez elle un parti incomparablement plus avantageux (2). Les grands, justement parce qu’ils sont en vue, possèdent dans leurs qualités pouvant leur procurer crédit, une notoriété plus considérable que les petits. Dès lors, le fabricant peut, au moyen de ce crédit, renforcer encore et multiplier par un coefficient plus élevé ses capitaux déjà plus abondants par eux-mêmes. Toutes les dépenses, comprises sous la dénomination de frais généraux de production, sont dans l’exploi-

tation en grand, relativement moindres. Ainsi, par exemple, un grand haut-fourneau constamment chauffé, qui produit autant de fer que dix petits, ne couvre pas une surface dix fois supérieure, ne contient pas non plus dix fois autant de briques, ne consomme pas dix fois autant de combustible (3). Il est vrai que la plupart des avantages de l’exploitation on grand pourraient également devenir accessibles aux petits par le moyen de l’association. Ceci se produirait même dans l’industrie, à cause de sa liaison moins étroite à son emplacement, avec plus de facilité que dans l’agriculture. Le métier pourrait alors mettre en valeur, avec beaucoup de succès, certaines supériorités inhérentes à l’exploitation en petit, notamment la sévérité plus absolue dans la surveillance des auxiliaires et l’économie plus stricte dans 1 utilisation de la matière brute. Toutefois, ceci suppose toujours un progrès notable dans la voie de la concorde, aussi bien que du discernement et de la maîtrise de soimême. 11 est naturel que les avantages dont la fabrique dispose vis-à-vis des métiers croissent forcément avec son importance de façon non seulement absolue, mais aussi relative. 11 existe cependant une limite, au point où l’entreprise devient par trop considérable pour être maintenue sous une direction efficace (4). Mais presque tous les progrès dans la division du travail, dans le perfectionnement des moyens de communication, etc., font reculer plus loin cette limite infranchissable (5-6). Une industrie quelconque parvenue a un haut degré de développement voit d’ordinaire sa croissance ultérieure se manifester bien plutôt par l’extension de ce qu’elle embrasse que par l’augmentation du nombre de ses entreprises (7-8-9).

(1) La fabrique nuit au métier surtout en ce que, étant difficilement capable de former des apprentis, elle recrute volon-

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