I. Groupe zurichois
a) Soie. Le tissage de la soie constitue l'industrie la plus importante du canton de Zurich. Bien qu'elle ait son siège principal dans la ville même et le long des rives du
Geering et Hotz, Economie politique de la Suisse. 4
lac, elle est aussi pratiquée activement dans les districts de PfaefiSkon, Uster et Hinwil. Elle a des ramifications en Argovie, dans la Suisse centrale et jusque dans la vallée du Hasli. En 1900, 83 fabriques zurichoises occupaient:
Métiers à main: Métiers mécaniques:
Dana le canton de Zurich . . 9,897 lonofii ^»9^ \ ^^^9a
Dans le reste de la Suisse ») . . 11,064 J ^'^^ 3,386 J ^"^'"^^ En Allemagne, Italie, France et
Etats-Unis . 2,309 8,563
Exprimé en métiers mécaniques (1 met. méc. = 3^/^ met. à main), le nombre total des tissages de soie de la Suisse s'élève actuellement à 28,538, dont 19,315 en Suisse même et 9223 à Tétranger.
En 1900, les métiers fonctionnant en Suisse occupaient 40,291 ouvriers qui ont produit 48,8 niillions de mètres de tissus de soie, d'une valeur de 108 millions de francs. L'exportation s'est élevée aux chiflEres suivants:
milliers milliers milliers milliers
^ "• de francs ^ "' de francs ^' de francs ^ ^' defranca Tissus de soie
pure . . 15,799 86,784 16,023 87,021 17,603 93,591 17,914 94,598
Tissus mi-soie 5,728 13,628 5,559 13,966 5,292 14,576 5,218 15,914
Foulards . 717 4,547 745 4,706 698 4,268 700 4,065
Total 22,234 104,959 22,623 105,693 23,900 112,435 23,832 114,577
et, si Ton ajoute la gaze à blutoir, fabriquée principalement à St-Gall: à 109,180 109,983 116,783 118,883
Le retordage de la soie n'occupait plus que 3862 ouvriers en 1900 (5436 en 1897), le tiers (1204) travaillant à domicile. Il a été produit 3894 q de fil retors, dont les Vs de trame (2412 q), le reste d'organsin (413 q), de soie à coudre (779 q) et de soie à broder (220 q).
Nous avons attribué au canton de Zurich 191 métiers Jacquard et 251 métiers à tisser la gaze à blutoir, pour lesquels les indications de localités manquaient, et 1166 de ces derniers au reste de la Suisse (Appenzell: 1014, St-Gall: 152, d'après la statistique industrielle de ces cantons).
Les fabricants suisses tirent la soie brute qui leur est nécessaire d'Italie, où quelques-uns ont leurs propres établissements. Une partie de cette matière première provient de TExtrême-Orient, et certains industriels la font venir directement de la Chine ou du Japon. Le commerce d'exportation de la soie en Extrême-Orient est presque tout entier entre les mains de maisons suisses. La production de soie du Tessin est peu importante (1897 : 41,780, 1900 : seulement 27,253 kg de soie grège). Durant les campagnes séricicoles de 1891 à 1901, l'excédent de notre importation moyenne en soie brute sur l'exportation s'est élevé annuellement à l'606,700kg d'une valeur de 77 millions de francs. Pour la campagne de 1901/1902 ces chiffres s'élèvent à l'704,100kg valant 74 '/g miUions.
Le séchage («condition») de la soie à Zurich rivalise en importance avec ceux de Milan et de Lyon; il accuse un mouvement de 1 à IV2 million de kg. Celui de Bâle (4 à 700 mille kg) ne vient qu'après celui de St-Etienne, mais est à la hauteur de ceux de Turin, Crefeld et Elberfeld, et laisse les autres bien en arrière.
