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IV. L'industrie textile sur le Plateau suisse

Bien que les principales branches de l'industrie textile aient leur domicile à Zurich, à St-Gall et à Baie, on se livre également à cette industrie, c'est-à-dire à la fabrication de la toile de lin et des draps de milaine et de laine, depuis plusieurs siècles, dans Y Emmenthal et dans la Haute-Argovie bernoise. Sans doute, ces branches d'activité sont bien déchues depuis que les procédés mécaniques et la concurrence de l'Angleterre ont fait sentir leurs effets. Pendant longtemps, le gouvernement de Berne, craignant l'influence des centres industriels au point de vue du développement physique et moral du peuple, ne se montra pas très favorable à l'extension de ces industries. Cependant, après avoir connu de bons et de mauvais jours, elles sont encore pratiquées à domicile, parallèlement à l'agriculture, à titre de professions accessoires. Et de nos jours Langenthal est devenu le siège d'une fabrication cotonnière et de milaine de premier ordre.

Les autres branches de l'industrie textile ne sont pas groupées en Suisse d'une façon nettement délimitée. L'industrie de la laine, par exemple, est disséminée sur toute la partie allemande du Plateau. On file la laine peignée à Derendingen, Schaffhouse, Burglen (Thurgovie), on la tisse à Derendingen et dans plusieurs localités des cantons de Zurich et de Berne, où l'on fabrique des étoffes légères pour vêtements de dames. La production totale de cette industrie s'est élevée, en 1899, en chiffres ronds à 20 millions de francs (fils, 146/7; tissus, 52/3). Une bonne partie des fils et presque tous les tissus de laine peignée sont exportés.

En revanche, les produits des tissages de laine cardée (1900: 10,4 millions de francs) de Hsetzingen, Waedenswil, Pfungen, Belp, etc., sont écoulés dans le pays même, utilisés surtout par l'industrie des confections qui tend à se développer de plus en plus. Depuis 1895, le nombre des ateliers de confections a doublé, et celui des ouvriers s'est accru

des 2/3- L'industrie des laines cardées est encore susceptible d'une grande extension.

Les draps de inilaine, si appréciés par nos paysans, proviennent de la campagne bernoise, et aussi des fabriques de Roggwil (Langenthal), Liestal et Wsedenswil.

Si les fabriques de coton à tricoter de Derendingen et de Schaffhouse ont réussi à éliminer presque complètement la concurrence étrangère, celles des couvertures de laine de Pfungen atteignent un résultat analogue. L'exportation des couvertures ordinaires de laine fabriquées à La Sarraz et celles de laine de défilochage (shuddy) de Berthoud se monte à un chiffre respectable. A ces industries se rattachent depuis peu des fabriques de feutre, de drap de feutre et de tapis.

Que l'on réfléchisse à l'énorme quantité d'étoffes de laine que nous importons (pour plus de 30 millions annuellement; 1907: 36 millions), aux exigences, en nouveaux modèles, de la clientèle de notre modeste marché, et Ton se rendra compte de la tâche difficile qui incombe à cette industrie. Cette tâche ne peut être résolue d'une manière satisfaisante, à l'intérieur, que par l'extension de la fabrication d'articles courants et, au dehors, par la création de nouveaux débouchés. Aussi est-ce dans cette voie que l'industrie de la laine s'engage. Depuis la guerre sino-japonaise de 1894, nos fabriques suisses approvisionnent pour une bonne part le Japon en satins, mérinos et mousselines laine, et dès la guerre russo-japonaise de couvertures. Notre exportation totale de tissus de laine s'est élevée ces dernières années à 7j 2 et 8 millions de francs, dont à peu près 3 pour le Japon.

A la faveur de la mode et de prix abordables, Y industrie de la bonneterie tend aussi à prendre de l'essor. L'exportation annuelle de ces articles représentait autrefois une somme de 6 à 7 millions. Aujourd'hui elle dépasse les dix millions par an, tandis que l'importation d'articles similaires qui était autrefois de 41/-, millions, n'a augmenté depuis 1905 que de 1 à 2 millions.

Dans nos villes les plus importantes, comme par exemple à Zurich, Baie, Genève, St-Gall, on commence à développer sérieusement l'industrie des confections; cependant, nos importations pour ces articles ne cessent pas d'augmenter. Evaluées jusqu'en 1904 à 20 millions de francs ou à peu de chose en plus, elles se chiffrent de 1906 à 1908 par 31,4, 34,5 et 39„ millions ce qui, au moins en partie, est dû aux évaluations plus exactes, basées dès 1906 sur les subdivisions plus minutieuses du nouveau tarif douanier.

Il en est de même pour la chapellerie et les modes proprement dites dont l'importation évaluée jusqu'en 1905 à 3 et 4 millions figure dès 1 906 dans nos statistiques par 7 à 8 millions de francs par an.

Nous devons enfin citer ici le tressage de la paille, pratiqué dans les cantons d'Argovie (centre à Wohlen) et de Fribourg (Gruyère). En chiffres ronds, les exportations de cette industrie se sont élevées, de 1897 à 1906, à 12 millions de francs annuellement (9 à 10 millions seulement en 1907 et en 1908, mais 15 millions à peu près en 1909). Ce chiffre de 15 millions se répartit de la manière suivante: tresses de paille, 2,8fi millions; pailles fines, 11 millions; chapeaux, etc., 945,000 francs.

