CHAPITRE XI
effets de l’échange sur le choix du travail.
Nous venons d’établir qu’une société qui veut s’avancer dans les voies d’une civilisation véritable, ne doit pas soumettre le salaire de ses travailleurs à l’influence inexorable d’une concurrence sans frein. Si la constitution des peuples barbares permet 4e réduire les populations laborieuses au plus extrême degré de dénûment, il ne faut pas les imiter ; si des conquérants réduisent des contrées asservies à l’état d’ilotisme, il faut repousser de tels exemples ; si des races d’hommes, distinguées par un âpre désir du gain, exploitent leurs compatriotes, leurs alliés, leurs sujets, de manière à les épuiser, il faut faire autrement qu’eux : il faut mettre les producteurs en meilleure situation ; il faut les protéger; il faut défendre le salaire par des droits plus ou moins élevés; il faut qu’un état libre et grand assure d’une manière générale une juste rémunération au travail. 11 ne lui appartient pas de n’avoir qu’une pensée exclusive *. le bon marché ! il doit s’ef-
136 ÉC0JN0M1E l’RATIQLE GÉNÉRALE.
forcer de donner à chaque œuvre la récompense qu’elle mérite; il doit veiller à l’intérêt universel, car l’intérêt de tous les citoyens c’est celui de l’État ; il fera plus : dans l’intérêt public il doit avoir la puissance de faire un choix parmi les travailleurs; cela importe au bien-être des citoyens, à, la prospérité, à l’indépendance, à l’illustration des nations. Eh bien! ce choix ne lui est plus réservé dans le système des libre- échangistes.
Dès que toute concurrence est acceptée , un peuple ne peut plus choisir le genre d’occupation qui lui conviendrait le mieux. Chose bizarre ! sous le régime de ce qu’on appelle liberté , on n’est plus libre de s’adonner aux travaux qu’on préfère, on est condamné à prendre ceux que les plus habiles vous laissent. Ceci serait bien fait pour désillusionner les hommes qui se laissent entraîner par un mot magique. Le régime désigné sous le nom de la liberté du commerce, n’est pas, en effet, la liberté ; je l’ai appelé ailleurs le désarmement commercial. C’est si peu la libre disposition de ses facultés, qu’il n’est plus permis de produire ce que d’autres produisent mieux que vous: par cela seul qu’un autre vous dépasse dans une production avantageuse , cette production vous est interdite. Pourtant dans les discours qu’ils s’adressent entre eux, au milieu de l’entraînement des festins , ceux qui vont prêcher les doctrines nouvelles disent avec assurance que le système protecteur interdit à chacun l’usage de ses facultés , ôte aux hommes le pouvoir de travailler, de vendre , d’acheter des produits comme ils l’entendent, leur ravit le plus imprescriptible des droits. Eh mon Dieu !
EFFETS DE L’iiCH. SUE LE CHOIX DU TRAVAIL. 137
jouir de sa-personne et de sa vie c’est un droit bien plus imprescriptible encore , et cependant chaque État force les citoyens à prendre les armes et à verser leur sang , quand l’indépendance de la patrie est menacée. Chaque État le fait, sous peine de laisser détruire les nationalités, sous peine de laisser tomber sans défense les populations sous les coups de l’ennemi. Renoncer à la violation prétendue d’un imprescriptible droit c’est désarmer le pays , et y souffrir la dévastation et le meurtre. Renoncer à défendre les industries nécessaires d’un peuple, c’est le désarmer aussi, c’est souffrir aussi la dévastation et la destruction de la richesse.