La teinturerie de la soie occupait à Zurich, en 1900, 1882 ouvriers et employés; en outre, 218 étaient occupés à la teinturerie et à l'impression des pièces détachées, 322 dans les ateliers d'apprêts, 43 dans les conditions. En somme, l'industrie de la soie occupe en Suisse 46,619 personnes.
b) Coton. L'industrie du coton a été très florissante, dans la Suisse orientale, jusque vers 1870. Depuis lors, elle a bien décliné, et ce n'est qu'à un concours de circonstances favorables qu'elle doit de s'être un peu relevée depuis trois ans. Nous avons déjà signalé plus haut les causes générales de cette décadence. La concurrence la plus dangereuse ne part pas des anciens pays producteurs, d'Angleterre de la Hollande ou d'Allemagne, mais bien de pays méridionaux qui ravalent les prix grâce à leur main-d'œuvre à bon marché, à une législation sur les fabriques très complaisante et parfois à un cours du change très bas. Parmi ces pays
rivaux, Tltalie, dont l'industrie du coton s'est greffée sur celle de la Suisse, vient en première ligne, puis Tlnde, la Chine et le Japon. La fabrication des dentelles qui continue à prospérer fait exception à cette décadence regrettable.
Les filatures de coton mettent en œuvre annuellement une moyenne de 240,000 q de coton brut (1899: 239,707, 1900 à 1902 environ 233,000 q). Nous achetons en Egypte plus du 40 7o de cette marchandise, le restant aux Etats-Unis. Le 8 7o de cette importation est vendu au dehors sous forme de déchets, mais il est compensé et au delà par des importations similaires. Les 60 7o quittent le pays sous forme de produits manufacturés: fils et tissus, 22 à 237o> dentelles, 15 ^0 (pour les tissus et les dentelles on utilise beaucoup de produits anglais déjà mis partiellement en œuvre). Nos propres besoins absorbent le restant, soit environ 100,000 q de coton manufacturé.
L'industrie suisse du coton dispose d'environ Vf^ million de bobines (en 1880/1881: l'862,000), dont 700,000 environ ressortent de Zurich, 250,000 de St-Gall, 200,000 de Glaris; viennent ensuite Argovie, Zoug, Schwyz, Berne, Soleure, Thurgovie et Lucerne. L'exportation de cotons filés est tombée de 22,4 millions de francs (1885) à 16,5 millions en 1898; en 1900, elle s'est relevée d'une manière passagère à 20 millions, mais, en 1901, elle est retombée à 17 millions et en 1902 à 15 V3 millions.
Le tissage des toiles de coton est pratiqué dans le canton de Zurich (principalement dans les districts de Hinwil et de Winterthour) et dans ceux de Glaris, St-Gall, Appenzell, Thurgovie, Argovie et dans la Haute-Argovie bernoise.
Nous expédions à Mulhouse (Alsace) des tissus unis de coton écru pour y être terminés (teints et imprimés). Malheureusement, cette exportation en transit est tombée de 30,000 q n. valant 10,6 millions (1886-1887) à 9571 q n. ne représentant plus qu'une valeur de 4V4 millions (1901). Les teintureries allemandes sont de plus en plus alimentées par la production indigène.
On rencontre les usines de teinturerie et celles aimpression du coton principalement dans les cantons de Glaris et de Zurich, tandis que le tissage de fils de coton teints a son centre dans le Toggenbourg et des ramifications dans le canton de Zurich et dans la Haute- Argovie'. Ces produits sont écoulés dans la presqu'île des Balkans, en Egypte, dans le Levant, dans TAsie méridionale, en Extrême-Orient et dans l'Amérique du Sud. Mais ces différentes branches de l'industrie du coton souffrent aussi de la crise. Ainsi, l'industrie glaronnaise est bien déchue; en 1901, le nombre de ses ouvriers était de 23 7o inférieur à celui de 1885. Nos exportations de tissus au plumetis se sont élevées en millions de francs:
Inn^A
Tissus
Tissus
Tissus
Tissus
innée
blanchis
teints
imprimés
de fils teints
La diminution de l'exportation se fait sentir aussi bien pour les filés que pour les tissus, mais plus spécialement pour les articles ordinaires. Les articles fins sont moins atteints, la fabrication de quelques-uns va même en augmentant. Exportation:
Tissus
\ façonnés
1 ISSUS procnes ei tissus veloutés
' q n. fr.
Tissus
au plumetis
qn.
fr. ^
qn.
fr. ^
La fabrication des tissus au plumetis est proche parente de celle de la broderie ordinaire. Nous sommes ainsi amenés
à parler de l'industrie des cantons de St-Gall et d'Appenzell, nous réservant de traiter l'industrie zurichoise si florissante de la construction des machines pour filatures et tissages, sous le chiffre VI du présent chapitre.
n. Groupe st-gallois.
a) Broderie, La fabrication des broderies est la principale industrie des cantons de St-Gall, Appenzell et Thurgovie. C'est dans cette branche que l'industrie du coton atteint son apogée, aussi bien quant à la production et à l'exportation, qu'en ce qui concerne la perfection du travail.