La valeur marchande des produits manufacturés exportés par les industries textiles de la Suisse s'est élevée, en 1907, à 521 '/« millions de francs. Si nous ajoutons à cette somme les 69 millions provenant de l'exportation de matières premières (réexportation de soie grège, moulinée, etc.), nous constatons que les industries textiles participent pour plus des 3/ô à la valeur totale des exportations de produits fabriqués suisses et nous voyons aussi que ces exportations constituent à elles seules la presque moitié des exportations totales de la Suisse. Ce groupe d'industries est donc de beaucoup le plus important de notre activité.

Passons maintenant à celui qui s'en rapproche le plus quant au chiffres d'affaires.

B. Industrie métallurgique.

Les exportations de produits de cette industrie accusent un chiffre de 273 1/2 millions pour l'année 1907. Les métaux non précieux figurent dans cette somme pour 109 '/2 millions (1901: 59 millions), les métaux précieux et l'horlogerie pour 164 millions (1901: 141 millions). Ces chiffres témoignent suffisamment de la force vitale de ce groupe d'industries et de l'activité qui y règne, surtout si l'on tient compte du fait que le sol suisse ne fournit aucune des matières premières, que la houille et le fer doivent être tirés à grands Irais du dehors. Toute proportion gardée, l'industrie des métaux précieux est plus pratiquée en Suisse que dans n'importe quel autre pays.

V. L'industrie de la Suisse romande, surtout celle des métaux précieux.

La grande industrie de la Suisse française se voue principalement à une spécialité de la fine mécanique, à la fabrication de la montre. A cette branche principale se rattachent de nombreuses industries accessoires, parmi lesquelles on peut citer l'invention et la fabrication des outils et machines d'horlogerie, la construction d'appareils très divers de contrôle et de précision (chronomètres de marine, horloges astronomiques, pédomètres, montres-contrôle, pièces à musique, appareils de mécanique, de physique, de chirurgie, etc.).

La bijouterie et la joaillerie de Genève prennent place au second rang des industries de la Suisse romande. Avec ces industries proches parentes de l'horlogerie, on peut grouper la ciselure et les émaux artistiques des boîtes de montres, la fabrication des chaînes de montres, des breloques, des médaillons, etc., et la taille des pierres fines. Genève possède d'importantes fabriques de machines, et la Suisse française en général prend une part très active aux progrès des

industries mécaniques. Hors Genève et son canton il existe d'importants établissements mécaniques à Vevey et à Bienne, à Vallorbe (limes) et à Yverdon (vis), à Cortaillod (câbles), à Reconvilier (laiton). L'automobilisme est cultivé à St-Blaise et à Neuchâtel, à Lausanne, à Nyon, mais surtout à Genève, la fine mécanique et les appareils électriques, etc., à Neuchâtel. Pour la fabrication d'outils et de machines outils pour l'horlogerie voir ci-dessous page 84 et quant à l'électrochimie de Monthey, de Gampel, de Chippis, de Jussy, etc., voir p. 99.

En dehors des industries métallurgiques énumérées cidessus, la Suisse romande s'occupe en premier lieu de la production des substances alimentaires et des boissons. Les minoteries de Carouge-Plainpalais et de Vevey, de Serrières, de Chaux-de-fonds, etc., fournissent des farines ordinaires ; à Vevey on fabrique en outre des farines lactées et en premier lieu, de même qu'à Payerne, Avenches et Guin, du lait condensé. Saxon produit des conserves de fruits et de légumes. Serrières, le Locle, Lausanne, Vevey, Montreux, Versoix, Nyon, Broc, Villars fabriquent du chocolat, Versoix et Genève des bonbons, Genève du verrnout, et on se livre un peu partout à la fabrication de diverses liqueurs. La distillation d'absinthe du val de Travers devra cesser sous peu par suite de la prohibition de cette boisson en Suisse. Les manufactures de tabacs et cigares sont florissantes à Vevey, Payerne, Grandson, Boncourt, Sion, Monthey et Genève. Lausanne et Vevey ont des tanneries importantes qui livrent des cuirs de choix. Mentionnons enfin les fabriques de bouteilles à Semsales et à Monthey (voir p. 17) et celle des bouchons à Versoix.

En revanche, et contrairement à ce que l'on constate dans la Suisse allemande, l'industrie textile est complètement reléguée à l'arrière-plan. L'impression des toiles d'indienne, si importante à Genève et à Neuchâtel aux XVIIe et XVIIIe siècles, a dû céder le pas à la concurrence relativement récente de Mulhouse et de Glaris. La fabrication des dentelles,

autrefois si florissante dans le canton de Neuchâtel, n'entre non plus en ligne de compte. En ce qui concerne les couvertures de La Sarraz voir ci-dessus page 69.

