‹ Économie industrielle [microform]Chapitre 29 sur 155 · MANUFACTURE A DOMICILE · texte numérisé non relu

MANUFACTURE A DOMICILE

Un échelon intermédiaire entre la fabrique -proprement dite et le métier est constitué par la manufacture à domicile {Hausmanufactur) travaillant pour le commerce. C’est ce que l’on appelle en Angleterre le domestic System en l’opposant au factory System et c’est ce que l’on nomme, en Allemagne, encore Verlagssystem, système du fonds de commerce, Hausindustrie, industrie à domicile. Elle est, en général issue, dans les villes de la fin du moyen âge, des métiers qui possédaient des débouchés fort étendus et qui déjà pour cette raison dépassaient d’ordinaire les métiers purement locaux. [Il faut la distinguer de l’activité domestique (Hausfleiss), ou de ce qu’on appelle l’industrie domestique au sens national, local ou traditionnel, qui est exercée par

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les paysans à côté de leurs occupations agricoles et avait originairement pour but de satisfaire leurs besoins personnels. C’est ainsi qu’aujourd’hui encore en Russie, en Scandinavie, en Hongrie, en Galicie, en Roumanie, les femmes travaillent le plus souvent à filer le chanvre et le lin, à tisser la laine, à tresser des corbeilles, à tisser des nattes, à tricoter des bas, à faire de la dentelle au fuseau, etc. L’Allemagne elle-même en offre un exemple avec la fabrication du fromage à la main à Gross-Gerau, dans le ressort de la Chambre de commerce de Darmstadt. Ces sortes d’activités manquent du signe distinctif de la vente par le commerçant, le fabricant ou l’intermédiaire. Toutefois, il arrive assez souvent qu’elles tombent sous la dépendance d’un commerçant, qui achète la marchandise pour la répartir, et fournit même la matière première et les modèles (1)]. Dans les villes du moyen âge, la vente directe de l’artisan au consommateur, ainsi que la direction et la représentation des maîtres isolés par la corporation, finirent, peu à peu, par devenir insuffisantes. Les négociants passèrent alors au premier plan. Ils n’avaient, il est vrai, possédé longtemps que le capital nécessaire pour visiter les foires et pour courir les risques afférents au recouvrement final de leurs avances. Mais plus tard, avec le développement économique, ils étendirent toujours davantage, selon le principe de la suprématie (Vol. 1, § 196a), le cercle de leur activité (2). C’est aussi à une époque ultérieure que les industries à domicile ont grandi, en des endroits divers, en franchissant les limit s que la corporation fixait aux artisans isolés pour l’importance de leur exploitation. L’occasion s’en trouvait lorsque beaucoup d’entre eux recevaient à la fois des commandes de négociants animés d’un esprit d’entreprise. Plus souvent encore, ces industries sont issues d’un métier accessoire, au moyen duquel la population rurale cherchait

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à remplir ses heures d’oisiveté (3). [C’est à ceci que se rattache de façon fort étroite, la diffusion de la manufacture à domicile dans le but d’obvier à une crise locale. On désire assurer à une population campagnarde ou à celle d’un petit bourg rural une occupation à côté aidant à ses gains. Dans des cas semblables, la manufacture à domicile s’installe et grandit sur un terrain qui n’avait pas encore été occupé, ou ne l’avait été qu’accessoirement, et .sur lequel il n’y avait eu jusqu’alors aucune organisation industrielle (4).] Ici, l’ouvrier ne quitte pas son logement, et peut ainsi joindre à ses efforts le travail de sa famil e et même celui de quelques compagnons rétribués. Le placement commercial de la marchandise confectionnée est assuré par un capitaliste dont les connaissances sont plus étendues (5). Ce centre capitaliste d’un groupe d’industriels à domicile peut luimême plus ou moins intervenir dans le travail. Il peut donner à l’ouvrage la dernière main, livrer aux ouvriers des modèles, des matières premières, des outils à titre d’avances, assumer au moyen de celles-ci certains risques, faire surveiller le travail par des intermédiaires ou «facteurs » (Factoren) allant et venant (V. infra, § 26, note 11). Tout ceci, fait ressembler de plus en plus ce genre d’exploitations à la fabrique proprement dite, et les ouvriers qu’elles occupent aux salariés non indépendants (6). [11 est à remarquer rue, dans certaines circonstances, il s’accomplit une régression, et que la cessation do l’exploitation en fabrique amène la formation de manufactures à domicile ; c’est une troisième façon pour celles-ci de se constituer, qui appartient exclusivement à notre époque. Les choses peuvent se passer de deux façons. Exceptionnellement d’abord, l’entrepreneur supprime sa fabrique. Plus fréquemment d’autre part, l’extension ultérieure de la production n’a plus lieu par la création de fabriques, mais se produit suivant le mode de

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l’induslrie à domicile (7) ; au point de vue numérique, cette dernière parait, tout au moins en Alleniagne, car les statistiques d’autres pays sont insuffisantes, assez faiblement représentée. Elle a reculé dans l’Empire Allemand pour la I période allant de 1882 à 1907. Le nombre des exploitations

I a diminué, passant de 352.079 à 301.068 en 1895 et à

279.546 en 1907 ; celui des personnes qu’elles occupent a décru de 476.080 à 460.085 en 1895 et à 405.262 en 1907.

11 ne fait aucun doute que beaucoup d’industriels à domicile, aussi bien hommes que femmes, ont cessé de se donner comme tels, lors des recensements professionnels. Les femmes surtout, qui ne se livrent à un travail industriel que comme profession accessoire, manifestent souvent quelque gêne à l’avouer. D’après les indications des entrepreneurs, il y avait en 1907, 482.436 personnes occupées au travail à domicile. La diminution des exploitations s’est probablement accomplie sur les terrains où le travail manuel n’a plus été capable de soutenir la concurrence de la machine, particulièrement dans le textile. Par contre, les industries à domicile actuelles, notamment celles de la confection de «vêtements et de linge, des cigares, de la broderie, de la fleur artificielle, ainsi que quelques autres plus anciennes, comme la cordonnerie, la menuiserie, le tressage de corbeilles, la sellerie, manifestent une augmentation prononcée. Il semble que la législation récente, protectrice de l’ouvrier, ait en partie, favorisé l’extension du travail à domicile. Cette législation sociale, bienfaisante en soi, a cependant produit de néfastes effets. On donne aux femmes et aux enfants, dont la durée du travail à l’intérieur de la fabrique est limitée, de l’ouvrage à faire à la maison, ou bien on les occupe, d’une façon générale, sans sortir de chez eux (8). En dehors des grandes villes, centres des capitaux, du goût et du luxe, où la fabrication de nombreux articles de modes

a été organisée, de tout temps, comme industrie à domicile, l’espace où cette législation manifeste ses effets comprend en Allemagne un territoire en grande partie continu au point de vue géographique. Le foyer principal s’étend de la chaîne de montagnes de Glatz, tout au long de la frontière de Bohême jusqu’au Fichtelgebirge. Il comprend Liegnitz, Breslau, Bautzen, Dresde, Leipzig, Zwickau, la Haute Franconie, les Etats de Thüringo et le district prussien d’Erfurt. Importants au point de vue de l’industrie à domicile sont, à la frontière occidentale de l’Empire, les districts de Düsseldorf et d’Aix-la-Chapelle, la Lorraine et la Basse- Alsace, le cercle württembergeois de la Forêt Noire. Les métiers qui se prêtent d’une façon particulièrement remar-' quable à l’exploitation en manufactures à domicile ne ressortent pas, d’une façon précise, des statistiques existantes, qui ne contiennent pas pour les années antérieures de chiffres avec lesquels la comparaison puisse se faire. L’apparition de la manufacture à domicile semble, en général, essentiellement influencée par les causes suivantes : 1° possibilité de l’emploi de la main-d’œuvre féminine ; 2^ technique simple, permettant de travailler avec des outils peu nombreux et peu coûteux ; 3® présence d’un sens artistique ou de capacités particulières pour l’exécution des objets tels que les instruments de musique, les tissus fins ; 4® grande facilité du transport des produits, afin de pouvoir les faire parvenir commodément des lieux de production

chez le commerçant et des mains de celui-ci aux consommateurs.

