I. Groupe zuricois
a) Soie. Le tissage de la soie constitue l'industrie la plus importante du canton de Zurich. Bien qu'elle ait son siège principal dans la ville même et le long des rives du lac, elle est aussi pratiquée activement dans les districts de Pfseffikon, Uster et Hinwil. Elle a des ramifications en Argovie, dans la Suisse centrale et jusque dans la vallée du Hasli, dans le Jura bernois et au delà de la frontière tout le long du Khin, de Constance jusqu'en Alsace. En 1904, 70 fabriques zuricoises occupaient:
Métiers à main Métiers mécaniques Dans le canton de Zurich *) 5,834 ) . . «gn 11,111 \ -m 915
Dans le reste de la Suisse l) 8,886 / ' 3,738 / '
En Allemagne, Italie, France et Etats-Unis 783 11,253
En 1908 le même nombre de fabriques n'a plus occupé que 4750 métiers à main. En revanche, le nombre des métiers mécaniques ascendait à 15,926 en Suisse et à 12,702 à l'étranger (en Allemagne: 5891; aux Etats-Unis: 3246; en France: 2141; et en Italie: 1424).
Exprimé en métiers mécaniques (1 met. méc. = 3!/2 met. à main), le nombre total des tissages de soie de la Suisse s'élève actuellement à 29,985, dont 17,283 en Suisse même et 12,720 à l'étranger (soit 19,315 en Suisse et 9225 à l'étranger en 1900), ce qui correspond à un cinquième
') Nous avons attribué au canton de Zurich 1707 métiers Jacquard (dont 82 métiers à main), 30 métiers mécaniques à velours et 513 métiers à main pour gaze à blutoir, pour lesquels les indications de localités manquaient, et 1166 de ces derniers au reste de la Suisse (Appenzell: 1014, St-Gall: 152, d'après la statistique industrielle de ces cantons).
environ de tous les métiers fonctionnant en Europe et en Amérique. Cette branche d'activité a dont augmenté sa production à l'étranger, tandis qu'en Suisse elle a diminué depuis 1902, surtout en ce qui concerne le tissage à main. En 1908, les métiers fonctionnant en Suisse occupaient 26,080 (en 1900: 40,291) ouvriers qui ont produit 54;6 millions de mètres de tissus de soie, d'une valeur de 117, 4 millions de francs. L'exportation s'est élevée aux chiffres suivants:
maximum 1905 1906 1909
n milliers n n milliers „ milliers „ milliers
q n- de francs q n# de francs q n* de francs q n- de francs
TlS3Jre0 17,914 94'597 18,177 100'803)
TiSScini r19:254 100'765 19'178 98'581
soie 5'218 15'914 2'658 r562J
FOBiardS 700 47067 703 3'792 629 3'455 483 2763
Total 23,832 114'578 21,538 112'157 19,883 104'220 19'661 101'344
et, si l'on ajoute la gaze à blutoir, fabriquée principalement au Lutzenberg:
Le retordage de la soie n'occupait plus que 2795 ouvriers en 1908 (5436 en 1897 et 7535 en 1891). Il a été produit 3812 q de fil retors, dont les */3 à peu près de la trame (2462 q), le reste de l'organsin (411 q), de la soie à coudre (608 q) et de la soie à broder (331 q). La moitié environ de ces fils de soie est destinée à l'exportation.
Les fabricants suisses tirent la soie brute qui leur est nécessaire d'Italie, où quelques-uns ont leurs propres établissements. Une partie de la matière première à l'état primitif (non retors) provient de l'Extrême-Orient. Le commerce d'exportation de la soie en Extrême-Orient est pour une part assez considérable entre les mains de maisons suisses. La production de soie du Tessin est peu importante (1897: 41,780, 1908: seulement 29,100 kg de soie grège). Durant les campagnes séricicoles de 1901/2 à 1905/8, l'excédent de notre importation moyenne en soie brute sur l'exportation s'est élevé annuellement à l'720,000 kg d'une valeur de 81 millions de francs, ce qui équivaut, quant à la
quantité, à l'écoulement normal des cinq années précédentes, mais surpasse considérablement celui de 1886 à 1895. La campagne de 1906/7 avec 2'105,000 kg excède de beaucoup tout ce qui avait été vu jusqu'ici. C'est la demande exceptionnelle en rubans et en broderie qui a produit ce résultat. Dans les deux campagnes suivantes, l'industrie suisse à consommé 1 '922,500 et 1 '902,600 kg.