La Suisse romande doit la création de sa belle industrie, de l'horlogerie (exportations en 1906 et 1907, années du maximum: 150 millions de francs), à la même cause qui a valu l'industrie textile à la Suisse allemande, c'est-à-dire aux migrations provoquées par la Contre-Réformation. En 1587, Charles Cusin d'Autun (Bourgogne) l'implanta à Genève, et deux ans plus tard les horlogers y étaient déjà organisés en corporation, avec des règlements sévères concernant l'apprentissage, la maîtrise, etc. Marchant de pair avec les orfèvres, les horlogers de Genève virent leur métier prospérer rapidement. En 1685, ils étaient au nombre de 100, occupant 300 ouvriers, et la production annuelle était de 5000 montres. A la même époque, on comptait 80 orfèvres avec 200 ouvriers. Le nombre des patrons horlogers s'élevait à 800, celui des ouvriers à 3000 en l'an 1760; en 1793, on comptait 1000 patrons et plus de 2700 ouvriers. Cependant, un arrêt se fit bientôt sentir. A l'époque napoléonienne, l'horlogerie commence à se répandre en Savoie, dans la vallée de Joux et au delà de la frontière bernoise (manufactures Japy à Beaucourt), mais c'est Genève qui fournit toujours les finissages. En 1869, 7000 ouvriers horlogers genevois produisaient pour une somme annuelle de 11*/, millions ; en 1 886, 10,000 ouvriers étaient occupés dans 300 fabriques et ateliers. Depuis lors, une nouvelle décroissance de Thorlogerie genevoise se manifesta. Le dernier recensement genevois des métiers (fait en 1896, résultats en 1902) permet de constater que le nombre des ouvriers occupés aux différentes parties de l'horlogerie n'était plus que de 1774 (1888: 2500), et l'on estime qu'il n'y en avait pas plus de 1000 en 1902. Le recul numérique a sa cause essentielle dans le refus opiniâtre de l'industrie genevoise de se livrer à la production en masse. La montre or de Genève a su conserver sa réputation, tant pour son exécution soignée

que pour le cachet distingué que lui procurent sa gravure, ses ciselures, ses émaux et ses pierres fines. —

L'industrie horlogère à pris un essor beaucoup plus libre dans les hautes vallées de la partie centrale de la chaîne du Jura. Ce n'est qu'environ 100 ans après l'arrivée de Cusin à Genève que l'horlogerie neuchâteloise fut créée par le génie d'imitation de Daniel-Jean Richard originaire de la Sagne et du Locle. Appelé à réparer la montre londonienne d'un maquignon rentré au pays, Daniel-Jean Richard, apprenti serrurier, alors âgé de 15 ans, en comprit le mécanisme et devint le premier horloger neuchâteiois. Il s'établit plus tard au Locle et enseigna son art à ses cinq fils. Bientôt cette nouvelle industrie florissait dans les hautes vallées au climat rude de la Chaux-de-Fonds, du val de Ruz et du val de Travers. En 1752, 11 ans seulement après la mort de Daniel-Jean Richard, on comptait déjà 466 horlogers dans les montagnes neuchâteloises. Il y en avait 2177 en 1781, 4000 en 1802, 13,706 en 1866 (production annuelle: 800,000 pièces) et 14,629 en 1888. La production annuelle atteignait, en 1901, 4 millions de pièces sur un total de 7 millions de la production de l'horlogerie suisse en général.

Vers le milieu du XVIIIe siècle, Samuel-Olivier Meylan introduisit l'horlogerie dans la vallée de Joux. On y travaillait principalement pour la place de Genève. Du vallon de St-Imier, cette industrie se propagea aussi, vers la fin du XVIIIe siècle, dans la prévôté de Moutier relevant encore del'évêque deBâle. A cette époque, l'horlogerie occupait déjà 10,000 ouvriers, dont près de la moitié à Genève.

Malgré la crise de l'époque de la Révolution et le discrédit momentané dans lequel tomba la montre neuchâteloise, par suite de la grande production à bas prix à laquelle on se livra surtout dans le Jura bernois, l'horlogerie suisse a cependant su conquérir la première place sur le marché universel. Plus forte et plus prospère de génération en génération, elle prit incontestablement le premier rang dès l'exposition de Londres, en 1851. Du Jura romand, elle

passa en premier lieu à Bienne, et ensuite dans les cantons de Soleure et de Baie-Campagne, à Granges. Soleure, Laengendorf et Waldenburg. Elle reçut une grande expansion par l'apparition à la Chaux-de-Fonds (1860) de la montre simple et à bas prix 20 fr.) appelé Eoskopf. Cet article mettait la montre suisse à la portée de toutes les bourses. Depuis 1885, le nombre des montres expédiées au dehors a plus que triplé ; l'augmentation a été particulièrement forte à partir de 1898, et elle porte surtout sur la montre ordinaire dont la production s'est élevée au nonuple et la valeur des exportations au quadruple de ce qu'elles étaient auparavant. Exportations des montres:

1665 1380 1898 ISOI

M. cr ou à mouvement

compliqué . .

argent . . .

aîres . . .

Tctî

il 2*735,080

ISC7

ÎS08

M. or ou à mouvement

compliqué . .

* argent ...

autres . . .