Une transformation significative s’est produite dans l’appréciation des caractères de la manufacture à domicile. Lorsqu en 1889, la société de politique sociale ( Verein fiir S oziülpolitih) institua la première enquête sur la situation de 1 industrie à domicile, qui fût malheureusement entravée

CHAP. III. GRANDE ET PETITE lINDUSTRIE

dès ses débuts, il existait peu de données susceptibles de servir de base à l’entreprise. Depuis lors, des recherches nombreuses ont été poursuivies, et ont permis de reconnaître que le travail qu’on est porté à désigner comme industrie à domicile revêt une variété d’aspects multiple. C’est à peine si l’on peut, dès lors, espérer une définition universellement valable permettant de s’engager sur le terrain de la matière. La conception la plus ancienne, qui est notamment celle de Schmoller, auquel s’est rallié Stieda, considérait comme principal le fait de l’intermédiaire du négociant. L’industrie à domicile apparaissait comme une activité industrielle, s’exerçant à la maison, non sur com- •mande de clients de la localité ou pour la vente locale, mais en général pour le commerce, pour l’exportation et surtout pour l’exploitation en grand. Le petit patron, mettant en œuvre chez lui ses propres matériaux, était considéré, dans l’hypothèse où il travaillait exclusivement pour un entrepreneur, comme un industriel à domicile aussi bien que celui auquel le commerçant confiait la matière première à transformer. Le capital occupait ici une situation dominante, en ce que c’était lui qui, dans son rôle commercial, dictait aux petits producteurs ou aux ouvriers salariés les conditions de leur travail. Held et L^xis insistaient de façon analogue sur la dépendance dans laquelle le travail industriel à domicile se trouve placé vis-à-vis du capital. Les industriels à domicile ne vendent plus leurs produits sur le marché, mais fournissent leur travail à un maître déterminé qui les rétribue. Le produit n’appartient à l’industriel à domicile pendant aucune phase de sa fabrication ; il ne vend que du travail et non pas une marchandise matérielle. Les maîtres, dont l’activité sert directement le commerçant et l’exportateur, et qui fournissent, par leurs propres moyens, à la dépense des matériaux à mettre en.

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œuvre, sont désignés par Lexis comme entrepreneurs d’industrie indépendants, qui n’appartiennent plus désormais à l’industrie à domicile au sens proprement dit. Sorabaro a continué cette théorie. Il décrit l’industrie à domicile, comme une entreprise de production dirigée par le commerçant, comme un aspect de la grande exploitation décentralisée, dans laquelle les ouvriers sont occupés dans leurs propres demeures ou dans leurs ateliers personnels. Des formes types de l’organisation de l’industrie à domicile sont, d’après lui, le travail à la maison qui est accompli isolément par les industriels à domicile, dans leur logement même, et le travail à l’atelier, dans lequel le travail se transporte du logement dans l’atelier, et où l’industriel à domicile prend à loyer, le cas échéant, des forces de travail à lui étrangères. Dans tous les cas, le commerçant et l’ouvrier industriel à domicile placé sous sa dépendance constituent une exploitation.

La loi sur l’assurance contre la maladie, du 15 juin 1883, a établi une distinction. Elle sépare, d’un côté, les industriels indépendants qui s’occupent, dans leurs propres ateliers et pour le compte d’autres industriels, de la fabrication ou du travail de produits industriels, c’est-à-dire ceux qu’elle appelle simplement industriels à domicile, ainsi que leurs compagnons. Elle range, do l’autre côté les industriels à domicile non indépendants. La loi modificative de la précédente du 10 avril 1892 a ajouté que devaient être légalement comprises parmi les industriels à domicile indépendants, les personnes se procurant elles-mêmes la matière première ou la matière auxiliaire et travaillant passagèrement pour leur propre compte. La loi sur les tribunaux industriels (conseils de prudhommes) du 29 juillet 1890 détermine la compétence selon que la matière brute ou demifabriquée est fournie d’ordinaire par le donneur de travail

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OU par l’ouvrier lui-même. Dans le premier cas, cette loi se sert des simples expressions d’ouvrier à domicile {Heimarbeiter), et d’industriel à domicile {Ilaiisgewerbetreibende)^ Dans le second cas, elle parle des industriels à domicile se procurant eux-mêmes la matière brute ou demi-fabriquee. Elle se réfère, à cet égard, à l’ordonnance sur l’industrie {Gewerbeordniing), qui, dans son § 119, alinéa 2, fait mention des personnes qui « sont occupées, pour des industriels « déterminés, et en dehors des locaux d’exploitation de « ceux-ci, à la confection de produits industriels. » A ces personnes, la protection de la loi défendant le paiement des ouvriers en marchandises {Trucki>erhot, Triicksystem, système du troc), demeure assurée, même si elles se procurent elles-mêmes la matière brute ou auxiliaire. L’ordonnance sur l’industrie parle encore de ces personnes à un autre endroit, au § 136, où elles sont définies par les caractères suivants : « ceux qui, en dehors des locaux des fabriques, pour « les propriétaires de celles-ci ou leurs assimilés, confec- « tionnent les produits ou demi-produits nécessaires à leur « exploitation industrielle ou les leur débitent, sans faire « profession de la vente de ces marchandises aux consom- « mateurs ». La novelle du 26 juin 1897, modificative de l’ordonnance sur l’industrie, désigne ces personnes comme industriels à domicile. Telle est la manière adoptée par la législation d’Empire, pour distinguer entre les industriels à domicile indépendants et les ouvriers à domicile non indépendants.

On voit, par ce qui précède, que ni la science, ni la pratique, n’ont encore réussi à donner de l’industrie à domicile une définition irréprochable. Liefmann a, pour la caractériser, suivi une méthode toute nouvelle. 11 voit, dans l’industriel à domicile, un « producteur pour le commerce » {Verlagsprodiizente), qui conclut avec le commerçant ou le

donneur de travail un contrat d’ouvrage. Cet industriel à domicile apparaît comme un sujet économique indépendant qui, sur la base d’un contrat d’ouvrage, confectionne des produits déterminés. A cette situation s’oppose celle du contrat de louage.de servie 3S, au moyen duquel l’ouvrier non indépendant se met pour une durée définie à la disposition du donneur de travail, se place, en d’autres termes, sous la dépendance d’autrui. Dans le contrat de louage d’ouvrage, l’ouvrier indépendant entreprend de façonner un ouvrage ; il n’échange pas celui-ci, mais il reçoit le paiement du travail qu’il consacre à sa confection. Dans le contrat de louage de services, le sujet économique non indépendant loue sa force de travail, sans considérer si ce dernier donne ou non naissance à un produit. En appliquant ces principes à la broderie mécanique en Saxe, par exemple, le brodeur ou le possesseur de machine salariés, qui entreprennent pour un commerçant de broder une étoffe seraient , des « producteurs pour le commerce ». A leur tour, les personnes qu’ils occupent, brodeurs à la machine, surveillantes, rattacheuses, etc., seraient à regarder comme ouvriers non indépendants sur la base du contrat de louage de services. Cependant, l’artisan ordinaire lui aussi, conclut avec son commettant un contrat d’ouvrage et pour ne pas le qualifier de « producteur pour le commerce », il est nécessaire de signaler la différence qui existe entre les deux, dans la personne de celui qui fournit le travail. L’artisan a le consommateur pour commettant ; par contre, le « producteur pour le commerce » a pour commettant un revendeur de son produit. L ermann a très certainement et avec beaucoup d’ingéniosité reconnu pour essentiel un point longtemps considéré comme négligeable dans l’industrie à domicile. Mais la doctrine, pour définir la dépendance ou l’indépendance économique, se laisse guider par d’autres considéra- Ro^ch'r IC

