‹ Économie politique de la Suisse (volume 2)Chapitre 24 sur 32 · IV · texte numérisé non relu

IV

= IÎV2 = 11 = 11

6. Importance différente de notre commerce selon les pays. Le mouvement de marchandises que nous entretenons avec d'autres pays doit être soumis à un examen analogue à celui auquel nous avons procédé pour les industries d'exportation. Lltalie nous fournit de la soie, du bétail de boucherie, du vin, de l'huile, des œufs et d'autres comestibles dont nous ne pouvons nous passer. Nous achetons ces éléments indispensables à notre économie nationale au dehors, parce que notre sol ne peut nous les fournir ou parce que l'exploitation de ces produits ne serait pas suffisamment rémunératrice chez nous. Ces importations-là doivent être jugées à un autre point de vue que celles qui nous arrivent d'Allemagne ou de France; à la faveur de mesures protectionnistes, ces puissances introduisent chez nous des produits manufacturés qui font une concurrence sensible à notre industrie. Notre déficit en marchandises dans nos relations commerciales avec l'Italie, l' Autriche-Hongrie, l'Espagne, etc., revêt donc un caractère tout différent de celui de notre commerce avec les grandes puissances industrielles.

Nous sommes tenus de faire la même distinction pour les diverses importations qui nous proviennent d'un seul et même pays. Ainsi, nous avons acheté, en 1900, pour 79 millions de francs de houille et de fer brut à l'Allemagne ; cette somme versée pour des produits que notre sol ne peut nous fournir, nous la considérons, au point de vue économique, d'une tout autre manière que les 70 millions que nous avons payés pour des produits de l'industrie textile allemande. Dans ce dernier cas, il est évident que nous avons favorisé nos voisins, car nous aurions pu, pour faire face à nos besoins, faire appel, du moins partiellement, à l'industrie indigène et au travail des ouvrières suisses.

Pour l'étude de nos relations commerciales avec les différents pays, nous avons adopté les divisions de la

Statistique du commerce de la Suisse qui distingue les substances alimentaires, les matières premières et les produits fabriqués (voir p. 96/97). C'est du reste à cet ouvrage (volume de Tannée 1900) que nous avons emprunté les données spéciales que nous reproduisons.

JBI^* A moins de remarque spéciale, les chiffres entre parenthèses sous la rubrique 7 indiquent, en millions de francs, le montant des importations, ceux de la rubrique 8 celui des exportations en 1900.

7. Pags de provenance de nos importations. De prime abord, nous sommes frappés de la prédominance de r-4/fe- /wa^/î^ dans nos importations ^e produits fabriqués. Ce pays nous livre plus de la moitié des productions industrielles que nous achetons au dehors, soit pour 193 millions de francs sur 361 millions. La France avec 63 millions et TAngleterre avec 45 V2 millions restent bien en arrière. Les principaux articles que nous achetons à l'Allemagne sont les objets en fer et les machines (44*/ç), les lainages (81,5), les cotonnades (19), le cuir et les articles en peau (11 Vs)-

Pour la plupart des autres articles, la Suisse est de même un des meilleurs clients de l'Allemagne. Nos voisins du nord possédant un sol riche en productions minérales et des industries variées sont à même de nous approvisionner de produits de provenance exclusivement allemande. Plus des trois quarts des importations allemandes rentrent dans cette catégorie. Les matières premières d'origine étrangère et les produits mis partiellement en œuvre n'entrent que pour une petite fraction dans les importations d'origine allemande.

Les produits industriels que nous faisons venir de France sont aussi variés que ceux de provenance allemande, mais leur valeur représente à peine le tiers de celles d'outre- Ehin. Eemarquons encore que les matières premières non françaises et les produits ébauchés entrent pour une forte proportion dans nos importations françaises. Les objets en

Importations en 1900

Substances Matières Produits ... % de l'im-

alimentaires premières fabriqués portation

Valeur en milliers de francs totale

îl,oo

Otoi

AUemagne . . . 30,899 126,246 193,211 350,357 31,58

Autriche-Hongrie 40,783 8,425 19,934 69,142 6,j3

France .... 52,179 92,234 62,941 207,354 18,66

Italie 50,910 101,082 1 0,017 162,009 14,^

Belgique ....

Pays-Bas ....

Grande-Bretagne .

Russie . .

Scandinavie

Danemark

Portugal .

Espagne .

Grèce . .

