CORPORATIONS CONSIDÉRÉES COMME OFFICES
restrictions apportées au chiffre des apprentis et des compagnons (Ennen, 2, p. 630).
(16) A Ratisbonne, les ouwiers en bâtiment ne pouvaient se charger d’aucune fourniture de matériaux (Gemeiner, Chro~ nik, 2, p. 143 ; Schoenberg, p. 108 et suiv.). A Francfort, un usage déjà ancien au xiv® siècle, ne permettait à personne d’acheter plus d’une certaine quantité de pastel à la fois ou pour des étrangers à la corporation (Boehmert, I, p. 637). Un statut de Châlons défend, en 1243, aux maîtres de donner à filer hors de leur domicile ou de faire aux fileuses des avances d’argent (Schmoller, Sir. Tucherzunft, p. 367). Dans le même sens opérait la prescription très usuelle, que celui-là seul peut exercer un métier indépendant, qui est capable de le pratiquer de sa propre main. A Paris, le statut des tisserands de lange, de 1467, permet à un membre de la corporation trois métiers seulement dans son domicile, et aucun en dehors de celui-ci ; il autorise, de plus, pour tout fils non marié, frère ou neveu, deux métiers pour chacun, également au domicile et toujours à la condition qiiHl face le mestier de sa main (Ordonn. XVI, p. 599 et suiv.). On parvient le plus efficacement à éviter que les petits marchands ne fassent tort au métier, en conférant aux autorités corporatives le droit d’inspection, dans leur partie, des marchandises destinées à la vente et importées de l’étranger.
(17) C’est une des idées principales de l’article de Schoenberg, Zur wirtschafilichen Bedeutung des Zunftwesens im Mittelalter, dans le Jahrb. f. Nat., 9. Cet état de choses maintint effectivement à l’intérieur des villes, pendant un temps donné, une répartition très favorable de la richesse de la population. \'oir à ce propos les documents rapportés dans Schoenberg, Finanzverhâltnisse der Stadt Basel, p. 138, 251 et ailleurs.
(18) La prospérité industrielle de Verviers a été jiarticuliérement favorisée par la rigueur de la contrainte corporative à Aix-la-Chapelle. On constate une situation analogue entre Hanau et Francfort, Fürth et Nüremberg.
(19) A l’époque du servage, l’entrée dans un métier dépen-
dait de la naissance ou de la volonté du seigneur. Lorsque plus tard, d’une façon générale, et de tout temps pour les corporations libres, il fallut « acheter la corporation », les fils et les gendres de maîtres furent les moins imposés (Arnold, Freistaedte, 2, p. 212). A Paris, les tisserands en laine n’acceptaient déjà, selon Boileau (p. 114), que des fils de maître. Vers 1352, les boulangers de Francfort convinrent, avec ceux de sept autres \illes, de ne point accueillir d’apprenti qui ne fût né dans le métier (Kriegk, p. 388). A Lübeck, d’abord en 1510, puis en 1526, un statut corporatif porte que nul ne peut devenir maître s’il ne se marie avec la fille ou la veuve d’un maître (Wehrmann. p. 129, 348, 177). Ce principe pénètre progressivement dans toutes les corporations. Le Conseil de ville lui-même ne permet, en 1480, à un écuyer d’entrer dans a corporation des fondeurs de cire qu’à la condition d’épouser une veuve de maître (Pauli, Lübeck, Zustande im Mittelalter, J p. 27). A Augsbourg, il existait encore, en 1858, deux familles e ouchers qui, au xiv® siècle, apparaissaient déjà comme exerçant cette profession (Riehl, Cottasche Vierteljahrschr., 1, p. 171). Au moyen âge, du reste, l’hérédité admise pour un métier ne s’opposait pas toujours à l’intérêt public, comme le prouve le cas cité par Schoekberg {op. cit., p. 17), où le Conseil de ville se la voit promettre à titre de remerciement.
(20) La vénalité qui apparaît ultérieurement pour les privilèges banaux est expliquée par J. G. Hoffmann {Befugnis z.
ewerbebetnebe, p. 61 et suiv.), également par les efforts pour secourir les vieillards, les veuves, etc.
