EFFBTS DE L’ÉCH. SUR LE PERFECT. DU TRAVAIL
trine qui prétend imposer une règle unique, absolue au commerce des nations. Nous n’aurions pas besoin d’aller plus loin, car nous avons attaqué dans son essence la théorie inflexible du libre-échange. Mais nous n’en resterons pas là ; nous trouverons d’autres arguments encore contre le principe radical des free-traders; nous nous demanderons si, lors même qu’il serait vrai, ce que nous avons démontré inadmissible , qu’il n’y a rien à redouter pour la conservation du travail national, en abandonnant le système protecteur, il ne faudrait pas encore laisser subsister ce système, en maintes circonstances, par exemple, si la protection pouvait seule permettre le perfectionnement du travail et faire arriver sans secousse et sans sacrifice au but désiré; si elle était l’unique moyen de donner au travail une plus grande extension , de lui accorder une rémunération suffisante, de le choisir conformément aux nécessités du pays, d’en assurer la sécurité ; si , enfin , elle favorisait la meilleure distribution des richesses, la consommation la plus convenable, si elle défendait l’intégrité du capital national et son revenu. 11 nous semble que , quand même la conservation du travail serait considérée comme assurée, nous trouverions encore, dans les conditions qui viennent d’être énumérées, des motifs plus que suffisants pour repousser les exigences absolues d’une théorie que l’on nous donne comme l’expression d’une vérité mathématique; c’est ce qui est à examiner.
Nous commençons par étudier l'échange dans ses rapports avec le perfectionnement du travail.
La liberté des échanges doit évidemment empêcher
le perfectionnement des industries qui sont dans un état d’infériorité relativement aux industries étrangères, puisqu’elle les fait disparaître devant elle. Une protection plus ou moins élevée peut défendre leur existence.
Par son aide , on peut rendre les producteurs plus habiles , et plus ou moins prochainement capables de n’avoir rien à redouter de l’étranger; on obtient alors par des sacrifices actuels , des avantages futurs incontestables : on s’élève à la suprématie industrielle, on arrive au moins à l’égalité ; sans la protection temporaire on serait resté dans une infériorité indéfinie. On n’a pas besoin d’énumérer les avantages de conquérir l’habileté qui élève au premier rang : être plus habile c’est être plus indépendant , mieux pourvu de toutes choses , plus assuré du bien-être ; être habile dans une production , ce n’est pas seulement obtenir les avantages directs qu’elle procure , c’est aussi perfectionner toutes les autres , car toutes les industries sont pour ainsi dire solidaires entre elles ; un progrès amène mille progrès ; l’amélioration d’un travail excite et entraîne l’amélioration de tous les travaux. Devenir habiles, en maintenant l’état régulier des choses, c’est atteindre le but qu’on se propose , en évitant de brusques transitions ; c’est éviter les immenses perturbations et les douleurs qui affligent les populations au milieu des grandes rénovations industrielles ; c’est conserver les capitaux engagés dans les productions diverses, et ne point subir les mécomptes qu’on éprouve presque toujours lorsqu’on tente des transformations souvent impossibles.
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Il y a donc utilité de favoriser le perfectionnement du travail , de relever des industries qui sont restées en état d’infériorité , et de leur permettre d’arriver, dans un temps plus ou moins rapproché , à. un degré . de perfection qui donne la possibilité de rivaliser avec des concurrents autrefois redoutables : pour cela il faut leur accorder une protection suffisante ; on obtiendra ainsi et tout à la fois les avantages inhérents à certains genres d’industrie et le bon marché.
Nous n’avons pas besoin d’insister sur ce fait, il restera parfaitement évident pour tout le monde que le plus grand nombre des créations industrielles ne peuvent être conquises, et n’ont été conquises, qu’au moyen d’un privilège (que ce mot n’effarouche pas) d’autant plus étendu qu’on est plus arriéré. Il n’est qu’un moyen de les relever , c’est la protection. La protection , en effet , est nécessaire pour soutenir les premiers efforts des travailleurs qui pratiquent un art nouveau; ce n’est qu’en les mettant à l’abri de la concurrence écrasante des étrangers dont l’industrie est plus avancée , ce n’est qu’en leur donnant le temps d’achever une éducation indispensable , qu’on leur permettra d’améliorer leurs produits et d’acquérir une habileté suffisante pour lutter avec succès contre leurs rivaux. S’ils réussissent, l’établissement des - douanes aura causé une cherté relative , mais qui n’aura eu qu’un effet momentané , dont on sera largement indemnisé par les améliorations qu’aura obtenues le travail national.