Pays danubiens . 11,659 217

Turquie d'Europe 540 396^

Europe . ^ 247,655 364,981 347,074 959,709

Egypte .... 158 17,735 208

Algérie, etc. . . 237 246 82 565

Afrique occidentale 228 808 8 1,043

Afrique orientale 182 100 -- 282

Afrique . *) 804 18,889 298

Turquie d'Asie . 810 610 35 1,455 0,i8

Inde anglaise . . 2,455 1,382 720 4,557 0,4,

Inde néerlandaise 3,439 3,229 46 6,714 0,6o

Japon 86 8,896 948 9,929 0,90

Chine, etc. . . . 1,142 7,454 387 8,983 0,8,

Asie ... 7,931 21,570 2,136 31,637 2,^5

Canada .... 5,724 3 10

Etats-Unis . . . 13,639 32,222 11,208

Amérique centrale 3,609 1,082 414

Chili, Pérou . . 61 486 22

Brésil 8,766 1,251 11

Pays de La Plata 10,201 1,344 8

Colombie, etc. . . 2,8^7 12

Australie I déterminé. . .

Total 1900 . 301,420 448,334 381,358 T II 1,1 10 —

En 0/^, = 27„3 40,35 32,^, - -

Métaux précieux monnayés <) 95,700 —

^) Nombres et totaux ont été arrondis ; ces derniers ne correspondent donc pas toi^ours exactement avec les nombres placés au-dessns.

>) Provenant principalement de nos relations avec la France.

Exportations en 1900

Substances Matières Produits alimentaires premières fabriqués

Valeur en milliers de francs

Total

Allema^e . . . 20,916

Autriche-Hongrie 3,645

France .... 24,409

ItaUe 7,657

Belgique ....

Pays-Bas . . .

Grande-Bretagne .

Russie . .

Scandinavie Danemark Portugal .

Espagne .

Grèce . .

Pays danubiens .

Turquie d'Europe

Europe . ^)

Egypte ....

Algérie, etc. . .

Afrique occidentale Afrique orientale Afnque . i)

Turquie d*Asie .

Inde anglaise . .

Inde néerlandaise Japon . .

Chine, etc.

Asie .

Canada .

Etats-Unis

Amérique centrale

Chili^ Pérou . .

Brésil

Pays de La Plata

Colombie, etc. . .

Amérique *) Australie

Indéterminé. . .

Total 1900 .

En 0' =

% de rex-

portatlon

totale

ir*

Métaux précieux monnayés <) 48,819 —

J) Kombrea et totaux ont été arrondis ; ces derniers ne correspondent donc pas toigonrs exactement aree les nombres placés an-dessns.

*) Prorenant principalement de nos relations arec la France.

OeerinfiT et Hotz, Economie politique de la Suisse.

fer et les machines (IIV4) figurent également en tête, puis viennent les soieries (8) et les lainages (872)-

Nous importons d'Angleterre pour 45 Vî millions de francs, principalement des produits de l'industrie textile. Ce sont d'abord des cotonnades (26*/,), des lainages (87,) et aussi des machines (2,2). L'Angleterre nous fournit surtout des matières premières (fers 11,») et des produit^ déjà mis partiellement en œuvre (fils de coton 5,5; tissus écrus 15,j).

L'Allemagne, la France et l'Angleterre étant nos principaux fournisseurs de produits fabriqués, nous n'achetons aux autres nations, dans ce genre d'articles, que ce qu'il faut pour parfaire l'importation nécessaire à nos besoins. Nous tirons de l'Autriche (20 millions) principalement des planches et des ouvrages en bois, de la Belgique (13) et des Etats-Unis (11,2) des machines et des articles en fer, de la Belgique en outre du verre, des toiles de lin et des lainages, de l'Italie (10) des produits divers de l'industrie textile.

Quant aux substances alimentaires, ce sont surtout la Russie, la France et l'Italie qui nous approvisionnent; l'Autriche-Hongrie, l'Allemagne et les Etats-Unis ne viennent qu'en second rang. Du reste, les Etats qui nous envoient leurs produits se groupent très diversement, suivant la nature des produits qu'ils nous livrent.

La Russie est toujours notre principal fournisseur de céréales. Selon les années, nous en achetons tantôt plus, tantôt moins aux Etats-Unis, aux pays de La Plata, aux pays des Balkans ou encore à nos voisins immédiats. La France nous expédie des farines, l'Autriche du malt, l'Allemagne méridionale de l'avoine. Pour l'édification de nos lecteurs, nous donnons ici le tableau de nos importations de céréales durant les quatre dernières années (valeur en millions de francs):

Importation de céréales en:

Pays de provenance Tiis"

Eussie ....

Etats-Unis . .

Canada . . .

La Plata . . .

Pays des Balkans Antriche-Hongrie Allemagne . .

France. . . .

Italie ....

Autres pays . .