La broderie se distingue de toute autre branche de l'industrie cotonnière au point de vue de la technique, de l'organisation et de l'écoulement ; et, tandis que l'industrie du coton tend en général à baisser en Suisse, à l'exception des tissages au plumetis, la broderie a non seulement maintenu son exportation, mais elle l'a même augmentée depuis 1898. Le tableau suivant des exportations nous permet aussi de nous rendre compte de l'importance de chacune des branches principales de cette industrie.
Valeur totale
des broderies
exportées
fr.
Dont
Broderies au plumetis
broderies au crochet
fr.
broderies au plumetis
fr.
de coton
fr.
d'autres matières
fr.
Nos fabricants de broderies tirent de l'étranger la plus grande partie des matières qui leur sont nécessaires, surtout les tissus de fond. L'Angleterre est leur principal fournisseur. La Suisse a importé, en 1900, des tissus de tulle pour 2,^
*) Première année pour laqueUe nous ayons des indications exactes.
millions de francs, des tissus écrus unis (principalement des cambrics) pour 14 V2 millions.
L'industrie st-galloise fait terminer une bonne partie de ses produits (20,000 à 50,000 qn.) à l'étranger, savoir, V5 environ dans les contrées avoisinantes de l'Allemagne et en Saxe et les Vs ^.u Vorarlberg où elle trouve la maind'œuvre à bon marché. Mais le centre effectif de cette industrie est toujours la ville de St-Gall, où se tient la bourse des brodeurs. Cette cité a su conserver son hégémonie sur le marché universel, malgré la concurrence redoutable que lui créent, en particulier, les machines à navettes rapides des brodeurs de Plauen. Ses exportations se sont élevées, en 1900, à 119 millions de francs, et à 122,7 millions en 1902, tandis que celles de la Saxe n'atteignaient, en 1900, que 607? millions, dont la moitié provient de broderies de coton, l'autre moitié principalement de dentelles. La Suisse elle-même n'absorbe que pour quelques millions de broderies de St-Gall; les Etats-Unis (1900: 47,3 millions) et l'Angleterre (32,9 millions) sont des clients qui laissent la France (8,9 millions) et l'Allemagne (6,9 millions) bien en arrière. Notre exportation de broderies aux Etats-Unis s'élève, dans la règle, à près de la moitié de notre exportation totale dans ce pays.
Les broderies mécaniques au plumetis des cantons de St-Gall, Appenzell et Thurgovie occupaient, en 1900, 26,812 personnes (36,010, si l'on compte les aides et les apprentis) faisant marcher 13,950 grands métiers à main; 7430 personnes étaient occupées aux métiers perfectionnés à navettes au nombre de 2171 ; 1917 métiers à chaîne occupaient 5596 personnes, et 2055 brodeuses travaillaient à la main (1789 dans les Rhodes-Intérieures). Ainsi, dans ces trois cantons, l'industrie des broderies procure leur pain à 51,091 personnes; en outre, 2997 ouvriers gagnent leur vie dans les industries accessoires du blanchissage, du gazage, de la teinturerie, de l'apprêt, etc.
A la même époque, on comptait 1074 machines au plumetis dans d'autres parties de la Suisse, principalement
à Zurich (726). A l'étranger, un certain nombre de métiers marchaient pour le compte de la Suisse orientale: dans le Vorarlberg, 3878 métiers ordinaires au plumetis, et 365 machines à navettes; dans le Liechtenstein et en Bavière, 174 de ces dernières; enfin, 5000 à 5500 petits métiers au crochet fonctionnaient dans le Vorarlberg, la Bavière, le Wurtemberg et la Saxe.
Ce n'est pas le nombre des métiers ni celui des ouvriers qui ont le plus contribué à élever la production de ces dernières années, mais bien le fonctionnement des machines perfectionnées à navette.