Tctf

kl 8*634.252

an o ~C

La valeur déclarée s'élève, en millions de

francs, à:

1833 iSOi

ISG8 ISG3

Montres or, etc. .

» argent

> nickel . .

Mouvement, pièces

détachées, pierres,

outils, etc. . .

Total 82,00 104,00 105,30 130». 152.9 151,9 181,9 129,4

tandis que les prix moyens, par pièce, baissaient comme suit (valeurs en francs):

Montres or . . . 66,I3 63.83 52,, 7 52.^ 56.50 58,i4 58.30 57,0t argent . 20,39 17,0l 12;68 11„8 12.44 12.75 12.59 12,14 nickel, etc. 11,9I 10,26 8,e5 8.î6 6,4 6,3S 6,34 5.C7

On attribue la moitié de la valeur totale au canton de Neuchâtel. La Chaux-de-Fonds est le centre horloger par excellence. Ce village, le plus grand de la terre, situé à une altitude d'environ 1000 m, comptait à peine 5000 habitants (1384 horlogers) au début du XIXe siècle. Il avait, en 1901, une population de 36,000 âmes; 7518 horlogers y étaient occupés par 294 maisons. C'est de Chaux-de-Fonds que part à peu près la moitié des exportations horlogères annuelles de la Suisse, ce qui équivaut à 60/70 millions de francs environ. Pour l'article courant, c'est Bienne qui se rapproche le plus de Chaux-de-Fonds, mais pour les montres or c'est toujours Genève qui tient la tête, les ll/i2 de la production de cette place étant des pièces or.

Somme toute, la Suisse produit beaucoup plus de la moitié de toutes les montres fabriquées sur le globe. Tandis que les autres Etats producteurs ne travaillent guère que pour leur propre marché, les montres suisses sont, en grande majorité, destinées à l'exportation. Bon an mal an, les exportations de l'horlogerie suisse constituent les 90% du marché horloger universel. Valeur en millions de francs des exportations de montres et accessoires:

Export, de la Suisse . 101,60 102,50 112,60 123,01) 152,9 131,9 129,4

» des Etats-Unis .

» de l'Allemagne .

» de la France . .

Total pour ces 4 pays

producteurs . . . II0„ 113,, I2I,8 133 170 I43,7 I43,,5 Part afférente à la Suisse 92,3°/0 90,5°/0 92,45°/0 92,4°/0 90°/0 91,8°/0 90,3 °/0

En effet, il n'existe plus un seul pays sur terre qui ne soit en relations commerciales régulières avec la Suisse pour ses achats de montres. Nos meilleurs débouchés sont l'Allemagne (1906: 32,9 millions de francs) et l'Angleterre (17;57 millions) ; puis viennent, dans l'ordre de leur importance, la Russie (15), T Autriche-Hongrie (14,l6), les Etats-Unis (9:y4), l'Italie (9y4), le Japon (8), la Chine et la France

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(à peu près 5 millions pour chacune). En outre, les montres vendues en Suisse même et aux étrangers en séjour à Genève, Montreux, etc., constituent du 5 au 10 % de la valeur de l'exportation totale.

L'Exposition universelle de Paris, en 1900, a suffisamment démontré que la Suisse tient aussi la tête quant à la qualité des montres. A cette occasion, les exposants suisses ont généralement regretté que les nations rivales n'aient pas fourni les éléments d'un concours encore plus serré.

La stagnation qui se manifeste momentanément dans les exportations de l'horlogerie suisse n'a rien d'étonnant quand on songe à l'extension rapide qu'elles ont prise durant ces dernières années (de 86 et 88 millions en 1894 et 1895 à 131 millions en 1901 et de 120 millions en 1902/03 à passé 150 millions en 1906/07, donc augmentation de plus de 75 % en douze années). De par sa nature, cette crise ne peut cependant être de longue durée. L'augmentation constante de la population de tous les pays civilisés, le développement des réseaux de chemins de fer, la valeur toujours plus grande du temps, résultant, pour chaque individu actif, des progrès de la civilisation et de la luttepour l'existence, contribuent plus que l'usure ou la destruction au renouvellement incessant de la demande de nos montres.

Le développement imposant de l'industrie horlogère durant le XIXe siècle ne s'est pas accompli sans difficultés. Parmi les modifications importantes qui ont été apportées à cette branche de notre activité, il faut citer en premier lieu la transformation de l'industrie manuelle primitive, pratiquée à domicile, en industrie mécanique destinée à la production en grand et concentrée dans les fabriques.

Depuis l'époque de Daniel-Jean Eichard, la force et la caractéristique de l'industrie horlogère jurassienne résident dans sa décentralisation, c'est-à-dire dans une division du travail poussée à l'extrême. Plus de 150 parties différentes se complètent mutuellement. Il est évident que les spécialistes atteignent, dans ces conditions, une habilité incomparable..