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ou par l’ouvrier lui-même. Dans le premier cas, cette loi se sert des simples expressions d’ouvrier à domicile [Heimarbeiter), et d’industriel à domicile {Haiisgewerbetreibende)^ Dans le second cas, elle parle des industriels à domicile se procurant eux-mêmes la matière brute ou demi-fabriquee. Elle se réfère, à cet égard, à l’ordonnance sur l’industrie {Gewerbeordniing), qui, dans son § 119, alinéa 2, fait mention des personnes qui « sont occupées, pour des industriels « déterminés, et en dehors des locaux d’exploitation do « ceux-ci, à la confection de produits industriels. » A ces personnes, la protection de la loi défendant le paiement des ouvriers en marchandises {Triickverhot, Trucksystem, système du troc), demeure assurée, même si elles se procurent elles-mêmes la matière brute ou auxiliaire. L’ordonnance sur l’industrie parle encore de ces personnes à un autre endroit, au § 136, où elles sont définies par les caractères suivants : « ceux qui, en dehors des locaux des fabriques, poui « les propriétaires de celles-ci ou leurs assimilés, confec- « tionnent les produits ou demi-pro<luits nécessaires à leur « exploitation industrielle ou les leur débitent, sans faire « profession de la vente de ces marchandises aux consom- « mateurs ». La novelle du 26 juin 1897, modificative do l’ordonnance sur l’industrie, désigne ces personnes comme industriels à domicile. Telle est la manière adoptée par la législation d’Empire, pour distinguer entre les industriels à domicile indépendants et les ouvriers à domicile non indépendants.

On voit, par ce qui précède, que ni la science, ni la pratique, n’ont encore réussi à donner de l’industrie à domicile une définition irréprochable. Liefmann a, pour la caractériser, suivi une méthode toute nouvelle. Il voit, dans l’industriel à domicile, un « producteur pour le commerce » {Verlagsprodazente), qui conclut avec le commerçant ou le

donneur de travail un contrat d’ouvrage. Cet industriel à domicile apparaît comme un sujet économique indépendant qui, sur la base d’un contrat d’ouvrage, confectionne des produits déterminés. A cette situation s’oppose celle du contrat de louage de services, au moyen duquel l’ouvrier non indépendant se met pour une durée définie à la disposition du donneur de travail, se place, en d’autres termes, sous la dépendance d’autrui. Dans le contrat de louage d’ouvrage, l’ouvrier indépendant entreprend de façonner un ouvrage ; il n’échange pas celui-ci, mais il reçoit le paiement du travail qu’il consacre à sa confection. Dans le contrat de louage de services, le sujet économique non indépendant loue sa force de travail, sans considérer si ce dernier donne ou non naissance à un produit. En appliquant ces principes à la broderie mécanique en Saxe, par exemple, le brodeur ou le possesseur de machine salariés, qui entreprennent pour un commerçant de broder une étoffe seraient des « producteurs pour le commerce ». A leur tour, les personnes qu ils occupent, brodeurs à la machine, surveillantes, rattacheuses, etc., seraient à regarder comme ouvriers non indépendants sur la base du contrat de louage de services. Cependant, l’artisan ordinaire lui aussi, conclut avec son commettant un contrat d’ouvrage et pour ne pas le qualifier de « producteur pour le commerce », il est nécessaire de signaler la différence qui existe entre les deux, dans la personne de celui qui fournit le travail. L’artisan a le consommateur pour commettant ; par contre, le « producteur pour le commerce » a pour commettant un revendeur de son produit. L ermann a très certainement et avec beaucoup d’ingéniosité reconnu pour essentiel un point longtemps considéré comme négligeable dans l’industrie à domicile. Mais la doctrine, pour définir la dépendance ou l’indépendance économique, se laisse guider par d’autres considéra- Rorüi r AC

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lions, A son point de vue, le « producteur pour le commerce » qui vend au négociant est également non indépendant. La conception essentielle de Liefmann est que ce n’est pas un contrat d’achat, mais un contrat de travail, qui se conclut entre le commerçant et le producteur pour le commerce. Cette conception ne convient nullement à tous les cas d’industrie à domicile. Prenons, par exemple, l’industrie des instruments de musique du Vogtland dans le royaume de Saxe. On y rencontre des fabricants de violons qui travaillent alternativement, tantôt pour le commerçant, tantôt pour leur propre compte et à leurs risques. Ils s’efforcent en ce cas d’écouler chez divers marchands les violons confectionnés. Ils concluent, par suite, avec ceux qui leur prennent les instruments dans le but de les revendre, un contrat d’achat et non pas un contrat d’ouvrage.

A travers toutes les explications qui précèdent, on aperçoit comme un fil conducteur l’idée que ce qu’il y a de proprement essentiel dans l’industrie à domicile, c’est l’intermédiaire du négociant. On reste ainsi toujours plus avancé, si de nouveau l’on se rallie aux théoriciens anciens tels que Held, Lexis, Sohmoller ou mieux si on ne les quitte pas. Schmoller définit l’industrie à domicile comme « une forme industrielle d’entreprise, dans laquelle le petit producteur ne vend pas directement au public, mais n’arrive à écouler ses produits qu’ailleurs, par l’intermédiaire du négociant ». Cette définition reproduit de la façon la plus claire et la plus intelligible les caractères de l’industrie à domicile. Il est facile à comprendre et c’est l’évidence même, qu’il faut établir entre les ouvriers à domicile des distinctions suivant leur manière d’écouler leurs produits. L’industriel dont l’activité s’exerce dans son domicile ou dans son atelier directement pour les besoins des consommateurs est un artisan. Qu’on l’appelle si l’on veut, bien que l’on

'puisse imaginer chez lui de multiples transformations, un ^ > « maître de clientèle » {Kundenmeisier). Il peut à la fois tra-

vailler pour le consommateur et pour un commerçant ; il peut exécuter des travaux suivant le besoin immédiat ' s il est tailleur, ou produire des marchandises en réserve dans une mesure modeste s’il est menuisier. Dans tous les cas, il est toujours susceptilile d’être désigné d’après le trait plus saillant de sa production, comme « maître de clientèle ». En face de celui-ci se place l’ouA'rier à domicile qui confectionne des produits pour le négociant, pour le revendeur, pour le marché mondial. Cet ouvrier à domicile peut être désigné par les mots de « maître d’affaire » {Geschacftsmeister) pour exprimer l’élément impersonnel et imî précis qui chez lui domine. A l’intérieur de l'industrie à do-

micile elle-même, il est permis de distinguer divers échelons » dépendance (9). L’ouvrier à domicile est susceptible

