‹ Économie politique de la Suisse (volume 2)Chapitre 21 sur 32 · MO · texte numérisé non relu

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ors 110,88

I Exportation de la Suisse .

I > de la France .

/ > des Etats-Unis

> de rAllemagne

> de l'Angleterre Total pour ces 5 pays producteurs Part afférente à la Suisse

En effet, il n'existe plus un seul pays sur terre qui ne soit en relations commerciales régulières avec la Suisse pour ses achats de montres. Nos meilleurs débouchés sont l'Allemagne (1901: 28 V2 millions de francs) et l'Angleterre (30 millions); puis viennent, dans l'ordre de leur importance, TAutriche-Hongrie et la Russie (I2V2 à 13), l'Italie et les- Etats-Unis (chacun environ 7 millions), la France (environ 'i '^S ■ 6 millions) et l'Asie orientale (5 millions). En outre, les montres vendues en Suisse même et aux étrangers en séjour à Genève, Montreux, etc., constituent du 5 au 10% d© la valeur de l'exportation totale.

L'Exposition universelle de Paris, en 1900, a suffisamment démontré que la Suisse tient aussi la tête quant à la qualité des montres. A cette occasion, les exposants suisses ont généralement regretté que les nations rivales n'aient pas fourni les éléments d'un concours encore plus serré.

La stagnation qui se manifeste momentanément dans les exportations de l'horlogerie suisse n'a rien d'étonnant quand on songe à l'extension rapide qu'elles ont prise durant ces dernières années (de 86 et 88 millions en 1894 et 1895 à 131 millions en 1901, donc augmentation de plus de 50 7o en peu d'années). De par sa nature, cette crise ne peut cependant être de longue durée. L'augmentation constante de la population de tous les pays civilisés, le développement . des réseaux de chemins de fer, la valeur toujours plus grande du temps, résultant, pour chaque individu actif, des progrès de la civilisation et de la lutte pour l'existence^ contribuent plus que l'usure ou la destruction au renouvellement incessant de la demande de nos montres.

Le développement imposant de Tindustrie horlogère durant le XIX© siècle ne s'est pas accompli sans difficultés. Parmi les modifications importantes qui ont été apportées à cette branche de notre activité, il faut citer en premier lieu la transformation de Tindustrie manuelle primitive, pratiquée à domicile, en industrie mécanique destinée à la production en grand et concentrée dans les fabriques.

Depuis répoque de Daniel-Jean Eichard, la force et la caractéristique de Tindustrie horlogère jurassienne résident dans sa décentralisation, c'est-à-dire dans une division du travail poussée à l'extrême. Plus de 150 parties différentes se complètent mutuellement. Il est évident que les spécialistes atteignent, dans ces conditions, une habilité incomparable.

Cette grande division du « travail en parties brisées » s'est reproduite de nos jours, sous une forme nouvelle, dans la fabrication mécanique. Au lieu de faire passer la montre d'atelier en atelier par cent mains différentes pour la remettre enfin à l'établisseur qui la termine, tout se fait dans le même bâtiment, sans perte de temps, sans frais de port et sans risques. L'exploitation mécanique a donc su conserver la division du travail; ce n'est que la séparation locale des diverses manipulations qui a dû lui céder le pas. Toutefois, l'industrie suisse est bien loin d'avoir renoncé de plein gré au système de l'établissage. Ce n'est pas sans hésitation, sans répugnance même, qu'on s'est lancé dans la nouvelle voie de l'exploitation mécanique. Et c'est cette hésitation qui a rendu possible et favorisé la concurrence que font les Etats-Unis à notre industrie horlogère depuis 1852. H n'est pas sans importance d'approfondir cette question, et, à cet effet, nous devons nous reporter au début du XIXe siècle.