Cette grande division du « travail en parties brisées » s'est reproduite de nos jours, sous une forme nouvelle, dans la fabrication mécanique. Au lieu de faire passer la montre d'atelier en atelier par cent mains différentes pour la remettre enfin à l'établisseur qui la termine, tout se fait dans le même bâtiment, sans perte de temps, sans frais de port et sans risques. L'exploitation mécanique a donc su conserver la division du travail; ce n'est que la séparation locale des diverses manipulations qui a dû lui céder le pas. Toutefois, l'industrie suisse est bien loin d'avoir renoncé de plein gré au système de l'établissage. Ce n'est pas sans hésitation, sans répugnance même, qu'on s'est lancé dans la nouvelle voie de l'exploitation mécanique. Et c'est cette hésitation qui a rendu possible et favorisé la concurrence que font les Etats-Unis à notre industrie horlogère depuis 1852. Il n'est pas sans importance d'approfondir cette question, et, à cet effet, nous devons nous reporter au début du XIXe siècle.

Déjà à cette époque, des efforts persévérants pour améliorer l'outillage avaient conduit à l'invention d'un certain nombre de machines-outils, de telle sorte qu'en 1804 la fabrique d'ébauches Sandoz & Trot, fondée à Besançon, fut transplantée à Genève. En 1812, Mme Vve Humbert en ouvrit une à Fontainemelon. Nous avons cité plus haut la grande 'usine Japy à Beaucourt.

La fabrication mécanique des ébauches («-le blanc») réalisait un progrès des plus importants, puisque c'est de cette partie que dépend la précision de la montre. Les autres branches, le cadran, les aiguilles, la boîte, la décoration, bien qu'ayant leur utilité, ne sont cependant que des accessoires, comparées à l'âme de l'instrument. Une condition essentielle manquait encore à la fabrication des ébauches; il fallait atteindre à une précision qui permît l'interchangeabilité absolue des différentes pièces.

Aussi est-ce au génie inventif de Georges-Auguste Leschot, à Genève (1800 à 1884), qu'il était réservé de

donner une impulsion encore plus grande à l'industrie horlogère. Après avoir inventé le mouvement ancre et différentes machines-outils pour la fabrication des ébauches qui permirent de procéder à un établissage basé sur une fabrication uniforme, Leschot monta, selon ses principes, la fabrique Vacheron & Constantin (1835 à 1837), et en 1838 cet établissement livrait la première montre construite complètement à la machine et à pièces interchangeables.

Malheureusement, le mouvement en faveur de la concentration de l'exploitation fut arrêté durant 40 ans. Il est vrai que de nombreuses machines pour la fabrication des ébauches et des pièces détachées, des roues, des pignons, des aiguilles et des boîtes furent inventées, mais les progrès réalisés par Leschot ne furent pas dépassés sensiblement, et la marche en avant fut bien lente jusqu'en 1875. Les déceptions dont fut abreuvé l'inventeur Pierre-Frédéric Ingold (1787 à 1878) de Bienne ont notamment coûté cher à notre industrie. Ingold inventa la montre-remontoir et toute une série de machines-outils plus ingénieuses les unes que les autres. Il chercha, mais sans succès, à réunir ces avantages dans une fabrique suisse. Eepoussé à Chaux-de-Fonds et à Genève, il se rendit à Londres. La fondation de la fabrique projetée échoua, là aussi, grâce à l'opposition des gens du métier qui avaient intérêt à maintenir le statu qno. En 1845, Ingold débarquait en Amérique, et, cinq ans plus tard, la première fabrique en état de livrer la montre terminée était en activité à Boston. Elle ne fut pas longtemps la seule. De retour en Suisse, Ingold se heurta encore à un refus du capital suisse en faveur de son entreprise. On ne se rendit compte de la situation qu'après 1870. Nos exportations de montres aux Etats-Unis allaient diminuant et l'exposition de Philadelphie vint enfin dessiller les yeux de tous : les Américains, par leur fabrication en grand, établie sans bruit, étaient sur le point de détrôner la montre suisse, du moins en ce qui concernait les genres ordinaires. Il ne restait dès lors qu'un moyen à l'industrie suisse pour réagir

avec succès contre cette concurrence menaçante: lui emprunter ses propres armes, inaugurer l'exploitation en fabrique. Et ce moyen fut adopté malgré la résistance acharnée des établisseurs, des ateliers et des ouvriers occupés à domicile, tous partisans de l'ancien système. Le succès répondit à l'attente, et, grâce à des perfectionnements incessants, on pourrait même dire, grâce à une révolution continuelle en faveur du meilleur outillage et des procédés les plus pratiques, l'horlogerie suisse a reconquis sa supériorité première sur le marché universel. L'exploitation mécanique a, en particulier, complètement conquis la fabrication de la bonne montre bourgeoise ordinaire à marche régulière, spécialement celle de la montre ancre. Dans ce domaine, elle est non seulement à même de fournir le mieux, mais encore le meilleur marché. Pour ce genre de fabrication, l'usine des Longines à St-Imier, les sociétés Oméga à Bienne, Diogène au Locle, Léonidas à la Chaux-de-Fonds viennent en première ligne.

Nous pouvons donc constater que l'industrie horlogère, décentralisée pendant 200 ans comme industrie manuelle à domicile, a été ramenée à son état primitif par la fabrication mécanique transformant le métal brut en montre terminée.