Il n’est pas admissible qu’une grande contrée se laisse confiner dans le genre de travaux que voudront bien lui abandonner ceux qui sont plus avancés qu’elle. Elle a besoin pour sa défense de marins qui, industriels pendant la paix, savent pendant la guerre manœuvrer le plus terrible des instruments d’attaque et de défense, souffrira-t-elle qu’on lui dise : Votre lot est de fabriquer du vin. Ses frontières sont partout ouvertes ; elle est entourée de nations puissantes avec lesquelles elle est compromise pour des questions de principes, des questions de territoire, des questions d’alliances et d’influences; elle a besoin que le sentiment de nationalité soit ardent et répandu sur toute la surface du pays ; elle a besoin d’armées nombreuses, et pour les recruter elle doit entretenir les races belles et vigoureuses que produit la vie des champs, le travail au soleil , au milieu des intempéries, loin des vices énervants qui pullulent dans les villes, obéira-t-elle quand on lui dira : Il faut délaisser les méthodes de cultures qui multiplient les citoyens
propriétaires attachés au sol, qui forment les braves et infatigables soldats ; il faut choisir d’autres modes d’exploitation ; il faut faire des prairies; ou plutôt, il faut préférer au labourage l’art de fabriquer des tissus riches et splendides, de façonner des objets de modes propres à satisfaire le goût le plus efféminé ; il faut renfermer vos ouvriers dans des ateliers insalubres, infects et corrupteurs, dussent-ils en sortir débiles, sans énergie, incapables de faire une marche et de manier un fusil , quand le moment des combats sera venu. Cela ne se pourrait tolérer : si les hommes dont a besoin le pays ne peuvent vivre qu'à la condition que les travaux qui les forment et qui entretiennent leur vigueur soient protégés , il faut leur accorder protection. Un peuple ne saurait admettre que la répartition du travail entre les nations fût faite tout à l’avantage des étrangers, tout à son détriment. Il importe qu’il choisisse le travail qui convient le mieux à sa situation, qu'il le favorise , qu’il le protège. On le voit donc , on trouve dans les nécessités de répartir le travail selon le plus grand intérêt des nations, des motifs de repousser les doctrines absolues des libre-échangistes; on le voit, sous ce rapport, on ne peut les accepter sans contrôle, sans restriction. Les adopter serait une erreur des plus funestes, elles entraîneraient les plus déplorables calamités.
Ce que nous venons de dire des producteurs nous pouvons le dire des produits : il en est qui sont indispensables à la sûreté d’un peuple et qu’il ne doit pas attendre de la bienveillance de ses rivaux. Les armes et tous les approvisionnements de guerre, les navires, les
EFFETS DK L’ÉCH, 8ÜR LK CHOIX DU TRAVAIL. 139
ehevaux , les denrées alimentaires de première nécessité, doivent être fabriqués par ses mains, sous peine d’en être privé, au moment où il en aura le plus grand besoin. Les machines, instruments de travail et moyens de défense et d’attaque, rentreront dans la mèmecatégorie. Nous trouverons donc ici une longue série d’objets dont la production ne doit pas être réglée par le bon marché , la seule considération qui domine dans les prédications des free-traders.
Mais l’intérêt de la défense directe n’est pas le seul qui doive préoccuper le gouvernement dans le choix du travail des peuples. Les économistes ne s’occupent habituellement que de la masse totale de la production ; ils ne cherchent pas h savoir si l’une est plus profitable que l’autre : dès l’instant qu’une fabrication en remplace une autre , que les prix sont bas , il semble que tout est obtenu : si la liberté commerciale ne diminue pas la quantité des produits , ils la proclament définitivement utile et désirable. Cette conclusion est cependant bien loin d'être toujours acceptable.
Toutes les industries ne donnent pas les mêmes avantages à ceux qui les exercent ; la préférence doit donc être accordée aux unes plutôt qu’aux autres : telle industrie est fatigante , insalubre, mortelle, elle condamne à une vie misérable , aux maladies , aux souffrances, et à une mort prématurée ceux qui sont contraints de s’y adonner, une nation par l’effet de la concurrence ne peut se laisser réduire à des travaux de cette nature. Telle industrie donne plus l’esprit- d’ordre et de prévoyance , conduit plus facilement à la vie de famille et conséquemment aux mœurs régulières
qui assurent un bien-être physique et moral inappréciable , qui affermissent l’ordre public et la tranquillité de la cité , il faut la préférer à celles qui allument les passions , qui jettent dans la dissipation , conduisent à toutes sortes de désordres et enfantent les crimes. Telle industrie , qui exige des capacités peu communes, des conditions rares, est largement payée, tandis que le salaire d’une autre, à laquelle tout le monde peut atteindre, et qui ne demande, pour ainsi dire, que l’emploi des forces musculaires, est extrêmement réduit : si donc les producteurs ne peuvent atteindre qu’aux industries du plus bas étage , leur lucre subira une notable diminution ; à la vérité, il y aura quelque avantage pour le pays, puisqu’il obtiendra certaines denrées à plus bas prix que ne pouvaient les fournir les producteurs indigènes ; mais dans le prix de ces derniers producteurs était compris un salaire élevé, rétribution indispensable d’industriels éminemment habiles , et si vous faites cesser les travaux perfectionnés, par l’importation des produits qu’ils enfantaient , si vous réduisez les ouvriers intelligents à un travail brut et avili , dont le salaire est fort médiocre , la nation que vous aurez réduite à de pareilles conditions n’en sera pas plus riche ? elle obtiendra quelques produits à meilleur marché , mais les ouvriers feront des gains infiniment plus restreints , leur position ne sera certainement pas plus avantageuse.