Le Séchage (« condition ») de la soie à Zurich se maintient au troisième rang, c'est-à-dire après ceux de Milan et de Lyon ; il accuse un mouvement de 1 1/2 million de kg. Celui de Baie (5 à 700 mille kg) ne vient qu'après celui de St-Etienne, mais est à la hauteur de ceux d'Elberfeld, Crefeld et Turin, et laisse les autres bien en arrière.
La teinturerie de la soie occupait à Zurich, en 1908, 2189 ouvriers et employés; en outre, 174 ouvriers étaient occupés à la teinturerie et à l'impression des pièces détachées, 371 dans les ateliers d'apprêts, 60 dans les conditions. En somme, l'industrie de la soie n'a plus occupé en 1908, en Suisse, que 33,664 personnes au lieu des 48,000 de 1896. Voilà l'effet du recul du tissage à domicile survenu surtout en 1903 et en 1907.
b) Coton. L'industrie du coton a été très florissante, dans la Suisse orientale, jusque vers 1870. Depuis lors, elle a bien décliné, et ce n'est qu'à un concours de circonstances favorables qu'elle doit de s'être relevée depuis quelques années. Nous avons déjà signalé plus haut les causes générales de cette décadence. La concurrence la plus dangereuse ne part pas des anciens pays producteurs, d'Angleterre, des Pays-Bas ou d'Allemagne, mais bien des pays méridionaux qui ravalent les prix grâce à leur main-d'œuvre à bon marché, à une législation sur les fabriques très complaisante et parfois à un cours du change très bas. Parmi ces pays rivaux, l'Italie, dont l'industrie du coton s'est greffée sur celle de la Suisse, vient en première ligne, puis l'Inde, la Chine et le Japon. Repoussée ainsi du marché universel, l'industrie cotonnière suisse se voit réduite de plus
en plus à la vente au pays. Seule l'exportation des broderies et de plumetis fait exception à cette décadence regrettable.
Les filatures de coton mettent en œuvre annuellement une moyenne de 240;000 q de coton brut (1907: 257,000, 1908: 233,000 q). Nous achetons en Egypte plus du 40% de cette marchandise, le restant aux Etats-Unis. Le 8 % de cette importation est vendu au dehors sous forme de déchets. Les 60 % quittent le pays sous forme de produits manufacturés, fils et tissus, 22 à 23 %» dentelles, 15 % (pour les tissus et les dentelles on utilise beaucoup de fils et tissus anglais). Nos propres besoins absorbent le restant, soit environ 100,000 q de coton manufacturé.
La filature suisse du coton faisait travailler 2'059,000 fuseaux en 1872, seulement environ l2/3 million en 1901 et l'555,000 environ en 1905. Depuis lors, nous constatons un relèvement: l'617,000 fuseaux en 1908 dont à peu près l'500,000 pour la filature et le reste pour le retordage. En 1901 : 686,000 fuseaux relevaient de Zurich, 291,000 de St-Gall, 200,000 de Glaris ; viennent ensuite Argovie, Zoug, Schwyz, Berne, Soleure, Thurgovie et Lucerne. Du reste, à peu près 150,000 des 686,000 fuseaux zuricois fonctionnaient en 1901 dans les cantons d' Argovie (82,000) et de Glaris (65,000). L'exportation de cotons filés est tombée de 22, ï millions de francs (1885) à 11,2 millions en 1904. Elle s'est relevée d'une manière passagère à 20 millions en 1900 et à 17 millions en 1906 et 1907 (1908 et 1909: 12 à 13 millions seulement).