L'industrie de la broderie présente cet avantage sur les autres industries textiles, qu'elle élève à un très haut prix, par sa mise en œuvre, des marchandises d'une valeur première relativement minime. Abstraction faite du montant de l'importation d'outre-mer des matières premières, de tissus écrus anglais (1900: 16 millions de fr.) et de la dépréciation des usines et de l'outillage, le chiffre de l'exportation représente presque tout entier un gain du travail au bénéfice de l'économie nationale. Il n'en est pas de même du bénéfice de l'industrie de la soie, dont les Va retournent à l'étranger, ni de celles du coton, de l'horlogerie ou des machines, pour lesquelles il faut compter du 30 au 50 7o POur matières brutes et fournitures. A cet égard la broderie n'est surpassée que par l'exportation des fromages, du lait condensé et du bétail, dont la production totale est de source indigène.
b) Outre les broderies, les plumetis et les tissages de fils teints du Toggenbourg, nous devons citer, comme dépendant du groupe st-gallois, les tissages de ga^e à blutoir, pratiqués dans le Lutzenberg appenzellois, depuis Thaï (St-Gall) jusque vers Walzenhausen et Wolfhalden. L'exportation annuelle de cet article dépasse la somme de 4 millions. Ce tissu étant utilisé dans les minoteries, tous les pays producteurs de céréales, surtout les Etats-Unis, en sont les débouchés.
c) A rindustrie textile de St-Gall se rattache une importante /«ôr/^«/ïb/î de machines utili^éQ^ non seulement dans la broderie, mais encore dans d'autres branches industrielles. Les usines les plus importantes se trouvent à Rorschach, St-Georgen, Uzwil, Arbon et Frauenfeld.
m. Groupe bâlois.
Depuis des siècles déjà, l'industrie textile s'est aussi implantée aux confins du nord-ouest de la Suisse. On pratiqua d'abord le tissage des rubans de soie, puis, à partir de 1820, le retordage de la filoselle et depuis 1856 une industrie florissante de couleurs.
a) St-Etienne et Bâle sont depuis longtemps les centres, de l'industrie des tissages de rubans. De Bâle-Ville, cette industrie s'est répandue dans les cantons de Bâle-Campagne et de Soleure, où elle est pratiquée à domicile. A partir de 1879, les droits protecteurs allemands ont pour ainsi dire forcé l'industrie bâloise à émigrer partiellement au delà de la frontière, pour conserver les positions acquises sur le marché allemand (St-Louis en Alsace, Lœrrach, Grenzacherhorn, Sseckingen, dans le grand-duché de Bade ; en Autriche : Bregenz). La ville de Barmen, qui tisse simultanément sur toute la largeur de la pièce des rubans à détacher et qui par cela même fait une concurrence sensible à Bâle, se voit renforcée dans ses positions par ces mesures prohibitives. De leur côté, les Etats-Unis protègent les fabriques de Patterson (New-Jersey) et cherchent à fermer leur grand marché par des droits exorbitants (60 7o de la valeur). La France en fait de même pour favoriser les rubaneries de St-Etienne. L'industrie bâloise a su vaincre ces obstacles, mais non sans crises ni grands sacrifices. Dans cette lutte, elle a trouvé en Angleterre et dans ses colonies un débouché précieux pour ses produits. La valeur totale de la production annuelle des usines sur sol suisse s'élève en chiffres.
ronds à 40 millions de francs, et l'exportation à 35 millions. En 1901, l'exportation a été exceptionnellement faible.
Les fabricants suisses disposent aujourd'hui en Suisse d'environ 7800 métiers à tisser les rubans, dont 5800 sont utilisés à domicile. A l'étranger, 4000 métiers environ marchent pour leur compte (1250 en Alsace, 2570 dans le grand-duché de Bade [1350 à domicile] et 200 à Bregenz). Ce qui donne un total d'environ 11,800 métiers, dont 7150 fonctionnent chez les particuliers et 4650 dans les fabriques.
