C. Autres branches d'activité industrielle
Il y a en Suisse, outre les deux puissants embranchements des industries textile et métallurgique, un nombre considérable de branches de production de deuxième et de troisième ordre. L'industrie des substances alimentaires (comestibles, boissons, tabac) vient en premier lieu, puis viennent celles du cuir, du bois, des pierres et des argiles, et enfin celle des matières et produits chimiques.
yn. Industrie des substances alimentaires.
(Comestibles, boissons, tabacs.)
Dans le chapitre de l'agriculture, nous avons déjà parlé des produits de l'industrie laitière. Après celle-ci, l'industrie de la bière et ceUe du tabac méritent, grâce à l'importance qu'elles ont acquise, d'être abordées en premier lieu. Ces deux industries travaillent presque exclusivement pour les besoins de la consommation indigène.
Les brasseries suisses sont aujourd'hui encore au nombre de 240, avec une production annuelle de plus de 2 millions d'hectolitres, représentant une valeur de 40 millions de francs. La plus grande partie de la production sort des 17 brasseries de premier ordre de Eheinfelden, BâJe, Zurich, Luceme, St-GaU, Fribourg et Genève. Quelques-uns de ces établissements produisent plus de 100,000 hl par année. A la longue, les brasseries de peu d'importance ne pourront soutenir la concurrence de ces colosses; elles succomberont inévitablement.
A la production indigène vient s'ajouter une importation de 85,000 hl, d'une valeur de 2,^5 millions, provenant presque entièrement de Munich. Notre exportation (20 à 25,000 hl = V2 à V4 million) est paralysée par les barrières douanières de nos voisins. Il n'y a guère que Genève qui expédie régulièrement une partie de ses produits dans la zone franche du pays de Gex et de la Haute-Savoie (1900: 21,200 hl = 617,000 fr.).
Les brasseries suisses tirent de l'étranger presque toutes les matières dont elles ont besoin (orge, malt, houblon: 1898, pour environ 17 V4 millions; 1901 et 1902, 14 millions), et les malteries indigènes souffrent de la concurrence autrichienne.
L'industrie du tabac est surtout répandue dans la Suisse française et dans le canton du Tessin. Les fabriques les plus importantes se trouvent à Payeme, à Grandson et à Vevey dans le canton de Vaud, à Boncourt dans le Jura bernois; dans la Suisse allemande, il y en a à Menziken, Reinach, Rheinfelden et Bâle. Le canton du Tessin a des fabriques à Brissago, Lugano, Mendrisio et Chiasso. Les fabriques suisses mettent en œuvre non seulement toute la production indigène s'élevant à 12,375 q, mais encore 65,000 q de tabac brut étranger (1902 : 70,553 q), qu'elles payent de 7 à 8 millions de francs. Brème est notre principal entrepôt pour l'importation des tabacs. Ceux-ci proviennent, la moitié des Etats-Unis (Kentucky, etc.), le reste du Brésil, de Java, de l'Amérique centrale et, enfin, d'autres Etats européens.
Avec ces feuilles de provenances si diverses^ l'industrie suisse fabrique environ 35,000 q de cigares et tabacs d'une valeur de 22 millions de francs. 3000 à 3500 q, estimés à 3 millions, sont destinés à l'exportation. Mais nous importons encore 2000 q (pour 2 millions de francs) de cigares et tabacs fins. Avec la Hollande (3,4 kg par tête de population), les Etats-Unis (2,55 kg) et la Belgique (2,^5 kg), la Suisse (2,2 kg) est un des Etats où l'on fume le plus.
La meunerie travaille aussi essentiellement pour notre propre marché. H en est de même des fabriques de conserves
Oeerlng et Hots, Economie politi<iiie de la Suisse. 6
de Saxon et de Lenzbourg (fruits et légumes), de Rorschach (conserves pour Tarmée), des fabriques de succédanés du café, de celles de vermout et de liqueurs de Genève et du Val de Travers (transformation de Talcool du monopole en absinthe, bitters, etc.). La fabrique de conserves de potages de Maggi à Kemptthal fait exception. Mais, vu sa grande exportation, elle à été contrainte, par les droits protecteurs de l'Allemagne et de la France, d'établir des succursales à Singen et à Paris pour conserver le débouché de ces pays. Les fabriques de confiserie de Oenève et Versoix et celles de chocolat de Serrières, Locle, Lausanne, Vevey, Broc et Pérolles (Fribourg), Berne, Aarau, Zurich, St-Gall, Coire, se livrent aussi à une exportation intense. Voir le tableau ci-dessous pour ce groupe d'industries.
fr. ÎT. fr. fr. fr.