On objectera, il est vrai, que puisqu’en donnant en échange les produits obtenus par un travail quelconque, on obtient ceux des industries éminentes moins chèrement, c’est comme si l’on possédait les industries
EFFETS DB l’ÉCB. SUR LE CHOIX DU TRAVAIL. 141
qui les créent , comme si on les possédait après les avoir perfectionnées. Il est indubitable qu’un certain nombre de consommateurs ont des objets à meilleur marché, et sont conséquemment mieux pourvus, mais un certain nombre de producteurs peuvent être descendus d’un rang supérieur pour arriver à un degré industriel plus bas ; ils ont un salaire réduit , et sont conséquemment moins bien approvisionnés, moins heureux ; il y a une perte qui compense un avantage obtenu. La richesse nationale peut donc n’avoir aucune augmentation réelle ; elle peut même avoir subi une diminution , car la quantité de profits perdus par les uns peut dépasser la quantité de profits obtenus par les autres. En effet, une très- légère différence de prix fera donner la préférence aux produits étrangers ; conséquemment un très-faible bénéfice fera annuler une industrie qui peut-être donnait des profits trèsgrands à une classe nombreuse de citoyens. On a donc gagné peu d’un côté, perdu beaucoup de l’autre; on ne s’est pas enrichi.
Par exemple, une nation quitte une industrie parce qu’elle en obtient les produits de l’étranger, à un prix qui reste de 5 centimes, si l’on veut, au-dessous du prix des produits fabriqués chez elle ; elle crée des industries nouvelles pour payer les produits importés , mais les producteurs nouveaux gagnent 10 centimes de moins que les anciens qui s’adonnaient à une production lucrative : loin d’avoir obtenu un avantage, cette nation, qui a obéi aux lois du bon marché apparent, a, en réalité, diminué son bien-être total, et elle a perdu une classe d’ouvriers qui pouvaient lui être indispensables.
Si au lieu d’une industrie existante, il s’agissait d’une industrie à créer, le même raisonnement serait applicable ; une nation obtient des objets étrangers en échange de ses produits : elle va façonner elle-même les marchandises qui lui viennent de l’extérieur, mais ils lui coûtent 5 centimes plus cher; si les producteurs nouveaux ont gagné 10 centimes de plus, elle a réellement augmenté sa richesse, parce que le prix apparent des nouvelles marchandises est plus élevé, par la seule raison que les producteurs, en vertu d’une supériorité de talent, ont légitimement obtenu un salaire plus considérable.
Un fait fera sentir nettement cette vérité : vous filez la laine, le lin, le coton un peu plus chèrement que l’étranger, et vous abandonnez la filature pour créer du vin que vous échangez pour les matières filées par l’étranger. Par ce moyen, vous obtenez plus de fils qu’en les produisant directement : il y a avantage pour certains producteurs qui ont obtenu plus abondamment, pour le mémo prix , les fils dont ils avaient besoin. Mais si vos nouveaux vignerons, réduits à une condition plus infime, reçoivent, en échange des produits de leurs cultures, une quantité moindre des produits dont ils ont besoin , si , en d’autres termes, ils ont un salaire beaucoup plus faible, tandis que fileurs ils en avaient un fort élevé, ils éprouvent une perte qui compense l’avantage obtenu par les autres producteurs. La nation n’a rien gagné, en effet; les produits n’ont été obtenus à plus bas prix que parce que le salaire de certains travailleurs a été réduit. Elle a perdu, si le bénéfice obtenu par certains producteurs
Digiüzed by
EFFETS DE l’ÉCH. SUR LE CHOIX DD TRAVAIL. 1&3
a été moindre que la perte essuyée par les autres.