Totaux 136,3

L'année 1899 peut être considérée comme normale quant à la quantité et quant au prix (voir p. 29 et suiv.). En 1900, grâce à une récolte exceptionnellement bonne en Suisse, nous avons importé moins de céréales que Tannée précédente, par contre, en 1902, plus que jamais.

Pour nos importations en vins (maximum 1899: 37 millions de francs; 1900: 31 millions; 1901: seulement 22V3 millions; 1902: 31 V2 millions), la différence entre nos principaux fournisseurs est plus sensible en ce qui concerne la quantité que pour les sommes totales; nous importons le vin d'Espagne (13,3, 10,5 et 8,e de 1899 à 1901) d'ItaUe (10, 8,y et 4,e), du Midi de la France (7,7, 6,3 et 5,8) et d'Autriche-Hongrie (4, 3,2 et 2,3). Nous achetons notre sucre (1901: 21,75) à Prague (9„), Paris (6,.) et Frankenthal, Palatinat rhénan (6,4). Le Midi de la France (2,,) et l'Italie (0,») nous livrent de Vhuile comestible, la Savoie (4), la Lombardie (3) et la Styrie (1,3) du beurre et du fromage. En 1901, la Suisse a tiré ses œufs en grande partie de l'Italie (4,4), de la Styrie (3,4) et de la France (1,7). Nos volailles nous viennent de France (Bresse: 4,3) et d'Italie (2,3). Le bétail de boucherie et la viande nous ont été expédiés en 1901, en grande partie par l'Italie (31,4) et la France (12,2), surtout par la Savoie; l'Allemagne (4,^) et l'Autriche-

Hongrie (5,-) en ont fourni une quantité moindre. L'état des récoltes, les épizooties, la hausse et la baisse du change modifient chaque année le rang de nos fournisseurs des substances alimentaires animales dénommées ci-dessus. Les conserves de viande {\,^) et le saindoux (2„) nous parviennent des Etats-Unis. Nous avons déjà mentionné les livraisons de pommes de terre et de fruits qui nous arrivent des contrées limitrophes. Pour les fruits du midi, lltalie et TEspagne occupent le premier rang; au second rang se placent le Levant et le Midi de la Fracne. De même que pour les vins, TEspagne est depuis quelque temps notre grand fournisseur ^'oranges (moyenne de 1897 à 1899: environ 27,300 q n.); lltalie vient ensuite avec une moyenne de 16,600 q n. En 1900 et en 1901, les rôles ont été intervertis par suite des mauvaises récoltes de TEspagne.

Parmi les denrées coloniales proprement dites, le café mérite d'être cité en premier lieu. Les villes de Eio et de Santos nous expédient régulièrement les deux tiers de notre importation (1901 : ôVj millions sur 10,7 millions), ce qui représente la moitié de nos dépenses pour cet article. Java (2,6), PAmérique centrale (1,5) et Ceylan (0,9) complètent notre approvisionnement. L'Amérique centrale et l'Amérique du Sud pourvoient aux grandes quantités de cacao nécessaires à l'industrie suisse du chocolat; la Côte d'Or africaine nous en envoie cependant aussi d'importants chargements. Notre thé nous est encore toujours fourni en grande partie par la Chine. Le ri^ nous arrive, une moitié d'Italie, l'autre moitié de l'Inde et de l'Extrême-Orient. Les prix des tabacs du Kentucky et de ceux de Sumatra étant très différents, la valeur des importations de ce produit n'est pas toujours proportionnelle aux quantités de la marchandise. Après les Etats-Unis (4,4) ce sont les Indes néerlandaises (1,0) et le Brésil (1,04) qui nous en livrent le plus. Nos importations de tabacs de l'Amérique centrale ont énormément diminué depuis la guerre hispano-américaine.

Les matières premières forment un bon tiers, selon les prix et la marche des affaires même les deux cinquièmes (de 1899 à 1901) des importations de la Suisse. La soie brute occupe ici la même place prépondérante que les céréales dans les substances alimentaires (valeur des importations de soie brute en 1900 et 1901: 127 V2 millions; en 1899, par suite de la hausse extraordinaire: 160 millions). Lltalie nous en a fourni, nominalement, près des trois quarts, soit pour une valeur de 90 millions, TExtrême- Orient pour 16 millions et la France pour 19 millions. Ce serait cependant faire une grave erreur que de croire que la sériciculture européenne aurait fourni pour 904-19 millions de soie à l'industrie suisse. Le Japon et la Chine ont sans doute fourni la moitié de cette matière première qui n'a été que moulinée en Italie et en France. Du reste, la trame et Torgansin de TExtrême-Orient ne figurent pas sous les rubriques des pays de provenance dans les statistiques commerciales de la Suisse, mais bien sous celles des pays qui les ont ouvrés. Seuls les cocons, les déchets et la grège nous parviennent directement du Japon et de la Chine.