Déjà à cette époque, des efforts persévérants pour améliorer l'outillage avaient conduit à l'invention d'un certain nombre de machines-outils, de telle sorte qu'en 1804 la fabrique d'ébauches Sandoz & Trot, fondée à Besançon, fut transplantée à Genève. En 1812, M™« V^« Humbert en

ouvrit une à Fontainemelon. Nous avons cité plus haut la grande usine Japy à Beaucourt.

La fabrication mécanique des ébauches (<^le blanc ^J réalisait un progrès des plus importants, puisque c'est de cette partie que dépend la précision de la montre. Les autres branches, le cadran, les aiguilles, la boîte, la décoration, bien qu'ayant leur utilité, ne sont cependant que des accessoires, comparées à l'âme de l'instrument. Une condition essentielle manquait encore à la fabrication des ébauches; il fallait atteindre à une précision qui permît l'interchangeabilité absolue des différentes pièces.

Aussi est-ce au génie inventif de Georges-Auguste Leschot, à Genève (1800 à 1884), qu'il était réservé de donner une impulsion encore plus grande à l'industrie horlogère. Après avoir inventé le mouvement ancre et différentes machines-outils pour la fabrication des ébauches qui permirent de procéder à un établissage basé sur une fabrication uniforme, Leschot monta, selon ses principes, la fabrique Vacheron & Constantin (1835 à 1837), et en 1838, cet établissement livrait la première montre construite complètement à la machine et à pièces interchangeables.

Malheureusement, le mouvement en faveur de la concentration de l'exploitation fut arrêté durant 40 ans. Il est vrai que de nombreuses machines pour la fabrication des ébauches et des pièces détachées, des roues, des pignons, des aiguilles et des boîtes furent inventées, mais les progrès réalisés par Leschot ne furent pas dépassés sensiblement, et la marche en avant fut bien lente jusqu'en 1875. Les déceptions dont fut abreuvé Vinventeur Pierre-Frédéric Inffold (1787 à 1878) de Bienne ont notamment coûté cher à notre industrie. Ingold inventa la montre-remontoir et toute une série de machines-outils plus ingénieuses les -unes que les autres. H chercha, mais sans succès, à réunir ces avantages dans une fabrique suisse. Eepoussé à Chaux-de-Fonds et à Genève, il se rendit à Londres. La fondation de la fabrique projetée échoua, là aussi, grâce à l'opposition des gens du

métier qui avaient intérêt à maintenir le statu quo. En 1845, Ingold débarquait en Amérique, et, cinq ans plus tard, la première fabrique en état de livrer la montre terminée était en activité à Boston. Elle ne fut pas longtemps la seule. De retour en Suisse, Ingold se heurta encore à un refus du capital suisse en faveur de son entreprise. On ne se rendit compte de la situation qu'après 1870. Nos exportations de montres aux Etats-Unis allaient diminuant et l'exposition de Philadelphie vint enfin dessiller les yeux de tous : les Américains^ par leur fabrication en grand, établie sans bruit, étaient sur le point de détrôner la montre suisse, du moins en ce qui concernait les genres ordinaires. H ne restait dès lors qu'un moyen à l'industrie suisse pour réagir avec succès contre cette concurrence menaçante: lui emprunter ses propres armes, inaugurer l'exploitation en fabrique. Et ce moyen fut adopté malgré la résistance acharnée des établisseurs, des ateliers et des ouvriers occupés à domicile, tous partisans de l'ancien système. Le succès répondit à l'attente, et, grâce à des perfectionnements incessants, on pourrait même dire, grâce à une révolution continuelle en faveur du meilleur outillage et des procédés les plus pratiques, l'horlogerie suisse a reconquis sa supériorité première sur le marché universel. L'exploitation mécanique a, en particulier, complètement conquis la fabrication de la bonne montre bourgeoise ordinaire à marche régulière, spécialement celle de la montre ancre. Dans ce domaine, elle est non seulement à même de fournir le mieux, mais encore le meilleur marché. Pour ce genre de fabrication, l'usine des Longines à St-Imier, les sociétés Oméga à Bienne et Diogène au Locle viennent en première ligne.