Lorsqu’en Allemagne, la plupart des villes eurent adopté le plein régime des corporations (§ 3), on assista, surtout pendant la période de 1400 à 1550, à laquelle remontent la plupart de leurs livres systématiques, à la naissance d’insti*
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tutions telles que les années d’apprentissage et de voyage, le chef-d’œuvre, la contrainte corporative, etc., dont la rigueur ne fit que s’accroître (1). U apprenti se trouvait d’ordinaire en rapport, non seulement avec le maître, dans la famille duquel il entrait, mais encore avec la corporation tout entière. Aussi les conditions de l’apprentissage étaient-elles déterminées par les statuts. Sa longue durée se rattachait à la pensée fort juste, qu’un métier, pour être exercé convenablement, surtout en présence d’une division du travail aussi restreinte qu’à cette époque, devait être commencé dès l’âge le plus tendre, lorsque l’éducation de l’homme en général, n’est encore en rien terminée (2). L exclusion des indignes (3) de l’apprentissage s’explique assez tôt par un mélange du sentiment véritable de l’honneur de la caste, avec l’aspiration partagée par la plupart des démocrates, à se montrer aristocrates par en bas, avec également le calcul égoïste qui veut réduire le plus possible la concurrence (4).
Lorsque le compagnon se fût distingué nettement de l’apprenti (5), apparut en Allemagne l’obligation au voyage (6). C était une institution utile en somme, non seulement pour vulgariser les connaissances industrielles et établir des relations, mais encore et surtout pour éviter qu un encroûtement de petite boutique ne s’installât trop facilement dans les corporations fermées (7). Le compagnon, ayant voyagé avec profit, se plaçait forcément bien audessus du paysan rivé toute son existence à la glèbe. L’apprenti et le maître étaient attachés à la région et même à la localité ; par contre, le compagnonnage de chaque métier formait une masse nationale répandue sur tout le territoire (8). La santé de toute vie sociale, en Allemagne en particulier, tient par essence à l’équilibre de ces trois éléments di\ers (9). L’organe de la tournée du compagnon
était l’auberge {Herberge) (10). Il s’y faisait reconnaître en récitant les saluts de son état (11) et il y était, jusqu’à ce qu’il entrât en place ou poursuivît son voyage, défrayé aux dépens de la corporation (12). Le compagnon ayant trouvé un emploi demeurait dans la famille du maître ; aussi était-il toléré difficilement s’il était marié (13). Son contrat de travail était, en général, conclu pour une durée assez longue (14). Sa position était celle d’un serviteur, ainsi que le montre l’expression de « valet » qui le désigne tout d’abord (15). Mais du moins ne la supportait-il volontiers si longtemps, que parce qu’elle ne semblait qu’un passage conduisant à la maîtrise, et qu’elle marquait plutôt une différence d’âge qu’une différence de condition. Les épreuves de maitre, généralement subies sous la forme du chef-d’œuvre, ne sont érigées en règle que vers cette époque. Elles ne peuvent d’ailleurs garantir que l’habileté ou\ rière et manifestent aussi par là cette répugnance de principe des corporations pour tout ce qui touche à l’entreprise (16). Le ralentissement de la croissance rapide des débouchés industriels met forcément en évidence le point faible du système corporatif. Il consiste dans cette contradiction, qu’il faut deux ou trois fois autant de compagnons que de maîtres pour procurer à ceux-ci une position satisfaisante, tandis que les compagnons n’ont la perspective certaine de la maîtrise que si leur nombre est au plus égal à la moitié de celui des maîtres (17). Lorsque la grande majorité des compagnons vient à constituer un contraste de classe au regard des maîtres (18), il apparaît bientôt, comme nous pouvons le constater, une foule de phénomènes analogues à ce que l’on appelle aujourd’hui la question sociale (19). Les communautés de compagnons fraternelles, fondées dans un but de secours mutuel contre la maladie, etc., développent petit à petit chez eux’ l’esprit de
classe, qui leur permet de mettre en interdit des villes entières, de les « damner », et d’exercer une influence des plus puissantes sur l’élévation des salaires, l’augmentation des loisirs, la participation aux décisions corporatives et la réglementation de la concurrence. Tout ceci ne va pas naturellement sans provoquer, aussi bien de la part des villes, et même de groupes entiers de villes, que de la part des maîtres, une résistance qui s’affaiblit toutefois vers la fin du XV® siècle.
