‹ Économie industrielle [microform]Chapitre 34 sur 155 · INFLUENCE SUR LA CLASSE DES SALARIÉS · texte numérisé non relu

INFLUENCE SUR LA CLASSE DES SALARIÉS

en mouvement des machines accomplissant un travail délicat qui permettent de se passer d’un nombre plus grand de mains humaines (Lexis) (3), et que plus les inventions de ce genre évoluent rapidement, plus la situation des ouvriers est capable de devenir critique]. Les patrons eux-mêmes sont susceptibles d’en souffrir, leurs vieilles machines perdant une grande partie de leur valeur par suite de l’invention de nouvelles et de plus avantageuses (4). On a pu parler du « sisyphisme » des machines. Ce revers de la médaille n existe naturellement pas, dans les cas où l’industrie tout entière, qui leur doit son impulsion, n’existait pas jusqu’alors dans le pays. Il n’y a pas ici de vies humaines liées à la persistance d’une méthode imparfaite. Dans une île déserte, les machines les plus productives elles-mêmes ne pourraient faire aucun mal (5).

(1) En tant que consommateurs, les salariés ont part également aux succès des machines, et il est singulier que de nombreux économistes passent sous silence les avantages résultant pour eux du meilleur marché des vêtements, etc.

(2) [II en est ainsi des machines servant à l’épuisement des eaux et à 1 extraction, des marteaux à vapeur, des laminoirs, des moulins qui, depuis longtemps, ne sont plus mis en mouvement par la force humaine (Lexis, /Mr. d. Staatsw., 3^ éd.. G, p. 609)].

(3) [Ceci s’applique notamment à l’industrie textile, dans laquelle effectivement, pendant la période de transition, beaucoup d’ouvriers ont été en partie supprimés, en partie réduits à des salaires inférieurs].

(4) Par mesure de précaution, on de%Tait, dans le calcul de ' 1 amortissement des machines, etc., évaluer non seulement

1 usure résultant de leur emploi, mais encore leur dépréciation probable par suite des perfectionnements à venir.

(5) Les choses se passent de façon analogue dans toutes les

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colonies des métropoles européennes. Pour dos raisons identiques, parce que l’on pouvait plus aisément prendre des voies différentes, parce que la division du travail n’avait pas fraj’é celles-ci d’une manière aussi fixe, les nombreuses et extrêmement importantes inventions de la fin du moyen âge, comme les moulins à vent, les tours, les moulins à forge paraissent avoir rendu peu d’hommes malheureux, ^’oir Heh- RENSciiWAND, De V économie politique moderne. Discours fondamental sur la population., (Londres, 1786). L’anglais Th. Mortimer, dans ses Eléments of commerce (1772), p. 103 et suiv., déplore l’introduction de machines dans les pays à population dense. Inversement, J. Stuart Miel, par sa théorie du fonds de salaires (vol. I, § 166), est amené à considérer celles-ci comme sans inconvénients, seulement dans les pays d’une civilisation avancée, à formation nouvelle intense de capitaux (Principles, IV, ch. 5, 2). Les économistes populationistes ont généralement considéré les machines d’un œil défavorable. [Frédéric le Grand s’était fait le champion du progrès technique en face de la routine des corporations. Mais dès que la machine qu’il s’agissait d’employer travaillait à l’encontre de sa politique de peuplement, il se dévoilait son adversaire. Ce n’était pas la compassion pour le travailleur devenu sans pain qui le poussait à cette attitude. La considération de la capacité d’impôts de ses sujets le déterminait à faire front contre les machines (Carl. Ergang, dans les Beitraege z. Gesch. d. Technik iind Industrie, 2, p. 81-82, 1910)]. Sonnenfels, dans ses Gnindsàtze (2, p. 141 et suiv., 147), n’approuve les machines que d’une manière exceptionnelle, dans le cas d’un commerce extérieur très considérable, tandis que l’éclectique JusTi, dans ses Manufacturen and Fahriken (1757) (I,p. 147), émet assez délibérément l’espoir que les ouvriers dépossédés par les machines trouveront toujours bien une autre occupation. Selon Cancrin, Œkonomie der mcnschlichen Gesellschaft (1845, p. 62), les machines ne rendent le jieuple ni plus heureux, ni véritablement plus riche, mais seulement les marchandises meilleur marché et leur consommation plus étendue ; en outre

elles augmentent la surproduction et la misère ou\Tière. Le contraste le plus violent avec ces théories est offert par Mac CULLOCH, qui ne fait qu’une masse des machines et des progrès des ouvriers en application comme en habileté ; aussi ne dit-il des machines que du bien, surtout à l’égard de ceux-ci ; neuf dixièmes des maux qu’engendre l’absence des débouchés doivent etre attribués à l’immixtion de l’État {Principles, II, 4).