La même observation s'applique à nos importations de laine d'outre-mer (12 '/g millions de francs). Cette marchandise subit aussi une première préparation dans différentes villes d'Europe qui nous l'expédient ensuite : à Mazamet (département du Tarn, 2„ millions; on y travaille principalement la laine du Cap), à Leipzig (2,3), à Anvers (1,h). Nous avons reçu directement d'Australie (5) et de La Plata (0,3) moins de la moitié de nos importations de laine. Nous l'avons déjà dit, les Etats-Unis et l'Egypte nous approvisionnent de coton brut; nous en achetons à chacun de ces pays pour une somme à peu près égale; en 1901, exactement pour la même somme: 14,j millions.

Après la soie, les deux principaux articles d'importation de matières premières sont la houille (1898: 48,»; 1899: 55,7; 1900: 69,7, maximum pour la quantité et la

valeur; 1901: encore 68,4; 1902 pour la même quantité seulement 56 millions) et le fer (1898: 35,e; 1899: 47,5; 1900: 49,5; 1901: seulement 22,5 ; 1902: 86,7 millions de francs). C'est surtout V Allemagne qui nous fournit la houille (1900: 51,3; 1901: 48,g, les trois quarts provenant du bassin de la Sarre et l'autre quart du bassin de la Euhr) et de fer (1899 et 1900: plus de 28; 1901: seulement 18,8). Ces expéditions d'Allemagne sont complétées par des envois de houille de provenance française (9,8 resp. 6,3) ou belge (7,3 resp. 7,5) par des fers écossais (11,» resp. 8,9) ou français (5,4 resp. 8,2). Les métaux plus chers et les métaux précieux proviennent presque tous de contrées éloignées, le plus souvent d'au-delà des mers, mais ils subissent, comme la laine, la soie, le chanvre, le lin, le jute, le caoutchouc, une transformation quelconque en France, en Allemagne, en Italie ou en Angleterre, de telle sorte que la statistique les attribue souvent à ces grands fournisseurs; c'est le cas du cuivre produit en Espagne, en Amérique au Japon et en Australie ; il en est de même de l'étain et de tous les métaux précieux.

Les Etats-Unis nous fournissent la plus grande partie du pétrole que nous utilisons (8,5); il nous en vient aussi de Russie (1,^) et, depuis un certain temps, une petite quantité de la Galicie (0,54) et de la Roumanie (0,^7).

Nous savons déjà que les pays limitrophes nous fournissent du bois et des matériaux de construction, ils nous procurent, en outre, toutes sortes de matières premières ainsi que des produits chimiques.

8. Le meilleur débouché pour notre industrie est l'Angleterre. En 1900, nos exportations de produits fabriqués se sont élevées à la somme de 644 millions de francs, à 785 millions, si l'on compte les substances alimentaires industrielles. L'Angleterre nous en a acheté près du quart (152 resp. 1747$), principalement des soieries (71; 1901 et 1902: 76), des broderies et des tissus au plumetis (35, 1901 et 1902: 80 à 81), des montres (25, 1901: 30,

1902: 22), du lait condensé (17 V2, 1901: IS,», 1902: 21). Abstraction faite de ce dernier article, pour lequel l'Angleterre est notre principal client, nous retrouvons à peu près les mêmes proportions pour tous nos débouchés de quelque importance. Eemarquons cependant que les pays limitrophes et beaucoup d'autres clients nous font une demande plus considérable de fromages, de machines et de couleurs. En outre, nous expédions à nos voisins, dans divers domaines plus de produits non terminés que d'articles finis. C'est le cas pour nos exportations de l'industrie textile en Allemagne (1900: 64), pays qui passe cependant pour être le meilleur débouché de nos industries après l'Angleterre (1900: 123, avec les substances alimentaires industrielles: 137). Plus des deux tiers (43,;) de la valeur des produits de l'industrie textile que nous achète l'Allemagne proviennent d'articles non terminés sur lesquels la main d' œuvre suisse n'a réalisé qu'un gain relativement minime. Ces articles sont : la chappe (17 à 18), les fils de soie (7,„ 1902: 9,e), de laine (4,7 et 5,24), et de coton (10 et 6,7), les tissus écrus (4,» et 4,24).

Les Etats-Unis viennent en troisième ligne dans l'ordre d'importance de nos débouchés. Notre industrie leur a fourni, en 1900, pour 90 millions de francs de produits fabriqués; pour 95V4 millions si l'on tient compte des substances alimentaires fabriquées. Les broderies entrent dans cette somme pour

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