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I. Culture fourragère, élève du bétail, industrie laitière

1. Culture fourragère. Le sol productif de la Suisse a une superficie totale de 30,900 km2. Les forêts occupent 8560 km2, et les vignobles 288 km2. 83 % des 22,052 km2 restants sont exclusivement affectés à l'élève du bétail; 76 % sont recouverts de prairies naturelles ou artificielles et de pâturages, 7 % de céréales cultivées pour la paille ou comme graines fourragères. Nous l'avons vu plus haut, cette prédominance de la culture fourragère est une conséquence des conditions climatologiques. La proportion des terrains consacrés à l'élève du bétail croît, comme la chute de pluie, de l'ouest et du sud-ouest à l'est et au nord- est;

elle atteint son maximum (90%) dans les cantons de St-Gall et d'Appenzell. Les prairies deviennent plus nombreuses à mesure qu'on se rapproche des Alpes.

2. Buts de l'élève du bétail bovin. La nature impose à notre agriculture en première ligne la culture fourragère et l'élève du bétail. Cela étant, produire un fourrage à bon compte et le faire valoir au mieux doit être le double but de nos agriculteurs. En dehors des soins minutieux qui incombent au cultivateur, il faut attacher une très grande importance à la qualité du bétail qui transformera la matière première, le fourrage, en lait et en viande ou deviendra du bétail de travail ou de reproduction. Dans d'autres pays ces différents modes d'exploitation agricole ne sont pas pratiqués simultanément dans la même mesure. En Suisse, bien que l'on vise surtout à la production du lait, on s'attache en même temps aux autres branches de l'industrie agricole. La race du Simmental surtout satisfait dans une rare mesure à ces diverses exigences. C'est là ce qui a valu au bétail suisse sa réputation universelle et ce qui constitue l'avantage principal de l'éleveur suisse sur ces concurrents étrangers qui ne poursuivent dans la règle qu'un seul but et arrivent par là parfois à l'abâtardissement de la race. Après la production laitière, nous devons donc nous efforcer à améliorer la race pour la vente au pays et au dehors d'un bétail de choix. Nos deux principales races bovines, la race brune du nord-est et la race tachetée du sud-ouest, se prêtent bien à ce but. Une ligne tirée de Romanshorn par Winterthour, Sursee, Brienz jusqu'au Mont-Rose délimite les territoires d'élevage de ces races. La race tachetée comprend deux variétés principales, celle du Simmental (rouge et blanche) et celle de la Gruyère (noire et blanche).

En date du 20 avril 1906, on comptait en Suisse l'498,144 têtes de bétail bovin, soit 428 pour mille habitants. Pour une même population, le Danemark en a 737, les Etats-Unis 640, la Suède 520, la Norvège et la Roumanie 470. Les autres Etats de l'Europe en ont moins que la Suisse.

3. Industrie laitière. Le nombre des vaches laitières se montait, à la date ci-dessus, à 785,950; on comptait 396,738 pièces de jeune bétail et 227,699 veaux; les bœufs adultes et les taureaux n'étaient qu'au nombre de 87,757.

Une vache fournit en moyenne 2650 1 de lait par an. On estime donc à 20,82 millions d'hectolitres la production totale en Suisse, ce qui représente, à raison de 15 '/2 fr. par hl, une valeur de 333 millions de francs, soit plus du 45 % du produit total net de l'agriculture en Suisse, évalué en 1906 à 730 millions et dépassé dès lors par la hausse presque ininterrompue des prix du lait et du bétail. On estime à 4 centimes par litre ou à 30 %? ce Q^i équivaut à une hausse totale de 80 millions de francs, la plus-value annuelle réalisée de ce chef par nos fermiers comparativement aux prix de 1900.

Cette quantité de lait est utilisée comme suit : 48 % == Î0,4 millions d'hectolitres sont consommés frais (à 16 fr. par hl = 166 millions\ 32 % = 6,81 millions d'hl servent à la fabrication du beurre et du fromage, 15,6 % — 3,31 millions d'hl sont consacrés à l'élevage des veaux, des porcs et des chèvres et 4 à 5 % à, la fabrication du lait condensé, de la farine Nestlé (100,000 hl) et du chocolat au lait (886,000 hl).

La production de l'industrie laitière est évaluée pour 1906 en millions de francs à

Total L'exportation s'est montée à

pour le fromage . . . env. 85 50

» le lait condensé, )

la farine lactée et f 45 40

le chocolat au lait J (Quant au chocolat, la valeur du lait entre ici en ligne de compte pour

16 millions seulement) pour le beurre ... 40 —

Total 170 90

La valeur des Gruyère exportés est montée depuis 1906 jusqu'à atteindre le chiffre de 57 millions en 1909. L'ex-

portation de chocolat avait diminué de 4 millions en 1908; elle est de nouveau montée de 3 millions en 1909.

Le fromage suisse de l'Emmental et de la Gruyère, livré au commerce en meules qui atteignent parfois un poids de 125 kg constitue encore le principal article de l'industrie et de l'exportation laitières. En outre, on fabrique en Suisse une vingtaine d'autres variétés cle fromage ; mais seul celui des petits cantons — une espèce de parmesan appelée « sbrinz » ou « Spalenkâse » — est exporté en grande quantité en Italie. Les prix du fromage de l'Emmental sont fixés par les bourses spéciales qui se tiennent à Berne, Berthoud et Langental, surtout à la fin du mois d'août, quand les acheteurs ont visité la marchandise dans les principales fromageries. Langnau, Herzogenbuchsee, St-Gall, Bulle sont aussi des places importantes pour le commerce du fromage. Nous exportons la plupart de nos fromages chez nos voisins immédiats et aux Etats-Unis.

