‹ Économie industrielle [microform]Chapitre 28 sur 155 · I.r i MM M · texte numérisé non relu

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tamnient l’ouvrier de fabrique, un article confectionne en masse par la poterie (6).

Si dans les cas précédents, ce sont des industries concurrentes qui tranchent le fil des jours d un antique métier, ce sont, dans d’autres cas, par exemple dans la pelleterie, les variations de la mode et des habitudes qui jouent leur rôle. Dans nos compartiments de chemin de fer bien chauffés, la fourrure est inutile. Les églises et les autres édifices publics sont aujourd’hui munis de calorifères. Aussi, la partie du costume, qui autrefois semblait indispensable, la fourrure, est-elle devenue un article do luxe. G est d une manière analogue que la sellerie a été atteinte, depuis que la victoire des chemins de fer a fait disparaître do la route la voiture de voyage, dont l’aménagement constituait autrefois pour ce métier son occupation principale. La fabrication même des voitures est devenue l’affaire de la grande industrie (7).

Les changements dans l’organisation de l’économie mondiale, en même temps que la supériorité acquise à la grande exploitation par la force du capital et la puissance du crédit, peuvent devenir pour un métier une cause de pertes importantes. Un exemple en est fourni par la tannerie (8)» Celle-ci était à l’origine une activité productive s’exerçant dans les limites d'une localité. Le tanneur achetait la peau chez le boucher et vendait le cuir au cordonnier, au gantier, au fabricant de courroies, au sellier de l’endroit. Aujourd’hui, le petit tanneur ne peut plus acheter chez le boucher local et se trouve contraint de s’adresser aux intermédiaires ou aux abattoirs. Le tannage en grand s’approvisionne chez eux en gros, en payant comptant avec 10 ° /o de rabais. En outre, il arrive d’Amérique régulièrement sur les marchés, via Hambourg, Anvers, Cologne et Londres, des cargaisons de peaux, aux enchères desquelles le grand indus-

triel achète directement par lui-même ou par son commissionnaire. La science a d’ailleurs frayé des voies toutes différentes à la technique des procédés de tannage. Depuis 1860, la chimie est devenue la puissante auxiliaire de la tannerie et il est impossible de prévoir où cela conduira. En Autriche, existe depuis 1880 une station d’essai pour la fabrication du cuir. On a tout récemment sérieusement essayé 1 application de l’électricité au tannage. Cette méthode, qui permet de tanner complètement en quatre jours et quatre nuits au plus les peaux les plus épaisses, a été l’objet d’une délivrance de brevet et se trouve déjà en usage en divers endroits. On a inventé, en outre, un certain nombre de machines. On possède maintenant des cuves à fouler, des fouloirs à manivelle, des dévidoirs, des cylindres calandreurs, des machines à passer les peaux, et avant tout la machine à fendre le cuir, qui fend chaque peau dans sa longueur et double ainsi la quantité de matière première.

Le bois de québracho remplace l’écorce de chêne. Ces procédés permettent aujourd’hui à la grande exploitation, pour le tannage rapide, de terminer le travail à peu près erî cinq mois, tandis que la petite exploitation avec l’ancien tannage en fosse a besoin d’un an et demi. L’artisan ne peut, en outre, faire travailler son capital de façon aussi constamment répétée que le fabricant, ni vendre aussi bon marché que lui. Une fabrique de cuir à Leipzig occupe 26 ouvriers, est munie d’un outillage excellent comprenant tous les appareils et possède une machine à vapeur de 20 HP • elle opère le tannage des peaux en une moyenne de trois mois, en employant les meilleurs procédés. Il est au surplus remarquable que,tout au moins à en juger d’après l’exemple du royaume de Saxe, ce n’est pas la grande exploitation proprement dite, mais beaucoup plutôt une exploitation moyenne tenue à hauteur du progrès, qui tend à acquérir

Roscher -e

ji" 226 CHAP. III. GRANDE ET PETITE INDUSTRIE

la prépondérance. En Saxe, on comptait, en 1849^ 1052 maîtres tanneurs avec 645 compagnons, en 1861, 846 maîtres et 843 compagnons. Le recensement de 1882 avait constaté l’existence de 566 petites exploitations occupant au plus 5 ouvriers, en tout 1246 personnes, et d’autre part 43 grandes exploitations occupant plus de 5 ouvriers, en tout 1.146 personnes. Parmi ces grandes exploitations, il n’en était que 4 faisant travailler plus de 50 individus, 8 de 20 à 40 et les autres de 6 à 20 au maximum.