I d’être occupé dans l’exploitation en grand. 11 reçoit les ma-

tières premières ou auxiliaires, et peut-être aussi des machines et des outils, en partie des mains du commerçant, et il apparaît comme chargé de la livraison de produits demi ji Ce serait le travail à domicile, au sens de l’ordonnance

sur 1 industrie. Mais il peut égalernent s’agir de métier de j commerce {Verlagshandwerk), c’est-à-dire que le producteur

pour le commerce possède des outils et des ressources personnels et confectionne les marchandises entièrement dans son atelier. La troisième forme serait le métier de commerce sans exploitation. Elle se manifeste, lorsque l’industriel à domicile livre des produits finis, tout en ne possédant pas de machines ou d’outils personnels ou n’exerçant pas son ) activité dans son propre atelier, mais en travaillant chez les

autres. Aux deux premières formes convient l’expression de « maître d’affaire », en ce que l’on comprend par elle un •ouvrier exerçant son activité à domicile, par opposition à

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l’artisan et à l’ouvrier de fabrique. 11 faut d’ailleurs reconnaître que les deux expressions nouvelles n’épuisent aucunement toutes les modalités possibles et qu’entre elles deux viennent se placer plusieurs hypothèses, auxquelles elles semblent l’une et l’autre inapplicables. Ainsi, par exempleun tresseur de paniers, qui, pour écouler ceux qu’il fabrique pour son compte et à ses risques avec la matière brute qu’il possède personnellement, recourt aussi bien au négociant, qu’il vend en détail aux consommateurs en colportant sa marchandise, est tantôt maître d’affaire, tantôt maître de clientèle. Des conditions d’une nature toute spéciale se manifestent dans l’industrie des jouets de Sonnenberg dans le duché do Saxe-Meiningen. Le commerçant commande, d’après un modèle que lui soumet le petit fabricant, souvent plusieurs milliers de douzaines d’un animal en peau ou d’une poupée. Le petit fabricant, à son tour, commande chez les ouvriers en demi-produits, travaillant à domicile, les parties de marchandises nécessaires à la fabrication de l’objet entier, c’est-à-dire chez les pressiers, tourneurs, sculpteurs, confectionneurs de voix ou d’articulations, etc... Lorsque ces ouvriers en demi-produits, qui fréquemment occupent à leur tour des compagnons dans leur domicile, ont exécuté leurs commandes, le petit fabricant réunit les parties séparées. Au jour de la livraison, les marchandises complètement prêtes à vendre s’en vont chez le commerçant, contre ‘paiement comptant immédiat. Ce dernier les emballe et les empile jusqu’à ce qu’elles puissent trouver leur emploi. Ces divers petits fabricants,modeleurs, ouvriers en demi-produits, sont personnellement d’une indépendance absolue, en ce sens qu’ils ne sont pas liés, ceux-là à un commerçant, ceux-ci à qn petit fabricant déterminés. lis peuvent avoir accepté de plusieurs des commandes et se charger de leur exécution. Mais ils sont au point de vue économique

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dépendants et subordonnés. Ils ne gardent pas, en effet, en main 1 écoulement de leurs marchandises et ils ne confectionnent, en général, aucun objet susceptible de paraître sur un marché. Ils dépendent du capital, de la maison qui leur a commandé la marchandise ou le demi-produit. Ce sont tous des « maîtres d’affaire ». Dans les deux groupés, on peut, à nouveau, distinguer des indépendants et des dépendants. Ainsi, dans la broderie de rideau au tambour, qui s exécute dans le Vogtland, le représentant-type du travail indépendant est le propriétaire salarié d’une machine à tambour. 11 s’oblige, par son contrat d’ouvrage, à fabriquer une marchandise déterminée et il peut conclure des contrats semblables avec plusieurs commerçants à des termes de livraison divers. Les représentants-types du travail non indépendant sont le brodeur au tambour en fabrique, et avec lui la racommodeuse, la repasseuse, la calandreuse’, la rattacheuse, etc. Tous sont au service de leur donneur de travail, ont près de lui rang de compagnon. La troisième catégorie d’industriels à domicile devrait selon Lieimann, également appartenir aux non indépendants. La situation est ici la même que dans le métier, où l’on distingue pareillement le maître de ses compagnons. L’expression d’ « industrie à domicile » ou si l’on préfère le langage de la loi, de « travail à domicile », est toujours la plus caractéristique, parce qu’elle permet de reconnaître, en les opposant, l’occupation à domicile et celle à la fabrique ou à l’atelier. Le fait que certains industriels à domicile vont jusqu’à constituer des ateliers véritables ne constitue pas la règle, et ne pourrait pour cette raison, tirer à conséquence (10)].

(1) [Büecher, Hdw. d. Stmtsw., 3, p. 926 ; Braun et Krejcsi, Der Hausfleiss in Ungarn, 1886 ; Schr. d. Ver. f. Sozialp.,iti\ p. 115 et suiv. ; v. Paygert, Die soziale und wirtschaftliche

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l’artisan et à l’ouvrier de fabrique. 11 faut d’ailleurs reconnaître que les deux expressions nouvelles n’épuisent aucunement toutes les modalités possibles et qu’entre elles deux viennent se placer plusieurs hypothèses, auxquelles elles semblent l’une et l’autre inapplicables. Ainsi, par exempleun tresseur de paniers, qui, pour écouler ceux qu’il fabrique pour son compte et à ses risques avec la matière brute qu’il possède personnellement, recourt aussi bien au négociant, qu’il vend en détail aux consommateurs en colportant sa marchandise, est tantôt maître d’affaire, tantôt maître de clientèle. Des conditions d’une nature toute spéciale se manifestent dans l’industrie des jouets de Sonnenberg dans le duché do Saxe-Mciningen. Le commerçant commande, d’après un modèle que lui soumet le petit fabricant, souvent plusieurs milliers de douzaines d’un animal en peau ou d’une poupée. Le petit fabricant, à son tour, commande chez les ouvriers en demi-produits, travaillant à domicile, les parties de marchandises nécessaires à la fabrication de l’objet entier, c’est-à-dire chez les pressiers, tourneurs, sculpteurs, confectionneurs de voix ou d’articulations, etc... Lorsque ces ouvriers en demi-produits, qui fréquemment occupent à leur tour des compagnons dans leur domicile, ont exécuté leurs commandes, le petit fabricant réunit les parties séparées. Au jour de la livraison, les marchandises complètement prêtes à vendre s’en vont chez le commerçant, contre paiement comptant immédiat. Ce dernier les emballe et les empile jusqu’à ce qu’elles puissent trouver leur emploi. Ces divers petits fabricants,modeleurs, ouvriers en demi-produits, sont personnellement d’une indépendance absolue, en ce sens qu’ils ne sont pas liés, ceux-là à un commerçant, ceux-ci à qn petit fabricant déterminés. Ils peuvent avoir accepté de plusieurs des commandes et se charger de leur exécution. Mais ils sont au point de vue économique