Le tissage des toiles de coton est pratiqué surtout dans le canton de Zurich (principalement dans les districts de Hinwil et de Winterthour) et dans ceux de Glaris, St-Gall, Appenzell, Thurgovie, Argovie et dans la Haute-Argovie bernoise.
En 1900: 15,425 métiers ont livré des tissus écrits pour une valeur totale de 35 millions de francs. Depuis lors, la forte demande de mousselines de la part de la broderie de St-Gall a fait augmenter d'une façon extraordinaire la production des tisseurs suisses. Dans ce domaine encore
le canton de Zurich détient le premier rang avec la moitié à peu près du nombre total des métiers, puis vient Glaris avec plus -du quart. Le reste se répartit entre les cantons de St-Gall, de Thurgovie, de Schwyz, d'Argovie, etc.
Nous expédions à Mulhouse (Alsace) des tissus unis de coton écru dits calicots pour y être terminés (teints et imprimés) et ensuite réexportés dans tous les pays du monde. Malheureusement, cette exportation en transit est tombée de 30,000 qn. valant 11,3 millions (1886-1877) à 9571 q n. ne représentant plus qu'une valeur de 4V4 millions (1901). Depuis quelques années elle est d'environ 6 millions de francs par an.
Le tissage de fils teints est toujours en honneur dans le Toggenburg et en général dans le canton de St-Gall et les districts thurgoviens et zuricois avoisinants et, d'autre part, dans l'Argovie et dans les districts bernois de la Haute- Argovie. En 1900 on comptait 900 métiers à main et 7133 métiers mécaniques dont 6561 en activité, produisant 57,640 q d'une valeur de 22,4 millions de francs. Plus des deux tiers de ces tissus sont destinés à la consommation indigène.
On rencontre les usines de teinturerie principalement dans les cantons de Zurich, d'Argovie, de Glaris, de St-Gall et de Thurgovie, tandis que l'impression de toiles de coton & son centre presque exclusif dans le canton de Glaris. Ces produits sont écoulés dans la presqu'île des Balkans, en Egypte, dans le Levant, dans l'Asie méridionale, en Extrême-Orient et dans l'Amérique du Sud. Mais ces différentes branches de l'industrie du coton souffrent aussi de la crise. Ainsi, l'industrie glaronnaise est bien déchue ; en 1901, le nombre de ses ouvriers était de 23% inférieur à celui de 1885. Les nouveaux traités de commerce n'ont même pas réussi à améliorer d'une façon efficace les conditions de l'écoulement en Europe de ces toiles suisses.
Nos exportations de tissus unis apprêtés se sont élevées, en millions de francs :
^ nnf^Ci
Tissus
Tissus
Tissus
Tissus
KHRCC
blanchis
teints
imprimés
de fils teints
La diminution de l'exportation se fait sentir aussi bien pour les filés que pour les tissus, mais plus spécialement pour les articles ordinaires. Les articles fins sont moins atteints, la fabrication de quelques-uns va même en augmentant. Le tissage au plumetis a son siège principal dans, le canton d'Appenzell Rh.-E. On y comptait, en 1900, 3635 métiers à main, 269 seulement dans le canton de St-Gall .. En 1907, le nombre de ces métiers en activité en Suisse était monté à 6000.
Le tissage compliqué s'exerce surtout dans les cantons de St-Gall, 679 métiers Jacquard en 1900, et dans la Thurgovie, 261 métiers. Exportation:
Tissus brochés et
Tissus
façonnés
1 I3SU5 U! UUIIC3 Cl
tissus veloutés
Tissus au plumetis
qn.
fr.
qn.
fr.
qn.
fr.
ri?o,ooo
La fabrication des tissus au plumetis est proche parente de celle de la broderie ordinaire. Nous sommes ainsi amenés à parler de l'industrie des cantons de St-Gall et d'Appenzell, nous réservant de traiter l'industrie zuricoise si
florissante de la construction des machines pour filatures et tissages, sous le chiffre VI du présent chapitre.