Nous avons eu affaire, dans l’étude qui précède, à des industries dont la vitalité semble prodonfémont ébranlée et

chez lesquelles la possibilité de maintenir la petite exploitation est des plus douteuses. Il existe d’autres métiers qui traversent des temps fort difficiles, mais qui, du moins, ont en partie trouvé de quoi compenser leurs pertes. La ferblanterie, par exemple, a assisté, peu à peu, au déplacement total du centre de gravité de sa production. Autrefois la sphère de son activité embrassait par essence la confection d’ustensiles domestiques ou culinaires en tôle, de lanternes et de lampes, de tôles décorées et de tôles pour l’emballage. La préparation de tous ces objets est maintenant devenue l’affaire de l’industrie à domicile ou de la grande exploitation en fabrique, avec direction surtout commerciale. Par contre, le ferblantier se livre aujourd’hui davantage au travail de bâtiment, qui demeurait à l’arrière plan autrefois. L’installation de gaz et d’eau, l’ornementation du bâtiment et les spécialités relatives à celui-ci appartiennent essentiellement désormais à son nouveau domaine. L’extension de l’installation électrique complète ses perspectives d’activité (9). La serrurerie à son tour s’est vue contrainte d’abandonner la fabrication des serrures, des garnitures de portes et de fenêtres, des cuisinières et des coffres-

J forts, des ustensiles domestiques et de cuisine. Ces mar- il

t cliandises sont passées dans le champ du commerce du fer, ' ‘

qui les reçoit, en général, des grandes exploitations. Par I

contre, la serrurerie a trouvé en partie, dans le réveil de la 1

I mode des objets en fer forgé, des débouchés rémunérateurs.

Les jardinières, les pieds de miroir, les toilettes, les tables à I fumer, etc., en fer forgé sont à nouveau plus en vogue.

Nüremberg se livre à une exportation remarquable de ce genre de produits de la serrurerie d’art (10).

, La boulangerie se trouve à notre époque en voie de subir

une transformation qui aboutira peut être à sa séparation I en boulangerie fine ou de pain de luxe d’une part, et de

1 l’autre en boulangerie de pain ordinaire et en biscuiterie.

La première continue, comme l’épicerie, d’appartenir à la petite exploitation. La boulangerie de conserve pourra tomber dans le ressort de la grande, bien qu’on ne fasse pas des expériences très encourageantes en ce qui touche du i moins la fabrique de pain privée, c’est-à-dire en forme

i de société par actions. Une fabrique de pain, fondée à

Berlin en 1856, n’a, au dire de son dernier directeur, jamais rémunéré convenablement son capital ; travaillant même à perte dans les dernières années, elle a cessé son exploitation en 1887. Il n’existe de même, à Paris, aucune fabrique de pain privée véritablement importante, à l’exception des maisons qui entreprennent la fourniture de magasins tels que le Bon Marché ou de la boulangerie qui approvisionne de pain les fameux Bouillons Duval. A Londres encore, les fabriques de pain n’ont pu relativement gagner beaucoup de terrain sur les exploitations moyennes. Les maisons ■ J--B. Stevenson, Feaist, Nevil, etc., sont à la vérité des

boulangeries importantes, occupant peut-être, en moyenne, 200 ouvriers, mais quant à leurs bénéfices, tout ne semble pas aller pour le mieux. La méthode de cuisson suivant la-

quelle on fait lever la pâte au moyen de l’introduction d’acide carbonique, ou système « Dauglisch », n’a pas rencontré la vulgarisation qu’on lui prophétisait. Les boulangeries administratives pour les hôpitaux ou les armées, ainsi que les fabriques de pain coopératives ont mieux lait leurs preuves. Les premières ont eu pour elles la précision absolue de la quantité à fournir et la livraison en peu d’endroits, et si possible en un seul. A Paris, la « boulangerie centrale de l’administration générale de l’Assistance publique », fondée dès le milieu du xa ii® siècle, approvisionne aujourd’hui de pain l’ensemble des hôpitaux de la capitale, soit environ 35.000 personnes. Elle opère elle-même sa mouture, possède 13 paires de moulins à blé et 2 paires à seigle, 13 fours et 9 pétrins mécaniques avec un personnel d’exploitation de 41 hommes. La boulangerie militaire do Leipzig fonctionne avec six fours système Wieghorst, au nombre desquels deux fours à étage, c est-à-dire ayant 2 tôles de cuisson placées l’une au-dessous de 1 autre et qui, bien entendu, sont chauffées séparément chacune ; 30 solclats, boulcingGrs cIg profGSsion, Gt un pctrissGur mécaniquG assurent une production journalière de 24.000 livres de pain. Les boulangeries coopératives, qui sont fondées, soit par des sociétés de consommation dans 1 intérêt de leurs membres, soit par des ouvriers boulangers comme sociétés de production proprement dites, existent à plusieurs exemplaires dans certaines villes allemandes, comme par exemple Leipzig, ]^Iagdebourg et Lübeck, et obtiennent un succès variable. A Paris, une entreprise de ce genre a été exploitée de 1874 à 1884 et a clôturé par un déficit. Celles de Berlin ont obtenu aussi peu de résultats. Par contre, de brihcints exemples sont ceux des boulangeries belges de la Maison du Peuple à Bruxelles et du Vooruit à Gand, cette dernière débitant, par jour, 30.000 kilogs de pain. On peut