Articles Maggi 2^549,000 884,000 599,000 697,000 739,000
Bonbons de Genève 936,000 l'020,000 l'204,000 l'295,000 1*363,000
Chocolat, etc. 6'271,000 8*389,000 10'847,000 15*513,000 19'537,000
Vm. Autres industries.
a) Cuir et caoutchouc. Il est naturel que la tannerie ait une grande importance dans un pays riche en bêtes à cornes comme la Suisse. A Lausanne et à Aarbourg, on prépare le cuir à empeignes, à Baie et dans la Suisse centrale le cuir pour semelles. L'exportation annuelle varie de IV2 à 2 millions; Timportation s'élève à 16 millions (1902: I8V4 millions). La cordonnerie suisse et nos nombreuses fabriques de chaussures, telles que celles de Schœnenwerd, Olten, Winterthour, Bruttisellen, Kreuzlingen, Porrentruy, etc., mettent tout ce matériel en œuvre; leurs exportations annuelles s'élèvent à environ 8 millions de francs (673 seulement en 1902).
En relation directe avec la fabrication des chaussures, la confection de tissus élastiques s'est implantée à Schœnenwerd et dans les cantons d'Argovie, de Zurich et de Thur-
go vie, mais Texportation de ce produit est tombée de 2V2 millions de francs en 1898 à 1,3 millions en 1902.
b) Bois. La mise en œuvre du bois occupe en Suisse, dans ses différentes branches (la charpenterie, la parquetterie, la menuiserie et la fabrication des meubles) environ 40,000 ouvriers, dont 14,474 étaient soumis à la loi sur les fabriques en 1901. Il n'est cependant pas possible d'estimer le produit de cette industrie par des chiffres. Deux spécialités de cette branche se sont élevées au rang d'industries. C'est d'abord la sculpture sur bois, pratiquée dans l'Oberland bernois. L'école de sculpture de Brienz est subventionnée par l'Etat qui encourage aussi la participation de cette industrie aux expositions universelles. Malgré cela, l'exportation n'atteint que la modeste somme de V2 à V4 million (1902: 609,000 fr.). Bien que la mode ne soit plus très favorable à cette industrie, on peut admettre que les achats des touristes atteignent un chiffre à peu près égal à celui de l'exportation. En outre, les sculpteurs de l'Oberland fournissent aux fabricants de meubles des motifs de décoration qui portent leur production totale à environ 2 millions de francs.
c) La fabrication de la pâte de bois et celle du papier sont plus importantes. La première s'est d'abord acclimatée dans les cluses du Jura (fabrication mécanique de la pâte de bois), puis dans la Suisse orientale (Augst, Grellingue, Balsthal, Delémont, Courtelary, Rondchâtel, Framont, Saint- Sulpice^ Bellerive; Cham, Lachen, Landquart, Bischofszell, Dubendorf). Actuellement, presque toutes les fabriques de papier produisent elles-mêmes leur pâte de bois.
Il y a 15 ans, la Suisse exportait encore annuellement (principalement en France) pour environ 2 millions de francs de pâte de bois humide. Le prix de plus en plus élevé du bois en Suisse et la concurrence intense de la Scandinavie ont beaucoup diminué la vente de ce produit. En compensation, l'exportation de cellulose croît rapidement depuis 1889. On obtient ce produit à l'état sec en réduisant chimiquement les fibres du bois. Sous cette forme, la cellulose
fr.
présente des avantages (diminution de frais) à Texportateur (fabriques à Augst et à Attisholz). En 1899, rexportation a cependant subi une forte diminution. Le tableau suivant nous renseigne à cet égard.
Pâte de bois Cellulose
(humide; production mécanique) (sèche; production chimique)
fr. 4,000
On estime la production annuelle des fabriques suisses de papier à 10 ou 12 millions. Les établissements de Biberist fournissent, avec leurs succursales, le quart de la production indigène. Parmi les principaux centres de Tindustrie du papier, citons encore Bâle où fut fondée, vers 1435, lors du Concile, la première fabrique de papier en Suisse, puis Perlen (Lucerne) et Zurich.
La production indigène est complétée par une forte importation de papier (1901 : 3,| millions) et d'articles en papier (4,8 millions). En règle générale, notre exportation se limite à IV2 millions; en 1900 et en 1902, elle a atteint 2,^ millions et en 1901, 1,8 millions.
Nous avons terminé le chapitre n de cet ouvrage par un aperçu sur les terres et pierres industrielles , telles que la chaux, les ciments, les argiles, le verre, et nous avons fait mention de Vindustrie bâloise des couleurs sous le chiffre III du présent chapitre. La place importante que prend cette branche dans les industries chimiques de la Suisse nous engage à y revenir.
d) L'industrie bâloise des couleurs a débuté en 1856 par Textraction des principes tinctoriaux des bois de campêche et plus tard de celle du sumac. Dès 1860, la fabrication des couleurs d'aniline lui donna un grand essor. Entre
fr. 16'437,000
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temps, on s'adonna aussi, à partir de 1880, à la fabrication d'alizarine artificielle. Enfin, grâce en partie à la propagation de rinfluenza, une industrie chimique de produits pharmaceutiques a pris naissance à Bâle et y a acquis une certaine importance. Elle produit surtout de Tantipyrine et des antiseptiques. Nous donnons ci-après le tableau des exportations de ces industries.
Couleurs d'aniline .
Extraits de bois de
campêche et des
feuilles de sumac Antîpyrine et produits
similaires . . .
Autres préparations
pharmaceutiques .
Totaux fr. 21'480,000 20'448,000 20'235,000 22158,000
Une nouvelle ère de prospérité semble s'ouvrir pour cette industrie bâloise par la découverte d'un procédé spécial de fabrication de Tindigo artificiel.
La guerre de tarifs avec la France a poussé la Suisse à s'affranchir du privilège que possédait Marseille de rapprovisionner en savons. La concurrence anglaise s'est établie à demeure sur notre territoire (Olten), et aujourd'hui la Suisse pourvoit elle-même à la plus grande partie de ses besoins quant à cet article.
Nous ne faisons que citer en passant quelques industries secondaires de technique chimique, telles que celles de la fabrication de la colle et de la gélatine (exportation annuelle: environ 900,000 fr.), celles de Vamidon et de la dextrine, des vernis et des laques, de Vencre d'imprimerie, des graisses pour voitures, du cirage, etc.
Par suite de la promulgation d'une loi fédérale, la fabrication des allumettes au phosphore jaune de ,1a vallée de Frutigen a dû être transformée, et l'on se sert maintenant de chlorate de potasse, qui n'offre pas de danger.
Jusqu'à nos jours, la Suisse s'est vue dans l'obligation d'avoir recours à l'industrie étrangère pour tous les nom-
breux produits composés de sels et diacides chimiques. Ici encore le manque de houille indigène et les grands frais de transport entrent en ligne de compte. Pendant longtemps la fabrique d'Uetikon fut la seule à représenter ces produits (acide sulfurique pour engrais). On les fabrique maintenant en grand à Bâle.
Du reste, une modification importante est en train de se réaliser dans ce domaine. Les forces motrices de Teau mises au service de Télectro-chimie et de Télectro-mécanique favorisent Téclosion de tout un groupe d'industries suisses dont la fabrication de la pâte de papier et celle de la dynamite (Brigue) ne furent que les précurseurs.
e) Le groupe des industries électro-chimiques comprend aujourd'hui la fabrication de l'aluminium, celle du chlorate de potasse, celle du carbure de calcium, celle du chlorure de chaux et celle de la soude caustique.
La fabrication de l'aluminium par l'électrolyse de l'argile a été introduite en Suisse (Neuhausen) en 1889. La production annuelle, primitivement de 40,000 kg, est montée à 800,000 kg en 1898, et, jusqu'à l'ouverture des usines du Niagara, la Suisse a réglé le marché de ce métal, ce qui n'est pas sans offrir un contraste singulier quand on songe à la pauvreté de notre pays pour tous les autres métaux. Depuis cette époque, la production suisse de l'aluminium a été distancée par les progrès rapides de la production américaine (3'243,000kg) et de la production française (1 '500,000 kg) en 1900, auxquelles il faut encore ajouter, depuis 1899, celle de la succursale allemande de Neuhausen, établie à Rheinfeldenbadois. Cependant, Neuhausen et ses succursales de Rheinf elden badois et de Lend-Gastein, produisant annuellement 27^ millions de kg, prennent ainsi rang immédiatement après les Etats-Unis. En fait de produit secondaire, ces usines fournissent de grandes quantités de sodium.
Deux ans après la fondation de la fabrique d'aluminium de Neuhausen, une société française établit, à Vallorbe, une fabrique pour la production en grand du chlorate de
potasse. Depuis 1895, une nouvelle entreprise de ce genre fonctionne à Turgi. Quant aux fg^tbriques de carbure de calcium, elles surgissent à Tenvi; il en existe à Rheinfelden badois, Luterbach, Thusis, Gampel (Gurtnellen). Dès le début, la ville de Genève s'est distinguée dans ces nouvelles industries. Les forces motrices du Rhône et de TArve actionnent deux puissantes turbines qui mettent des forces considérables à la disposition de Tindustrie. Outre le carbure de calcium, on produit à Genève du chlorure de chaux et de la soude caustique. Ces dernières industries sont aussi florissantes à Monthey.
Les exportations de la Suisse, pour les industries dont nous venons de parler, se sont élevées, en milliers de francs :
Aluminium Chlorate Carbure Chlorure Soude de potasse de calcium de chaux caustique
La Suisse se trouve au début* d'une période de grand développement industriel, pour lequel elle est relativement mieux armée que nimporte quel autre pays de l'Europe, du moins en ce qui concerne les forces motrices dont l'industrie a besoin. C'est là une compensation avantageuse pour sa pauvreté absolue en matières premières et accessoires. Espérons qu'elle pourra, dans un avenir prochain, cesser en quelque mesure d'être tributaire de l'étranger pour la houille et qu'elle pourra, utiliser la force électrique pour la traction des chemins de fer.