Nous pouvons donc constater que l'industrie horlogère, décentralisée pendant 200 ans comme industrie manuelle à domicile, à été ramenée à son état primitif par la fabrication mécanique transformant le métal brut en montre terminée.

De nos jours, la fabrication en parties brisées occupe encore la grande majorité des horlogers. Les "causes qui

empêchent des progrès plus rapides dans le nouveau mode | de fabrication doivent être recherchées, d'une part, dans le/ fait qu'un grand nombre d'ouvriers ne peuvent pas renoncer à l'habitude de travailler à domicile ou à l'atelier sous les ordres d'un patron, et d'autre part dans le fait que l'entreprise de l'établisseur n'exige pas des capitaux aussi importants que la fabrique: si son ouvrier jouit d'une plus grande liberté d'allures, il participe aussi aux frais de l'outillage et aux dangers des crises. Dans la fabrique, tout le poids de ces deux derniers facteurs retombe sur le fabricant.

Depuis quelques années, l'espoir des chefs d'atelier d'être toujours à même de concourir avec la grande industrie a été renforcée par la diffusion de la force motrice si commode de l'électricité. Le dernier rapport annuel du Vorort de l'Union suisse du Commerce, après avoir relaté la fondation de plusieurs ateliers et fabriques en l'an 1901, s'exprime comme suit à cet égard (p. 183): «Sans pouvoir dès aujourd'hui prédire la fin absolue et prochaine de l'ancien mode de fabrication, on peut cependant dire qu'il cède peu à peu la place à la fabrique et que l'avenir est à ceux qui sauront adapter à la production des montres les procédés mécaniques les plus perfectionnés. Cette nécessité ne comporte pas obligatoirement l'agglomération de centaines d'ouvriers dans de grands établissements, comme c'était le cas alors que l'eau ou la vapeur étaient les seules forces mises à la disposition de l'industrie. Aujourd'hui, l'énergie électrique est distribuée partout et permet la création de petits ateliers qui, bien outillés et bien dirigés, peuvent sinon remplacer la manufacture, du moins en préparer l'avènement et faciliter la période de transition dans les contrées où l'on est encore réfractaire à la notion de fabrique.»

H n'est cependant guère probable que le mouvement de concentration diminue de nouveau en faveur de la décentralisation. Quand le monde ouvrier s'oppose par trop à la fondation des fabriques, on voit celles-ci s'élever en dehors des limites où l'industrie horlogère était localisée.

C'est pourquoi les nouveaux postes avancés du côté du nord-est accusent, pour le travail en fabrique, une proportion plus forte que ce n'est le cas dans les anciens centres de cette industrie. Le canton de Berne compte 9997 ouvriers horlogers travaillant en fabrique, celui de Soleure en a 3754, tandis que celui de Neuchâtel n'en a que 6498, celui de Vaud 927 et celui de Genève 1131.

Le recensement du l«r décembre 1888 nous apprend que 44,147 personnes se vouaient alors à l'industrie horlogère. Plus des Va appartenaient au sexe masculin; 28,000 horlogers étaient occupés dans les petits ateliers ou travaillaient à domicile. Depuis lors, la production de l'horlogerie suisse a plus que doublé. En 1888, 15,000 ouvriers travaillaient en fabrique; la statistique des fabriques en mentionne 24,000 en 1901. Pour d'autres détails, il est nécessaire d'attendre les résultats de la statistique professionnelle du 1er décembre 1900. Pris dans leur ensemble, ces deux derniers recensements nous montreront l'industrie horlogère arrivée à une apogée provisoire.

