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CHAPITRE Y

EFFETS DE L’ÉCHANGE SUR LA PRODUCTION DES RICHESSES ET SUR LE TRAVAIL NATIONAL.

L’influence de la liberté commerciale sur la production des richesses, son action sur le travail qui nourrit les peuples est de toutes les considérations de l’économie politique la plus importante et la plus décisive ; c’est elle qui décide le plus directement du sort d’un pays et des hommes qui l’habitent ; c’est le travail d’une nation , c’est l’habileté qu'elle acquiert dans la création de toutes les choses utiles qui fondent son bien-être matériel , sa force politique , son indépendance , sa suprématie ; c’est le savoir appliqué qui est la source la plus féconde du perfectionnement moral et physique des hommes. Nous devons donc nous attacher avec le plus grand soin à constater quelle sera l’action de la liberté des échanges sur la production d’un pays , sur l’occupation fructueuse des populations. C’est là le fait qui doit être le sujet spécial des préoccupations des hommes chargés de présider aux destinées des nations.

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Les partisans de la liberté complète du commerce ont parfaitement compris que ce qu’il y avait de plus essentiel pour leur doctrine , c’est de prouver qu’en l’absence de toute protection , la production de l’universalité des peuples ne pouvait subir aucune atteinte fâcheuse ; nous avons vu que c’est sur ce point qu’ils ont réuni toute la force de leurs arguments. Ils ont cherché à démontrer que les échanges devenus parfaitement libres enrichiront tous les peuples , que le travail sera conservé ou seulement modifié, que si momentanément il devait subir quelque interruption , il serait bientôt régénéré.

On ne saurait nier que le commerce ne soit fréquemment une source de richesses pour les nations. Si les avantages qu’il procure n’étaient réels , s’ils n’étaient considérables en certaines occurrences, on n’aurait certes pas tenté de les généraliser, de les déclarer permanents , indestructibles , et de faire de ce fait la base d’une théorie dont le but est de briser toutes les barrières qui pourraient le gêner, de l’affranchir de toute restriction ; on n’aurait pas proclamé qu’aucun bien ne pouvait résulter des mesures prises pour circonscrire le commerce dans certaines limites, qu’aucun mal ne pouvait résulter de son entière liberté. On conçoit donc qu’on ait voulu lui ouvrir le plus vaste champ , qu’on ait désiré forcer chaque peuple à s’adonner exclusivement aux arts que la nature semble lui avoir réservés. 11 n’est rien de plus séduisant, en effet, que de chercher à faire produire à chacun ce qu’il sait le mieux faire ; il semble alors que tout homme devra être le mieux pourvu , car il aura à donner les

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produits qu’il sait créer avec le plus de perfection , avec le plus d’abondance , il aura à demander ceux que l’étranger sait confectionner aussi avec le plus de facilité ; chacun pourra donc être approvisionné au prix le plus bas. On verra ainsi des nations arriver à la plus haute prospérité qu’il leur soit permis d’atteindre; on verra des contrées se couvrir d’une population tout à fait hors de proportion avec leur étendue , atteindre un degré do splendeur et de puissance qu’on n’aurait pas osé espérer rencontrer sur un si petit espace. L’histoire a montré, en effet, des peuples qui semblaient s’élancer hors des étroites limites dans lesquelles la nature les avait enfermés, et alimenter par le commerce un nombre de citoyens infiniment supérieur à celui que leur sol pouvait nourrir, et cela se conçoit : si une nation crée des objets utiles , et remplit des fonctions industrielles d’une manière si éminente que les autres soient ses tributaires, par l’échange elle obtiendra tous les objets qui sont nécessaires à la vie ; si ses créations peuvent être en quelque sorte infinies, le nombre d’individus qui la composent ne sera pas borné par l’étendue du territoire qu’elle habite, mais seulement par la quantité de produits que les étrangers peuvent accepter et par la quantité d’objets d’échange qu’ils peuvent fournir. Ainsi l’on voit se concentrer sur certaines parties du globe d’énormes agglomérations d’hommes, on y voit des multitudes aussi grandes, pour ainsi dire, que la terre puisse les porter, et pour qu’elles prennent un essor nouveau, il n’est pas nécessaire d’étendre leurs champs et leurs moissons, il suffit d’ouvrir une mine,

d’installer un métier ou de construire un navire. Ainsi nous avons vu la Hollande acquérir une grandeur qui fut bien supérieure à celle que comportait son territoire arraché aux flots, et qui lui permit de soutenir une lutte avec le grand roi qui donna son nom au XVII* siècle; ainsi nous voyons l’Angleterre, cette Ile d’une étendue médiocre, d’une fertilité non générale, remplir le monde de sa puissance , étendre ses conquêtes aux extrémités de la terre et porter son pavillon triomphant sur toutes les mers.

C’est le commerce , ce sont les bénéfices des échanges qui ont opéré ces prodiges; il est permis, en voyant les merveilleux développements de certains peuples commerçants, d’attacher une valeur infinie à l’industrie commerciale , de vouloir lui assurer tout l’agrandissement dont elle est susceptible , de prétendre briser tous les obstacles qui surgissent autour d’elle, d’abaisser toutes les barrières dans lesquelles on prétend l’enfermer. Mais la question est de savoir si les prétendus obstacles lui portent réellement préjudice ; s’il suffira de les aplanir pour amener les prospérités inouïes auxquelles on porte envie ; si on n’a qu’à décréter la liberté pour faire naître la supériorité, ou au moins la grandeur. La question est de savoir si cette liberté précieuse pour les uns ne sera pas pour les autres pleine de périls ; si elle ne sera pas une source de désastres, une infaillible cause de ruine. C’est cette question que nous devons nous efforcer de résoudre.

Évidemment on arrivera à une solution satisfaisante, non si l’on se contente de généralités plus ou moins spécieuses, plus ou moins saisissantes, mais si on ana-

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