Il ne faudrait pas croire que les macJiines doivent diminuer la demande de travail en général. Elles ouvrent d’ordinaire le champ, d’un côté, à une demande nouvelle, pour le fermer, d’un autre, à une ancienne. Vous avons en vue tout d’abord la fabrication même des machines, qui a besoin d’ouvriers si nombreux, d’une formation spéciale et bien rétribués (1). Nous pensons ensuite au service de ces machines (2), ainsi qu’à la préparation de la matière première qui, pour elles, doit se faire avec beaucoup plus de soin et de régularité que pour le travail à la main. [Les moyens de transport modernes ont permis d’exploiter des richesses naturelles jusqu’alors inaccessibles. Ils ont ainsi non seulement fait apparaître sur le marché des valeurs nouvelles très importantes, mais encore augmenté extraordinairement la masse de la matière brute à mettre en œuvre (Lexi.^)]. L’essor effectif qu’une industrie doit aux machines entraîne, en général, avec lui le développement d autres industries qui, à les considérer d’une façon abstraite, peuvent en partie recevoir les forces de travail congédiées. Si une marchandise, par suite des machines, vient a baisser à la moitié de son prix antérieur, tous les consommateurs peuvent librement disposer de la moitié de ce qu’ils consacraient d’habitude à son achat. Il est vraisemblable Roscher ^

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qu’ils emploieront ces sommes de manière différente. L’un augmentera ses jouissances, un autre agrandira son commerce, un troisième constituera un capital en le plaçant à intérêt, c’est-à-dire, en général, encore productivement au point de vue économique. Dans chacun de ces cas, une nouvelle demande de travail doit prendre naissance, bien qu’en vérité sous des degrés différents.

[Le développement de la technique des machines s’accomplit, à l’époque moderne, dans un sens déterminé : on les construit en sorte que leur direction demande peu de forces de travail, mais intelligentes et payées par suite un haut prix. Ce développement a commencé dans les moulins; il est à peu près terminé dans les hauts fourneaux, les aciéries et les laminoirs. Par contre, il n’a pas encore atteint sa valeur dans l’exploitation des quais et des mines. Pour les premiers, il faut vaincre la difficulté que présentent les variations de gi’osseur des pièces à débarquer. Pour les secondes, il faut surmonter l’obstacle offert par l’étroitesse de l’emplacement. On s’efforce d’ailleurs d’établir les machines de façon qu’elles remplissent, non seulement leur but principal, mouvement d’extraction ou mouvement d’outil, mais encore qu’elles exécutent elles-mêmes tous les tours de main et opérations accessoires. Avec le temps, le nombre des manœuvres nécessaires se réduira sans cesse et ils seront remplacés par une quantité plus faible d’ouvriers de haute valeur, se montrant, en face des machines, de taille à les diriger comme à les servir (Kammerer)].

Il faudrait détruire à plaisir ou entasser sans emploi les richesses épargnées, pour qu’elles ne puissent servir de base à aucune demande nouvelle de travail : deux choses qui n’arrivent que rarement dans les pays à machines (3). Pourtant, à l’intérieur d’une même industrie, la force multiplicatrice de travail possédée par une machine a souvent

produit un tel essor, que sa puissance d’économie de maind’œuvre s’en est trouvée surpassée. Si, pour une quantité donnée de marchandise, les trois quarts du travail manuel jusque là nécessaire deviennent superflus et que cependant la consommation fasse plus que quadrupler; la demande de travail, en fin de compte, augmentera d’autant sous ce rapport (4). C’est pourquoi de nos jours, dans des Etacs si nombreux, la population s’est accrue le plus, précisément dans les villes et provinces où les machines se sont le plus développées (5). Le salaire des ouvriers qui ont affaire à la machine s’est, à cause d’elle, fréquemment élevé ; en tous cas, il se tient en Angleterre par exemple, beaucoup plus haut que celui des ouvriers agricoles. Les enquêtes de 1864 y ont démontré que précisément dans les branches d’industrie les plus pauvres en machines, les ouvriers se nourrissent beaucoup plus mal que dans celles abondamment pourvues de ces dernières (6). [On peut dire, à l’avantage des machines, qu’elles ont pour résultat une augmentation extraordinaire de la productivité du travail humain, et que malgré le préjudice qu’elles causent à certains intérêts particuliers, leur introduction a le sens d’un progrès d’une importance générale extrême].