De nos jours, la fabrication en parties brisées occupe encore la grande majorité des horlogers. Les causes qui empêchent des progrès plus rapides dans le nouveau mode de fabrication doivent être recherchées, d'une part, dans le fait qu'un grand nombre d'ouvriers ne peuvent pas renoncer à l'habitude de travailler à domicile ou à l'atelier sous les ordres d'un patron, et d'autre part dans le fait que l'entreprise de l'établisseur n'exige pas des capitaux aussi importants que la fabrique: si son ouvrier jouit d'une plus grande liberté d'allures, il participe aussi aux frais de l'outillage et aux dangers des crises. Dans la fabrique, tout le poids de ces deux derniers facteurs retombe sur le fabricant.

Depuis quelques années, l'espoir des chefs d'atelier d'être toujours à même de concourir avec la grande industrie a

été renforcée par la diffusion de la force motrice si commode de l'électricité. Le rapport annuel du Vorort de FUnion suisse du Commerce pour 1901, après avoir relaté la fondation de plusieurs ateliers et fabriques, s'exprime comme suit à cet égard (p. 183) : « Sans pouvoir dès aujourd'hui prédire la fin absolue et prochaine de l'ancien mode de fabrication, on peut cependant dire qu'il cède peu à peu la place à la fabrique et que l'avenir est à ceux qui sauront adapter à la production des montres les procédés mécaniques les plus perfectionnés. Cette nécessité ne comporte pas obligatoirement l'agglomération de centaines d'ouvriers dans les grands établissements, comme c'était le cas alors que l'eau ou la vapeur étaient les seules forces mises à la disposition de l'industrie. Aujourd'hui, l'énergie électrique est distribuée partout et permet la création de petits ateliers qui, bien outillés et bien dirigés, peuvent sinon remplacer la manufacture, du moins en préparer l'avènement et faciliter la période de transition dans les contrées où l'on est encore réfractaire à la notion de fabrique. »

Il n'est cependant guère probable que le mouvement de concentration diminue de nouveau en faveur de la décentralisation. Quand le monde ouvrier s'oppose par trop à la fondation des fabriques, on voit celles-ci s'élever en dehors des limites où l'industrie horlogère était localisée. C'est pourquoi les nouveaux postes avancés du côté du nord-est accusent, pour le travail en fabrique et en même temps pour la montre ordinaire une proportion plus forte que ce n'est le cas dans les anciens centres de cette industrie. Le canton de Berne comptait en 1901 9997 ouvriers horlogers travaillant en fabrique, celui de Soleure en avait 3754, tandis que celui de Neuchâtel n'en avait que 6498, celui de Vaud 927 et celui de Genève 1131, Bâle-Campagne 453 et tous les autres cantons 1123.

Le recensement du 1er décembre 1900 nous apprend que 52,752 personnes se vouaient alors à l'industrie horlogère et que 115,617 personnes en vivaient. Des 52,752 per-

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sonnes occupées dans cette industrie, 38,893 se vouaient exclusivement à ce métier. Les 2/a de ces 52,752 appartenaient au sexe masculin. En 1888 28,000 horlogers étaient occupés dans les petits ateliers ou travaillaient à domicile. Depuis lors, la production de l'horlogerie suisse a plus que doublé. En 1888, 15,000 ouvriers travaillaient en fabrique ; la statistique des fabriques en mentionne 23,883 en 1901 et le recensement des professions de 1905 en énumère 37,843 et 11,988 seulement occupés à domicile. Le nombre total des ouvriers proprement dits aurait donc augmenté de 38,893 à fin 1900 à 49,831 au mois d'août 1905. Pour 1906 et 1907 il faut sans doute en ajouter encore quelques milliers.

La partie essentielle de la montre, le mouvement, soit «le blanc», est tiré, de nos jours, presque exclusivement des fabriques. Il faut cependant faire une exception pour ceux des montres de luxe, ceux de la Vallée de Joux par exemple. Mais il est des branches de l'horlogerie qui n'ont pas encore été accaparées par l'exploitation mécanique des fabriques et qui se poursuivent toujours dans des ateliers spéciaux qui cependant peuvent être réunis à des fabriques. Dans cette catégorie, citons la fabrication des aiguilles, celle des cadrans, des ressorts, des boîtes or, le polissage, le perçage et le finissage des vis, le sertissage, le remontage, le réglage, l'oxj'dage et le dorage. Une bonne partie de ces travaux sont dévolus aux femmes. Le remontage, confié exclusivement aux hommes, est exécuté en fabrique, pour faciliter le travail du visiteur. Enfin, toutes les parties qui, comme la décoration par la ciselure, la gravure, la peinture sur émail, les pierres précieuses, etc., exigent le concours de l'intelligence, du sentiment esthétique et de l'habileté technique sont également restées en dehors de l'exploitation mécanique.

Du reste, dans les familles et dans les petits ateliers, on ne s'occupe plus guère que du terminage, du finissage ou de spécialités accessoires. Ces ouvriers sont tantôt des planteurs d'échappements qui se procurent les assortiments (ancre et roue d'échappement) dans les fabriques, et les fixent, de

même que le balancier, dans l'ébauche, soit des pierristes, sertisseurs, emboîteurs, doreurs, fabricants de cadrans, émailleurs, poseurs de glaces, monteurs de boîtes, polisseurs, graveurs, guillocheurs ou encore remonteurs, repasseurs, régleurs, etc.