dépendants et subordonnés. Ils ne gardent pas, en effet, en main l’écoulement de leurs marchandises et ils ne confectionnent, en général, aucun objet susceptible de paraître sur un marché. Ils dépendent du capital, de la maison qui leur a commandé la marchandise ou le demi-produit. Ce sont tous des « maîtres d’affaire ». Dans les deux groupes, on peut, à nouveau, distinguer des indépendants et des dépendants. Ainsi, dans la broderie de rideau au tambour, qui s exécute dans le \ogtland, le représentant-type du travail indépendant est le propriétaire salarié d’une machine à tambour. Il s’oblige, par son contrat d’ouvrage, à fabriquer une marchandise déterminée et il peut conclure des contrats semblables avec plusieurs commerçants à des termes de livraison divers. Les représentants-types du travail non indépendant sont le brodeur au tambour en fabrique, et avec lui la racommodeuse, la repasseuse, la calandreuse, la rattacheuse, etc. Tous sont au service de leur donneur' de travail, ont près de lui rang de compagnon. La troisième catégorie d’industriels à domicile devrait selon Lielmann, également appartenir aux non indépendants. La situation est ICI la même que dans le métier, où l’on distingue pareillement le maître de ses compagnons. L’expression d’ « industrie à domicile » ou si l’on préfère le langage de la loi, de « travail à domicile », est toujours la plus caractéristique, parce qu’elle permet de reconnaître, en les opposant, l’occupation à domicile et celle à la fabrique ou à l’atelier. Le fait que certains industriels à domicile vont jusqu’à constituer des ateliers véritables ne constitue pas la régie, et ne pourrait pour cette raison, tirer à conséquence (10)].

Ber Hausfleiss in Ungarn, 1886 ; Schr. d. Ver. /. Sozialp.,^i^ P- 115 et suiv. ; v. Paygert, Die soziale iind ivirtschaftliche

ii, ‘ 1

Lage der galizischen SchuJimacher, 1891 ; E. Schwiedland, Vorbericht über eine gesetzliche Regeliing der Ileimarbeit, 1896, p. 7 et Jahrbuch. f. Nat., 3® Folge, 16, p. 529 et suiv.]

(2) [Pour des exemples types de l’évolution progressive du métier dans le tournage de l’ambre, la tonnellerie, l’armurerie, la chapellerie, le tissage, voir l’ouvrage de Stieda, Litteratiir, heutige Ziistdnde iiml Entslehiing der deutschen Hansindustrie, 1887, p. 115 et suiv.]. Thun, Industrie am Niederrhein, 2, p. 12 et suiv.

(3) Le tissage de la laine existe chez le paysan dans la région de Lille, Cambrai, Douai. Les vieillards apportent leur aide et tous les jours de pluie, et plus encore la saison d’hiver, y sont consacrés. Mais à l’époque de la moisson, toute la famille s’occupe aux travaux agricoles. Dans les environs d’Amiens, encoreen 1865, l’industrie campagnarde continuait d’être la principale ressource de la population (Reybaud, dans les Comptes rendus de V Académie des Sciences morales et politiques, 1865, II,. p. 410 et suiv.). En Russie, l’industrie de métier des paysans travaillant avec leur propre matière première et à leurs risques s’est transformée en manufacture à domicile. Voir à ce sujet, Thun, Landwirtschaft und Gemrbe in Mittelrussland, p. 161 et suiv. L’industrie à domicile de la laine dans le district d’Oparinski a été fondée, vers 1750, par un paysan qui avait fait son apprentissage dans une fabrique de Moscou (Stellmacher, Beitrag zur Darstellung der Hansindustrie in Russland, 1886, 29, 37).

(4) [Parmi les industries à domicile, en Allemagne, celle du filet dans les villages du Taunus, celle des crayons d’ardoise aux environs de Steinach dans le haut pays de Meiningen, celle de la broderie plate à Plauen, ertfin la broderie en blanc dans la Haute Franconie témoignent de cette origine {Cpr. Stieda, op. cit., 111, 112). En Autriche, par exemple, le tressage de paniers en Moravie, en Basse Autriche, en Bohême, à Kônigssaal près Prague, en Galicie à Rüdnick, le tournage de boutons de nacre en Bohême, à Tachau, ont été, de cette manière, introduits comme industries à domicile (Schwieland,.

Die Entstehiing der Hansindustrie mit Rücksicht auf Œslerreich, dans la Zeüschr. f. Volksw., Sozialp. u. Verw., 1, p. 23)].

(5) Le tressage de paniers, qui s’exploite à l’ordinaire comme metier, revet dans le Ilaut-^Iein, à Cobourg, etc., le caractère prépondérant de la manufacture a domicile : le « fabricant » y fournit la matière première, apprête le roseau, etc. [Deutscher Ausst, Ber. von 18/3, 3, p. 596 et suiv.). Pour la fabrication des lames à Solingen, il fallait que les maisons de gros s’occupassent elles-mêmes du matériel, pour garantir aux ministères de la guerre la qualité requise. A Remscheid, il existe, en dehors de ce que l’on appelle les fabricants, ce que l’on nomme d’un autre côté les négociants en fabrique (Fabrikkaufleute), qui confient rarement des commandes immédiates aux ouATiers, mais s’occupent d’écouler la plus grande partie de leurs produits {Zeüschr. /. Staatsw., 24, p. 591 et suiv.).

(6) Le célèbre ouvrage Entdeckte Goldgrube in der Akzise, paru en 1685, oppose à merveille les « fabricants » {Fabrikanten) hollandais aux « commerçants » ( Vcrleger) allemands. Les premiers possèdent de grandes maisons, où tout', depuis le trieur de laine jusqu’au teinturier, se trouve réuni ; ils ont un fonds de commerce important, prennent beaucoup de peine et de souci, mais leurs ouvriers sont fort misérables (V. supra, § 20) ; (G. Roberts, The treasure of trafic, 1641, p. 33 et suiv.). Vers 1760, les négociants de Manchester ont commencé à faire voyager des agents qui apportaient aux tisserands du fil de lin d’Irlande pour monter la chaîne et du coton brut à filer dans leur propre famille. Ceci constituait certainement un progrès dans la division du travail, en ce que désormais les tisserands se trouvaient dispensés de la peine de rechercher la matière première et la clientèle. Cette évolution fut, au début, fort avantageuse pour les petits tisserands, parce que l’invention des machines à filer, en 1738, fut de beaucoup antérieure à celle des machines à tisser, en 1785. Après l’invention du métier mécanique ou powerloom, ils se procurèrent celui-ci pour exploiter encore davantage la situation économique, le bon marché du fil et l’accroissement des débouchés pour les produits.

Une invention ou un perfectionnement supplantait l’autre. Celui qui ne pouvait suivre le mouvement se vovait finalement

contraint d’abandonner la concurrence indépendante, non sans avoir, au préalable, dans un combat sans issue, sacrifié sa maison et son bien, transformés en ateliers et en machines. C’est ainsi que des hommes comme A'kwrg, et l’aîné des Peel sont parvenus à se créer une situation presque princière, tandis que la foule considérable des moins adroits et des moins heureux passait au prolétariat des ouvriers de fabrique (\oir Daines, History of the coiton-rnanufadure in Gr. Britain (1835), et la peinture de l’évolution dans l’ouvrage de Karl Marx, Bas Kapital, p. 345 et suiv.). Dans les pays du Rhin, l’industrie du coton se trouvait encore, aux débuts du xix^ siècle, dans un état comparable à celui de l’industrie anglaise cinquante ans plus tôt. En Saxe, la fabrique de coton proprement dite n’a acquis de l’importance que depuis 1849. En Württemberg m'ême, le système de l’industrie à domicile n’a été abandonné que pendant les années de crise suivant 18.50 {Zeitschr. /. Siaatsw., 25, p. 561 et suiv.) ; sur l’évolution de l’industrie à domicile vers le système en fabrique (voir op. cil., p. 576 et suiv.). A Aix-la-Chapelle il n’existait, en 1808, qu’une seule fabrique de drap qui réunissait toutes les opérations du métier. (Thun, I, p. 24). Sur la façon suivant laquelle, dans le pays de Wladimir, des chambres de fileuses ont souvent servi à passer de la manufacture à domicile à la fabrique (voir Stellmacher, loc. cil.).