Un développement semblaljle ne peut naturellement pas être escompté sans réserves. Si ceux que l’invention de la machine favorise d’abord voulaient tout d’un coup consommer improductivement leur avantage calculé en capital, la machine pourrait diminuer de façon durable la demande de travail. Les frais de matière première ne permettent pas d’abaisser le prix des produits manufacturés dans la même mesure que la machine économise des salaires de fabrication. L’accroissement des débouchés dans une proportion identique ou môme supérieure est-il cependant réalisable ? Cela dépend de la capacité des autres branches

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de l’économie, de parvenir à augmenter en contre-échango leur offre d’équivalents.- Cela suppose un peuple utilisant ses possibilités d’épargne à la constitution de capitaux et se laissant pousser par la perspective de jouissances plus abondantes à une activité plus étendue. Et cela dépend toujours, en fin de compte, de la matière première à mettre en œuvre et des moyens d’existence dos ouvriers. C’est donc la faculté de croissance de l’agriculture intérieure, ou du commerce avec l’étranger producteur de matière brute qui décide de la réponse à la question qui précède (7). Si ces deux issues se trouvaient obstruées et que les machines continuassent toujours de croître, il ne resterait comme ressources aux nouveaux ouvriers dépossédés, que l’émigration, l’assistance publique ou le dépérissement (8).

(1) L’introduction de la filature mécanique du coton à Zürich fit surgir tout d’abord une foule d’ateliers mécaniques particuliers. Les forgerons, les fondeurs, les tourneurs, y gagnèrent un champ d’activité à peine soupçonné, ce qui bientôt également, améliora d’une façon visible les instruments agricoles. Ensuite apparurent des fabricants spéciaux pour les cylindres, les broches en acier, les cardes à coton, etc., jusqu’à ce qu’enfin des fabriques complètes de machines à filer s’installassent (Meyer von Knonxu, Der Canton ZiiricJi, p. 107 et suiv.).

(2) C’est une erreur de croire, comme Sismondi le déplore, que souvent une marchandise ne diminuerait, par suite des machines, que de 10 0/0 de son prix, tandis que ces mêmes machines auraient privé de leur pain 98 0/0 des ouvT-iers (Cpr. N. Principes, VII, ch. vu et beaucoup d’autres endroits).

(3) ' L’accès de ces voies de refuge nouvellement ouvertes a été grandement facilité aux ou%Tiers en ce que ce sont précisément les machines les plus efficaces qui coûtent en général le plus et qui, pour ce motif, ne se répandent qu’avec lenteur. La machine à vapeur, depuis son précurseur Savery en 1700, n’a gagné beaucoup de terrain en Angleterre qu’au bout de 68 ans

et sur le continent qu’au bout de 110 ans. La machine à tondre le drap datait déjà de plus de 100 ans,- que beaucoup de draps étaient encore tondus à la main. [La machine à fendre le cuir coûte sur place, à Londres, 15.000 marks et ne peut, rien que jiour cette raison, trouver accès dans beaucoup de tanneries (Schr. d. Ver . /. Sozialp., 65, p. 12)]. Les brevets d’invention euxmêmes servent à ce point de vue, en majorant artificiellement Je prix des machines nouvelles pendant de nombreuses années (§ 165 et suiv.).

(4) G est ainsi, par exemple, que les machines à tondre n’ont aucunement diminué le nombre des ouvriers tondeurs, parce que 1 on s est mis, de nos jours, à tondre aussi les gros draps, la mousseline de laine et les étoffes de coton. Mais l’entreprise de cette opération par de petits patrons indépendants en a beaucoup souffert. Ce travail est maintenant, en grande partie, devenu un accessoire des fabriques. [Le nombre des ouvriers des deux sexes occupés en Angleterre dans les e.xploitations soumises à l’inspection des fabriques de l’industrie textile s’est élevé de 907.230, en 1870, à 1.087.223 en 1907. La diminution du nombre des ouvriers ressort, dans l’industrie anglaise de la toile, des chiffres suivants : 1895, 161.019 ouvriers ; 1907, 151.143 ; et dans l’industrie de la soie: 1895, 35.882 ; 1907, 28.873. L’explication ne s’en trouve pas dans la diffusion des machines, mais dans les circonstances critiques traversées].