La partie essentielle de la montre, le mouvement, soit « le blanc », est tiré, de nos jours, presque exclusivement des fabriques. Il faut cependant faire une exception pour ceux des montres de luxe, ceux de la Vallée de Joux par exemple. Mais il est des branches de l'horlogerie qui n'ont pas encore été accaparées par l'exploitation mécanique des fabriques et qui se ; poursuivent toujours dans des ateliers spéciaux qui cependant ; peuvent être réunis à des fabriques. Dans cette catégorie, ; citons la fabrication des aiguilles, celle des cadrans, des ressorts, des boîtes or, le polissage, le perçage et le finissage des vis, le sertissage, le remontage, le réglage, l'oxydage et le dorage. Une bonne partie de ces travaux sont dévolus aux femmes. Le remontage, confié exclusivement aux hommes, est exécuté en fabrique, pour faciliter le travail du visiteur. Enfin, toutes les parties qui, comme la décoration par la ciselure, la gravure, la peinture sur émail, les pierres précieuses, etc., exigent le concours de l'intelligence, du senti-

ment esthétique et de l'habileté technique sont également restées en dehors de l'exploitation mécanique.

Du reste, dans les familles et dans les petits ateliers, on ne s'occupe plus guère que du terminage, du finissage ou de spécialités accessoires. Ces ouvriers sont tantôt des planteurs d'échappements qui se procurent les assortiments (ancre et roue d'échappement) dans les fabriques, et les fixent, de même que le balancier, dans l'ébauche, soit des pierristes, sertisseurs, emboîteurs, doreurs,fabricants de cadrans, émailleurs^ poseurs de glaces, monteurs de boîtes, polisseurs, graveurs, guiUocheurs ou encore remonteurs, repasseurs, régleurs, etc.

Selon le verdict du jury de l'Exposition universelle de Paris en 1900, la Suisse occupe le premier rang pour la taille des pierres fines, pour les spiraux, les cadrans et les aiguilles, et elle a accompli des progrès remarquables dans la fabrication des boîtes. En outre, tout ce qui concerne le travail artistique et de précision reste aujourd'hui encore du domaine de la main-d'œuvre et de l'établissage. Tel est le cas surtout pour les pièces de précision extrême.

L'établisseur n'est plus, comme autrefois, le patron d'un nombre plus ou moins grand d'ouvriers travaillant à domicile; il devient déplus en plus assembleur, achetant, groupant, concentrant les ébauches et accessoires que les fabriques et les ateliers lui fournissent selon sa convenance. Et même l'ouvrier à domicile se transforme de plus en plus en assembleur, finisseur ou artiste.

Quant aux diverses branches principales du travail manuel, il y a lieu de faire remarquer ce qui suit:

1^ Les aiguilles se font toujours encore à la main. Chaque fabrique produisant ses genres spéciaux de montres, il serait onéreux de monter un atelier pour la seule fabrication des aiguilles, aussi cette partie-là est-elle abandonnée à des établissements spéciaux.

2^ Chaux-de-Fonds a la spécialité des boîtes or; 70 à 75 7o d^s poinçonnements de ce genre se font sur cette place. Les Etats-Unis, avec leur boîtes or-électro, d'un titre ex-

cessivement faible, ont, par intervalles, fait une concurrence préjudiciable à cette partie.

3® La taille des pierres pour montres est pratiquée dans le canton de Vaud, principalement à Lucens et dans la Vallée. Nous tirons les grenats bruts, dits « rubis », surtout de TAsie orientale et de Bohême. Les exportations de ces articles en état égrisé se sont élevées, en 1902, à 2,4 millions de francs.

49 Plusieurs usines du Val de Travers, occupant de 300 à 400 ouvriers, s'adonnent à la fabrication d'outils d'horlogerie. Elles exportent annuellement pour 600,000 à 700,000 fr., mais elles sont enbu tte, d ans notre propre pays, à la concurrence de l'Allemagne et à celle des Etats-Unis. — Les machines dont l'industrie horlogère dispose aujourd'hui travaillent avec une telle exactitude qu'il n'est plus nécessaire de retoucher les produits, comme c'était le cas précédemment. Leur bienfacture est même supérieure à celle des objets sortant d'une main habile. En effet, le travail en parties brisées est exécuté par des douzaines de machines spéciales pour chaque petite partie, de sorte que la production mécanique se décompose dans la fabrique, comme précédemment dans la main-d'œuvre, en ses éléments les plus primitifs. De plus, comme il a été rappelé ci-dessus, l'interchangeabilité absolue des diverses parties et des outils constitue une facilité considérable. Ces progrès de la mécanique permettent de dire que le travail des faT)riques s'exécute actuellement avec un outillage en quelque sorte intelligent et scientifique.