La diminution d’avantages peut ne pas s’arrêter là.
La destruction de certains travaux n’a pas seulement pour effet de diminuer directement le profit d’un peuple, en amoindrissant le salaire d’une classe de travailleurs : si l’on réduit une nation à quelques travaux, qui exigent une capacité intellectuelle bornée, un ordre d’idées restreint , des applications industrielles peu étendues, des combinaisons sans variétés, on rappetisse évidemment le cercle de ses inventions, on ne lui permet pas les moindres perfectionnements. On l’enferme dans des fonctions mal rétribuées, on lui interdit l’accès de tous les travaux éminents ; on lui fait subir ainsi la perte du profit matériel , et en même temps on restreint sa valeur intellectuelle. Tout se tient et s’enchaîne dans les opérations humaines ; une industrie en amène une autre , une combinaison rend possible une combinaison plus ingénieuse; un progrès est la cause première d’un progrès plus caractérisé. Les exercices manuels font deviner les procédés mécaniques; l’invention d'une machine simple conduit aux plus sublimes applications des lois physiques; l’observation des faits conduit aux découvertes scientifiques les plus inattendues; l’art conduit à la science; la pratique enfante la théorie, et la théorie à son tour féconde la pratique , en agrandit le champ , en assure la marche, en simplifie, en accroît, en ennoblit les créations, et de plus agrandit la sphère de toutes les intelligences, qui bientôt, s’appliquant à l’étude générale des forces de la nature, les asservissent à la puissance de l’homme et en font les agents irrésis-
tibles de son exploitation industrielle. Tels sont les résultats successifs d’un travail varié, habile, studieux, s’ingéniant sans cesse à perfectionner les conquêtes industrielles ; telle est la récompense des nations qui ont la noble ambition d’embrasser dans leurs conquêtes pacifiques toutes les créations du génie humain.
Les peuples qui voudraient, au contraire, se borner à quelques travaux simples , resteraient stationnaires et éternellement tributaires de leurs rivaux. Leur génie s’engourdirait dans des occupations routinières; ils demeureraient ignorants, et perdraient tout ce que les essais multipliés et souvent heureux peuvent donner de connaissances et de profits. Je veux bien que des individus, qui s’appliquent toujours aux mêmes travaux , s’y perfectionnent et arrivent aux meilleurs résultats ; ils feront peut-être les meilleurs producteurs d’une industrie donnée; ils excelleront dans une pratique si simple qu’elle est parfois immuable pendant une longue série de siècles ; ils ne connaîtront pas de supérieurs dans une œuvre déterminée ; mais la faculté productive générale sera , en somme , infiniment inférieure. Le simple ouvrier perfectionne son talent restreint par la division du travail, mais une nation ne sera puissante dans les arts industriels qu’ autant que la diversité de ses travaux donne un emploi avantageux à toutes les aptitudes , qu’ autant que chaque profession trouve dans les métiers , dans les manufactures , dans les études, qui se développent autour d’elle, aide et concours , modèles , idées originales et fécondes , motifs d’émulation , source d’énergie et de
EFFETS DE l’ÉCH. SER IÆ CHOIX DH TRAVAIL. 145
succès. Si les individus qui composent un peuple étaient tous courbés sous la règle immobile d’un travail uniforme, ils constitueraient la réunion la plus pauvre de producteurs ; ils se fermeraient à toujours la route des inventions et des progrès. En renonçant aujourd’hui à tous les travaux, dans lesquels ils ont été devancés par d’autres pays , ils perdraient nonseulement ces travaux lucratifs, mais aussi tous ceux qui en seront la conséquence , qui seront produits par l’habileté primitivement acquise dans certaines productions : ils renonceraient à toute la série de découvertes qui découleront d’une découverte précédente.
11 y a donc nécessité de ne pas déshériter son pays des travaux les plus difficiles , et les plus féconds, par la seule raison qu’il a été devancé, et que quelques autres nations ont déjà acquis une plus ou moins grande habileté dans un art nécessaire : par cette méthode on risquerait d’enlever à un État ses citoyens les plus utiles, les plus indispensables et les plus intrépides défenseurs de son indépendance ; on le priverait des profits déjà obtenus par les industries pratiquées, et des avantages qui doivent dériver des découvertes nouvelles que rencontreront nécessairement ceux qui s’exercent à des travaux ingénieux ; on s’opposerait au perfectionnement moral des populations, on les condamnerait aux emplois les plus destructeurs et les plus abrutissants.