\ de gâteaux secs. L’une d’elles à Paris fait travailler

I ouvriers ; à Londres, une biscuiterie en occupe 3.000

et transforme, par semaine, 3 à 4.000 quintaux de , farine de froment en 120 sortes différentes de biscuit

I atteignant une valeur annuelle de 30C.000 livres ster-

ling (11).

Dans la boucherie, la petite exploitation se maintient également. Elle a besoin du travail manuel et les machines- , outils sont chez elle d’un usage à peu près inconnu, à

moins qu’on ne veuille considérer comme telles les poulies destinées à soulever les morceaux après abatage. Le secours des machines n’est exigé que pour la conservation de la I viande au moyen de la glace, que les abattoirs livrent

^ aujourd’hui aux chambres frigorifiques. Par contre, la

préparation des saucisses est susceptible d’employer beauj coup d appareils mécaniques et se trouve fréquemment or-

I ganisée en grande exploitation. La saucisse est plus fine et

plus régulière lorsqu’elle est confectionnée à l’aide de machines et la propreté est plus grande. Les réserves peuvent se compléter plus rapidement et les commandes s’exécuter , de même. L’abatage s’est remarquablement développé sui-

vant le mode dos fabriques à Chicago ; il est vrai qu’il se

- trouve lié à l’exportation de la viande dont l’essor n’a pas été moindre (12).

11 résulte des considérations qui précèdent que toute une série de causes ont déterminé la crise actuelle du métier et que l’occasion de celle-ci n’a pas été partout la même. Tantôt ce sont les machines, tantôt le capital, tantôt la : grande supériorité du commerce pour l’achat de la matière

première, tantôt l’amélioration des procédés du travail, tantôt les changements dans les goûts et les besoins du public, tantôt enfin la transformation radicale de l’organisa-

tion mondiale économique, qui ont contribué à faire disparaître la petite industrie.

Sous l’impression de cet état de choses, on s est plu à diio que les jours du métier se trouvaient comptés, et qu’avec le temps la grande exploitation l’absorberait complètement. Cette manière de voir n’est guère justifiée par l’événement.

11 faut admettre bien plutôt qu’une coexistence des diverses formes d’exploitation, telle qu’elle se manifeste actuellement, formera longtemps encore la physionomie de la vie industrielle. Chaque forme a justement des avantages propres, emploie des forces différentes de travail, répond à des exigences déterminées, de sorte qu elles se complètent réciproquement dans leurs effets. La fabrique, cause de transformations en vérité remarquables, occasion dé l’ébranlement des modes de production anciens, a triomphé , avec les progrès éminents des sciences naturelles, avec les inventions et découvertes de notre époque, avec le bouleversement de l’ensemble de l’existence économique et sociale. Elle a le sens certain d’une phase de l’évolution et non celui de la fin de celle-ci. Elle n’a pas de limites nettement accusées dans son activité et l’on peut continuellement observer des formations et des transformations nouvelles. Telle branche du métier paraît vouée à l’absorption par la fabrique; telle autre reste, par contre, aujouid hui comme autrefois, indispensable à l’économie d’une cité et continue de vivre sans inquiétude sous la forme de la pelite

exploitation.

Les métiers les moins menacés par la concurrence des lubriques sont ceux dont les services doivent s’adapter à des besoins locaux ou individuels variables dans chaque cas P particulier. 11 faut ranger parmi eux les métiers de répara-

tions, ceux encore de placement et de nettoyage, les ser- I vices purement personnels du barbier, du coiffeur, etc., et,

dans les localités peu importantes, les métiers qui livrent à la petite consommation journalière des subsistances facilement périssables.

Il existe enfin des industries qui requièrent un capital d’exploitation modeste, mais une dextérité spéciale et surtout un sens artistique développé, tels que les industries d art. Il en est d’autres qui peuvent travailler avec une matière première à si bon marché et ont employé si rarement

la machine, qu’elles n’ont rien à craindre de la concurrence de la fabrique.