D'après le recensement du 1er décembre 1888, l'industrie des rubans occupait en Suisse 12,886 personnes. Si l'on ajoute à ce chiffre celui des personnes occupées dans les ateliers de teinturerie, d'impressions, d'apprêts et de filatures, il se monte à 14,000 personnes dont Va du sexe masculin et Va du sexe féminin.
b) Bâle est aussi le centre de la fabrication de la filoselle. Lyon et Bâle se disputent la royauté dans ce domaine. Il y avait, en 1888, à Bâle et dans ses environs immédiats, 9 filatures de filoselle occupant 3000 ouvriers; 15 fabriques avec 1750 ouvriers étaient disséminées dans les autres parties de la Suisse. Il en existe aujourd'hui, à Bâle et environs, 6 filant la chappe et 3 la soie à coudre ; on en trouve 4 dans la Suisse centrale (celle de Kriens travaille pour la place de Lyon) et 2 dans le canton de Zurich ; enfin, 4 maisons bâloises fabriquent en dehors des limites de la Suisse. Nos exportations de filoselle se sont élevées à 25,92 millions de francs en 1899, à 2374 millions ^n 1900 et en 1901 et à 25,82 millions en 1902. Cette marchandise alimente entre autres les fabriques de velours de Crefeld.
c) Pour V industrie des couleurs, voir «Industries chimiques >, p. 84 et suivantes.
d) A Bâle, comme à St-Gall et à Zurich, Vindustrie des machines s'occupait d'abord exclusivement de la construction des appareils utilisés dans l'industrie textile, mais elle n'a. pas tardé à s'étendre à d'autres branches, et il
règne actuellement, dans la cité du Rhin, une industrie de machines et appareils électriques qui, pour être à ses débuts, n'en est pas moins riche en promesses pour Tavenir.
lY. L'industrie textile sur le Plateau suisse.
Bien que les principales branches de Tindustrie textile aient leur domicile à Zurich, à St-Gall et à Bâle, on se livre également à cette industrie, c'est-à-dire à la fabrication de la toile de lin et des draps de milaine et de laine, depuis plusieurs siècles, dans TEmmenthal et dans la Haute- Argo vie bernoise. Sans doute, ces branches d'activité sont bien déchues depuis que le Blocus continental de Napoléon 1er a été levé et depuis que les procédés mécaniques et la concurrence de l'Angleterre ont fait sentir leurs effets. Pendant longtemps, le gouvernement de Berne, craignant l'influence des centres industriels au point de vue du développement physique et moral du peuple, ne se montra pas très favorable à l'extension de ces industries. Cependant, après avoir connu de bons et de mauvais jours, elles sont encore pratiquées à domicile, parallèlement à l'agriculture, à titre de professions accessoires.
Les autres branches de l'industrie textile ne sont pas groupées d'une façon nettement délimitée. Jj industrie de la laine, par exemple, est disséminée sur toute la partie allemande du Plateau. On file la laine à Derendingen, Schaffhouse, Burglen (Thurgovie), on la tisse à Derendingen et dans plusieurs localités des cantons de Zurich et de Berne, où l'on fabrique des étoffes légères pour vêtements de dames. La production totale de cette industrie s'est élevée, en 1899, en chiffres ronds à 20 millions de francs (fils, 147: ; tissus, 5 Va).
Une bonne partie des fils et presque tous les tissus de laine peignée sont exportés. En revanche, les produits des tissages de laine cardée (1900: 10 millions de francs) de Haetzingen, W8edenswil,Pfungen,Belp, etc., sont écoulés dans
le pays même, utilisés par l'industrie des confections qui tend à se développer de plus en plus. Depuis 1895, le nombre des ateliers de confections a doublé, et celui des ouvriers s'est accru des Va- L'industrie des laines cardées est encore susceptible d'une grande extension.
Les draps de milaine, si appréciés par nos paysans, proviennent de la campagne bernoise, et aussi des fabriques de Eoggwil (Langenthal), Liestal et Waedenswil.
Si les fabriques de coton à tricoter de Derendingen et de Schaffhouse ont réussi à éliminer presque complètement, la concurrence étrangère, celles des couvertures de laine de Pfungen atteignent un résultat analogue. L'exportation des couvertures ordinaires de laine fabriquées à La Sarraz et celles de laine de défilochage (shoddy) de Berthoud se montent à un chiffre respectable. A ces industries se rattachent depuis peu des fabriques de feutre, de drap de feutre et de tapis, dont l'exportation se monte à environ 1 million (1900).