Nous n’ajouterons plus qu’une considération pour prouver que l’on ne peut se laisser confiner dans quelques industries : il y aurait là un danger sérieux ; lorsque des circonstances exceptionnelles vien-
1 ll6 ÉCONOMIE PRATIQUE GÉNÉRALE.
Dent frapper une production spéciale, si elle est unique, la détresse est immense. Ainsi, si la terre était exclusivement consacrée à la production d’un petit nombre de denrées, une intempérie, qui les détruirait, mettrait tout un peuple aux abois. Si on renonçait à certaines industries qui , par exemple , emploient des matières nutritives , aux temps des disettes on n’aurait pas à sa disposition, en suspendant leur activité, ces précieuses réserves qui peuvent sauver les populations. Si un pays- s’adonnait exclusivement à la production des objets de luxe, une crise commerciale, une cherté des subsistances qui arrête toutes les consommations, sauf celles de première nécessité , le jetteraient dans toutes les horreurs de la faim et de la misère. Il faut donc qu’un peuple choisisse avec discernement ses productions, et qu’il sache les varier de façon que l’une supplée à l’autre, quand il y a insuffisance quelque part.
En résumé, on ne peut soutenir qu’il puisse y avoir profit à abandonner aux nations étrangères tous les travaux qui enrichissent et illustrent les hommes, et à ne laisser à ses concitoyens que les occupations les plus basses et les plus mal rétribuées. Nous ne pourrons jamais admettre qu’il faut concéder à ses voisins les industries qui honorent la civilisation et obtiennent de brillantes récompenses , et ne faire de ses compatriotes que des manœuvres , sous prétexte que leurs concurrents ont acquis une grande habileté avant eux , et qu’ils n’ont pas l’avantage dans les professions qu’on recherche. Jamais on n’arrivera à, nous prouver qu’on trouvera l’aisance, en laissant les art»
EFFETS DE I-’iCH. SUE LE CHOIX DU TRAVAIL. 147
.qui emploient les merveilles de la mécanique et les admirables découvertes de toutes les sciences , pour s’emparer exclusivement du métier des pâtres et des hommes de peine ; jamais on ne pourra nous persuader qu’il est bon de prendre un genre de travail , quand tout le monde a cessé d’en rechercher les produits, et 'de se laisser ravir par des rivaux habiles les industries nouvelles qui seraient en vogue, en voie de progrès et de fortune. La perte qu’on éprouve , en réduisant tous les habitants d’un pays à un travail vil, dégradant, mal rétribué, peut être plus forte que la différence du prix entre les denrées étrangères et indigènes ; conséquemment le bon marché apparent des produits ne doit pas être la règle unique qui décide de l’adoption des lois économiques ; il sera toujours souverainement funeste de réduire une nation aux fonctions les plus vulgaires, les plus méprisées, les plus brutes. La grandeur du pays, le perfectionnement moral et intellectuel , la santé et le bien-être des travailleurs exigent qu’on fasse un choix dans les occupations des hommes.
Le devoir de se réserver , on peut dire à tout prix , certaines productions est encore imposé aux nations par la nécessité de ne pas dépendre des étrangers pour les choses de première nécessité. Jamais, par exemple, il ne faut totalement abandonner à la merci du commerce extérieur l’approvisionnement de tout ce qui sert à l’alimentation des peuples, à l’armement et l’équipement de leurs armées et de leurs flottes : ce serait une détestable position que celle d’une population contre laquelle un ennemi pourrait décréter la disette,
à laquelle il pourrait refuser tout ce qui crée, mobilise, renouvelle les moyens de défense nationale. Si le manque des objets utiles n’était pas complet, ils pourraient acquérir un prix excessif par des frais de transports exorbitants, des risques considérables : une nation qui accepterait de telles conditions n’aurait point une longue existence ; elle serait dévorée par l’ambition de ses voisins.
Enfin, un pays doit* en choisissant et combinant ses diverses créations, constituer une assurance efficace contre les calamités qui peuvent fondre sur lui.