DES HABITUDES D’INTEMPÉRANCE
Adressez-vous à l’homme, au fond même de ses idées et de ses sentiments. Mais ne le prêchez pas seulement, aidez à ses bonnes résolutions. Intéressez l’ouvrier ^ l’épargne. Contribuez à lui donner une instruction plus solide, des goûts sains et variés, l’amour des distractions honnêtes ; ouvrez-lui les perspectives de la propriété, si modeste qu’elle soit, et de la famille dans des conditions où elle ne lui apparaît pas toujours aujourd’hui. Supprimer entièrement le mal est sans doute au-dessus des forces humaines, mais le réduire de beaucoup en agissant sur l’esprit, la volonté, les habitudes de l’ouvrier, par le conseil, l’exemple, la sollicitude affectueuse, les institutions qui développent le sentiment de la responsabilité, de la dignité individuelle, de la prévoyance, n’est pas un problème insoluble ; il n’a rien qui surpasse la bonne volonté et le pouvoir de notre société. La philanthropie bien entendue est un art. Le secret de bien faire le bien ne se révèle pas en un jour. Presque toujours on s’est trompé sur les moyens. Ou bien on se bornait à des conseils, à des sermons excellents, mais le plus souvent peu efficaces ; ou bien on encourageait le mal sans le vouloir, par des systèmes d’assistance qui laissaient l’individu tel qu’ils le trouvaient, et quelquefois le rendaient encore plus paresseux, plus imprévoyant, plus dissipateur. On s’y prend mieux aujourd’hui; on saura mieux s’y prendre plus tard.
Je vous ai retenus longtemps sur d’affligeantes peintures, je vous ai parlé un langage austère. Ne me le reprochez pas. La vérité est une dette dont nous devons tous nous acquitter les uns envers les autres. J’ai essayé de ne blesser personne, pas même l’intempérant. J’ai voulu avertir tout le monde. Il faut qu’on sache où est le mal, où est l’obstacle au progrès. N’accusez pas la société. Jamais elle n’a été aussi disposée à \mus venir en aide. On vous parle, pour améliorer votre condition, de la puissance de l’association appliquée au travail et aux capitaux. Plus d’une fois, ici même, j’ai exprimé toute l’espérance que je mettais dans ces moyens d'instruction populaire, de prévoyance, de crédit, qui aboliraient l’extrême ignorance et ne laisseraient querarement subsister
ÉCONOMIE POLITIQUE POPULAIRE’ f
1 extrême misère, surtout quand l’ouvrier n’en est pas la '
cause volontaire. Mais, je le déclare hautement, tous ces moypns ne seraient d’aucun effet si les ouvriers ne travaillaient à se corriger eux-mêmes. Toute réforme économique a besoin de s’appuyer sur une réforme morale. Nous voulons réformer le monde; réformons-nous avant tout »
nous-mêmes. En faisant entendre un tel langage, onac- !
quiert moins de popularité qu’en promettant aux ouvriers plus qu’on est en état de tenir; mais cette popularité bruyante, et presque toujours passagère, vaut-elle l’estime qu on obtient d’eux et la conscience qu’on a de se rendre utile? Les travailleurs peuvent un moment se laisser seduire ; ils ont heureusement un fond de bon sens que rien n altère. Ils reconnaissent la vérité à son accent, et !
ils aiment qu’on leur parle à cœur ouvert. Leur cœur et '
leur raison ont déjà pris parti contre l’intempérance, et i
approbation qu’ils donnent aux voix qui condamnent des entraînements funestes, sont, vis-à-vis d’eux-mêmes un
enpgement moral, et le symptôme d’une amélioration
qui ne saurait se faire attendre. f
LE MARÉCHAL DE VAUBAN