Le prix du lait se règle sur celui du fromage d'exportation, bien que celui-ci ne représente que le l/7 <*e ^a production laitière totale. Par conséquent, la valeur du produit principal de notre agriculture dépend de la marche des affaires en général.

L'industrie fromagère introduite par des pâtres suisses en Bavière, en Prusse, dans le Jura français, en Savoie, dans la haute Italie et en Russie, ne laisse pas que de nous faire une concurrence sensible.

Vevey, Payerne, Cham et Guin ont des fabriques de lait condensé; à Stalden il y a des usines de stérilisation du lait. Les dernières guerres d'outre-mer ont contribué à élever de 20 à 34 millions la valeur de l'exportation annuelle de ces articles. Elle a diminué depuis 1903 et en 1906 elle était réduite à 27,8 millions. Les produits de la fabrique de farine lactée de Nestlé trouvent toujours un écoulement facile ; on exporte pour 2 1/2 à 2 3/4 millions de farine Nestlé et pour 30 millions de chocolats.

4. L'élevage. Notre pays est particulièrement bien approprié pour l'élevage rationnel du bétail bovin de choix. Dans les pâturages, situés à des altidudes diverses, les animaux trouvent, durant tout l'été, un fourrage jeune et nourissant ; la liberté de mouvement en plein air ne contribue pas peu au développement harmonique des aptitudes physiques. On ne saurait surtout mieux mettre à profit les hauts pâturages alpestres qu'en y conduisant le jeune bétail. Les races du Simmental et de Schwyz jouissent d'une renommée universelle, aussi chaque année la Suisse vend-elle à l'étranger pour plusieurs millions de jeunes taureaux reproducteurs. Pour la race brune, les principaux marchés se tiennent à Schwyz, Einsiedeln, Altstetten (St-Gall), Thusis, Giubiasco, et, pour la race tachetée, à Erlenbach et Bulle. A Zoug et à Ostermundigen (Berne) ont lieu chaque année des marchés-concours de jeunes reproducteurs.

5. Bétail de boucherie. Comparativement à la production du lait et à l'élevage du bétail de race, le bétail à l'engrais ne vient en Suisse qu'en second lieu, aussi ne réussissonsnous plus à suffire qu'aux a/4 de notre consommation en viandes de bétail bovin. Bon an mal an, nous achetons à l'étranger 55,000 pièces de bétail bovin, pour une valeur, en chiffres ronds, de 30 millions et en outre de la viande de bétail bovin pour 8 à 10 millions de francs.

6. Bestiaux divers. Les autres bestiaux restent bien au-dessous de la race bovine quant au nombre et à la valeur: Statistique du bétail, avril 1901: 1906:

têtes

têtes

valeur

Bétail à cornes .

527,8 millions

Chevaux, etc. . .

Porcs

Chèvres . . . .

Moutons . . . .

Valeur totale 680,7 millions

Y compris les abeilles (7 millions de francs) et la volaille, la valeur totale du bétail suisse s'élevait, en 1901,

à près de 630 millions et en 1906 à 700 millions; les */A de cette somme doivent être attribués à la race bovine.

A l'époque de la Révolution française, Y élève du cheval constituait encore une des branches principales de l'agriculture en Suisse. De plus en plus négligée, elle a repris de l'importance depuis que, dès 1887, la Confédération fait des sacrifices pour améliorer les races indigènes des Franches- Montagnes, de Schwya et ^Erlenbach par des croisements appropriés. On s'efforce d'obtenir un cheval bien membre, propre à la fois pour la selle et pour le travail.

Depuis le premier recensement du bétail, en 1866, les montons ont diminué de plus de moitié en Suisse, par suite de la concurrence des pays d'outre-mer et par suite de la baisse du prix de la laine. En revanche, le nombre des représentants de la race porcine a doublé. La demande toujours croissante et le prix élevé de la viande, le nombre croissant des fromageries dont on peut utiliser les produits secondaires pour cet élevage, la baisse des grains et spécialement du maïs, voilà autant de causes qui militent en faveur de l'extension de l'élève du porc.

7. La consommation des viandes en Suisse, calculée d'aprèsTes donnéès^des quatre derniers recensements du bétail, est la suivante:

. par tête de popu

quantité valeur r .. r r

lation et par an

l'136,000 q = fr. 172 millions 39 kg. = fr. 59

l'5Sé,000 q = » 227 » 50 » = » 72

La plus-value de 1906 comparativement à 1901 surpasse de 50 millions environ l'augmentation en quantité. Les prix moyens ont été de 151,4, 143,4, 141,6 et 162,4 francs par q pour ces quatre années. Sur une consommation totale de 50 kg. de viande par habitant en 1906, le bœuf entre pour 31 kg., le porc pour 18 kg. Le reste est fourni par

les races ovine et caprine. La consommation en poissons, en volailles et en gibier n'est pas comprise dans les chiffres ci-dessus.

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