(5) [L’introduction des machines commença tout d’abord, dans l’industrie du fer en Allemagne, par rendre beaucoup de manouvriers superflus. Au bout de peu de temps, l’extension qui s’accomplit augmenta si fort la demande de forces de travail, qu’il fallut embaucher plus d’ou\Tiers qu’auparavant. De 1871 à 1900, le nombre d’ouvriers occupés à la production du fer brut s’éleva de 23.000 à 34.000 hommes (Diehl, Jakrb.

/. Nat., 36, p. 1911)]. En France, dans le département du Nord, riche en fabriques et en machines, la population s’est accrue, entre 1791 et 1911, de 447.910 à 1.961.780 habitants, tandis que pour l’ensemble du pays, elle passait, pendant la même période, d’au moins 26 millions à 39.601.509 habitants.

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(6) Il existe des cas où des ouvriers, sans posséder un savoirfaire supérieur à celui de leurs collègues, mais grâce seulement à l’emploi d’une machine nouvelle augmentant leur production, sont arrivés à gagner annuellement 400 et 450 £. (Comte DE Paris, Associations ouvrières, ch. 5). Dans les forges de la Mersey, les premiers ouvriers chargés de la conduite du marteau-pilon gagnaient annuellement de 700 à 900 £. Un coup maladroitement dirigé par eux pouvait, en effet, détériorer une pièce valant jusqu’à 2.500 et 3.500 £ [l. c.).

(7) C’est donc chez Macculloch une doctrine erronée que d’admettre que le salaire, pour une certaine quantité de marchandises, diminue nécessairement dans une proportion moindre que le temps nécessaire à leur travail, par suite des perfectionnements des machines (Cpr. Principles, II, 4). Une augmentation de la demande de travail, susceptible elle-même d’élever les salaires, offre seulement une possibilité plus étendue, en tant que tout succès d’une machine accroît le revenu national. Selon l’opinion de Senior, les machines ne peuvent réduire l’ensemble du salaire du travail que dans le cas où elles absorbent des marchandises, qu’autremcnt les ouvriers auraient consommées, à un plus haut degré qu’elles n’en produisent. (Outlines, p. 162 et suiv.). Cette opinion ne considère que la possibilité ci-dessus. La demande réelle de travail, dans les limites de celle-ci, dépend de la volonté de l’entrepreneur et du consommateur. Le résultat le plus immédiat d’une machine économisant de la main-d’œuvre est toujours de faire rechercher moins le travail par les capitalistes que le capital peu* les ouvriers.

(8) Voir Roscher, Ansichten der Volkswirtschafl, 2, p. 208 et suiv. Par bonheur, ce danger n’est pas, dans la réalité, aussi menaçant que sur le papier. Si l’économie d’une nation demeurait, en fait, aussi désespérément stationnaire, on a peine à croire qu’elle garde un esprit d’invention et un penchant à capitaliser suffisants pour créer beaucoup de machines nouvelles. Longtemps avant qu’un semblable état de choses ne se manifeste, le salaire du travail aurait atteint son minimum, et

§ 34. influence sur la vie de famille 311

par là, le motif principal poussant à la construction de machines serait en même temps disparu.