Selon le verdict du jury de l'Exposition universelle de Paris en 1900, la Suisse occupe le premier rang pour la taille des pierres fines, pour les spiraux, les cadrans et les aiguilles, et elle a accompli des progrès remarquables dans la fabrication des boîtes. En outre, tout ce qui concerne le travail artistique et de précision reste aujourd'hui encore du domaine de la main-d'œuvre et de Tétablissage. Tel est le cas surtout pour les pièces de précision extrême.

L'établisseur n'est plus, comme autrefois, le patron d'un nombre plus ou moins grand d'ouvriers travaillant à domicile ; il devient de plus en plus assembleur, achetant, groupant, concentrant les ébauches et accessoires que les fabriques et les ateliers lui fournissent selon sa convenance. Et même l'ouvrier à domicile se transforme de plus en plus en assembleur, finisseur ou artiste.

Quant aux diverses branches principales du travail manuel, il y a lieu de faire remarquer ce qui suit:

1° Les aiguilles se font toujours encore à la main. Chaque fabrique produisant ses genres spéciaux de montres, il serait onéreux de monter un atelier pour la seule fabrication des aiguilles, aussi cette partie-là est-elle abandonnée à des établissements spéciaux.

2o Chaux-de-Fonds a la spécialité des boîtes or ; 70 à 75 % des poinçonnements de ce genre se font sur cette place. Les Etats-Unis, avec leur boîtes or-éledro, d'un titre excessivement faible, ont, par intervalles, fait une concurrence préjudiciable à cette partie.

3° La taille des pierres pour montres est pratiquée dans le canton de Yaud, principalement à Lucens et dans la Vallée. Nous tirons les grenats bruts, dits «rubis», surtout de l'Asie orientale et de Bohême. Les exportations de ces articles en état égrisé se sont élevées, en 1907, à 3V3 millions de francs.

4° Plusieurs usines du Val de Travers, occupant de 300 à 400 ouvriers, s'adonnent à la fabrication (¥ outils d'horlogerie. Elles exportent annuellement pour '/a million, mais elles sont en butte, dans notre propre pays, à la concurrence de l'Allemagne et à celle des Etats-Unis. — Les machines dont l'industrie liorlogère dispose aujourd'hui travaillent avec une telle exactitude qu'il n'est plus nécessaire de retoucher les produits, comme c'était le cas précédemment. Leur bienfacture est même supérieure à celle des objets sortant d'une main habile. En effet, le travail en parties brisées est exécuté par des douzaines de machines spéciales pour chaque petite partie, de sorte que la production mécanique se décompose dans la fabrique, comme précédemment dans la main-d'œuvre, en ses éléments les plus primitifs. De plus, comme il a été rappelé ci-dessus, l'interchangeabilité absolue des diverses parties et des outils constitue une facilité considérable. Ces progrès de la mécanique permettent de dire que le travail des fabriques s'exécute actuellement avec un outillage en quelque sorte intelligent et scientifique.

5° Si les mouvements ordinaires faits à la main sont surpassés par ceux qui sortent de la machine, il n'en est pas de même pour les pièces de précision les plus perfectionnées, les chronomètres et les montres de précision de dames, pour lesquels le travail à la main est non seulement plus efficace^ mais assurément indispensable.

Les progrès les plus importants concernant la précision des appareils destinés à mesurer le temps ont été marqués, d'abord, par la construction de grands chronomètres de marine, exécutés d'après les principes que Ferdinand Berthoud, de Plancemont près Couvet (1727 à 1807), exposa dans ses écrits. Emigré à Paris en 1745, Berthoud y parvint à une position élevée. Jacques-Frédéric Houriet (1743 à 1830) et plus tard Henri Grand] ean mirent en pratique les théories de Berthoud. Les principaux perfectionnements apportés au chronomètre de poche sont dus à Jules Jurgensen qui, comme Houriet et Grandjean, était originaire

du Locle. De nos jours encore, les appareils de précision du Locle et ceux de Fleurier sont, avec ceux de Genève, les plus renommés. Les observatoires cantonaux de Neuchâtel et de Genève contrôlent minutieusement la marche de ces instruments et établissent, pour chacun d'eux, un bulletin conforme aux observations. Les exportations de montres à répétition, de chronographes et de chronomètres de marine se sont élevées, en 1907, à 2,23 millions de francs. Pour cette spécialité, la Suisse peut également revendiquer le premier rang.

Les écoles d'horlogerie suisses sont, pour la plupart, communales, mais elles jouissent de subventions cantonales et fédérales. Celle de Genève date de 1824, celle de Fleurier de 1851, celle de Chaux-de-Fonds de 1865, celle de St-Imier de 1866, celle du Locle de 1868. Neuchâtel (1871), Bienne (1876), Porrentruy (1884\ Soleure (1885) et le Sentier en possèdent également. La gravure, la ciselure, la peinture sur émail, etc., sont enseignées dans les écoles professionnelles de Genève (fondée en 1877), de Chaux-de-Fonds (1870), du Locle, de Neuchâtel et au technicum de Bienne.