(1) Les livres des corporations, au xvi® siècle, sont des codifications véritables dont l’existence a duré jusqu’à la Révolution (ScHMOLLER, p. 482). A leuT époque, il devient impossible d’appartenir à plus d’une corporation en même temps ; c’est ce qui, selon Bornitz, en 1625, légitime des proverbes comme ceux-ci : « Quatorze métiers, quinze malheurs ; il sait beaucoup de métiers, mais le meilleur est de mendier » {De rerum suff., p. 73).
(2) En Württemberg, on remarque, en 1685, cette belle prescription que le maître doit, avant toutes choses, sérieusement exhorter l’apprenti à la prière, à la fréquentation de l’église, etc. Si l’apprenti remarque chez le maître quelque malhonnêteté, il doit, ou le dire immédiatement au chef de la corporation, ou le taire toute sa vie {Zeitschr. /. Staatsw., 1866, p. 264 et suiv.). A Paris, autrefois encore plus que maintenant, la grande pénurie d’écoles techniques avait pour résultat la mise en apprentissage des garçons dès l’âge de 10- ou 12 années (Mohl, Gewerbewiss. Reise durch Frankreich, p. 42). A Lübeck, la durée de l’apprentissage était de trois ans au plus (Wehr- MAKN, p. 114). Les corporations parisiennes la fixaient, en général, à six ans, au plus à douze, au moins à quatre (Boileau, p. 41, 105, 126, 69). En Angleterre, les éperonniers, dès 1261, exigeaient au moins dix ans, et les tisserands des xiii® et XIV® siècles, sept ans (Stahl, Das deutsche Handwerk, p. 195), Si les füs de maître, en Allemagne, en étaient quittes avec ua
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temps d’apprentissage plus court, c’est qu’on pensait, non sans raison, qu’ils avaient eu déjà beaucoup d’occasions d’apprendre. Il est pourtant un peu fort que dans la suite, le maître ait pu, le même jour, faire à la fois inscrire ses fils comme apprentis et constater leur sortie d’apprentissage (Hoffmann, Befugnis, p. 102).
(3) Le mot « indigne » (iinehrlich) a, selon J. Moser {Patriotische Phantasien, 1, no 32, 2, n° 32) aussi peu le sons d’une injure que le mot « roturier » {unadelig). Indigne, au sens corporatif, veut dire « n’ayant point de part à l’honneur spécial de la classe des artisans ». En général, étaient considérés comme indignes, en dehors des familles des bourreaux et de ceux châtiés par le bourreau, les professions qui, dans la contrée, avaient été libérées le plus tardivement du servage, ou celles qui s’étalent les dernières organisées en corporations (Heineccius. De coll. et corpp. opificum, § 14). Souvent aussi, des métiers du même genre, en des endroits différents, se déclaraient réciproquement indignes, à cause de la différence de durée de leur apprentissage (Stahl, op. ciL, p. 126). Au xvi^ siècle, cette conception est allée parfois jusqu’à s’étendre aux offices judiciaires eux-mêmes (Staiil, p. 152).
(4) Quant aux femmes, ce n’est que fort tard que les corporations les ont totalement exclues. A Paris, il existait des métiers qui n’étaient accessibles qu’aux femmes (Boileau, p. 81, 83, 88, 90, 255, 383). En Allemagne, au cours du xiv® siècle, on voit souvent les apprenties mentionnées à côté des apprentis.
A Francfort, aux termes des règlements des tailleurs de 1377, les femmes célibataires ont besoin, pour acquérir la maîtrise, d une autorisation du Conseil de ville, mais ne paient alors que les mêmes taxes que les hommes (Stahl, p. 76, 8). En Angleterre, la situation était analogue {Momim. GildhalL London ï, p. 681).