Que l'on réfléchisse à l'énorme quantité d'étoffes de laine que nous importons (pour 25 à 30 millions annuellement),, aux exigences, en nouveaux modèles, de la clientèle de notre modeste marché, et l'on se rendra compte de la tâche difficile qui incombe à cette industrie. Cette tâche ne peut être résolue d'une manière satisfaisante, à l'intérieur, que par l'extension de la fabrication d'articles courants et, au dehors^, par la création de nouveaux débouchés. Aussi est-ce dans cette voie que l'industrie de la laine s'engage. Depuis la guerre sino-japonaise, nos fabriques suisses approvisionnent pour une bonne part le Japon en satins et en mérinos. Notre exportation totale de tissus de laine s'est élevée, en 1900,. à 6,8 millions de francs, dont 3,8 pour le Japon. Mais l'année 1901 fut moins favorable: exportation totale, 5,44 millions (1902: 5 millions), exportation au Japon, 1,9 million.
A la faveur de la mode et de prix abordables. Vindustrie de la bonneterie tend aussi à prendre de l'essor. L'exportation annuelle de ces articles représente une somme
de 6 à 7 millions (1900 et 1902: environ TV? millions), et rimportation 4 à 5 millions.
Dans nos villes les plus importantes, comme par exemple à Zurich, Baie, Genève, St-Gall, on commence à développer sérieusement Tindustrie des confections j cependant, nos importations pour ces articles s'élèvent encore annuellement à une vingtaine de millions ; en outre, 3 à 4 millions pour la chapellerie et les modes proprement dites.
Nous devons enfin citer ici le tressage de la paille, pratiqué dans les cantons d'Argovie (centre à Wohlen) et de Fribourg (Gruyère). En chiffres ronds, les exportations de cette industrie se sont élevées, de 1896 à 1900, à 12 millions de francs annuellement (10 millions seulement en 1901 et en 1902). En 1900, ces exportations se répartissaient de la manière suivante: tresses de paille, 8 millions; paille fines, 1,7 million; chapeaux non garnis, plus de 1 million; chapeaux garnis, plus de V2 million; tresses de crin, de coton, etc., V2 million. —
La valeur marchande des produits manufacturés exportés par les industries textiles de la Suisse s'est donc élevée, en 1900, à 393 millions de francs, en 1901 à 381 millions. Si nous ajoutons à cette somme les 43 millions provenant de l'exportation de matières premières (réexportation de soie grège), nous constatons que les industries textiles indigènes procurent à notre population un gain annuel s'élevant à plus des Vs de la valeur totale de leurs exportations, et nous voyons aussi que ces exportations constituent à elles seules plus de la moitié des exportations de la Suisse. Ce groupe d'industries est donc de beaucoup le plus important de notre activité. Passons maintenant à celui qui s'en rapproche le plus quant au chiffres d'affaires.
B. Industrie métallurgique.
Les exportations de cette industrie accusent un chiffre de 207 millions pour l'année 1900 et de 200 millions pour
1901. Les métaux non précieux figurent dans cette somme pour 62 millions (1901 : 59 millions), les métaux précieux et rhorlogerie pour 142 millions (1901 : 141 millions). Ces chiffres témoignent suffisamment de la force vitale de ce groupe d'industries et de l'activité qui y règne, surtout si Ton tient compte du fait que le sol suisse ne fournit aucune des matières premières, que la houille et le fer doivent être tirés à grands frais du dehors. Toute proportion gardée, l'industrie des métaux précieux est plus pratiquée en Suisse que dans n'importe quel autre pays.
y. L'industrie des métaux précieux dans la Suisse romande.
La grande industrie de la Suisse française se voue principalement à une spécialité de la fine mécanique, à la fabrication de la montre. A cette branche principale se rattachent de nombreuses industries accessoires, parmi lesquelles on peut citer l'invention et la fabrication des outils et machines d'horlogerie, la construction d'appareils très divers de contrôle et de précision (chronomètres de marine, horloges astronomiques, pédomètres, montres-contrôle, pièces à musique, appareils de mécanique et de physique).
La bijouterie et la joaillerie de Genève prennent place au second rang des industries de la Suisse romande. Avec ces industries proches parentes de l'horlogerie, on peut grouper la ciselure et les émaux artistiques des boîtes de montres, la fabrication des chaînes de montres, des breloques, des médaillons, etc., et la taille des pierres fines. Genève possède d'importantes fabriques de machines, d'appareils électriques, de chimie, d'électro-technique. H existe d'importants établissements mécaniques à Vevey, Vallorbe (limes), Cortaillod (câbles), Bienne et Eeconvillier (laiton). Quant à l'électrochimie de Monthey et de Gampel, voir p. 86 et 87.