(7) [Un exemple en est fourni par la broderie dans le Vogtland saxon, en tant qu’elle s’exécute à la machine. En 1862, il n existait, dans la ville de Plauen, ([u’un seul établissement particulier pour la broderie avec 42 machines. Dix ans plus tard, on comptait 239 exploitations avec 907 machines à broder, et, dans tout le Vogtland, 404 exploitations avec 1.300 machines. Ainsi, la moyenne par exploitation ressortait entre 3 et 4 machines (Bein, Industrie d. saechs. Vogtl., 1884, 2, p. 394 à 397)].

(8) Statistik des Deutschen Reichs, Erganz. z. 1. Heft, 31. En

Autriche, il n’existe presque aucune partie du territoire sans manufacture à domicile, mais la statistique fait défaut. En Styrie, en Carinthie, en Carniole, la prépondérance est acquise au tressage de la paille, du bois, des paniers, tandis que dans les pays des Alpes domine la confection des objets en bois. La variété la plus grande de manufactures à domicile se rencontre en Bohême, en Moravie et en Galicie. En Suisse, 19 0 /O de la population industrielle, soit environ 100.000 individus, ressortirait aux manufactures à domicile, dans la cordonnerie, l’industrie de la soie, la broderie et la confection de la dentelle. En France, la manufacture à domicile la plus prospère est celle de 1 industrie de la soie à Lyon et aux alentours ; puis viennent le travail de la laine, l’industrie de la dentelle, l’industrie des articles de. Paris, le métier de tailleur et la cordonnerie. Le tissage de coton a rétrogradé comme manufacture à domicile. En Italie, la manufacture à domicile se répartit entre des branches fort nombreuses, principalement celles de la soie, de la paille et des dentelles. En Russie, environ 7 millions 1 /2 de personnes ou 15 0/0 de la population se consacrerait à l’industrie à domicile ; il s’agit sans doute, en général, d’activité domestique seulement (Stieda, dans la Russûche Revue, 22, p. 195). La Belgique possède d’importantes manufactures à domicile dans 1 industrie dentellière et la fabrication des armes ainsi que l’Angleterre, de son côté, dans le textile et récemment surtout dans l’industrie du vêtement (Sombart, Hdw. d, Staatsw., p. 426 et suiv.).

(9) [R. Liefmann, Ueber Wesen iind Formen des Verlags, 1899 ; Alf. Gentzsch, Z)ie sâchsische Tamburgardinenstickerei, 1910 ; H. Dressel, Die Entwicklung von Handel und Industrie in Sonnenberg, 1909 ; Br. Zeeh, Die Betriebverhàltnisse in der sàchsischen Maschinenstickerei, 1909 ; Walter Kurth, Die hausindustrielle Fabrikation kleinerer musikalischer Instrumente in \ ogtland, 1910 ; Gertrud Meyer, Die S pielwaren industrie im saechsischen Erzgebirge, 1911 ; Schmoller, Grundriss der allgemeinen Volksvç'irtschaftslehre, I, p. 103, 1901 ; Lexis, dans le Ilandbuch der politischen Œkonomiede Schoen-

berg ; Held, Zwei Bûcher zur sozialen Geschichte EnglandSy. éd. G. F. Knapp3, p. 671 et suiv., 1881 ; Stieda, Littcratur^ heutige Zustànde nnd Entstehung dcr dmischen Hausindastrie, 1889 ; Schr. d. Ver. f. Sozialp.]

(10) [Stuelpnagel, dans les Schriften d. Ver. f. Sozialp., 42,. p. 1-24. Sur les origines de la lingerie à domicile et son développement issu du commerce de toiles et des écoles de couture : (Voir dans le Jahrbiich f. Ges. u. Verw., 20, p. 588 et suiv.). Sur l’industrie à domicile à Leipzig et aux environs (lanternes en papier, tapisserie, fleurs artificielles, parapluies, etc.), voir Lehr, Die Hausindiistrie in der Stadt Leipzig, 1891.]

La manufacture à domicile, toutes choses égales d’ailleurs, peut ne pas supporter la concurrence de la grande fabrique, parce que, tout en ayant, en général, suivi le progrès du salaire à la pièce, elle est néanmoins restée en arrière, quant à la division et au groupement du travail (1). Celui qui, tour à tour, tisse et cultive son champ, atteindra difficilement la même virtuosité que s’il se consacrait à une seule de ces occupations. Le capital est, dans le système à domicile, très émietté, les machines coûteuses à peine passibles, et l’intelligence de l’entrepreneur en grand ne se rattache que par des liens très lâches à l’activité de l’ouvrier. Le travailleur à domicile peut être comparé à un outil existant à mille exemplaires, et l’ouvrier de fabrique à un rouage isolé d’une vaste machine (Bodener) (2). Il existe naturellement à ce point de vue des différences de degré. Plus le commerçant se met à ressembler au propriétaire de fabrique, plus l’industrie à domicile se rapproche elle-même de la plupart des avantages de celle-ci (3), qu’en général, tout métier tend à s’assimiler complètement. Les métiers

qui, à cet égard, demeurent en arrière, ne parviennent qu’avec difficulté à se maintenir. C’est ce que démontre la décadence de l’industrie cotonnière des Indes Orientales. Depuis un millier d’années, elle avait poussé dans le sol national des racines des plus touffues. La proximité de la matière première et le faible taux des salaires ouvriers semblaient lui garantir une situation inexpugnable. Et cependant, même sur son propre terrain, elle n’a pu triompher de la concurrence des jeunes fabriques du Lancashire (4). Autrefois, on vantait justement le bon marché de la production des industries rurales accessoires. Depuis le développement nouveau du macliinisme et du marché mondial, il n’y a plus là, dans la plupart des cas, qu’une apparence. En d’autres termes, ce bon marché est plus que compense par une qualité moindre du travail (5). En Angleterre, les tentatives faites par le tissage à domicile, pour s’opposer à l’essor des grandes fabriques, en 1804 et 1806, n’ont qu’un intérêt de curiosité mélancolique (6).