(5) Pendant longtemps, celui qui avait terminé son apprentissage pouvait aussitôt devenir maître. A Ulm, les fils de ceux qui, depuis cinq ans, étaient bourgeois, s’y trouvaient expressément autorisés ; les étrangers seuls devaient, au préa-
I labié, servir cinq ans comme compagnons et avoir acquis le
, droit de bourgeoisie ( Jaeger, Ulm, I, p. 638 ; Jahrb. /. Nat., 27,
' (6) Selon Stahl (346), le témoignage le plus ancien, en Alle-
magne, du voyage des compagnons, se rencontre dans le procèsverbal de l’assemblée des tailleurs de Silésie de 1361. A Lübeck, trois années de voyage sont, pour la première fois en 1553, imposées aux toiliers ; la même obligation existe pour les char- ; pentiers aux débuts du xviie siècle. Aux termes des statuts des
I tisserands en laine, de 1477, un fils de maître pouvait s’affran-
■ chir, par un voyage d’une année, de toutes autres exigences
I (Wehrmann, p. 302, 494). [Certaines villes constituaient, pour
I ces voyages, des centres d’attraction particuliers et servaient,
' en quelque sorte, d’écoles supérieures pour la classe des arti-
sans. C’étaient surtout les villes de la plaine du Rhin : au sud, Constance, Schaffouse, Bâle, Colmar et Strasbourg ; plus au nord, Francfort-sur-le-Mein, Cologne, Spire, Mayence. Depuis 1440, certaines autres cités de l’est de l’Allemagne jouis- ! saient aussi de quelque prestige, telles Magdebourg, Dresde,
Francfort-sur-l’Oder. A partir de la seconde moitié du xvi^ siècle , paraissent se répandre pour le voyage l’inconstance et la dé-
; sorganisation (G. Schanz, Zur Gesch. d. Gesellenivanderungen,
' Jahrb. /. Nat., 28, p. 313)]. En France, au voyage d’Allemagne,
correspond le Tour de France, à l’Auberge allemande, la Mère des compagnons. Lorsque le compagnon nouveau ne pouvait i trouver de travail, le compagnon le plus ancien s’en allait (Le-
! VASSEUR, I, p. 502). L’usage ne paraît point, cependant, avoir
fait du voyage une obligation. [Chaptal, De V industrie en I France, II, p. 299 et suiv. ; C. G. Simon, Elude historique et morale sur le compagnonnage, 1853 ; Levasseur, Hist. des classes
ouvrières jusqu'à 1789, I, p. 495 et suiv. ; G. Des Marez, Le compagnonnage des chapeliers Bruxellois, 1909J.
(7) Les peuples modernes semblent avoir éprouvé davantage, pour la perfection de leur culture, le besoin de voyager que les anciens. Lorsque les nombreux pèlerinages à Jérusalem, Rome, etc., vinrent à diminuer, apparut à leur place le
voyage des artisans. Stein encore (Pertz, Leben Steins, 6, p. 182 et suiv.) tenait le voyage du compagnon pour utile’
dans un pays où les sept huitièmes de la population habitaient les campagnes et les petites villes.
(8) Le voyage parait avoir eu les préférences des pays allemands, Scandinaves et germano-slaves, comme la Pologne, la Russie, la Hongrie, au contraire des pays romans (Schade,
Vom Deulschen Handiverk, etc., dans les Weimar Jahrb il
(9) Des abus s’introduiront bientôt, l’égoïsme des maîtres cherchant à utiliser la mesure obligatoire des années de voyage à empêcher la concurrence de se produire. Ils se développèrent d’autant mieux, que l’usage imposa au compagnon ayant termine son temps, de demeurer encore une année chez le maître qui l’avait instruit. Depuis la fin du xve siècle, il fallut même, avant de conquérir le droit de maîtrise, qu’il travaillât encore comme compagnon, en accomplissant un long stage d’aspirant à ^1 endroit où il avait l’intention de s’établir (Stahl, p. 352).
L utilité du voyage au point de vue technique s’amoindrit, en outre, du fait que le compagnon ne pouvait pas entrer chez le maître le plus habile, mais chez celui dont le tour était venu. S’ü donnait à celui-ci son compte, il fallait qu’il quittât la ville aussitôt (Hoffmann, Befugnis, p. 99, 107).