En dehors des industries énumérées ci-dessus, la Suisse romande s'occupe en premier lieu de la production des substances alimentaires et des boissons. Les minoteries de
Carouge-Plainpalais et Vevey fournissent des farines ordinaires ; à Vevey on fabrique en outre des farines lactées et en premier lieu, de même qu'à Payerne, Avenches et Guin, du lait condensé; Saxon produit des conserves de fruits et de légumes; Serrières, le Locle, Lausanne, Versoix, Broc fabriquent du chocolat, Versoix et Genève des bonbons,. Genève du vermout ; le val de Travers distille des absinthes,, et on se livre un peu partout à la fabrication de diverses liqueurs. Les manufactures de tabacs et cigares sont florissantes à Vevey, Payerne, Grandson, Boncourt, Sion et Genève. Lausanne et Vevey ont des tanneries importantes qui livrent des cuirs de choix. Mentionnons enfin les fabriques de bouteilles à Semsales et à Monthey (voir p. 15) et celle des bouchons à Versoix.
En revanche, et contrairement à ce que Ton constate dans la Suisse allemande, Tindustrie textile est complètement reléguée à Tarrière-plan. L'impression des toiles d'indienne, si importante à Genève et à Neuchâtel aux XVIIe et XVm» siècles, a dû céder le pas à la concurrence relativement récente de Mulhouse et de Glaris. (Voir plus haut en ce qui concerne les couvertures de La Sarraz.) La fabrication des dentelles, autrefois si florissante dans le canton de Neuchâtel, n'entre plus en ligne de compte.
La Suisse romande doit la création de sa belle industrie, de l'horlogerie (exportations en 1901, année du maximum: 131 millions de francs), à la même cause qui a valu l'industrie textile à la Suisse allemande, c'est-à-dire aux migrations provoquées par la Contre-Réformation. En 1587,. Charles Cusin d'Autun (Bourgogne) l'implanta à Genève, et deux ans plus tard les horlogers y étaient déjà organisés en corporation, avec des règlements sévères concernant l'apprentissage, la maîtrise, etc. Marchant de pair avec les orfèvres, les horlogers de Genève virent leur métier prospérer rapidement. En 1685, ils étaient au nombre de 100,. occupant 300 ouvriers, et la production annuelle était de 5000 montres. A la même époque, on comptait 80 orfèvres
avec 200 ouvriers. Le nombre des patrons horlogers s'élevait à 800, celui des ouvriers à 3000 en Tan 1760; en 1793, on comptait 1000 patrons et plus de 2700 ouvriers. Cependant, un arrêt se fit bientôt sentir. A Tépoque napoléonienne, rhorlogerie commence à se répandre en Savoie, dans la vallée de Joux et au delà de la frontière bernoise (manufactures Japy à Beaucourt), mais c'est Genève qui fournit toujours les finissages. En 1869, 7000 ouvriers horlogers genevois produisaient pour une somme annuelle de 11 Va millions ; en 1886, 10,000 ouvriers étaient occupés dans 300 fabriques et ateliers. Depuis lors, une nouvelle décroissance de l'horlogerie genevoise se manifesta. Le dernier recensement genevois des métiers (fait en 1896, résultats en 1902) permet de constater que le nombre des ouvriers occupés aux différentes parties de l'horlogerie n'était plus que de 1774 (1888: 2500), et l'on estime qu'il n'y en avait pas plus de 1000 en 1902. Le. recul numérique a sa cause essentielle dans le refus opiniâtre de l'industrie genevoise de se livrer à la production en masse. La montre or de Genève a su conserver sa réputation, tant pour son exécution soignée que pour le cachet distingué que lui procurent sa gravure, ses ciselures, ses émaux et ses pierres fines. —
L'industrie horlogère a pris un essor beaucoup plus libre dans les hautes vallées de la partie centrale de la chaîne du Jura. Ce n'est qu'environ 100 ans après l'arrivée de Cusin à Genève que l'horlogerie neuchâteloise fut créée par le génie d'imitation de Daniel-Jean Richard originaire de La Sagne et du Locle. Appelé à réparer la montre londonienne d'un maquignon rentré au pays, Daniel-Jean Eichard, apprenti serrurier, alors âgé de 15 ans, en comprit le mécanisme et devint le premier horloger neuchâtelois. Il s'établit plus tard au Locle et enseigna son art à ses cinq fils. Bientôt cette nouvelle industrie florissait dans les hautes vallées au climat rude de la Chaux-de-Fonds, du val de Ruz et du val de Travers. En 1752, 11 ans seulement après la mort de Daniel-Jean Eichard, on comptait déjà
466 horlogers dans les montagnes neuchâteloises. Il y en avait 2177 en 1781, 4000 en 1802, 13,706 en 1866 (production annuelle: 800,000 pièces) et 14,629 en 1888. La production annuelle atteignait, en 1901, 4 millions de pièces sur un total de 7 millions de la production de l'horlogerie suisse en général.