D’abord leurs œuvres sont peu perfectionnées , peu profitables, peu dignes d’être conservées; mais par la
pratique, par un exercice soutenu, par une continuité d’efforts et d’études , par des encouragements judicieusement distribués , par l’aisance que procure l’accumulation des bénéfices , les productions doivent incessamment acquérir un plus grand degré de perfection ; elles doivent devenir plus lucratives, et en même temps plus économiques.
En tout il faut un apprentisage : on ne peut exiger que celui qui est à son début égale subitement ceux qui l’ont devancé dans la carrière; il ne peut travailler s’il doit supporter la concurrence de rivaux enrichis , habiles , favorisés par des circonstances diverses, travaillant en grand et faisant ainsi de notables économies sur toutes les dépenses, pouvant faire des sacrifices , et se résignant à livrer leurs produits audessous même du prix de fabrication , sûrs qu’ils sont de récupérer amplement les pertes qu’ils ont pu faire, aussitôt qu’ils auront écrasé les industries naissantes des peuples qui tendaient à s’affranchir de l’état de sujétion dans lequel ils sont retenus. Ces sacrifices, qui doivent consommer la ruine des industriels qui n’ont recueilli encore aucuns bénéfices , seront d’autant plus faciles à leurs rivaux qu’ils ont accru leurs capitaux, qu’ils ont amorti leurs usines, et qu’en consentant à une perte même considérable sur les quantités exportées , ils rendent la marchandise rare sur leur propre marché , et en font relever le prix. Il leur suffit de consentir à perdre sur de faibles quantités exportées ou 30 ou ÛO ou 50 p. 0/0, pour faire hausser de 10 ou 20 p. 0/0 les énormes quantités livrées à leurs propres compatriotes et aux marchés sur les-
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quels ils n’ont pas de concurrents : pour eux tout est donc profit; ce qui paraît même une perte est une source de gain. Comment les industriels, dont la puissance productive n’a pas acquis tout son développement, pourraient-ils rester debout dans une lutte aussi inégale? Ils sont forcés d’abandonner une carrière dans laquelle cependant ils n’auraient pas tardé , peut-être, à égaler leurs devanciers; il ne fallait qu’assurer leurs pas encore incertains. On ne doit donc pas hésiter à prendre le parti de leur accorder une protection suffisante.
Cette protection doit être d’autant plus facilement accordée que les industries qu’on veut conserver recèlent en elles plus d’avantages , que le sacrifice à faire pour elles est moins élevé , qu'il doit être fait pendant un laps de temps moins considérable.
Lorsqu’une production a acquis, sur le sol national , une perfection satisfaisante , et qu’elle est arrivée , dans un temps plus ou moins rapproché , à donner les objets qu’elle a créés au même prix que les étrangers, la protection devient inutile; l’industrie est acclimatée; les sacrifices ont cessé, et l’on a gagné tous les avantages qui sont attachés aux perfectionnements désirés , et l’on a évité en même temps tous les dangers, toutes les souffrances que produisent les bouleversements industriels, les transformations de la production, toujours si terribles pour les populations qui vivent chaque jour du travail du jour ; on a évité la perte de capitaux devenus inutiles, et les difficultés que rencontre la reconstitution d’un capital nouveau approprié à un travail nouvellement adopté ; on a gardé
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un travail qu’on allait sacrifier. Nous avions donc raison de dire qu’il est souvent utile , lors même qu’on verrait la possibilité de remplacer les travaux qu’on supprime par le développement des travaux conservés, de maintenir la protection qui peut faire arriver les industries encore imparfaites à un degré de supériorité incontestable, et de conquérir pour elles d’une manière définitive le droit de cité.
Mais il ne faut pas s’arrêter là; nous avons dit qu’il est d’autrés motifs qui doivent faire recourir au système protecteur. Nous en poursuivons l’examen et les exposons successivement.
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