5® Si les mouvements ordinaires faits à la main sont surpassés par ceux qui sortent de la machine, il n'en est pas de même pour les pièces de précision les plus perfectionnées, lies chronomètres et les montres de précision de dames, pour .lesquels le travail à la main est non seulement plus efficace, jmais assurément indispensable.

Les progrès les plus importants concernant la précision des appareils destinés à mesurer le temps ont été marqués, d'abord, par la construction de grands chronomètres de marine, exécutés d'après les principes que Ferdinand Ber-

thoud, de Plancemont près Couvet (1727 à 1807), exposa dans ses écrits (émigré à Paris en 1745, Berthoud y parvint à une position élevée). Jacques-Frédéric Houriet (1743 à 1830) et plus tard Henri Orandjean mirent en pratique les théories de Berthoud. Les principaux perfectionnements apportés au chronomètre de poche sont dus à Jules Jnrgensen qui, comme Houriet et Grandjean, était originaire du Locle. De nos jours encore, les appareils de précision du Locle et ceux de Fleurier sont, avec ceux de Genève, les plus renommés. Les observatoires cantonaux de Neuchâtel et de Genève contrôlent minutieusement la marche de ces instruments et établissent, pour chacun d'eux, un bulletin conforme aux observations. Les exportations de montres à répétition, de chronographes et de chronomètres de marine se sont élevées, en 1901 et 1902, à 1,7 million de francs. Pour cette spécialité, la Suisse peut également revendiquer le premier rang.

On a pu constater, lors de la dernière exposition universelle de Paris, que l'habilité technique manuelle avait su étendre son cercle d'activité par ses produits variés et de bon goût, destinés aux pays les plus divers, et parmi lesquels brille toujours la minuscule montre de dame.

Les écoles d'horlogerie suisses sont, pour la plupart, communales, mais elles jouissent de subventions cantonales et fédérales. Celle de Genève date dé 1824, celle de Fleurier de 1851, celle de Chaux-de-Fonds de 1865, celle de St-Imier de 1866, ceUe du Locle de 1871. Neuchâtel (1871), Bienne (1876), Porrentruy (1884) et Soleure (1885) en possèdent également. La gravure, la ciselure, la peinture su rémail, etc., sont enseignées dans les écoles professionnelles de Genève (fondée en 1877), de Chaux-de-Fonds (1870), du Locle et de Neuchâtel.

La fabrication des pièces à musique pratiquée à Sainte- Croix, dans le Jura vaudois, a plus d'un point de contact avec l'horlogerie. Genève en fut le point de départ comme elle fut la source de l'horlogerie soignée de la Vallée (voir Wartmann : Industrie und Handel der Schweis im XIX. Jh,,

p. 56). Au début, tout le secret de cette industrie consistait en un mouvement d'horlogerie combiné avec un mécanisme à musique des plus simples. Cette branche d'activité ne tarda pas à conquérir son indépendance, grâce aux nombreuses applications que Ton sut faire de ces deux éléments, soit dans la bijouterie, soit dans les procédés aussi ingénieux que variés que Ton inventa pour habiller l'appareil. On fabriquait des pièces à musique aussi bien à Genève qu'à Ste-Croix; cette dernière localité est citée dès 1811 pour ce genre de produits dont la vente procura bientôt l'aisance à toute la population de la contrée et dont la fabrication occupa un nombre toujours plus grand de bras. Jusqu'en 1893 et en 1895, les exportations annuelles des pièces à musique dépassaient 3 millions de francs; maintenant, elles atteignent à peine 27^ millions (2„8 millions seulement en 1902). Le recul affecte aussi bien Ste-Croix que Genève. La même cause qui avait mis en danger l'industrie horlogère en Suisse à fait péricliter l'industrie des pièces à musique . à Genève et à Ste-Croix: l'obstination des fabricants à ne pas vouloir, comme leurs concurrents, recourir aux procédés mécaniques qui permettent, à l'aide de rubans de papier ou de métal, de reproduire des morceaux de musique à un prix excessivement réduit. Depuis 1898, la fabrication des phonographes est venue se greffer sur celle des boîtes à musique.