L’effet social le plus fâcheux des machines est d’avoir, jusqu’ici tout au moins, augmenté le prolétariat aussi bien extensivement qu’intensivement, et accentué le contraste entre le riche et le pauvre dans les milieux industriels. Ici se répètent, dans une mesure encore plus large, toutes les remarques faites au § 114.de cet ouvrage. Les machines les plus puissantes, presque toujours aussi les plus coûteuses, ne sont, en général, accessibles qu’aux grands entrepreneurs. Rien ne peut fortifier davantage la supériorité de ceux-ci que leur emploi. Ce n’est que grâce à un régulateur aussi mécanique du travail, que l’aspect gigantesque de tant de fabriques modernes est devenu possible. Jusqu’ici, la population de tant de contrées riches en machines s’est accrue avec une rapidité considérable, âlais cette augmentation a porté, en général, sur les classes non possédantes et sans espoir d’améliorer leur sort, c’est-à-dire le plus souvent sur le prolétariat. La cause nécessairement provocatrice de ce fait a été l’aide apportée au travail par la femme et l’enfant (1). Une grande partie des machines exige pour les servir si peu de force humaine, qu’elles peuvent être actionnées par des femmes ou des adolescents, aussi bien que par des hommes faits. En de multiples circonstances, une main délicate et légère produit même, au point de vue technique, des effets préférables à ceux d’une main vigoureuse et rude. En présence de résultats identiques, le travail des femmes et des enfants, à cause de leurs frais d’entretien considérablement moindres, est plus avantageux pour l’entrepreneur. Au point pécuniaire, leur coopération est même

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pour les familles d’ouvriers momentanément utile (2). [En outre, le sexe féminin a gagné ainsi une indépendance économique, qu’il n’a pas encore obtenue dans les classes cultivées mais possédant peu (L?xis). On ne doit pas oublier qu’en définitive, la grande exploitation mécanique n’a pas été la seule cause de l’emploi des femmes et des enfants. Le travail à domicile qui s’exécute presque sans machines a su, de la même façon, tirer avantage d’une force de travail à bon marché.] Il n’échappera pas combien à la longue la limite infranchissable du minimum de salaire s’en trouve abaissée : l’homme peut désormais gagner moins et sa famille, c’est-à-dire la génération suivante d’ouvriers de fabriques, subsister quand même. Si dans leur ensemble les familles c»u^riéres utdisaient l’extension de leur champ d’existence à prendre l’habitude de besoins plus délicats, la situation pourrait se maintenir. iMais si elles ne profitent de l’occasion que pour augmenter davantage encore la masse populaire, elles se font à elles- mêmes la concurrence la plus active et comme conséquence, le salaire tombera tôt ou tard au-dessous de son minimum précédent. Ce résultat se produira avec une facilité d’autant plus grande, qu’il sera plus rare qu’un enfant, entré de bonne heure dans la fabrique, vienne ensuite à l’abandonner, (3). L’expérience démontre, par malheur, que les ouvri«;rs penchent au moins aussi aisément pour cette seconde alternative que pour la première. La perspective de ne jamais être obligé de nourrir sa femme et de n’avoir à se préoccuper de ses enfants que seulement pendant les premières années de leur vie, constitue la tentation principale du mariage prématuré (4).

Nous voyons le plus mauvais côté de cet état de choses dans la destruction de la oie familiale. Lorsque l’homme cesse de nourrir sa famille, le fondement le plus naturel et le plus certain de son autorité paternelle et conjugale se

trouve attaqué. Les rêveries maladives de l’émancipation I* féminine prennent pour ainsi dire corps ; la femme vouée

j aux mêmes occupations que l’homme est indépendante

il comme lui, mais en même temps le nombre des unions

I? libres devient formidable (5). Non moins funeste est la

I prompte indépendance économique des enfants, dont l’es-

} ni le corps, ne peuvent être mûrs pour la supporter.

; L’importance monstrueuse des cabarets, notamment, est

; avec la dissolution du lien familial, en rapport non seule-

I ment d’effet, mais encore de cause. Comment l’ouvrier

s’attacherait-il à son foyer, si sa femme ne peut en prendre ; soin, obligée qu’elle est de passer tout le jour à la fabrique ?

I Lorsqu’aucune affection n’unit la famille, il n’y a que trop

I de chances que ses membres les plus faibles soient maltrai-

I tés par les plus forts. L’égoïsme des parents s’accommmode

N manifestement le mieux de l’abandon des tout petits et

tire son plus grand avantage de l’exploitation de ceux dont 1 âge est un peu plus avancé (6). Cette division du travail ne correspond sûrement pas à un développement élevé : elle est foncièrement absurde (7). Du côté des patrons de fabrique, c’est un sophisme évident de prétendre que leur profit net dépend principalement, ou même exclusivement, de la dernière heure de travail (8). Mais ils ont pourtant, en réalité, un intérêt d’égoïsme au surmenage de leur personnel, en ce que leurs machines, bâtiments, etc., demeurent inoccupés pendant les pauses nocturnes et autres. Les machines ne peuvent, en effet, éviter que par un amortissement rapide le danger d’être dépassées par d’autres plus modernes, soit qu’elles fournissent le même travail en ? coûtant moins, soit qu’elles possèdent une puissance de

production supérieure (9). — Les maux causés par les machines au point de vue sanitaire ont souvent été exagérés. Elles obligent cependant à une activité physique très spé-

