‹ Economie pratique des nationsChapitre 7 sur 90 · DES ÉCHANGES · texte numérisé non relu

DES ÉCHANGES

La théorie dont nous venons de poser les bases part de ce principe que V échange est avantageux , elle arrive à cette conséquence que la liberté de l échange doit être absolue.

Cette théorie repose sur des faits vrais , mais selon nous trop généralisés. Au premier aspect ils semblent observés avec une rigoureuse exactitude , déduits avec une inflexible logique , posés avec netteté et précision. La doctrine dont ils forment la base devait donc être accueillie avec une grande faveur par l’universalité des esprits. Aussi dès le moment où l’école de Quesnay et d’Adam Smith eût formulé ses principes, ils ont été reçus avec une sorte d’enthousiasme, ils ont été préconisés par ceux-là mêmes qui, par un retour instinctif sur eux-mêmes, sentaient vaguement qu’ils pourraient bien en souffrir : ils eurent la vogue.

Il en devait être ainsi, non-seulement parce que la science économique repose sur des faits vrais dans

COUP d’œil SUR LA TlIÉOR. DU LIBRE ÉCHANGE. 23

une certaine mesure, mais encore parce qu’elle est ah solue. Il est rare, particulièrement chez les Français, dont l’esprit est essentiellement généralisateur, que les systèmes qui se présentent avec une complète simplicité , qui font abstraction de tous faits étrangers , qui procèdent par rigoureuses déductions, qui semblent asservir tous les phénomènes d’un ordre déterminé à quelques règles claires, précises, universelles, il est rare, dis-je, qu’un tel système ne soit pas adopté par . l’opinion publique.

Son succès est infaillible, surtout s’il s’appelle liberté! s’il se présente comme un affranchissement des peuples, comme la restauration de l’usage indépendant et complet des facultés humaines, comme le renversement des barrières élevées dans ces temps où tous les droits étaient méconnus, où l’homme était une propriété , où son travail appartenait au maître qui seul, par octroi et concession , pouvait permettre d’en user. Comment ne pas adopter un système qui dit : Je suis l’ennemi des monopoles, des entraves, des péages et tarifs si longtemps accablants, je suis la liberté du travail, la liberté manufacturière, la liberté illiinitée du commerce !

L’enthousiasme que fera naître le système sera plus grand encore s’il vient annoncer le bon marché. Dans nos sociétés la hideuse indigence pèse sur des classes nombreuses de population ; elle les affaiblit , elle les épuise , elle les torture et les dévore. Tout est trop cher pour le pauvre : sa faim ne peut être apaisée ; son corps ne peut trouver un abri, sinon commode, salubre au moins; ses membres ne peuvent être couverts

2 h ÉCONOMIE PRATIQUE GÉNÉRALE.

et garantis des impressions douloureuses du froid. Tout est trop cher et le système annonce le bon marché; il fait plus, il démontre la possibilité du bon marché par le calcul le plus simple : un droit charge presque toutes les denrées , faites disparaître le droit , le prix de la denrée baissera de toute la hauteur du droit. Rien n’est plus facile à saisir ni plus séduisant.

Aussi tout ce qui s’est dévoué à la défense des intérêts généraux , toute la presse libérale a dû adopter les principes des économistes. C’est à peine si , il y a quelques années, il était un journal qui osât dire qu’il ne fallait adopter les principes de la science abstraite qu’avec des tempéraments.

Par ces raisons la théorie prônée par les économistes a été presque universellement adoptée, leurs principes ont été déclarés absolus , universels , irréfragables, et avec les principes les conséquences pratiques qui en ont été déduites. On a voulu qu’elles fussent rigoureuses et complètes ; on n’a pas admis de moyens termes ; c’est à peine si on a accepté une application progressive au lieu d'une application subite et complète ; c’est tout au plus si l’on a consenti à quelques adoucissements, qu’on concédait comme faveur, qu’on déclarait un sacrifice sans utilité publique, accordé comme une bienveillante aumône , non comme une obligation dérivant d’une vue théorique ou d’un droit fondé , et , dans le fait, les règles étant admises, il faut bien que les conséquences en dérivent et qu’elles soient aussitôt indispensablement obligatoires.

C’est cette opinion si solidement établie, ce sont ces théories qui semblent reposer sur une base iné-

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