Nous avons déjà eu l'occasion de mentionner la prospérité de la bijouterie et de l'orfèvrerie genevoises à propos des débuts de l'horlogerie. Vers le milieu du XIX^ siècle, la fabrication des chaînes or et plus tard la taille des pierres fines vinrent étendre avantageusement le cercle d'activité de l'antique industrie de la ville du Léman. De grands efforts souvent couronnés de succès ont été faits à Genève dans le courant du siècle dernier pour imiter les maîtres français. La concurrence de l'Italie et de l'Allemagne, surtout pour les articles courants et légers, fut cependant très vive. Genève sut conserver sa supériorité pour les marchandises de qualité moyenne exécutées avec goût.

En 1834, 300 ouvriers bijoutiers étaient occupés à Oenève dans 50 ateliers; en 1867, après Tintroduction de la fabrication de la chaîne or, on comptait 479 ouvriers et 40 ateliers. Le développement ne s'est pas arrêté là: le nombre des ouvriers et des patrons s'élevait à 1022 en 1888, mais, en 1896, il était tombé à 753 (dont 95 patrons ou ouvriers indépendants) se répartissant de la manière suivante: lapidaires 307 (patrons ou ouvriers indépendants 14), bijoutiers 296 (50), joailliers 62 (5), peintres d'émaux 35 (6), orfèvres 23 (10), tailleurs de diamants 23 (3), autres tailleurs de pierres fines 7. On estime qu'il y a aujourd'hui plus de 600 ouvriers occupés dans ces différentes branches. En revanche, l'industrie concurrente de Pforzheim a vu le nombre de ses ouvriers passer de 9 à 10,000 en 1890, à 15 ou 16,000 en 1900/1901.

Il est bon de faire remarquer qu'à Genève on ne vise pas exclusivement au bon marché de la marchandise allemande, on marche plutôt dans la voie de l'industrie française, qui est supérieure comme goût et comme qualité, et l'on s'applique à emprunter à l'art nouveau ce qu'il a de meilleur, sans tomber dans les extravagances de certains innovateurs.

Les exportations déclarées de la bijouterie et de l'orfèvrerie de Genève s'élèvent annuellement à une valeur de 7 à 8 millions de francs, et l'on pense que les exportations personnelles non déclarées, faites par les représentants de maisons étrangères, et la vente directe aux hôtes en séjour (chaînes et parures en or et pierres fines, etc.) se chiffrent par plusieurs millions de francs. Nos importations déclarées de bijouterie (1902: 7,3 millions de francs) se composent principalement d'articles en argent provenant de France ou d'Allemagne. L'exportation totale de ces produits doit être évaluée aux Vio de la production.

Pour le reste de la Suisse c'est depuis longtemps Schaffhouse qui l'emporte en matière d'orfèvrerie sur Lucerne et les trois villes principales de la Suisse allemande. L'on y trouve trois usines occupant 150 ouvriers.

Les lois de 1880 et de 1886 sur le contrôle, pour le moment encore facultatif, des matières d'or et d'argent et sur la vente des déchets de métaux précieux ont exercé une influence salutaire sur Thorlogerie et la bijouterie en général.

YI. Industrie du fer et construction de machines.