Les artisans, surtout ceux animés de l’esprit corporatif ne veulent pas se rendre compte des choses et éprouvent une tendance à attribuer leur situation, en partie peu satisfaisante, à la liberté industrielle. Ils oublient les transformations effectives survenues dans l’économie sociale et mondiale dont il a été précédemment parlé et qui ont causé la disparition de la petite industrie. Il est cependant clair qu’en face de causes économiques d’une influence si profonde, il n’y a pas beaucoup à espérer des brevets d’aptitude et des corporations. L’enchaînement corporatif, quels qu en puissent être les bienfaits, ne peut davantage susciter la force capitaliste qu’éveiller l’intelligence commerciale nécessaires à la grande exploitation. II faut donc aviser d’autres moyens. Ceux-ci consisteront en ce que, pour tout métier et dans chaque ville, on s’efforcera de découvrir les particularités des divers cas et de prendre des mesures en conséquence. Dans la menuiserie, on pourrait espérer sortir d’embarras, par la création d’une association professionnelle permettant à ses membres d’accéder aux services de machines fort coûteuses. Pour le métier de tanneur, on songerait à une coopérative de vente. Un moyen efficace à recommander pour la lorge serait l’organisation de sociétés d achat, qui procureraient le matériel auxiliaire.

aussi bien que le combustible. Comme mesures générales susceptibles d’être prises en considération, nous citerions volontiers la transformation de l’éducation industrielle, la vulgarisation des petites machines motrices et la généralisation des syndicats. De cette manière, les progrès de la technique, les avantages d’une meilleure instruction complémentaire et de l’éducation commerciale, la concentration de capitaux, pourraient également profiter à la petite industrie. Mais il serait nécessaire que l’impulsion partît, pour ces réformes, d’un office central servant d’intermédiaire à l’appui du gouvernement, et susceptible d’indiquer la voie, suivant le besoin, à l’indispensable culture d’ensemble aux points de vue de la technique et de l’économie.

(1) V. STiEDA,Z)ie Lehensfaehigkeit des deutschen HandwerkSj 1897 ; H. Grandke, dans le Jahrb. f. Ges. u. Ver»\, 21, p. 1031 et suiv. ; H. Bottger, Das deiitsche Handwerk, 1898 ; B. Harms, Ist das deiitsche Handwerk konkiirrenzfaehig ?, 1900 ; W. Stied Die Entwicklungsmoeglichkeit des deutschen Ilandwerks, dans Die deutsche Forthildungsschule, 17, n°s 21 et 22 ; Schr. d. Ver. f. Sozialp, 76, p. 16 et suiv. ; Rapports de Buecher, Hitze, Philippovich.

(2) Schr. d. Ver. f. Sozialp., 62, 64, 65, 68, 69.

(3) Schr. d. Ver. f. Sozialp., 62, p. 1 et suiv., 63, p. 169 et suiv., 64, p. 57 et suiv\, 65, p. 23 et suiv.; M. Schoene, Dfe moderne Entwickliing des Schuhmachergewerbes, 1888 ; Franke, Die Schuhmacherei in Bayern, 1893 ; H. Schneider, Die Schuhmacherei aiif der Weltaiisstelliin g in Phâadelphia, 1877 ; Jahrbuch f. Nat., ncue Folge G, p. 552 et suiv. ; C. V. Paygert, Die soziale und wirtschaftliche Loge der galizischen Schuhmacher, 1891 ; Mendelson, Die Stellung des Ilandwerks, 1899.

(4) Soziale Praxis, 4, p. 249 ; Œslerreichischer Aiist. Ber. von 1867, 6, p. 330 ; Herzberg, Das Schneidergewerbe in München ; Schr. d. Ver. f. Sozialp., 6^, p. 397 et suiv., 65, p. 175 et suiv., 145 et suiv., 68, p. 1 et suiv.

§ 24. vitalité du métier 233

(5) Schr. d. Ver. f. Sozialp., 63, p. 20 et suiv., 64, p. 365 et

\ suiv.

(6) Schr. d. Ver. f. Sozialp., 62, p. 167 et suiv.

(7) Schr. d. Ver. f. Sôzialp., 62, p. 112 et suiv., 67, p. 384 et

■ suiv., 70, p. 2, 339, 456, 523 et suiv.

j (8) Schr. d. Ver. f. Sozialp., 62, p. 112 et suiv., 65, p. 1 et

suiv., 66, p. 456 et suiv.

(9) Schr. d. Ver. f. Sozialp., 62, p. 129 et suiv., 63, p. 135, 68, p. 245 et suiv.

(10) Schr. d. Ver. f. Sozialp., 64, p. 93, 65, p. 79 et suiv., 70, p. 68 et suiv.

(11) Schr. d. Ver. f. Sozialp. ,63, p. 413 et suiv., 68, p. 136 et suiv., 70, p. 269, 282, 291, 456.

(12) [iS’c/i/'. d. Ver. f. Sozialp., 6i, p. 31 et suiv., 62, p. 236 et suiv. ; Jahrbuch. f. Nat., Neue Folge, 6, p. 537 et suiv.].

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