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CHAP. IV. LES MACHINES

ciale, facile il est vrai, mais par là d’autant plus ennuyeuse^ surtout comme dit Bacon « lorsqu’elle demande des efforts de doigts plus que de bras ». En dehors de ces inconvénients, il faut, en outre, tenir compte de la quantité considérable de blessures et d’accidents dont le travail mécanique offre l’occasion (10).

(1) [Dans les fabriques textiles de la Grande-Bretagne, assujetties à la loi sur les fabriques et ateliers, on comptait, en 1870, 548.697 femmes contre 385.533 hommes ; en 1907, 679.863 personnes du sexe féminin contre 407.360 du sexe masculin. C’està-dire que la proportion des ouvrières s’est accrue pendant cette période de 21,8 0/0, celle des ouvriers de 5,6 0 /O. Il faut convenir que la machine fatigue davantage, parce qu’elle demande de la part de l’ouvrier, pendant la dernière heure de la journée, la même allure et la même attention que pendant la première. Le remède se trouve de lui-même dans la diminution de la durée de travail. La fréquence plus grande des blessures et des lésions est un effet du travail mécanique. ]\Iais on peut affirmer qu’elle tend à diminuer d’elle-même, grâce à un souci plus développé des prescriptions préventives et une attention plus soutenue. Sur cent accidents, les origines étaient dans les proportions suivantes ;

Moteurs, transmissions, machines de travail et autres appareils mécaniques. Chaudières à vapeur, tuyaux de vapeur, vapeur en général

Clmrgements et déchargements, levage

et portage

Véhicules et voitures

Outils manuels et simples ustensiles .

Sur le travail des femmes et des enfants en général, voir plus loin, § 61].

§ 34. INFLUENCE SUR LA VIE DE FaMiLLE 315

(2) Après l’invention de la Mule-Jenny, le salaire d’une famille s’éleva rapidement de 30, jusqu’à 80 et même 100 shillings (Baines, Hist. of ihe cotton-manufacture, ch. x).

(3) Sous un certain rapport, c’est une nécessité. Le travail à la machine exige une régularité telle que certaines personnes, qui le commencent seulement après l’âge viril, par exemple en Angleterre, l’abandonnent bientôt d’elles-mêmes ou sont renvoyées.

(4) En Angleterre, une des causes qui ont essentiellement contribué à l’accroissement considérable de la population des districts industriels a été l’emploi, par fileur, de quatre rattacheurs, métier auquel les enfants de celui-là étaient le plus naturellement propres. [De semblables expériences ont été faites dans l’industrie rhénane, à Crefeld et à München-Gladbach. Les familles ouvrières dont les enfants se trouvaient en bas-âge et incapables encore de travailler, étaient vouées à la misère chronique. Les familles dont les enfants étaient assez développés pour gagner 5 à 7 marks par semaine, voyaient leur situation à peu près assurée (Thun, I, 109)].

(5) Il y a eu des cas où, lors d’une crise des débouchés, la femme travaillait encore en fabrique, tandis que l’homme, restant à la maison, faisait la cuisine, gardait les enfants et raccommodait les bas (Cpr. Engels, Loge der arbeitenden Klassen in England, 179).

(6) On ne peut attribuer l’élévation de la mortalité infantileà Manchester, de préférence au travail des mères en fabrique, la ville étant, en général, malsaine (Jevons, Statist. Journ., 1870, 319). Néanmoins, il n’est que trop significatif qu’en 1841, par exemple, on a trouvé dans les rues 2.730 enfants égarés que la police a reconduits à leurs parents ; ce nombre s’est élevé d’autres années jusqu’à 3.000. En ce qui touche la façon dont sont traités les enfants dans les fabriques, des exemples ont établi que certains sont restés occupés depuis six heures du matin jusqu’au lendemain à dix heures dans la matinée. Pour les tenir éveillés, on leur donnait du tabac ou on leur faisait de temps à autre plonger la tête dans un baquet d’eau. Dans certaines fa~

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