La fabrication des pièces à musique pratiquée à Sainte- Croix, dans le Jura vaudois, a plus d'un point de contact avec l'horlogerie. Genève en fut le point de départ comme elle fut la source de l'horlogerie soignée de la Vallée (voir Wartmann: Industrie und Handel der Schweiz im XIX. Jh.} p. 56). Au début, tout le secret de cette industrie consistait en un mouvement d'horlogerie combiné avec un mécanisme à musique des plus simples. Cette branche d'activité ne tarda pas à conquérir son indépendance, grâce aux nombreuses applications que l'on sut faire de ces deux éléments, soit dans la bijouterie, soit dans les procédés aussi ingénieux que variés que l'on inventa pour habiller l'appareil. On fabriquait des pièces à musique aussi bien à Genève qu'à Ste-Croix; cette dernière localité est citée dès 1811 pour

ce genre de produits dont la vente procura bientôt l'aisance à toute la population de la contrée et dont la fabrication occupa un nombre toujours plus grand de bras. Jusqu'en 1893 et en 1895, les exportations annuelles des pièces à musique dépassaient 3 millions de francs ; maintenant, elles atteignent à peine 900,000 francs. Le recul affecte aussi bien Ste-Croix que Genève. La même cause qui avait mis en danger l'industrie horlogère en Suisse à fait péricliter l'industrie des pièces à musique à Genève et à Ste-Croix: l'obstination des fabricants à ne pas vouloir, comme leurs concurrents, recourir aux procédés mécaniques qui permettent, à l'aide de rubans de papier ou de métal, de reproduir des morceaux de musique à un prix excessivement réduit. Depuis 1898, la fabrication des phonographes est venue se greffer sur celle des boîtes à musique. Son exportation va croissant d'année en année et atteint en 1909 le chiffre de 1,8 million de francs.

Nous avons déjà eu l'occasion de mentionner la prospérité de la bijouterie et de l'orfèvrerie genevoises à propos des débuts de l'horlogerie. Vers le milieu du XIXe siècle, la fabrication des chaînes or et plus tard la taille des pierres fines vinrent étendre avantageusement le cercle d'activité de l'antique industrie de la ville du Léman. De grands efforts souvent couronnés de succès ont été faits à Genève dans le courant du siècle dernier pour imiter les maîtres français. La concurrence de l'Italie et de l'Allemagne, surtout pour les articles courants et légers, fut cependant très vive. Genève sut conserver sa supériorité pour les marchandises de qualité moyenne exécutées avec goût.

En 1834, 300 ouvriers bijoutiers étaient occupés à Genève dans 50 ateliers; en 1867, après l'introduction de la fabrication de la chaîne or, on comptait 479 ouvriers et 40 ateliers. Le développement ne s'est pas arrêté là: le nombre des ouvriers et des patrons s'élevait à 1022 en 1888, mais, en 1896, il était tombé à 753 (dont 95 patrons ou ouvriers indépendants) se répartissant de la manière sui-

vante : lapidaires 307 (patrons ou ouvriers indépendants 14), bijoutiers 296 (50), joailliers 62 (5), peintres d'émaux 35 (6), orfèvres 23 (10), tailleurs de diamants 23 (3\ autres tailleurs de pierres fines 7. On estime qu'il y a aujourd'hui plus de 600 ouvriers occupés dans ces différentes branches. En revanche, l'industrie concurrente de Pforzheim a vu le nombre de ses ouvriers passer de 9 à 10,000 en 1890, à 15 ou 16,000 en 1900/1901.

Il est bon de faire remarquer qu'à Genève on ne vise pas exclusivement au bon marché de la marchandise allemande ; on marche plutôt dans la voie de l'industrie française qui est supérieure comme goût et comme qualité, et l'on s'applique à emprunter à l'art nouveau ce qu'il a de meilleur, sans tomber dans les extravagances de certains innovateurs.

Les exportations déclarées de la bijouterie et de l'orfèvrerie de Genève s'élèvent annuellement à une valeur de 10 à 11 millions de francs, et l'on pense que les exportations personnelles non déclarées, faites par les représentants de maisons étrangères, et la vente directe aux hôtes en séjour (chaînes et parures en or et pierres fines, etc.) se chiffrent par plusieurs millions de francs. L'exportation totale de ces produits doit être évaluée aux 9/io de ^a production. Nos importations déclarées de bijouterie (1907: 8,3, 1908: 9,4, 1909: 9,7 millions de francs) se composent principalement d'articles en argent provenant de France ou d'Allemagne.

Pour le reste de la Suisse c'est depuis longtemps Schaffhouse qui l'emporte en matière d'orfèvrerie sur Lucerne et les trois villes principales de la Suisse allemande. L'on y trouve trois usines occupant 150 ouvriers.

Les lois de 1880 et de 1886 sur le contrôle, pour le moment encore facultatif, des matières d'or et d'argent et sur la vente des déchets de métaux précieux ont exercé une influence salutaire sur l'horlogerie et la bijouterie en général.

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