POLITIQUE DE TARIFS. DOUANES DE COMDAT
diquée (16). Il faut, en général distinguer, à côté des douanes éducatrices, les douanes protectrices, au sens le plus restreint de l’expression, destinées à atténuer des décalages nuisibles des valeurs et des patrimoines. Cette considération est importante, là surtout où il s’agit de la
suppression de droits de douanes existant depuis fort longtemps (17).
(1) Torrens appelle une industrie incapable de supporter une concurrence prolongée, une formation parasitaire manquant de l’énergie vitale lui permettant de subsister, et demandant pour être supprimée, une opération douloureuse (a parasitical formation, wanting the oital énergies while permitted io remain, and yet requiring for ils removal a painful operation {Budget, p. 40). Le cas est fréquent parmi les industries de luxe, auxquels la Cour s’intéresse. En Russie, les impératrices Élisabeth et Catherine II voulurent implanter de force dans lempays l’industrie de la soie et lever, à cet effet, des recrues parmi les paysans. Ceux-ci multiplièrent les pétitions pour s’y opposer, cherchèrent à détruire les chenilles et les mûrieVs, etc. (voir Pallas, Reise diirch das südliche Russland, p. 154 et suiv.). Pour Frédéric II, la protection de la soie se caractérisa surtout par l’ordre donné aux inspecteurs ecclésiastiques de dresser des tableaux sur la matière, et de veiller aux connaissances techniques à cet égard chez les pasteurs et les maîtres d’école.
(2) Lorsque la Hollande restreignit l’usage de ses blanchisseries en frappant la toile d’un droit élevé, elle favorisa une industrie pour laquelle elle a toujours dû céder le pas à beaucoup d autres nations, au détriment d’une autre pour laquelle elle possédait d’incomparables avantages.
(3) Selon Justi {Staatswirtschaft, 1755, 1, p. 203), il est nécessaire pour l’État, qui ne peut encourager également toutes les industries, de commencer par les plus nécessaires et, par suite, par celles qui épargnent la sortie d’argent la plus forte. Viendront après elles celles qui occupent le plus grand nombre
de personnes et, en dernier lieu, celles qui trouvent dans le pays même toutes leurs matières principales et accessoires.
(4) Dès avant Colbert, les bijoux français, fabriqués avec l’or étiré d’Italie, étaient exportés en quantités importantes. La seule rumeur qu’un droit élevé se projetait sur l’or étiré provoquait déjà certains plans de transporter l’industrie à Genève ou à Avignon (Forbonnais, F. de Fr., I, p. 275). Lorsque la France « protège » ses soies brutes, elle abaisse pour tous ses concurrents étrangers le prix d’achat de la matière première en Italie.
(5) Selon L. Kuehne (Preuss. Slaatszeitang, 17 déc. 1842), la consommation du fil de coton en Allemagne atteignait annuellement 561.000 quintaux, dont 194.000 étaient livrés par les filatures indigènes. Le tissage occupait 311.500 ouvriers recevant un salaire de 32 1 /4 millions de thalers ; la filature, 16.300 ouvriers seulement, au nombre desquels beaucoup de femmes et d’enfants, avec un salaire à peine supérieur à un million de thalers. Même si tout le fil nécessaire aux besoins de la consommation avait été filé à l’intérieur, la filature aurait été, au tissage, dans le rapport de 1 à 5 pour le chiffre des ouvriers, de 1 à 8 pour celui des salaires. C’est pourquoi le tarif du Zollverein, dont la Prusse prit la défense, fixa le droit sur les tissus à vingt-cinq fois celui sur les fils, les prix se tenant, dans le rapport, de 1 à 3 ou 4. En sens opposé, List {Zollvereinsblatt, 1844, n^ 40 et suiv.), objectait que c’était seulement par ses propres filatures que l’industrie cotonnière allemande pourrait devenir indépendante, que ce serait toute autre chose, en effet, de tirer la matière à mettre en œuvre de nombreux pays cotonniers en concurrence réciproqmq plutôt que d’un intermédiaire et, dans l’espèce, du plus puissant pays industriel.
(6) Une objection capitale contre la réforme du tarif allemand, en 1879, est qu’elle menace dans leur exportation les industries à domicile du tissage, de la bonneterie, etc., pour faciliter aux grandes filatures, aux dépens de l’intérêt général, l’expérience de la fabrication de numéros très fins {Jahrb. /. Aat., 34, Suppl. 5, p. 83).