(10) Chez les corporations dont la trop minime importance ne permettait pas l’entretien d’une auberge qui leur fût propre donner au compagnon voyageur à dîner ou à souper constituait pour chaque maître, à tour de rôle, une obligation qui ne . disparut, même en Saxe, pour les meuniers, qu’en 1843. Les corporations « généreuses » donnaient encore un viatique pour continuer le voyage, et celles qui ne suivaient pas cette coutume étaient, en général, moins estimées {Leipziger Œkon Sammlungen, 1748, 5, p. 9).
(11) Les saints de métiers, dont quelques-uns étaient fort poétiques, ont été reproduits dans les œuvres des frères Grimm
Altdeutsche Wàlder, 1 ; Bragur, 3, p. 216 ; Des Knaben Wimdernorn, 1, p. 442 et suiv.
(12) Les corporations dites « fermées » offraient, à l’égard de l’institution du voyage, le contraste le plus extrême. Elles interdisaient, en effet, aux compagnons de voyager pour conserver dans leurs villes les secrets d’une industrie. Ce fut en 1385, à Lübeck, le cas des tourneurs en ambre (Wehrmann, p. 351). A Nüremberg, les fabricants de sabliers, les fondeurs en cuivre, les faiseurs de sonnettes, les carriers, devaient prêter serment de ne pas quitter la ville et de ne point accueillir d’étrangers. C’était, au xiv® siècle, un commencement de système prohibitif (Stahl, p. 160 et suiv., 355).
(13) L’obligation pour les compagnons de loger dans la maison du maître se rattache à l’inconvenance qu’on trouvait à vivre à l’hôtel pour ceux qui n’étaient point des étrangers. A Nüremberg, une ordonnance de police du xv^ siècle dispose qu’un citoyen célibataire doit, ou avoir un foyer personnel, ou se mettre à la pension chez un autre citoyen pendant au moins un trimestre (Siebenkees, Beitr. z. deulschen R., 3, p. 223 ; Stahl, p. 274 et suiv.). La plupart des statuts corporatifs de Lübeck interdisent au compagnon de passer même une seule nuit, hors de la maison du maître.
(14) A Lübeck, pendant la première moitié du xv« siècle, le compagnon ne pouvait, dans la plupart des corporations, contracter d’engagements que pour six mois ou un an, et changer de maître seulement à Pâques ou à la Saint-Michel (Wehrmann, p. 119, 233, 356, 372). En France, au xiii® siècle, les valets, lorsqu’on ne les prenait pas à la semaine ou à la journée, étaient loués pour un an (Levasseur, I, p. 236). Le salaire était, en général, fixé par la corporation (Stahl, p. 336), en même temps que le paiement de l’ouvrier en marchandises {trucksystem) était interdit (Mone, Zeitschr. /. Gesch. des Oberrheins, 17, p. 56 et suiv.).
(15) La désignation « compagnon » {Gesell), au lieu de celle de a valet » {Knecht), ne devient générale qu’à partir de 1470.