Les avantages sociaux et moraux de l’industrie à domicile sont mis particulièrement en lumière par la belle industrie de la tabletterie dans les basses vallées de la Seine et de l’Oise. Une grande partie des commerçants à leur aise s’est élevée au-dessus du rang des ouvriers ordinaires, tout en continuant de travailler avec eux. Il faut ajouter à cet avantage la liberté domestique et la vie de famille paisible dont jouissent les ouvriers, même lorsque la femme apporte sa coopération au travail (7). On doit donc se réjouir beaucoup de la persistance d’une manufacture à domicile dont la vitalité s’affirme. Les mesures prises par les pouvoirs publics pour fortifier encore sa capacité de soutenir la concurrence (§ 58, 113 et suiv.) peuvent, suivant les événements, être l’objet d’une vive approbation. Le fabricant dont la fortune est modeste préférera, en général, la manu-

facture à domicile à l’exploitation en fabrique proprement dite, parce qu’elle exigera de lui moins de capitaux et parce que ces derniers ne seront pas immobilisés sous forme de machines d’une façon aussi irrévocable. L’ouvrier à son aise aura les mêmes préférences, parce qu’il se sentira, moins assujetti (8). Par contre, le capitaliste dont la fortune est colossale tendra de plus en plus à créer des fabriques qui lui permettront d’une manière plus rationnelle et plus énergique de tirer parti de son avoir. Le prolétaire, qui d’un autre côté, ne peut faire aucune avance de matières premières, d’outils ni même de simple entretien, sera contraint de voir dans les fabriques son seul refuge (9). Il n’est pas rare, surtout à l’époque moderne, que le système à domicile soit menacé de graves dégénérescences sociales, La productivité et la faculté de développement que la fabrique, au point de vue absolu, possède à un degré plus haut, rendent tout au moins possible à cette dernière d’accorder à ses ouvriers un salaire plus rémunérateur qu’aux industriels à domicile. Et c’est précisément dans les branches de la manufacture à domicile que nous rencontrons les plus criants exemples de la misère ouvrière. Une dépression artificielle du salaire rencontrera chez elles, à cause de l’isolement des ouvriers, beaucoup moins de résistance que dans la grande fabrique (10). L’ouvrier, dans l’industrie à domicile, est exposé bien plus immédiatement aux effets des crises, en raison de ce que le capital de l’entrepreneur se trouve moins immobilisé. [Par suite de ce que l’institution des « facteurs » (commissionnaires) a été déviée de son but, par suite de l’apparition des intermédiaires et de ce que l’époque moderne à nommé le « sweating System », les ouvriers à domicile ont été souvent opprimés d’une extraordinaire façon et privés des fruits de leur labeur (11). L’industrie à domicile est portée à la surproduction presque encore davantage que

la fabrique proprement dite. Aux époques de demande intense, les « facteurs » n’ont souvent aucune envie d’augmenter les salaires ; ils préfèrent alors se contenter d’un travail défectueux, ce qui nuit au bon renom industriel de la contrée tout entière. La fraude sur la matière brute confiée à façon est beaucoup plus difficile à empêcher qua dans la fabrique (12) ; il en est de même, d’un autre coté, des abus du trucksystem (paiement des ouvriers en marchandises) (13). Les excès de travail des femmes et des enfants qui, selon toute vraisemblance, sont apparus tout d’abord dans la manufacture à domicile, sont beaucoup plus difficiles à abolir par l’influence de l’opinion publique et l’autorité policière de l’Etat, que notamment dans la très grande fabrique, que son importance fait mieux connaître et rend par là susceptible d’une réglementation plus efficace. Le « chant de la chemise » et ses effroyables paroles :

Oh God, that bread should be so dear, and flesh and blood sa cheap !

Se peut-il, ô mon Dieu, que le pain soit si cher

Lorsque coûtent si peu notre sang, notre chair !...

ont jailli de la manufacture à domicile (14). A de multiples points de vue, il paraît fort à souhaiter que le système à domicile et celui des fabriques puissent exister l’un à côté de l’autre. Il en est ici comme du mélange de la petite et de la grande culture : les grandes sont aussi le mieux en situation de faire des essais et des inventions nouvelles, qui assurent des progrès importants et profitant à tous. Les grands propriétaires de fabriques ont un intérêt bien plus durable à ouvrir des débouchés nouveaux, à en élargir d’anciens, que de simples négociants, qui la plupart du temps peuvent, sans beaucoup de difficultés, faire émigrer leurs capitaux vers une autre entreprise.

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(1) L’industrie à domicile est, elle aussi, naturellement sus- <;eptible d’atteindre un certain degré dans la division du travail. C’est ce qui se passe, par exemple, dans l’industrie des jouets. Tantôt une maison ne confectionne que les petits moutons, une autre que les petits chevaux, mais chaque ouvrier finit son objet. Tantôt c’est un ouvrier qui creuse la planche à former beaucoup d’objets différents, tandis qu’un autrq les moule, qu’un troisième les peint, etc. La première manière est prédominante dans la région du lac de Gmunden, la seconde à Sonnenberg, Grünhainischen, etc. (Hermann, Prinzipien der ^\’i^tschaft^ 298).

(2) L’exploitation en grands établissements industriels, même sans le secours des machines, abaisse énormément le prix de revient des marchandises. C’est ce que montre le bon marché des li\res manuscrits au temps de Martial, dont le treizième livre des Epi gramme s, les Xenia, qui remplit vingtdeux pages in-octavo dans l’édition de Deux-Ponts, ne coûtait que quatre sesterpes et descendait même jusqu’à deux (environ quarante centimes) {Epigr., XIII, 3, v. 118).

(3) Dans l’industrie de la bonneterie à Chemnitz, il fallait, au début, des ouvriers habiles pour apprendre les nouvelles méthodes et les enseigner. Plus tard, ils sont devenus de simples acheteurs, qui débutaient souvent par porter la balle, puis achetaient une petite voiture, arrivaient à posséder un cheval pour finir par devenir eux-mêmes « fabricants » {Handelskammerbericht de 1882).

(4) Aux temps du système à domicile, Chemnitz et le Vogtland, ainsi que la Bohême allemande, ont pu imiter l’industrie des cotonnades des Indes orientales bien avant l’Angleterre. Par contre, ce dernier pays comptait, dès 1815, autant de broches que cinquante ans plus tard le Zollverein, l’Autriche ■et la Suisse tous ensemble. La prospérité de l’industrie de la toile, en Irlande, tient certainement en partie à ce qu’elle est passée de fort bonne heure à la grande fabrique.

(5) Vers la fin du xvii® siècle, les Hambourgeois rendirent à l’industrie allemande un grand service en faisant naître en Si-

lésie l’imitation des espèces de toiles françaises les plus réputées comme les rouennes, les bretagnes, etc. H était alors possible à l’industrie de la toile d’avoir les sièges de sa direction commerciale à Hambourg, et technique en Silésie. Mais depuis que les Anglais ont, au plus haut degré, concentré la production tout entière dans le voisinage des grandes places de commerce, il est devenu non moins nécessaire ailleurs de réunir plus étroitement les divers membres de l’industrie. La crise qui a sévi en Flandre, au milieu du xix® siècle, a été surtout la conséquence de ce que son industrie à domicile s’est trouvée dépassée par les fabriques étrangères. Des raisons analogues ont fait baisser d’un quart entre 1816 et 1825 le salaire des tre'seuses de paille de Bedford et de Buckingham, tandis qu’auparavant elles avaient gagné, avec leur travail de tressage, exactement autant que leurs maris (Thornton, Over population, 26). A Zurich également, les tresseurs de paille succombèrent devant leurs concurrents étrangers, qui firent de ce métier leur profession exclusive. Dans le canton de Zürich, il existait d’une façon générale encore en 1834, environ quatre septièmes des industriels qui unissaient l’agriculture à leur profession, ce qui causait, dès cette époque, de grandes préoccupations pour l’avenir (Meyer von Knonau, Canton Zurich, p. 105 et suiv., ‘ 114).

(6) Held, Soziale Geschichte Englands, (p.442 et suiv., 694).

