MEILLEURE ESPÈCE DE MESURES PROTECTRICES
mier, un concurrent doublement dangereux (4). Les mêmes observations s’appliquent encore davantage aux monopoles concédés aux entreprises dont on désire favoriser les progrès (5). Ceux-ci doivent être tout au moins l’objet d’une surveillance sévère, lorsqu’ils passent, à la suite d’une vente, dans la main d’un tiers : autrement le concessionnaire primitif retient volontiers pour lui-même la valeur capitalisée de son privilège, et tous ses successeurs, hypothéqués d’une lourde dette, ne peuvent plus recueillir aucun profit (6). Les droits à l’importation, en dehors de leur utilité fiscale, offrent cet avantage de police de contribuer, comme des cordons sanitaires, à retenir aux frontières un grand nombre de maladies économiques. Il en est ainsi, par exemple, des crises de débouchés (7), et plus encore de la maladie sociale, grave et chronique, constituée par l’infériorité dangereuse du salaire ouvrier (8). On ne peut, il est vrai, s’attendre qu’à des résultats fort modestes à tous ces égards des droits à l’importation (9). — La prohibition (10) proprement dite a généralement des effets nuisibles (11). Elle perd les industriels par la sécurité excessive qu’elle leur offre et qui, selon l’expression de Shakespeare, est le « plus grand ennemi des mortels » {mortals chiefest ennemy). Elle peut conduire au monopole complet, si l’industrie exige de très grands moyens d’action, et si le pays est de faible étendue. Elle incite tout particulièrement à la contrebande (12). Les douanes dont l’élévation dépasse de beaucoup la prime d’assurance de cette dernière ne peuvent pleinement profiter à l’industrie, non plus qu’au fisc, mais seulement aux fraudeurs. Il faudrait annoncer la levée d’une prohibition d’importer, ou d’un droit dédouané équivalent, assez longtemps d’avance, pour permettre aux capitaux, etc., placés dans l’industrie protégée, de s’en retirer sans trop de perte (13). La suppression d’une protection.
industrielle très ancienne rend, en général, nécessaire la plus grande prudence. A la différer trop longtemps, on ne menacerait même dans son existence aucun intérêt positif, mais on ne ferait qu’ajourner l’espoir plus ou moins fondé d’un progrès.
(1) Il faut calculer l’élévation du droit de douane en proportion de la valeur, non de la marchandise en général, mais de celle supplémentaire que l’industrie favorisée peut créer moyennant cette mesure.
(2) Il est remarquable de voir non seulement Stein (Pertz, Lcben Steins, 2, p. 143) faire soutenir de toutes ses forces le droit de douane prussien à l’exportation sur la laine brute, mais encore Adam Smith lui-même, tout en refusant d’admettre la prohibition absolue d’exporter, consentir quelquefois un droit à l’exportation « considérable » (Wealth of Nations, IV, cb. VIII, p. 253 Bas). J. Môser était en général « pour Colbert et contre Mirabeau » {Patriotische Phantasien, 2, p. 26). Il reproche aux pbysiocrates une philosophie iroquoise (4, p. 10). Il raille les prohibitions d’exporter la matière brute en disant qu’il ne faudrait pas seulement garder dans le pays la graine de lin, le lin et le fil, mais encore la toile : de la sorte, le peintre bohémien, Raphaël Mengs, ayant une fois ennobli quatre aunes de toile en les transformant en un tableau d’une valeur de 10.000 ducats, on pourrait attirer dans le pays une centaine de
Mengs pour pouvoir exporter toute la toile une fois peinte
(3) Rau {Lehrbuch, 2, § 214) préférerait encore approuver plutôt les primes d’État, pourtant si dangereuses au point de vue politique, que les droits protecteurs, parce qu’avec les premières, l’importance du sacrifice cons(;nti peut se calculer d’avance avec plus de précision. Cette manière de voir est partagée par Riedel {N.Œk., 1839, 2,p. 182 et suiv.), Bastiat {Sophismes, ch. v), \'iss {Berliner V. J. Schr., 1879, 1, p. 149 et suiv.). Frédéric II favorisa ainsi [les frères Platzmann, qui a\ aient, en 1/52, installé à Berlin la première grande fabrique