(16) A Paris, sous Louis IX, les chapuiseurs seuls, semblent avoir connu l’institution du chef-d'œuvre (Boileau, p. 215 et suiv.). Au xiv-e et au xv^ siècles, l’usage s’en répandit, pour le
bien et proufict commun (Levasseur, I, p. 456), sous la forme d’une épreuve en lieu clos au domicile de l’un des examinateurs, et sous la surveillance de temps à autre des jurés de la corporation. Les frais ne cessèrent pas de s’accroître. Mais les fils de maître n’en payaient que la moitié, étaient examinés par les amis de leur père, n’étaient astreints qu’à un travail plus facile, seulement à ce que l’on appelait une simple expérience. Ainsi, dès le début, le chef-d’œuvre constitua plutôt un obstacle qu’une garantie {Journ. des Econ., nov. 1858). [En Allemagne apparaît, vers la fin du xiiie siècle, et d’abord de façon isolée, une sorte d’institution du chef-d’œu\Te. A Lübeck, sur 13 corporations, dont les statuts, émanant du xiv^ siècle, ont été conservés, 5 seulement le connaissent. Au siècle suivant, 16 sur 23 l’ignorent. A Lünebourg, on le rencontre, pour la première fois, en 1400, chez les orfèvres, et il devient plus fréquent au cours du xv^ siècle. A Greilswald, en 1448, les cordiers se refusent a admettre la confection d’un chef-d’œuvre (Krause, loc. cit., 44, n° 32)]. A Dantzig, aux débuts du xve siècle, les examens pour la maîtrise des métiers sont déjà une pratique dominante (Hirsch, p. 304, 314 et suiv., 328). [Dans l’Allemagne du Sud et les régions de la Suisse voisines de celle-ci, à Bâle par exemple, le chef-d’œuvre ne commence à se développer que vers la fin du xv^ siècle. Il semble que sa généralisation ait marqué le commencement d’une certaine déformation corporative (Stieda, Der Befàhigungsnachweis, 1895, p. 2-3)]. On trouve des exemples de la façon dont l’épreuve était organisée, dans A. Beier, Magister, p. 124 et suiv. ; Stieda, op. cit., p. 4. La décadence de l’institution fut rapide, comme le montre l’ordonnance nationale bavaroise de 1553, qui supprime les chefs-d’œuvre comme « sortant des habitudes, vains et inutiles ». L’œuvre de compagnon pour la validation du stage d’apprenti paraît avoir été introduite beaucoup plus tard seulement, par ordonnance du souverain et à titre de mesure non générale. Adr. Beier, dans son Tijro (l’apprenti), daté de 1688, ne la connaît pas encore (Weisser, Redit der Handiverker, 1780, p. 121).
(17) IIerrmann fonde son intéressante défense des corporaüons sur ce que les degrés qu’elles établissent entre les ouvriers seraient la cause d’une répartition meilleure du salaire s étendant sur toute la durée de l’existence, et constitueraient un renoncement au superflu des bonnes années au bénéfice de la défaillance de l’âge (Münch. gel. Anz., I, p. 473 et suiv.). Ce ne serait exact qu’à la condition essentielle que tous les compagnons parvinssent à la maîtrise. Au xvme siècle, le recrutenaent militaire recueillait beaucoup d’entre eux en surnombre
(Hofmann, Nachlass, p. 305, 402 ; Schmoller. Str. T. und W, Z., 346).
(18) En Allemagne, le « départ en commun » des compagnons apparaît, pour la première fois en 1351, à Spire, et se reproduit fréquemment dans la suite (Stahl, p. 339, 281). Le contraste s’accentue au cours du xv^ siècle ; à Colmar, les compagnons boulangers se mettent en grève, de 1495 à 1505 (ScHANz, p. 78 et suiv.) ; à Mayence, c’est, en 1423, le cas des compagnons tailleurs (Mone, Zeitschr. f. die Gesch. d. Oberrheins 8, p. 155). A Strasbourg, en 1404, les compagnons pelletiers sê reunissent en une confrérie d’apparence religieuse, mais que le Conseil de ville doit dissoudre en 1426 (Schanz, Zur Gesch. der
deutschen Gesellemerbànde im Mittelaher, 1876, p. 56 et suiv 167 et suiv.). ’
(19) Les associations consentent des prêts aux compagnons atteints par la maladie, et entretiennent pour eux des chambres et des hts à l’hôpital (Schanz, p. 72). L’habitude de chômer le lundi contre laquelle s’élèvent déjà, en Prusse, des ajournements de 1421 et 1422 (Hirsch, Danziger Handdsgesch., p. 294), a été introduite et renforcée par les associations de compagnons (Stahl, p. 323). Les peines, autrefois très sévères en cas de rupture du contrat de travail, ont été adoucies et 1 exclusion absolue du méHer remplacée par des amende.s (Schanz, p. 110 et suiv., 116). Les associations de compagnons ont encore exercé sur l’admission des apprentis une influence considérable (p. 125). Leipz. Œkon. Sammlungen, 8, p. 196). [SCHOENLANK, dans son ouvrage Soziale Kaempfeoor 300 Jahren,
Roscher
paru en 1894, fait, dans sa description de l’état de choses à Nüremberg, une peinture très vive et très claire de ces mœurs,, mais toutefois un peu exagérée]. Les luttes entre les corporations et les villes, aux environs de 1400, ont revêtu un caractère de violence à propos de la reconnaissance d’un droit de juridiction au profit des associations de compagnons (Schanz, p. 104). De véritables provinces de métiers se constituèrent à la suite d’une entente générale des villes à ce sujet (28, 91). Pour ce qui s’est passé à Francfort (voir Kriegk, Frankfurts Bürgerzvciste, p. 399 et suiv.). Lübeck se concerta avec d’autres villes à partir de 1499, pour tenir en bride les compagnons (Wehrmaxn, p. 118). A la fin du xv® siècle, les maîtres renoncent en général à la lutte, qui n’est plus poursuivie çà et là que par 1 autorité, comme par exemple, dans les ordonnances de police d’Empire de 1530 (art. 39) et de 1548 (art. 37). [O. Rue- DiGER a rassemblé d’une façon remarquable des statuts de confréries de compagnons, dans la Zeitschr. /. hamhurg. GescK N. F., 3, p. 526 et suiv.].
Les corporations avaient des racines profondes et répondaient véritablement, lors de leur apogée, à l’esprit de leur époque. Un témoignage fort net nous en est fourni par le grand nombre d'analogies qui rappellent leur souvenir dans les compartiments les plus divers de l’existence sociale. On peut soutenir que les trois degrés bien connus de la vie des artisans sont une imitation du junior, de Varmiger et du miles de la chevalerie (1). Nous pouvons comparer de même, dans la plupart des cloîtres, le frère lai à l’apprenti, le moine au compagnon, l’abbé au maître, le général de l’ordre au maître doyen (2). Les Universités se composaient de corporations savantes, appelées d’abord nations et dans la suite.
à l’instar de Paris, facultés ; elles comprenaient des baccay laurei, licentiati et magistri (3). Les arts eux-mêmes s’orga-
nisèrent, à partir du xiii® siècle, sur le modèle corporatif (4). Il n’y eut pas à la fin jusqu’aux soldats de profession nou- > vellement incorporés (5), jusqu’aux nomades et aux bri-
I gands qui n’adoptèrent des formes corporatives (6) et nous
I trouvons encore des institutions analogues avec la ligue de
I paysans dite du biintschiich (soulier de couleur), dont les
membres séditieux se divisèrent en maîtres, compagnons et apprentis (7).
J Une organisation semblable est naturelle à l’industrie
en voie de développement, à certaines étapes de la civilisa* tion. La preuve en est faite par l’extension considérable dont l’analogie précédente est susceptible chez les peuples de 1 antiquité (8). Les castes, c’est-à-dire les corporations héréditaires de l’Egypte ancienne et de l’Inde (9), se sont I prolongées bien au-delà du moyen âge économique dans
I ces pays, et semblent y avoir été favorables au premier essor
de 1 industrie (10). Chez les anciens Grecs, les traces de l’existence de ces castes sont, d’une façon générale, à peu prés effacées. Toutefois, longtemps encore, même à Athènes, certains métiers et même certains arts se sont transmis de
i familles en familles, et des ancêtres mythologiques y ont
tenu la place de nos saints patrons du moyen âge (11). A l’apogée de la civilisation grecque, il ne reste que fort peu I de souvenirs de ce genre de restrictions (12). La légende
romaine fait remonter la fondation des collegia opificwn à ! l’époque de l’ancienne royauté (13). Ils furent ensuite, lors-
qu’en se développant, Rome eut acquis l’empire du monde
et de l’argent, assujettis à une surveillance étroite de la I part de l’Etat : on avait pu voir, en effet, la liberté primi-
tive entourant la naissance des corporations, dégénérer en abus très graves de la démagogie (14). A l’époque du Bas-
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Empire se constituèrent de nombreux monopoles de l’Etat ; en même temps reparurent à côté d’eux des restrictions d’aspect corporatif à la liberté commerciale, dont le développement avait si longtemps attrûnt un éminent degré, (vol. I, § 97) et les collegia opificum ne furent plus désormais les boulevards de la liberté plébéienne, mais les geôles de l’oppression des Césars (15).
(1) La hérauderie, si importante aux temps de la chevalerie, adopte pour sa hiérarchie une marche parallèle, avec les chevaucheurs, les poursuivants d’armes et les hérauts ; la vénerie et la carrière des forêts font de même avec les valets de chiens, les piqueurs et les pages.
(2) L’Église elle-même, considérée comme un tout, revêt, au bas moyen âge, l’apparence d’une grande corporation (Gierke, D. Genossenschaftsrecht, I, p. 427). Malheureusement, l’arme était à deux tranchants : le clergé entendait, en effet, en s’acquittant de son office, non seulement remplir un devoir, mais en tirer parti comme d’un monopole.
(3) Cette organisation analogue à celle des corporations tient le milieu entre les anciennes écoles claustrales et épiscopales et les universités modernes de l’État.
41 Les statuts des peintres de Sienne plaçaient Dieu et saint Luc à la tête de la corporation. Il est interdit à tout membre de celle-ci de prendre à un autre son travail, de divulguer les secrets corporatifs, de faire usage de monnaies ou de couleurs altérées. Les supérieurs élus surveillent les apprentis Les étrangers doivent acheter la permission de participer aux travaux (Della Valle, Lettere Sanesi, I, p. 143 ; II, p. 13 ; V. Raumer, Hohenstaufen, 6, p. 544). Charles IV réunit, en 1348, tous les artistes vivant à Prague en une corporation unique, dans une pensée analogue à celle qui fit instituer, dans la suite, une académie des beaux-arts (Palacky, Gesch. von Bôhmen, 3, p. )2 cpr. le livre des corporations des peintres de Prague, édité par Pangerl et Woltmann dans les Quellenschriflen fur
Kimstgesch. de Eitelbergcr, vol. XIII). L’estime dans laquelle les artistes tenaient autrefois les métiers est établie par le fait, que les documents désignent souvent le sculpteur Adam Krafft, de Nüremberg, du simple nom de Steinmetz (tailleur de pierre), le statuaire Pierre Vischer, de Nüremberg, de celui de Rolschniied (fondeur en cuivre), et Syrlin, d’Ulm, sous celui de Schreiner (menuisier). (Cpr. Jansen, Deutsche Geschichte, I, p. 193 ; A. Reichensperger, Dos Kunsthandwerk^ 1875).
(5) Chez les lansquenets {Landsknechte) le capitaine était le maître, et les valets {Kneckte) les compagnons ; ils connaissaient l’honneur de métier, les usages de métier, les secrets de métier, etc. ; leurs formes judiciaires étaient empruntées en partie au vieil esprit national, mais plus encore aux corporations. L’analogie avec celles-ci apparaît surtout chez les artilleurs (Stenzel, Gesch. der Kriegsverfassung, p. 244 et suiv., 264 et suiv. ; Freytag, Bilder ans der deutschen Vergangenheit^ 2, 1, no 12 ; 3, n« 1-2).
(6) Cpr. Freytag, op. cit., 2, 1, n® 13. Sur les guildes de brigands (voir ScHAAB, Gesch. des rhein. Stàdtebundes, 1, p. 319 et suiv., 339 ; 2, p. 177 ; Barthold, Gesch. der Hansa, 2, p. 221 et suiv. ; 3, p. 4 et suiv.). L’une des plus célèbres fut, vers 1400, dans les États Scandinaves, celle des frères vitaliens {Vitalienhrüder), brigands maritimes, qui durent leur nom au secours en victuailles (Viktualien) par eux apportés à Stockholm assiégé.
(7) Lorsque la corporation eut acquis une importance politique, ses attributions s’étendirent à l’élection aux fonctions municipales, aux services de garde et de guerre, etc. Aussi les citoyens n’exerçant aucun métier avaient-ils fréquemment motif de s’affilier à une corporation ou de s’organiser en corporations eux-mêmes (Schoenberg, Basels Finanzverhaeltnisse, p. 299 ; Gierke, 1, p. 384 et suiv.).
(8) Les anciens juifs avaient des corporations qui constituaient en même temps des familles et habitaient en commun certains locaux (Voir I. Chronol., 4, 14, 23 ; Sehémie, ch. iii ; Ewald, Gesch. des Volks Israël^ 2, p. 2, 269).