(7) C’est pour cette raison que Mirabeau préfère décidément les manufactures séparées aux manufactures réunies. Elles seraient plus avantageuses aux ouvriers, exigeraient moins d’avances, etc. {Monarchie Prussienne, II, 14 et suiv., 75). D’après un ouvrage de M. Mohl, Aus den gewerbwissenschaftlichen Ergebnissen einer Reise in Frankreich (1845), on trouvait, parmi les ou\Tiers qui s’étaient élevés à la condition de fabricants de boutons indépendants, quelques-uns n’ayant pas encore atteint l’âge de 30 ans. Dans le département de 1 Oise, on comptait, sur cent trente « fabricants », à peine quatre qm n étaient pas sortis du rang de simples ouvriers à domicile ; •en général, ils se tutoyaient avec leur personnel ; leurs filles.

pendant la semaine, étaient vêtues presque toujours en paysannes. Reybaud décrit, pour la contrée de Nottingham, une situation en ce sens très favorable {Acode/nie des sciences morales et politiques, 1862, III, 356 et suiv.). On trouve une image tout en rose de la manufacture, à domicile, en Angleterre, dans Gaskell, Artizans and inachinertj (1836) j il en est de même pour la bonneterie de la région de Chemnitz, dans le rapport

de Bo\\ring {Bericht über den deiitschen Zolloerein, traduction de Bueck, 1840, p. 86).

(8) Dans le tissage de coton du nord de la France, les ouvriers sont opposés à l’abandon du système à domicile, bien qu aujourd hui, leur salaire se trouve diminué j les patrons sont du même avis, par crainte que le changement ne puisse susciter des coalitions (Zeitschr. f. Stnatsw., 1869, 571). Le silence, et surtout la sévérité qui doivent régner dans les grandes fabriques a, pour les intéressés, quelque chose de très pénible. Dans 1 industrie de la soie à Zurich, les ourdisseurs, les dévideurs, les tisseurs qui travaillent en fabrique sont plus payés que ceux qui emportent la soie à la maison pour la mettre en œu\re. Et pourtant, on ne trouve en général, pour se résoudre à la première manière, que les plus pauvres ou les ouvriers isolés (Boehmert, Beitr. z. Fabrikgesetzgebung, 1868, p. 62).

(9) Selon Bodemer, dans son ouvrage Die industrielle Bevolution mit besonderer Beriicksichtigung der erzgebirgischen Erwei bscerhàltnisse (1856), la misère chronique en règne dans le Haut Erzgebirge ne pourrait être durablement guérie que par le passage à la grande fabrique. Une démonstration analogue, pour la manufacture de toile en Allemagne, a été faite par Koscher, dans son ouvrage Die Produktionskrise des hannoverschen Leinengewerbes {Goettinger Studien, 1845).

(10) Remarques sur Solingen dans Tiiun, Industrie des Niedcf rkeins, 2, p. 89). [Dans la région du Fichtelgebirge, les tisserands à domicile fabriquant la marchandise commune, gagnent en moj-ennepar semaine à peine au-dessus de 5 marks (Schr. d.

1 er. f. Sozialp , 42, p. 48). Dans les environs de Leipzig, le tresseur de paniers, même avec la collaboration de sa femme, n’ar-

rive pas à gagner, pour une durée journalière de travail de 14 à 16 heures, plus de 800 marks par an {Schr. d. Ver. f. Sozialp., 48, p. 29). En Silésie, le filet, pour une durée de travail de 14 heures, rapportait, en 1889, un salaire journalier de 35 pfennigs. Dans la fabrication des chapeaux de paille à Breslau, le gain hebdomadaire des ouvriers à domicile, payés à la pièce, atteignait de 3 mk. 50 pf. à 7 marks {Schr. d. Ver. f. Sozialp.,^2, p. 102-103). (Voir un rapprochement comparatif des

salaires à une époque antérieure dans Stieda, op. cit., p. 80 et suiv.)].

(11) [La fonction de celui que l’on désigne sous le nom de facteur {Faktor, Ferger, fattorino) consiste à partager entre les* ouvriers à domicile les ordres du commerçant, ainsi que la matière brute nécessaire à l’exécution de ceux-ci, pour grouper ensuite, apres leur achèvement, les produits obtenus. Dans les transactions avec des individus nombreux, disséminés, pauses et Ignorants, cet intermédiaire, par lui-même bienfaisant aux débuts, peut aisément se transform.er en parasite. 11 exploite alors aussi bien l’ouvrier à d .micile, sur lequel il opère pour son entremise des prélèvements exagérés, qu’il cherche également à surfaire à l’entrepreneur. Il a donné naissance à une espèce particulière, dans rindustrie de la sjie à Lyon. C’est le système dit de l’atelier, dans lequel l’entrepreneur confie ses commandes à un maître industriel à domicile, qui, à son tour occupe dans son atelier à lui des ouvriers dits compagnons. Cette maîtrise intermédiaire dégénère en sweating System. Le sweater est celui qui « salarie immédiatement hommes, femmes et en- « fants pour exécuter le travail et qui espère retirer un gain de « leur sueur {by sweating) ». Le sweater en petit continue de prendre part au travail ; le sweater en grand, qui occupe quarante à cinquante personnes, ne met plus la main à l’œuvre, obtient des prix rémunérateurs, se procure des forces de travail f d un bon marché extrême et empoche des gains considérables.

ecemment, surtout dans la cordonnerie et dans le métier de tailleur, on a pu faire dos constatations de ce genre, particulièrement en Angleterre, dans l’Amérique du Nord et en Austra- Roscher

lie (Voir Bulletin of the Department of Labor, mai 1896 ; Som- BART, op. cit., 4, p. 423, 424 ; Schwiedland, Hausindustrie und Sweatingsystem, 1896].

(12) Il en est de même pour les compagnons de métier qui ne travaillent plus dans la maison du maître (Held, Soziale Geschichte, 557). Dans la région au nord-est de Paris, on tisse, sur des modèles parisiens et avec des fournitures parisiennes, des châles, etc. ; le contrôle du poids donne lieu à des discussions très nombreuses, les bureaux de conditionnement des . laines n’étant possibles que dans les villes {Acad, des Sc. m. et p., 1865, II, 37). A Lyon, de même, on fraude énormément sur la précieuse matière brute ; à Crefeld, on estimait, en 1850, la fraude annuelle à 1/2 million de marks (Thun, Industrie am Niederrhein, I, p. 95). Dans l’industrie à domicile, l’habitude de tromper sur le fil favorise la faiblesse des salaires et réciproquement (Voir G. Roscher, dans le Ilandelskammerbericht de Zittau, 1876, p. 61).

(13) Le truck System existe de façon très fâcheuse dans l’industrie à domicile de la ville thuringicnne de Ruhla : Sax, dans son ouvrage Die Hausindustrie in Thiiringen, II (1884), n’y fait mention d’aucune caisse d’épargne, ou caisse de maladie,etc. ayant pu être établie par les commerçants. [Voir des exemples caractéristiques pris dans diverses manufactures à domicile de l’Allemagne dans Stieda, op. cit., 87-90].

(14) C. Roscher, op. cit., 265-276. [Stieda, op. cit., 76 et suiv. ; Schr. d. Ver. /. Sozialp., 42, p. 83. Dans le comté de Glatz, en Silésie, il existe une fabrication prospère de boîtes pour les allumettes suédoises ; eUe occupe des écoliers et même, assez ordinairement, des enfants à partir de cinq ans]. Karl Marx [parle avec colère, à propos du travail à domicile dans les villes, des « taudis ouvriers » {Arbeitslôcher) où femmes, filles et enfants vivent surmenés d’ouvrage dans un air vicié. Il] avait observé déjà, dans son livre Das Kapital, I, 466, que les lois de protection du travail des enfants, etc., ont augmenté l’incapacité de soutenir la concurrence pour les fabriques modestes et, plus encore, pour celles placées au degré le plus bas de l’échelle,.

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