De même qu'à Bâle et à St-Gall, l'industrie de la construction des machines n'était primitivement à Zurich qu'une branche accessoire de l'industrie textile. On chercha d'abord à se rendre indépendant de l'Angleterre d'où nous tirions tous nos métiers mécaniques (1807). Bientôt on se mit à la construction d'autres machines, et aujourd'hui, il n'y a guère de branche de la mécanique ou de la construction technique qui ne soit pratiquée avec succès en Suisse. L'Ecole polytechnique fédérale à Zurich, les technicums de Winterthour, Bienne, Berthoud, Genève et Fribourg, de même que de nombreuses écoles professionnelles peuvent revendiquer l'honneur d'avoir provoqué ce développement si réjouissant. L'industrie de la construction des machines prend le rang de cinquième grande puissance dans les industries de la Suisse. Ses exportations se sont élevées: en 1898, à 38,5 millions, en 1899, à 45,2, en 1900, à 49,5, en 1901, à 47,^4, en 1902, à 46,97 millions de francs, ce qui, du reste, ne constitue pas entièrement la moitié de sa production totale. L'extension qu'a prise cette industrie depuis 1892 a suivi une marche parallèle aux progrès réalisés dans les domaines de l'hydraulique et de l'électricité. Consulter à cet égard le tableau suivant, exprimant les valeurs en millions de francs.

Exportation totale Augmentation

dont:

Machines à vapeur,

tnrbines, etc. . 7,7 16„ 17,o, 16,,,

Dynamos .... 1„ 12„ 13„, 10„5

= 66 B/o de l'augmentatioi

i totale.

Mais les importations ont suivi une marche ascendante proportionnelle; de 16,8 millions de francs en 1892, elles ont progressé à 41,5 millions en 1899 (1900: 36,8; 1901: 26,3). Dans cette somme sont comprises pour 7,8 millions (1900: 6,9; 1901: 4,7) de parties de machines dégrossies^ qui, une fois terminées, sont pour la plupart réexportées.

L'exportation totale de 19(X) se monte à 49 Va millions de francs (en 1901 et 1902 à 47 millions) se répartissant^ selon les débouchés, de la manière suivante: Allemagne, environ IIV2 millions, France 973, Italie et Eussie chacune environ 8 millions. Si TAUemagne vient en tête pour les exportations, elle occupe le même rang pour les importations (25 millions sur un total de 37 millions).

L'industrie de la construction des machines n'est pas restée confinée dans ses anciens foyers, Zurich, Winterthour et Ruti (abstraction faite de St-Gall et de Bâie dont il a été fait mention plus haut). On fabrique des dynamos à Baden et à Genève, des machines à vapeur et des turbines à Baden, à Kriens, etc., des machines agricoles à Frauenfeld^ Schaflfhouse etBerthoud, des machines pour la fabrication de la pâte de bois et du papier à Kriens, des machines à tricoter à Couvet, etc.

Dans beaucoup d'usines on fabrique des objets et ustensiles en fer se rattachant, d'après leur nature, à la grosse mécanique ou à l'industrie des machines. Citons, outre les établissements métallurgiques de L. v. RoU dans le Jura bernois et le Jura soleurois (siège à Gerlafingen, succursale à Berne), les fabriques de Zoug, Sursee, Schaffhouse et Neuhausen, Brougg et Aarau, Delémont, Sienne, Vallorbe et enfin les usines v. Moos à Emmenweid près de Lucerne. 1j industrie du cuivre est représentée par les usines de Kriens (parties de machines, etc.), de Eeconvillier (parties de montres, etc.) et de Domach. Les ateliers de mécanique de précision à Schaflfhouse, Zurich, Aarau, Bâle, Neuchâtel et Genève exportent annuellement pour 3 millions de produits. Dans la Suisse française, la fine mécanique est intimement

liée à rindustrie prédominante, à Thorlogerie. Partout où rindustrie de Télectricité s'est implantée, la fine mécanique a pris un nouvel essor que la propagation de la photographie a encore contribué à renforcer dans une certaine mesure. Baie fabrique des lentilles et des appareils d'optique que Ton exporte dans le monde entier.

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