Vers le milieu du X Ville siècle, Samuel-Olivier Meylan introduisit Thorlogerie dans la vallée de Joux. On y travaillait principalement pour la place de Genève. Du vallon de St-Imîer, cette industrie se propagea aussi, vers la fin du XVme siècle, dans la prévôté de Moutier relevant encore de révêque de Bâle. A cette époque, l'horlogerie occupait déjà 10,000 ouvriers, dont près de la moitié à Genève.
Malgré la crise de l'époque de la Eévolution et le discrédit momentané dans lequel tomba la montre neuchâteloise, par suite de la grande production à bas prix à laquelle on se livra surtout dans le Jura bernois, l'horlogerie suisse a cependant su conquérir la première place sur le marché universel. Plus forte et plus prospère de génération en génération, elle prit incontestablement le premier rang dès l'exposition de Londres, en 1851. Du Jura romand, elle passa en premier lieu à Bienne, et ensuite dans les cantons de Soleure et de Bâle-Campagne, à Granges, Soleure, Lsengendorf et Waldenburg. Elle reçut une grande expansion par l'apparition à la Chaux-de-Fonds (1860) de la montre simple et à bas prix (20 fr.) appelée Roskopf. Cet article mettait la montre suisse à la portée de toutes les bourses.
Depuis 1885, le nombre des montres expédiées au dehors a triplé ; l'augmentation a été particulièrement forte à partir de 1898, et elle porte surtout sur la montre ordinaire dont la production s'est élevée au quintuple et la valeur des exportations au triple de ce qu'elles étaient auparavant. Exportations des montres:
M. or . . 441,962 616,740 564,448 728,084 929,436 836,217
» argent . 1731,001 2*467,686 2'537,352 8W5,013 3^547,608 2*965,832
» autres . 562,117 r351,612 1*427,357 1*983,366 2*873,814 2*830,445
Total 2*735,080 4^436,038 4*529,157 5786,463 7*350,858 6*632,494
GeeriDff et Hotz, Economie poUtiqae de la Suisse. 5
La valeur déclarée s'élève, en millions de francs, à:
Montres or ... .
» argent . .
> nickel . .
Monvements, pièces
détachées pierres,
outils, etc. . . .
Sî39
io„.
Total
tandis que les prix moyens, ]
par pièce, baissaient
comme
suit (valeurs en francs) :
Montres or ... .
» argent . .
> nickel, etc.
On attribue la moitié de la production totale au canton de Neuchâtel. La Chaux-de-Fonds est le centre horloger par excellence. Ce village, le plus grand de la terre, situé à une altitude d'environ 1000 m, comptait à peine 5000 habitants (1384 horlogers) au début du XIX© siècle. H avait, en 1901, une population de 36,000 âmes; 7518 horlogers y étaient occupés par 294 maisons. C'est de Chaux-de-Ponds que partent près des Vi des exportations horlogères annuelles de la Suisse, ce qui équivaut à 70/90 millions de francs environ. Pour Tarticle courant, c'est Bienne qui se rapproche le plus de Chaux-de-Ponds, mais pour les montres or c'est toujours Genève qui tient la tête, les *Vi« de la production de cette place étant des pièces d'or.
Somme toute, la Suisse produit beaucoup plus de la moitié de toutes les montres fabriquées sur le globe. Tandis que les autres Etats producteurs ne travaillent guère que pour leur propre marché, les montres suisses sont, en grande majorité, destinées à l'exportation. Bon an mal an, les exportations de l'horlogerie suisse constituent plus des 90 Vo du marché horloger universel. Valeur en millions de francs des exportations de montres et accessoires: