CHAPITRE V
Commerce.
Importance de la Suisse au point de vue du commerce. La Suisse achète annuellement à Tétranger pour plus d'un maiiard de marchandises (1899: 1160 millions; 1900: 1111; 1901: 1050; 1902: 1128 Va), ce qui donne une moyenne de 325 à 350 fr. par tête de population; elle expédie chaque année au dehors pour 800 à 900 millions de produits (1899: 796 miUions; 1900 et 1901: 836, 1902: 874,3), soit pour 240 à 260 fr. par habitant.
Aucun pays n'égale la Suisse dans ce domaine. Si les statistiques commerciales des Pays-Bas accusent des chiffres plus élevés, c'est parce qu'on y prend en considération non seulement le montant des importations destinées à la consommation indigène, mais encore une bonne partie du transit et du commerce intermédiaire, très important aux Pays-Bas, et les métaux précieux monnayés, chiffres que la statistique suisse élimine du commerce spécial pour les attribuer au commerce effectif ou général. Cette observation peut s'appliquer partiellement à la Belgique et à l'Angleterre (les chiffres commerciaux de ces pays se rapprochent le plus des nôtres), à la France et à beaucoup d'autres Etats. L'Autriche-Hongrie et, en partie, l'Allemagne sont les seuls Etats qui, jusqu'ici, aient adopté la même base que nous pour ces calculs. En 1899, le chiffre d'affaires par tête de population est le suivant pour les principaux Etats de
l'Europe se livrant au commerce et pour les Etats-Unis de TAmérique du Nord:
fr.
fr.
fr.
Pays-Bas .
Canada .
Espagne . . . . 105Vt
Belgique .
Suède . .
Italie 92
Suisse . .
AUemagne
Autriche - Hongrie 82
Grande -Breta
gne 537
France .
Eoumanie ... 82
Danemark ... 489 Etats-Unis . 163 Russie .... 41
Même en ne tenant compte que des chiflfres absolus, on constate que seuls TAngleterre, TAUemagne, les Etats- Unis, la France, la Hollande, la Belgique, P Autriche-Hongrie, la Eussie et Tltalie dépassent la Suisse, tandis que l'Espagne, avec une population six fois plus forte que la nôtre, et tous les autres pays restent bien en arrière.
Du reste, l'économie politique de notre petit pays continental est plus intimement liée au marché universel que celle de n'importe quel autre Etat. Si, d'une part, nous tirons du dehors près de la moitié de nos moyens de subsistance, nous expédions, d'autre part, le tiers de notre production totale à l'étranger. Ces proportions-là ne se retrouvent nulle part ailleurs. Dans tous les autres Etats, la production absorbée par le marché indigène dépasse de 10 à 20 fois l'importation des marchandises étrangères. Notre commerce extérieur étant relativement beaucoup plus développé que ce n'est le cas dans les autres pays, doit aussi être tout particulièrement pris en considération, si l'on veut se faire une idée générale exacte des fluctuations de la situation économique de la Suisse.
Bilan commercial. L'influence de notre grand commerce extérieur est surtout importante en ce qui concerne notre bilan commercial. La prédominance croissante des importations sur les exportations et la chute du cours qui subsista depuis 1894 jusque vers le milieu de 1900, méritent une attention spéciale. Par suite de la crise économique des dernières années, le cours subit de nouveau quelques fluctuations. Consulter à cet égard le tableau suivant:
Déficit
Cours du
change
Importations
Exporta tions
absolu
en ^/q des
à vue sur
la France
importations
moyenne
maximum
(millions de francs)
ioo,„
ioo,„
ioo,„
ioo,„
— 836 Va
En temps ordinaire, la différence entre les importations et les exportations est couverte par l'industrie des étrangers, par les intérêts de valeurs étrangères, par le bénéfice que réalisent certaines entreprises suisses au dehors, par des transactions de valeurs et par les innombrables petites ressources plus ou moins connues dont dispose l'économie nationale suisse. Parmi les causes qui ont contribué à accentuer cette différence d'une façon anormale de 1895 à 1901, il faut citer le fait que la Suisse a profité dans une large mesure des conjonctures favorables que présentait le marché universel, et cette autre circonstance que de grands capitaux furent absorbés par l'établissement de forces hydrauliques. Ces sacrifices ont déjà porté leurs fruits, ce que prouve entre autres la marche ascendante des exportations, qui se sont élevées de 621 millions de francs en 1894 à 874 millions en 1902.
3. Causes de Vimportance du commerce de la Suisse. Le grand développement du commerce suisse s'explique tout d'abord par l'activité et l'énergie industrielles et commerciales extraordinaires de notre peuple, qualités qui se sont développées et fortifiées graduellement depuis des siècles. Outre cette cause subjective, il en est d'autres.
objectives, qui découlent de la situation et des conditions spéciales dans lesquelles se trouve notre pays.
a) Comme nous Tavons vu dans les chapitres II et III, la Suisse n'a pas à sa disposition, chez elle, les matières premières nécessaires à ses industries ; elle est donc tenue de se procurer, par voie d'importation, ce qui lui manque, comme, par exemple, la houille, le fer, des vivres, etc.
b) Nous avons été amenés, par notre situation continentale, à nous vouer à des industries d'articles précieux ou de luxe, soieries, broderies, horlogerie et bijouterie, chaussures, cigares, fromages, lait condensé, chocolat, nous permettant d'exercer une influence décisive sur le marché universel. A elles seules, les trois premières de ces industries ne contribuent pas peu à élever le chiffre de nos exportations, grâce surtout à la haute valeur de leurs produits (importations annuelles des matières : de 200 à 300 millions; exportations: de 300 à 400 millions).
c) Cette situation industrielle un peu exclusive a son revers. Absorbés par nos spécialités, nous négligeons la production d'articles d'un usage journalier, et nous sommes ainsi tenus de recourir à l'étranger. C'est le cas pour de nombreux articles courants de fer, de laine, de lin, etc., et surtout pour les modes et nouveautés, pour lesquelles les clients exigent toujours un assortiment complet, pour les productions littéraires et pour beaucoup d'autres. Ainsi, notre marché restreint et notre production un peu exclusive nous forceront toujours à faire une partie de nos achats au dehors.
4. Caractéristique des importations et des exportations. Au point de vue économique, il importe plus de tenir compte de l'importance des différents facteurs que du chiffre total du commerce extérieur. Le tableau suivant nous renseigne à grands traits sur les importations et les exportations des matières premières, des produits manufacturés et des substances alimentaires. Les chiffres désignent des millions de francs.
Importations Exportations
Matières premières 390,, 458,5 448,, 415,7 85,o 92,^ 89„ 92,o Produits manufact. 343,» 372,« 361,, 327,; 547,4 616,^ 643,9 637,3 Substances aliment. 331,e 328,^ 301,^ 306,^ 91,4 87,3 ^0^,, 107,^
Totaux 1065,3 1160,o 1111,, 1050,o 723,^ 796,o 836,, 836,^
Comme il est facile de s'en convaincre, les importations de ces trois rubriques atteignent à peu près la même somme; elles sont un peu plus fortes pour les matières premières. Il n'en est pas de même pour les exportations où les produits manufacturés représentent plus des trois quarts de la somme totale. Si Ton ajoute à ceux-ci les substances alimentaires qui, en réalité, sont aussi des produits industriels (fromages, lait condensé, chocolat, boissons, etc.), on trouve que les produits manufacturés constituent le 88 Vo de notre exportation totale. La Suisse est le seul pays où Ton constate une proportion pareille. La Grande-Bretagne ellemême, ce pays industriel par excellence, n'arrive pas à ce résultat. En 1892, les produits manufacturés (substances alimentaires préparées par l'industrie y comprises) constituaient le 75 Vo des exportations totales de l'Angleterre, le 73 Vo d^ celles de l'Allemagne, le 58 Vo de celles de la France et le 52 Vo de celles de la Belgique. Pour les autres pays, la proportion est encore bien inférieure.
Comparativement au chiffre de la population, c'est encore la Suisse qui vient en tête de tous les Etats pour les exportations de produits manufacturés. Elle en vend annuellement pour 184 fr. par tête de population, l'Angleterre pour 123 fr. (nous faisons abstraction des Pays-Bas qui en exportent pour 176 fr.), la Belgique pour 117 fr. Les autres Etats ne suivent que de loin: l'Allemagne en vend pour 57 V« fr., la France pour 55 fr., la Suède pour 35 fr., la Norvège pour 23 fr., l'Autriche et les Etats- Unis pour 17 fr. chacun. Ce n'est sans doute pas par un effet du hasard que les trois plus petits Etats de l'Europe centrale (Suisse, Pays-Bas, Belgique) et l'Angleterre
occupent les premiers rangs pour les exportations des produits industriels. Le fait que TAllemagne et la France, deux pays à peu près identiques quant à retendue et à la population, sont également à un niveau à peu près égal, tellement inférieur à celui de ces petits pays, moins indépendants au point de vue économique, n'est certes pas non plus un effet du hasard.
5. Importance économique des principaux articles d'exportation. Pour bien apprécier, au point de vue économique, les exportations des diverses branches de Tindustrie, il ne suffit pas de comparer leur valeur brute entre elles; il faut examiner, pour chaque cas en particulier, la part qu'il y a lieu de faire aux matières premières de provenance étrangère, et Timportance du travail auquel ont déjà été soumises les marchandises que nous achetons pour les transformer et les réexpédier; il faut enfin établir quelle part revient à notre production indigène, à notre propre travail. Il est évident que les fromages suisses, p. ex., produits exclusivement par Télève du bétail et le travail indigènes, ont pour la Suisse une importance économique plus grande que les soieries, pour lesquelles il faut déduire de 60 à 80 Vo; prix des matières premières dont bénéficient les pays producteurs (Extrême-Orient, Italie). Estimées ainsi à leur production réelle, nos industries d'exportation peuvent être classées de la manière suivante:
Montant brut des exportations en 1900
Part réelle afférente à la Suisse
Broderies . .
Horlogerie Fromages . .
Ëtoffes de soie Machines . .
Lait condensé Etoffes de coton Rubans de soie Couleurs . .
Chappe et cordonnet Soie moulinée et teinte FUs de coton . . .
119 V4 mill. de f r., dont 70% = ^% miU.defr.