CONSERVATION DES INDUSTRIES
Nous ne chercherons pas, en commençant, à prouver par des exemples qu’une nation peut voir détruire son travail , sa population , sa richesse par la libre importation des marchandises du dehors; qu’elle peut devenir la vassale de celle qui se charge de l’approvisionner; que l’on peut faire la conquête commerciale d’un pays, comme on peut en faire la conquête violente; un exemple souvent cité a résolu cette question : la situation industrielle du Portugal est maintenant assez connue du monde pour qu’on sache ce que peut produire l’action commerciale d’un État sur
un autre ; il démontre la possibilité d’un asservissement complet, et fait voir combien est décevante l’espérance de conserver la prospérité d’un pays, quand un étranger d’une habileté considérable y peut venir vendre librement tous ses produits.
Nous ne nous arrêterons donc pas sur les enseignements que nous fournit ce grand fait historique, Nous aurons d’ailleurs occasion de rappeler quelques détails instructifs fournis par cette curieuse expérience, quand nous examinerons s’il n’arrive pas qu’on Soit trompé dans la pensée qu’on a conçue de placer à l’étranger certains produits qu’on croit destinés à former l’élément essentiel d’un commerce immense.
Par la même raison , nous ne nous occuperons pas ici de rechercher quels ont été les effets du traité qui a été imposé à notre pays, en 4786, et quels eussent été ses résultats définitifs s’ils avaient pu durer. Nous nous restreindrons en ce moment à étudier les faits qui appartiennent à notre époque.
En nous renfermant dans leur étude, nous constatons d’abord que les renseignements réunis dans le chapitre précédent prouvent que presque toutes les industries qui ont quelque importance ont été forcées d’avoir recours à la protection. Nous constatons que les produits qu’on est habitué à, considérer comme le plus spécialement attribués à la France, par exemple les soieries et les vins, jouissent d’une protection , notable pour les premières , immense pour les seconds. Nous constatons enfin que le régime appliqué à nos industries a eu le résultat qu’on en attendait, leur conservation et même leur développement ;
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en effet, elles prennent incessamment de l’extension : les faits que nous avons cités prouvent qu’en 20 années, depuis 1815 jusqu’à 1835, elles ont accru énormément leur importance. On peut affirmer que dans les 10 années qui ontsuivi, depuis 1835 jusqu’en 1845, le progrès ne s’est pas ralenti , si l’on en juge par l’augmentation de la population , par l’extension de travaux publics de toute nature, par le chiffre de l’impôt, l’importation des produits étrangers et l’exportation des nôtres, et surtout par l’aisance générale.
Nous mentionnerons ici quelques faits seulement , afin de ne laisser aucun doute sur les progrès sensibles de nos principales industries dans ces derniers temps.
L’agriculture française nourrit aujourd’hui 35 millions de Français mieux qu’elle ne nourrissait les 24 millions qui peuplaient la France en 1789.
L’industrie des mines chargée de fournir le plus essentiel des agents producteurs, la houille, en extrayait , en 1824 , 13,000,000 de quintaux , en 1844, 38,000,000.
L’emploi des machines à vapeur s’est accru dans une proportion bien plus considérable : en 1824 la France possédait 255 machines fixes d’une force de 4,058 chevaux; en 1844 elle en possédait 3,645 d’une force de 45,780 chevaux ; et à cela il faudrait ajouter les locomotives, les machines appliquées à la navigation fluviale et à la navigation maritime ; ces dernières réalisaient déjà une force de 17,000 chevaux et les bâtiments en construction devaient présenter, en 1847, une force de 9,130 chevaux en plus,
L’industrie des fers , qui tient un rang si élevé , et qu’on a accusée si fréquemment d’être stationnaire, donnait en 1824 :